LIVRE D£UXIÈM
aucune des questions agitées dans le concile. Partout où nous n'aurons qu'à laisser parler TÉcriture, le bon sens, l'histoire, nous le ferons, comme nous l'avons déjà fait ; partout où il faudrait entrer dans le dédale des opinions humaines , et choisir entre des idées également proBables ou également improbables, nous nous tairons.
Or, rien de plus naturel que de chercher à s'assurer, d'après la Bible, s'il faut croire au Péché Originel, c'està-dire à une certaine transmission du péché d'Adam;mais , le fait admis , nous trouvons qu'il y a témérité , orgueil , folie, à prétendre l'analyser et l'expliquer. Le chrétien le plus disposé à y voir un dogme fondamental est obligé d'avouer, s'il raisonne , que c'est un des pcrints où Dieu n'a évidemment pas voulu que notre regard allât jusqu'au fond. »
4jissi les théologiens furent-ils loin d'être d'accord, même sur la première question. Plus claire, ce semble, que les trois autres, c'est peut-être la pius obscure. Que fut, en soi, lé péché du premier homme? S'il nous était raconté comme un péché ordinaire, nous nous en figurerions assez bien la nature et la gravité. Ce fut, dirions-nous, curiosité, gourmandise, orgueil ; et comme ces vices ne sont pas rares , nous déterminerions sans trop de peine à quel degré ils étaient coupables dans ce cas. Mais quand nous les voyons suivis de conséquences terribles, permanentes, entièrement hors de proportion, au point de vue humain, avec la gravité du crime, — il y a évidemment là une relation qui nous échappe et qu *. Dieu seul connaît.
Sur la seconde et la troisième question, les théologiens ne disputèrent même pas, tant ils sentaient l'ira-
possibilité de s'entendre. Unanimes à canner que le péché d'Adam a eu certaines conséquences pour sa postérité, comment auraient-ils espéré de Tétre pour dire au juste en quoi elles consistent ? Leur circonspection n'allait pourtant pas jusqu'à se taire. Chacun avait son système, qui d'après Augustin, qui d'après Thomas, qui d'après Scot ; mais ils se bornèrent à dire chacun son avis, laissant aux évêques le soin de choisir et d'arranger.
. Il n'y eut pas jusqu'à la quatrième question qui, examinée de près, ne devînt source d'embarras. On s'accordait à dire que le Péché Originel est effacé par le baptême ; mais une fois la porte ouverte aux pourquoi^ aux comment, les obscurités venaient en foule. Dès que vous donnez au baptême une autre portée que celle d'un signe extérieur, constatant l'entrée dans l'Église et figurant, par l'eau, la purification de l'âme, — où vous arrêterez- vous? Vous voilà pris, en particulier, dans la question des enfants morts sans baptême, et, en dépit de votre raison, de votre sensibilité qui se révoltent, impossible de ne pas les déclarer exclus du salut.
On osa cependant ne pas s'en tenir tout à fait à l'opinion d'Augustin, qui, avec sa logique impitoyable, fait de ces enfants autant de damnés ; le docteur Ambroise Catharin alla jusqu'à demander que cette opinion fût déclarée hérétique. Condamner Augustin! On recula; mais une fois ces pauvres enfants hors de l'enfer, on ne savait où les mettre. Quelques théologiens cordeliers se hasardèrent à dire que leur séjour n'était pas sous la terre, comme celui des damnés , mais quelque part sur la terre , à l'air, au soleil ; quelques-uns les plaçaient dans une espèce de paradis terrestre, où ils s'occupaiont