‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 72 sur 138 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

leotir le feu. Quant à la translation, il pers^tait à ne pas y consentir, et le pape, p«f conséquent, à ne pas avoir l'air de la vouloir. Les légats la voulaient, nous Tavons vu ; sûrs que le pape la voudrait dès qu'elle serait possible, tous leurs efforts tendaient à préparer le consentement de Fempereur. En attendant, à Trente, ils en combattaient hautement l'idée ; ils retenaient, ils menaçaient de l'indignation du ]ppe ceux qui parlaient de s'en aller ; mais leurs sentiments étaient trop connus pour que ce ne fût pas tous les jours à recommencer. Ceux qui revenaient k la charge savaient bien à qui ils faisaient leur cour.

De là un mélange continuel des discussions les plus hétérogènes. Un jour, on s'assemblait pour un des articles les plus abstraits du décret sur la Grâce, et la séance était à peine ouverte qu'on recommençait à peser les chances de la guerre, l'urgence de quitter la ville, les moyens de diminuer la cherté des denrées, etc. Un autre jour, l'esprit tout plein de ces préoccupations et de ces craintes, on se remettait bravement à peser les syllabes du chef-d'œuvre d'obscurité qu'il fallait bien terminer une fois.

Il s'agissait enfin, et toujours en mtae temff^; d'élaborer le décret sur la résidence. Noim avons dit à quelles difficultés il touchait. -^ Donnqpis quelques explications de plus. *

Dès le quatrième ou cinquième siècle, et peut-être ^ême avant, l'usage s'était introduit d'ordonner des prêtres sans les attacher à aucune église. Ces prêtres ne recevaient aucun salaire ; ceux mêmes qui appartenaient nominalement k une église, mais sans y demeurer ou sans y remplir de (onctions, n'avaient aucune part aux

revenus 4ie leurs coliques actifs. Ces revenus étaient si bien regardés comme uniquement destinés à ceux qui les gagnaient, que les économies d'un prêtre ne lui appartenaient pas : elles rentraient, k sa mort, dans l^ fonds général. Il ne pouvait les léguer par testament, et on regardait e^omme une fraude d'en disposer, pour éluder la loi, sous forme de donation entre vifs *. Peu à peu, à mesure que l'Église s'enrichissait et que ses charges devenaient des dignités, dans le sens mondain de ce mot, les princes s'arrogèrent le droit de les donner en récompense de services rendus k l'État ou k eux. De là ce nom de bénéfices (bénéficia, faveurs), sous lequel on finit par désigner toutes celles dont le revenu était audessus d'un simple salaire proportionné au travail ; de là aussi la coutume de laisser le travail k un ministre inférieur, en lui payant strictement sa peine, et d'aller vivre ailleurs avec le reste. Du sixième au treizième siècle, les charges ecclésiastiques se multiplient k l'infini. Les dons faits aux églises étaient généralement convertis en fondations de places k pouvoir; c'était, le plus souvent, le vœu exprès des donateurs. On aimait k emporter au tombeau l'assurance qu'il y aurait, k perjiétuité, un prêtre entretenu sur ce qu'on avait donné. En fondant des chapelles — et qui alors n'en fondait pas ? — on aurait cru ne faire que la moitié de l'œuvre si on n'avait laissé de quoi y mettre un ou plusieurs desservants. Dans la plupart des cathédrales, le nombre des chanoines allait fort au delk, nous ne pouvons pas dire des besoins, puisqu'on aurait pu s'en passer, mais de ce qu'on pouvait raisonnablement accorder aux né-

* Voir Hurler, Institutions de l* Église, l. IV.

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