‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 74 sur 138 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

8*il plaisait k un pape de se considérer, à la lettre, comme le seul évêque nécessaire, de casser tous tes autres et d'éteindre avec eux tout le clergé inférieur, de rester seul et unique pasteur de toutes les paroisses catholiques de Tunivers, — il en aurait le droit? C'est absurde... mais c'est logique ; et l'on a déjà vu si ces deux mots ne sont pas souvent synonymes quand on presse les conséquences du système romain.

Or, cette absolue concentration, dans les mains du pape, de tous les pouvoirs de l'Église, — c'est, quoique beaucoup de catholiques l'ignorent ou le cachent, c'est le système romain, c'est la pure et invariable doctrine ultramontaine, celle de la cour de Rome, celle des papes. Nous le prouverons plus tard, et nous n'aurons, pour cela, qu'à laisser parler les théologiens et les évêques qui étaient regardés, à Trente, comme les procureurs du pape, les représentants avoués des doctrines pa-

Cependant la querelle s'envenimait. Les légats virent le moment où l'autorité même du Saint-Siège, en tant que source du pouvoir épiscopal, allait être mise en question ; de tous les postes à défendjp, il n'y en avait pas de plus mauvais. « On y reviendra, dirent-ils ; allons au plus pressé. » On y revint, en effet, mais au bout de quinze ans, tout à la fin du concile, et l'orage n'en fut que plus terrible.

Le pape étant ainsi en dehors de la discussion, la partie saine du concile ne pouvait plus guère avoir foi en l'efficacité de ce qu'on allait ordonner sur ces matières. A quoi bon prescrire la résidence, tant que la cour de Rome sera libre d'en exempter qui bon lui semjilera, ou de fermer les yeux sur toutes les contraven-,

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tioitô ? On prit le pfirti ^ po^ 1^« règles, saq» s*io<|iîét^r ^t surtput «an« paraître #*iagiiiéter âe ce ipi'U w a4viem)rait Ç^ r^gle§, d'j^lteiirs, n'éMâent p(i« 4ive«i. Le prélat q^i, 3£^8 raisoi]| s^pi^te, resterait sii^ mm 4e suite absent de sq» dipcèse, per^mit le quart de «on r§v^tt ; \ine absence d*un ai) l«t en ôteriât la nmtié. Bien de plus facile, par çoQs^uent, que de rest^ ànm la règle : il n'y avait qu'^ résider un mois mv six, en péiue un uiois sur dauie, pourvu que ce iU en deux quinzaines convenablement espacées. Puis, ce quart, cette moitié à retrs^ncher du revenu, qui la retran^ çber^ ? Le luétri^litaiu ? I) est douteux qu'il le veuille, et, s'il le vi^t, qu'il le 9vm^, h^ pape? Mais, m\ teriU§s du décret, l'affaire ne doit arriver m pape qu'après avoir passé par le métropolitain. El si c'est ce demt^ qui p^hOf ô<i «ora la onction? -r- On le voit : autant eÇii y§lu ne rien dire et ne rien &ire. Quand tous les membres du concile eussent été profondément dési*«ix 4e reqié^i^r au mal, que pouvaientHls? Ils avaieoi les inains liées, la l^gue aussi ; car s'ils étaient individudi^ iepent libres, jusqu'il un eertain point, de dire tout e^ qu'ils peusiiient^— en corps, ils ne Tétaient pas. De iW\^ Pf^tSf on leur oiontrait des ahimes; on leur di-^ sait : « Prenez garde 1 si le pape y roule, vous y roules f^yec lui ! y ]^ c'était vrai. Pour corriger l'abus dont noua venons de parler, ils ne pouvaient s'appuyer, en ééfini^ tive, que sur le pouvoir même qui en avait été la cause première et permanente ; et quant à ces grandes idéeii d'ordre, de piété, de moraltté, de devoir, qui seules aa« r^ent pu former une digue contre de semblajbles désordre, il ne leur eut pas été possible d'y faire s^ieuse^ mont ai^pol sans entrer en latte wm^ eehiidoni on'voidaM

IIVRI BESKliMI fiSg

que la volonté tint lieu et tontes les .lois, déterminât floole toiu les devoirs.

La non^résidence allait donc être, en somme, plutôt fa^lilée qu'interdite, puisque le décret offrait aux évé-^ ques les moyens de la Polariser. ^éB lors, comment compter sur eux pour forcer à la résidence les bénéâ^ mers iniérieufs? On décida cependant qu'ils auraient, non comme évéques, mais comme délégués du pape, une certaine autorité sur ceux mêmes qui avaient ou auraient des dispenses pontificales. Ils dev&^ent vérifier oes dispenses, voir si l'absent était convenablement remplacé, si le remplaçant recevait un salaire convenable, etc. Cboses très-bonnes en détail, mais qui n^abou* tissaient, m droit, qu'à la confirmation de l'omnipotence papale, car les ^éques ne devaient ni rejeter ni casser les dispenses, mais seulement en régulariser Texécu-* tiOQ. On décida aussi qu'aucun évCque ne pourrait ordonner lies prêtres dans le diocèse é^an autre sans l'auto^ ris^tion de ce dernier ; enfin, que tout évéque aurait à ra:v6mr, nonobstant usage contraire ou même exemption accordée, l'inspection et la direction du chapitre de son église cathédrale. — Ce dernier article donnerait seul la mesure de l'excès où était tombé Fabus des dispenses. Que pouvait être la position d'un évêque, perpétuellement face à face avec un corps jadis créé pour lui servir de conseil, et transformé, par la volonté du pape, en une puissance indépendante et rivale? Il y en avait assez pour chasser de son diocèse un évêque ennemi des tracasseries.

Voilà pourtant où en était arrivé, même en dépit du corps épiscopal, le système romain abandonné à luimême et à ses tendances envahissantes. Il n'y avait pas

eu dans l'Église une seule lutte, une seule innovation, un seul décret qui n'eût abouti, directement où-indirectement, à étendre l'autorité pontificale. Du bien public et du salut des âmes, il n'en était pas plus question que s'il se fût agi d'une vaste entreprise industrielle ; on n'avait seulement pas l'air de songer qu'il pût en être question. Voyez, dans cette session même, avec quelle ardeur les Italiens avaient fait de la résidence une affaire de droit papal. C'était fort impolitique, ce semble» fort imprudent ; c'était imposer au pape toute la responsabilité des désordres et des maux attribués à la non-résidence, et dont les légats eux-mêmes avaient fait, au début, un si effrayant tableau. £h bien, ce danger ne les touchait nullement. Viennent les reproches de fait, pourvu que le droit soit constaté. Que la cour de Rome soit accusée d'avoir ruiné l'Église en poussant l'abus des dispenses jusqu'à ses dernières limites, — peu leur importe, pourvu qu'il demeure établi qu'elle en était la maîtresse, et qu'il ne tiendra qu'à elle, si bon lui semble, d'en faire autant à l'avenir. Puis, Teuton désiré, comment rompre avec ce passé d'abus et de désordres? Maintes fois le concile en laissa voir l'intention ; mais on se tromperait bien si on pensait que la résistance du pape et l'habileté de ses agents furent les seules causes qui empêchèrent une réforme sérieuse. On ne pouvait faire un pas dans cette voie sans se heurter à quelqu'une des colonnes de l'édifice, et tout le monde n'a pas le courage de Samson.

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