‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 75 sur 138 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Après tant de mois pour s'entendre, on en était en* core si loin, que la séance publique (1:^ janvier 1547) vit recommencer le débat sur la résidence ; le décret, ce qui n'était pas encore arrivé, ne put être admis. « Les billets de suffrage, dit Pallavicini *, étaient chargés de tant d'observations contradictoires, qu'il fut impossible de rien décider alors ; les légats se réservèrent de les examiner, et de statuer, d'après l'avis de la majorité, dans une congrégation générale. » Cette congrégation n'eut lieu que le 25 février ; et comme le décret, dans l'intervalle, avait subi plusieurs modifications, on ne voit pas comment il a pu légalement être maintenu à la date du 1 3 janvier, qu'il porte dans tous les recueils *.

Quant au décret sur la grâce, il avait passé sans opposition. <( C'est bien ce jour, dit Pallavicini, que le concile put se glorifier de la plus sublime de ses œuvres, car ce jour fut le premier où l'Église, éclairée

« Liv. VIII, ch. xviii.

> Si nous voulions entrer dans les querelles de formes, nous en aurions assez souvent Toccasion. Ainsi, par exemple, dans le décret de la première session, il n'est fait aucune mention des légats, et, dans celui de la seconde, il est dit : « Sous la présidence des trois mêmes légats. » Ce ne peut ôtre un oubli ; il est évident qu'on a voulu éluder, au début, la grave question de la présidence, et la résoudre ensuite sous forme de fait accompli. La même irrégularité reparaît dans la douzième session, lors de la reprise du concile, en 1551. — En justice, un acte serait nul s*il renfermait une irrégularité semblable.

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d'uD nouveau rayon de TEsprit saint, enseigna pleinement à l'homme les suites de son origine et la propriété de sa nature. » — Entre ce ()ue Thistorien a dit des inteiminables labeurs de l'enfantement, et ce qu'il va être forcé de dire des obscurités laissées dans le décret, que penser de ces paroles ? Est-ce ironie, ou mensoiif^e ? Non. Pailavicini ne ment pas; il raille encore moiii^, l,e décret est fait : il s'y soumet. La statue, après sijt mois d'efforts, est arrivée sur l'autel : que lui importe cpmment et de quel métal on l'a faite? Il se prosterne^ et il adore.

La septième session était fixée au 3 mars; on av^it donc environ deux mois devant soi. Il avait été préçédeipment résolu qu'on s'en tiendrait, autant que possible, à l'ordre suivi dans la Confession d'Au^sbourg ; mais comme cet ordre eût alor$ conduit ^ traiter d^ VÉglise et de son autorité, ce dont beaucoup avaieat envie, mais dont beacucoup d'autres avaient peur, les légats firent décider qu'on passerait outre.

Ce fut pour arriver k la grande question des Sacrements. Le cardinal de Sainte-Croix ge chargea des congrégations où l'on s'en occuperait au point de \Tje dogmatique, et le cardinal Del Monte de celles où l'on traiterait les questions disciplinaires qui s'y rattachent. Uais malgré la nouveauté et l'intérêt du sujet, les légats ne purent si bien faire qu'un grand nombre d'évêques ne proposassent de reprendre concurremment la question de la résidenoe» u Déclarez-la de droit divip, di«saient les Espagnols, et il n'y aura plus besoin d'entrmr dans tant de détails, de lever tant d'obstacles. Elle se recommandera a^sez d'elle-même, » Ils n'avaient pas tort; mais c'était précisément ce qu'on ne voulait à au-

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cxkîk piix< Ne pas la déclarer ouvertement de droit papal, à la bonne heure; mais de droit divin, jamais. Le eair» dinad Del Honte commença par représentei* qu'il fallait au moins laisser aux passions le temps de se calmer; puis, comme on insistait, il eut recours à ce qui tranchait tous les nceuds : le pape ne voulait pas qu'on prît ce côté de la question. On décida pourtant de continuer Texiunen des causes de non-résideilce, et de s'attacher, en particulier, à la pluridlité de» bénéfices.

Clo»bieri y a<^t-^il de sacrements?-^ C'est ce qu'9 fallMt fixer avant tout.

Quand les catholiques d'aujourd'hui nous disent qu'il y en a sept^ on ne se douterait guère, à leur assurance, que ce fût encore utie question il n'y a pas plus de troi» cents ans. Ëux-œémes, pour la plupart, ils s'en doutent moin» que personne. Ils sotti k cent lieues de soaifiçonner que ce ne soit pai^ une chose reconnue et enseigiiéer dans teur Église dep«i» »& fond^ion, St d'est de te meillalre foi du monde qu'ils se deaiandenf eoflnnenl on a pu être assez hardi pe<ur attaquer ce (Mffre vénéré.

Il est trai q[«e te nombrei sept était généraiement tecoBUtt depuis longtenfM. Mais, quoique $àim m eon« cile de Florence, c'était encore une opinion^ non vm degne; M quand on vonlut sérieuseinent en fmë ma dogme, les incertitudes abondaient.

D'abord, impossibilité de justifier par l'Écriture, nonseulement le nombre sept, mais l'existe»ce même de

tel ou tel des sept. — Nous aurons à le démontrer plus tard.

En second lieu, ce qui était plus grave pour des théologiens romains, — impossibilité de trouver chez les Pères rien d'un peu constant sur ce point. Chez Augustin, par exemple, tantôt le nom de sao-ement est pris dans le sens de chose sacrée, et donné à toutes les cérémonies de l'Église ; tantôt il est restreint, comme chez les protestants, au Baptême et à la Gène. Ambroise, dans son Traité De Sacramentùy ne parle aussi que de ces deux-là. Ce nombre de deux se retrouve jusque dans saint Thomas * : « Comme Eve, dit-il, fut tirée du côté d'Adam, ainsi, du côté percé de Jésus- Christ sont sortis les deux sacrements qui forment l'Église, » c'est-à-dire, selon l'explication qu'il ajoute, le Baptême, représenté par l'eau, et la Cène, représentée par le sang. Dans saint Bernard aussi, le sens du mot est si peu fixé, que nous le voyons appliqué à l'acte connu dans l'Église sous le nom de Lavement des pieds. Qu'on essaye de comprendre, après cela, comment le Catéchisme Romain peut dire que le nombre sept est venu « par la tradition des Pères *. »

Ce même catécHîsme nous fournirait, à ce sujet, un curieux échantillon d'exégèse. « Les Pères latins, dîtil, ont employé ce mot dans le même sens que les Grecs celui de mystère. C'est ainsi que saint Paul l'emploie dans ces paroles (Ephés. I.) : Pour vous faire connaître le Sacrement de savolonté, et dans celle-ci (1 Tim. III) : Le Sacrement de la piété est grand. Le mot Sacrement

* Questions 62. 5. — 66. 3.

« Patrwn traaititme ad nos pervertit ,

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n'est employé là que... » Et Texplication continue. — Or, dans le texte grec, il y a Mystère. Ainsi, on commence par mettre Sacrement à la place de Mystère , et on raisonne ensuite comme si l'Apôtre avait écrit Saciement. Il est vrai que c'est la Vulgate qui a fait le changement, et dès lors, comme on sait, il n'y a pas d'erreur possible.

La meilleure preuve du vague où l'on était encore, ce sont les discussions qui eurent lieu. Plusieurs théologiens proposaient que l'on se contentât d'énumérer les sacrements, sans dire s'il y en a sept, ou moins, ou plus ; ils faisaient obsers^er qu'en procédant autrement, on ne pouvait guère se dispenser de définir le sacrement en général, chose fort épineuse dès qu'on en admet plus de deux ou trois. En effet, si la définition est assez large pour embrasser des choses aussi diverses que le Mariage et les Ordres, il est impossible qu'elle n'embrasse pas aussi des choses que l'Église n'appelle pas sacrements, les Vœux monastiques, par exemple. Les scolastiques avaient essayé d'y pourvoir. Les sacrements, disaient-ils, confèrent k grâce ex opère operato; les Vœux ne la confèrent que ex opère opei^antis *. Pure subtilité, manifestement imaginée après coup pour justifier l'exclusion des Vœux et le nombre sept, mais qui ne saurait lutter contre des raisons d'évidence et de sens commun.

C'était donc là ce que craignaient beaucoup de théologiens. Mais, parmi eux comme parmi les évêques, il y en avait aussi beaucoup à qui il tardait fort que ce point sortît du vague. La dignité de l'Église et du con-

* Parle fait opéré. — Par le fait de celui qui opère.

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cile, selon eux^ y était intéressée. Ils avaient raifoo. S'il y a en effet sept sacrements, c'était une chose bien étrange cpie FÉglise fut restée quinze siècles sans Ten^ seigner positivement aux fidèles. Il fallait donc en finir. Puis, n'avait-on pas déjài les sept vertus cardinales, les sept péchés capitaux, les sept jours de la semaine,les sept planètes, les sept chandeliers de l'Apocalypse, dont on s'était si heureusement appuyé, dans la Bulle d'Or, pour fixer à sept le nombre des Électeurs d'Empire, — sans compter l'excellence mystérieuse et si anciennement reconnue du nombre sept en lui-même? « Étant certain, dit Pallavicini S que Dieu est une sagesse ia^ finie^ que nulle raison, nulle convenance, ^quelque mb*tile qu'elle soit^ ne peut se présenter à nous avant de s'être présentée à lui^ nous né pouvons pas craindre que, dans l'interprétation de ses oeuvres et de ses pa-^ rôles, il nous arrive ce qui est arrivé à Plutarqiie quand il a trouvé dans les vers d'Homère tant de sens mystérieux auxquels cet auteur m penss jamais. )> Il est donc évident, selon le grave historien, qu'en concevant l'idée la plus baroque, on pourra toujours se dire : « Dieu l'a eue avant moi I » — Ce qui est assurément une manière très-neuve d'entendre la sagesse infime de Dieu. Témérité pour témérité, nous préférerions encore celle de Luther^ lorsqu'il disait naïvemest : « Nous autres docteurs, nous en disons de si subtiles que Dieu luimême en est tout étonné. »

On ne jugea cependant pas à propos d'insérer dan» ki décret aucune de ces belles raisons ; et coiovi^ il a'y en avait point d'autres pour tenir au mmtkF^ «^t^ M

« Liv. IX, ch. IV.

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