‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 77 sur 138 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

aient été institués par Jésus-Christ ; et c'est même par là que s'ouvrira le décret. « Si quis dixerit sacraraenta non fuisse omnia a Ghristo instituta... anathema sit. »

En dépit de l'anathème, il a bien fallu trouver un moyen d'adoucir un peu la fausseté patente du décret. Déjà, dans le serment des évêques , dressé par Pie IV aussitôt après la clôture du concile, le mot tous est omis. « Je reconnais qu'il y a sept sacrements , institués par Jésus-Christ. » Le sens est le même, mais l'assertion est déjà un peu moins formelle. Dès lors , on l'a généralement interprétée en disant que les sacrements ont bien tous été institués par Jésus-Christ , mais les uns immédiatement, c'est-à-dire de sa bouche, les autres médiatement, c'est-à-dire par les apôtres ou par l'Église, sous une inspiration venue de lui. Si ce n'est pas plus vrai, c'est assurément plus raisonnable; mais, ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas dans le décret, et que si le concile , prévoyant cette interprétation, avait voulu au contraire la proscrire, il n'aurait pu s'exprimer plus nettement qu'il ne l'a fait. Écoutez pourtant Bossuet : « L'institution divine des sacrements paraît dans l'Écriture, ou par les paroles expresses de Jésus-Christ qui les établit, ou par la grâce qui, selon la même Écriture, y est attachée, et qui marque nécessairement un ordre de Dieu > . )) Après cela, si Claude et Jurieu avaient tort quand ils accusaient Bossuet d'avoir arrangé les décrets de Trente, il faut renoncer à dire que blanc et noir ne sont pas la même couleur. Pour en finir sur ce sujet, encore un mot , un seul , mais nous défions qu'on l'attaque : c'est qu'un lecteur qui ne connaîtrait encore rien de la

< exposition de la foi catholique y ch, ix.

doctrine ehrétienne , et qui la chercherait dans les décrets du concile, ne pourrait j)as ne pas croire , sans aucune espèce d'hésitation, que tous les sacrements ont été positivement, clairement,, directement institués par Jésus-Christ,— ce que Bossuet, ce que tous les docteur» catholiques, aujourd'hui, avouent être faux.

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Comme on tenait surtout à n-exprîmer que des décisions absolues, où l'autorité de la forme suppléât à celle du fond, on fut assez embarrassé, d'abord, sur la grande question de l'usage des sacrements , et , en particulier, de leur nécessité. Ce n*est pas que beaucoup d'évéques ne fussent déjà tout prêts à dire , sans s'inquiéter des raisons ni des conséquences , que les sacrements sont nécessaires ; mais on répondait qu'il n'en est aucun qui le soit de la même manière que les autres. Le Baptême avait été déclaré indispensable au salut : quelque opinion qu'on eût de l'excellence des autres , c'était évidemment le seul dont on pût penser cela. Un enfant mort aussitôt après le Baptême, un chrétien vivant loin de totite église, dans une île déserte ou au niilleu des païens , n'avaient jamais été regardés comme perdus , bien que six sacrements leur eussent manqué. D'un autre côté, les protestants n'avaient jamais prétendu que les saôresnents qti'ils admettaient ne fussent pas nécessaires, en ce sens qu'il n'y eût aucun inconvénient à les abolir; ils soutenaient seulement que ce ne sont pas les canaux nécessaires^ indispensables, de la Grèce qui sauve. Mais

Luther avait dit : « Les swremenUi ne fmit pa» ««#hsaires; » c'était assez pour qu'on se crût obligé de dé^clarer qu'ils le sont. Malgré les remontrances des théologiens les plus sensés, l'article p«ssa. « Anathème k qui soutiendra que les sacrements ne sont pas nécestmr&n, mais superflus «. )> Pur jeu de mots. Entre indispensa))le et superflu, il y a un milieu, at c'est dans ce milieu que les protestant^ s'étaient constamment tenus. Sur qui m sur quoi tombait donc net anathème? D'ailleurs, peuton logiquement ranger aMs la même épithète des chose» qui ne la prennent pas é^s le môme aens? Les ^acreoNnts sont nécessaires, dit le décret. Mais nécessaire aveo te Baptême, et nécessaire avec le Gène ou le Mariage, ce sont, en réalité, deux mots différents. Le décret ijente que « tous ne sont ptu nécessaires à tous lesi hommes ^ ; » éclaircissement qui n'est qu'une obscurité d§ plufl» Si nécessaire, dans cette partie de la phr^^e, ^igniie i^'• dispensable , il n'aurait pas f^llu dire qua << tous ne «ant pas nécessaires à tous, »> mais qu'un seul, le Baptême , est universellement nécea^ire. Si c'^^st autre chose qu'indispensable, le Baptême devait encore être mentii^u^ à part, et l'assertion que « teus ne s<mt pas nécessaires à tous, » ne pouvait porter que sur les six autres. — Pour se débaiTasser de ces inexactitudes, on a pns le parti de considérer ce décret comme enseignant simplemeat qu' « Il est nécessaire qu'il y ait des sacrenients. u A la rigueur, ce n'est pas en opposition avec li^ texte ; mai^ plus cette dernière propQfâiian est simple, plus il faut convenir que le texte est ^obrouillé. Cette prQp^^itiçm

* Si quis dixerit sacramenta non esse ad salutem necessaria, sed superflua... anathema sit.

' Licet omnia singuUs neeossana noa aint.

même est-elle bien claire? Elle peut encore avoir deux sens. Voulez-vous dire qu'il est bon , utile , excellent , qu'il y ait des sacrements ? Les protestants n'ont jamais dit le contraire. Voulez-vous dire qu'il les fallait absolument? Alors, qu'en savez-vous? Qui vous dit que Dieu n'eût pas pu sauver par de tout autres moyens? Et que faites-vous de tant de passages de l'Écriture où le salut est promis soit à la foi, soit aux œuvres émanant de la foi, sans aucune mention des sacrements ? Dans l'hypothèse de leur nécessité absolue, l'omission est inexplicable. ,

Pour augmenter encore le vague, on ajouta une vieille i distinction > scolastique entre la nécessité du fait et la nécessité de l'intention *. Ainsi, par exemple, TExtrême- .

Onction sera réputée nécessaire, non en ce sens qu'il faille absolument l'avoir reçue pour mourir en état de grâce, mais en ce sens qu'il faut l'avoir désirée. Et si des gens sont morts en état de Grâce sans l'avoir désirée, sans y avoir pensé, sans en avoir seulement jamais entendu parler, c'est qu'ils étaient dans des dis- i positions telles qu'ils l'auraient désirée s'ils l'avaient connue et qu'ils y eussent pensé. — Réduite à de telles proportions, la nécessité des sacrements finit par devenir quelque chose de tout à fait raisonnable ; mais il n'en est que plus déraisonnable, alors, d'avoir appelé nécessaire ce qui est si loin de l'être. C'est d'ailleurs encore en contradiction avec la nécessité absolue du Bapme. Les enfants qui n'ont pas le bonheur de le recevoir Si f^^^^^^^'^^ très-certainement s'ils le connaissaient. Quoi T^ ^^**^ dernière restriction est fondée, pour- 'es exclure du ciel pour le seul fait de ne l'a-

*s aixerit giue eis aut eorum voio,,.

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