‹ Histoire du Concile de TrenteChapitre 79 sur 138 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

de Dieu, la voilà dépendant de l'inattention d'un prêtre.

C'est ce que disait Gatharin. On ne lui répondit pas ; on vota. Le décret de Florence fut maintenu ; il n'y eut qu'un léger adoucissement de termes, lequel, au fond, ne changeait rien, u Si quelqu'un dit que l'intention, au moins celle de faire ce que l'Église fait *, n'est pas requise chez le prêtre... qu'il soit anathème. » Ce n'est pas clair ; mais nous aurons beau prendre le sens le plus large possible, et dire, par exemple, que le Baptême est valide pourvu que le prêtre, en l'administrant, n'ait pas l'intention formelle de le faire nul, — il n'en restera pas moins au prêtre l'infernal pouvoir de fermer le ciel à l'enfant qu'il aura l'air de baptiser. Dès que vous admettriez la moindre possibilité que Dieu sauvât cet enfant, — et Pallavicini lui-même est forcé de dire que ce n'est pas impossible, — vous renverseriez le décret. Avec ou sans ménagement, peu importe : vous avouez que l'intention n'est pas indispensable.

Mais, dira-t-on, que fallait-il donc faire? Fallait-il dire que l'intention est inutile? que certains mouvements des mains et des lèvres suffisent pour baptiser un enfant, pour ordonner un prêtre, pour tirer Jésus-Ôhrist du ciel et l'incarner dans une hostie? C'est bien alors que l'on crierait au formalisme ! — Sans doute ; mais pourquoi prononcer? Dites que l'intention est nécessaire, et vous ouvrez un abîme d'invraisemblances; dites qu'elle ne l'est pas, et vous voilà dans un grossier formalisme. Il y aurait bien eu une solution raisonnable, et c'était celle que Luther avait eue en vue en niant la nécessité de l'intention ; mais, celle-là, on ne la voulait

* Saltem faciendi qnod facit Ecclesia.

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pas, 00 ne poHTait pas la vmiloir. C'eût été, -^ ûoua î'aTons déjà indiqué, — de lier Teffet du sacrement, non à l'iotantion de celui qui l'administre, mais aox dispositions de celui qui le reçoit. Alors, qu'importe comment et par qui vous arez été baptisé? G*est k vous^ à TOUS seul , qu'il af^artient de ratifier votre baptême en acceptant les engafeittents pris pour vous, car, comme dit saint Paul, u le Baptême qui sauve, c'est l'engagement d'une bonne conscience devant Dieu. 9 Desmain^ d'un prêtre indigne, rien n'empêche que vous n'ayez été légitimement scellé du sceau de la Grâce ; des mains d'un incrédule qui, en vous donnant le pain de9 anges^ se sera moqué de Dieu et de vous, vous pourrez avoir communié et saintesKut communié. Il va sans dire que le prêtre serait an misérable s'il allttt s'autoriser de cela pour administrer les sacrements saips intention ei sms piété ; mais ce n'en est pas Qunns la seide idée qui ne blesse pas la raison, la justice, et l'ensemble d'un culte « en esprit et en vérité. »

Mais à quoi bon justifier nos mtiques? L'Église lésa assez justifiées par les changements qu'elle a faits oa laissé faire à ce décret. Un a^ à peine après sa publi'cation, Catbarin écrivit un livre où il osait affirmer que le concile avait voté dans son seils. On se récria, mais on ne le condamna pas. « Je pense, dit Pallavidai, qae son sentiment est faux^ Mais tia pa$ été condamné ex* prMSsémem par le décret; c'cHl pourquoi il put légiA* meinent soutenir ^u'il Of'était péê opposé au concile, s Defmis lors, que s'est*il passé ? Dans Tarticle des sacre* meots en général^ le Catéebisme Roasain adÉiet pleine^ ment, comme le concile, la nécessité de l'intention; dans les détails, il l'dMaidoiuie. Ainsi, en p«rla8t de

¥lSm\mfi^ii^ : ^ Oa «e rappeUdra, iiirUi ee qaî a élé 4it pluâ h^ut^ 0ftYoir que les saeretoents peuveht être légUi^Qment administt'éd par de EDé^haets pi^ôtFfis, poivriru que les pbo^j^i ntoessaines à la conseniBiatioti da Taote soteot eMStment observées; t> 6t le mal qiie Q9ttj} traduisons par (t^acament, riii, 1^0 se dit giiàrA qn^ de rexactitttda des formes* Ea fait» sauf les citea^. locutions nécessaires pour sauver l'honneur du eondle, la nop-iiéeesiité de Tintention a fini par être uaiversellement enseignée. L'anathème de Trente s'est transfenaé peu k peu en simples exhortations sur la gravité k mettre dans Tadministration des sacrements. O^ëst très raisonnable! très chrétien... mais ee n'est plun le décret.

Notons, h ce sujet) une différence frappante entre les modifications que le temps a apportées aux décisions du concile. Les modifications de dogme, ^ c'est dans uq sens raisonnable et chrétien qu'elles se sont, pour la plupart, opérées; mais dans les choses de pratique, «*« c'est le concile, au contraire, comme nous le verrons, qui est généralement plus raisonnable et plus chrétien que l'Église. Dans les deui oaâ, nous pouvons demander ce que devient l'autorité du code suprême éûHl h Trente.

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Après avoir ainsi réglé ce qui tehait au% sept saere^ ments en général, on se mit en devoir de les examiner à part, à commencer par le Baptême. «^Qui se serait

douté qu'avant quinze ans on n'en serait pas au dernier ?

Plusieurs des points relatifs au Baptême avaient été tranchés d'avance dans la question du Péché Originel ; il n'en restait qu'un petit nombre, sur lesquels on se mit assez aisément d'accord. Un seul arrêta quelque temps. Le baptême des hérétiques est-il un vrai baptême? Peut-on, lorsqu'Us se font catholiques, ne pas les rebaptiser? «

Depuis assez longtemps, on s'accordait à regarder leur baptême comme valable, et à ne faire entre eux, sous ce rapport, aucune distinction ; mais on ne pouvait oublier que l'Église s'était jadis montrée beaucoup moins large. A plusieurs époques, on avait paru plutôt disposé à rebaptiser tous les hérétiques, sans aucune exception. Les conciles de Nicée et de Gonstantinople ayant cru devoir désigner ceux qui seraient rebaptisés et ceux qui pourraient ne pas l'être, quelques évêques de Trente proposaient qu'on en fît autant ; mais la majorité comprit qu'on n'en viendrait jamais à bout. On se décida donc à sanctionner l'opinion généralement reçue ; seulement, pour n'avoir pas l'air de blesser d'anciennes décisions ou d'anciens images, on se borna à déclarer valable tout baptême administré « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, avec l'intention de faire ce que fait l'Église \ » Cette intention, en quoi consiste-t-elle ? Le décret ne le dit pas. L'eût-il dit, il aurait fallu dire encore jusqu'à quel point on doit l'avoir, car il est clair que tout le monde ne peut pas l'avoir au même degré et de la même manière. Le Catéchisme Romain est encore plus large. « Tout le monde peut baptiser, hommes ou

* Cum intentioue faciendi quod facit Ecclesia.

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