LIVRE TROISIÈME
que rassemblée de Bologne, pour faire sa cour à l'empereur et tâcher de Tadoucir sur l'article de la translation, ne fît chanter un Te Lleum en l'honneur de sa victoire. Le landgrave de Hesse s'était soumis. On lui avait laissé croire qu'il n'aurait qu'à s'humilier pour obtenir sa grâce, et on l'avait retenu prisonnier. Charles-Quint était le maître absolu de l'Allemagne.
Paul III avait donc plus que jamais à le craindre et à se fortifier contre lui ; d'autant plus que François P', seul en état de contrebalancer son influence en Europe, venait de mourir. Mais Henri II se montrait disposé à suivre les traces de son père. Il accueillit avec faveur toutes les ouvertur^ que le pape lui fit faire ; il lui promit sa fille naturelle, Diane, alors âgée de neuf ans, pour son petit-fils Horace Farnèse; enfin, il reconnut le concile de Bologne et promit d'y envoyer ses évêques. Le pape, de son côté, n'avait jamais été plus accommodant. En particulier, sur divers points relatifs à la collation des bénéfices, il avait accordé au roi plusieurs choses contraires aux règlements de la dernière session. Premier échantillon public de la manière dont il entendait être l'exécuteur des décisions de l'assemblée.
Cependant l'empereur, après avoir hautement approuvé et encouragé les évêques restés à Trente, s'était cru obligé de se réconcilier, sinon avec le pape, qu'il traitait de vieil entêté, du moins avec l'Église ; il n'avait rien trouvé de mieux que d'établir l'inquisition à Naples. Une sédition éclata; les Espagnols faillirent être chassés du royaume, et l'empereur dut céder. Que lui importait l'inquisition? Il n'avait voulu que faire acte de catholicisme. L'acte était fait; Paul allait en payer les frais.
^^ HISTOIRE DU COfiClLE DE TRENTE^
La diète (l*' septembre) venait de s'ouvrir à Augsbourg. L'empereur y peignit avec amertume Tiautilitë de ses efforts pour pacifier l'Europe au moyen d'un con-» cile ; puis, après avoir arraché aux protestants la promesse de s'y soumettre dès qu'il aurait repris le cours de ses délibérations, il fit écrire au pape par les prélats de la diète une lettre « qui commençait, dit Pallavicini, par une mielleuse prière, et finissait par darder l'aiguillon d'une menaçante protestation. » C'était avec une profonde surprise, disaient les prélats, qu'ils avaient appris la translation ; et ils la représentaient nettement comme anéantissant l'autorité de l'assemblée. En fait, ils avaient raison, et l'inaction des Pères de Bologne le prouvait mieux que quoi que ce fût; mais c'était pourtant un curieux spectacle que celui d'un concile devenant nul , aux yeux des principaux prélats d'une grande nation, par le seul fait de passer dans une ville appartenant au chef de l'Église. .
Ce serait donc aussi une curieuse histoire que celle de la défiance dont les souverains les plus catholiques se sont en tout temps montrés animés envers la cour de Rome. Charles-Quint et les siens ne faisaient ici qu'exprimer, un peu plus franchement que d'autres, parce qu'ils étaient plus forts, ce que les papes lisaient, ou, pour mieux dire, ce qu'ils lisent dans lei; coeurs de tou^ leurs amis couronnés, car rien, à cet égard, n'est changé. Vous entendez journellement des plaintes, des cris d'indignation et de scandale, contre les quelques gènes auxquelles la loi française soumet les relationn de l'Église avec son chef ; il semblerait que la France est le seul pays où l'on se défie du pape« La défiance y est plus franche ; mais ailleurs c'est bien autre chose en-