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4tt (Clément VIII.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1598.)

paix de Vervins , et à rappeler de temps en temps au roi et à son Conseil les réclamations du Souverain Pontife contre l'expulsion des Jésuites et le retard apporté à la publication du concile de Trente (1). Ces réclamations exprimées avec une grande politesse, furent toujours écoutées et éludées de la même manière; et le cardinal de Florence retournant en Italie, au mois de septembre 1598, emporta beaucoup de témoignages de la bienveillance de la cour, mais peu de preuves du succès de sa mission.

Quelques jours après le départ du Légat, l'assemblée du clergé reprit auprès du roi l'affaire du concile. Elle en fit l'objet du premier article de son cahier (2). François de la Guesle, archevêque de Tours, chargé de le présenter au roi, accompagna cette demande de très-graves considérations : il représenta qu'il était honteux^pour le royaume très-chrétien, de ne pas avoir encore reçu un concile que les autres nations suivaient depuis si longtemps, que ce refus opiniâtre semblait séparer la France du reste de la catholicité , et lui attirait l'accusation plausible de schisme (3).

Le schisme, en effet, était bien dans l'intention de plusieurs de ceux qui faisaient au concile une si violente opposition. Clément VIII craignit même que le roi ne connivât à ce projet., lorsqu'il apprit que ce prince avait donné à Nantes un édit en faveur des Protestants, et ordonné au Parle-

(0 Lettres iûéd. du cnrd. de Florence au card. Aldobrandini, du 18 juin 4 597, du 18 janvier, '26 mai, 20 juin, 18 août 1598, conservées aux archives du Jésus, à Rome.

(2; Cahier de l'assemblée de 1598 dans la Collect.des proc.-verb. du clerai, t. I, Pièc. juslif., p. 161.

(S)Proc.-verb. ms. de Vasscmbl. <?e 1 59S, p. 260 et suiv.

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ment de l'enregistrer. 11 manda le cardinal de Joyeuse, protecteur de la France, et d'Ossat, récemment créé cardinal , et se plaignit à eux en termes sévères, que le roi eût accordé un édit si large aux Protestants, lui qui opposait tant de difticultés à la publication du concile. Les deux cardinaux français répondirent assez nettement au Souverain Pontife qu'il y avait moins de danger pour le roi à donner un édit en faveur des Protestants qu'à recevoir le concile, et que h paix du royaume souffrirait moins de la publication de celui-là , que de la réception de celui-ci. Ils ajoutèrent pour justifier Henri IV, que les Parlements, les grands seigneurs , du moins les Politiques, et même les Chapitres, dans une intention différente, faisaient au concile une opposition plus déterminée. Cette réponse , loin de rassurer le Pontife, le confirma dans ses appréhensions ; aussi insista-t-il avec plus de force sur la publication du concile, faisant entendre qu'il douterait toujours de la sincérité de la conversion du roi, tant qu'elle ne serait pas confirmée par cet acte de justice et de religion (1).

Le cardinal d'Ossat , obligé de faire connaître à sa cour les dispositions de Clément VIII , s'acquittait de sa charge avec ces précautions diplomatiques que nous avons déjà remarquées, et qui obscurcissaient, ce nous semble, la pureté de son zèle. « Si Sa Majesté faisoit tant , écrivait-il à Villeroy, que le concile fût publié, Elle appaiseroit toutes ses colères (du Pape), et ôteroit les mauvaises satisfactions, et se mettroit une autre couronne sur sa tête. Je n'ai jamais

(I) Lottres ducard. d'Ossat au roi, du 28 mars 1499. — Dans le ReeucU <i sos lettres, t. I, p. Vi et suhv.-

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sceu connoître que ledit concile préjudiciât à aucun droit royal, comme quelques-uns ont voulu dire qu'il l'ait : mais quand il préjudicieroit à quelque chose , il se pourroit toujours publier, en y opposant un sauf, auquel on mettroit tout ce qu'on voudroit, comme les prérogatives et prééminences de la couronne, V autorité du roi, les liber tez et franchises de l'Eglise Gallicane, les Induits de la cour de Parlement, les édits de pacification , et toutes autres choses, qu'on voudroit excepter. Et comme le roi par l'Edil(de Nantes) a offensé toute cette cour , et infinis catholiques , sans le vouloir toutefois, et sans mériter qu'on s'en offensât : aussi les contenteroil-il tous parla publication dudit concile, et montreroit qu'en pourvoyant à tour aux uns et aux autres , il veut et sait bien fonder en l'Etat le repos et la tranquillité de son royaume, son obéissance et autorité , et la restauration de toutes choses bonnes (1). »

Villeroy soumettait les mêmes considérations à Henri IV pour l'engager à recevoir enfin le concile de Trente» Secondé de quelques-uns de ses amis, qui luttaient avec lui contre les Politiques, les Libertins, les Calvinistes et le Parlement, il représentait souvent à ce prince qu'il était temps de dégager la promesse qu'il avait faite de publier le concile ; que les Catholiques mécontents de l'édit de Nantes , demandaient de lui, en compensation, cet acte de justice; que les Protestants n'auraient pas lieu de s'en offenser, puisque déjà ils avaient reçu une si large faveur, et que d'ailleurs ils pourraient par l'édit de réception être exemptés de l'observation du concile.

• (!) Lettres du cat-tl. d'Oyat, t. II, p. al

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Ces raisons et d'autres semblables ébranlèrent le roi, mais le Parlement était résolu de ne pas enregistrer l'édit qui ordonnerait l'observation du concile. On essaya d'inspirer de meilleures dispositions aux principaux membres de la cour. Achille de Harlay ne voulut pas même en entendre parler; Jacques-Auguste de Thou ne se montra pas plus facile. Le roi ayant appelé celui-ci dans un Conseil de ministres, dit à tous qu'il était résolu de s'acquitter de la promesse que ses procureurs à Rome avaient faite en son nom de publier le concile de Trente ; que sises prédécesseurs n'avaient point fait cette publication , c'était moins patcrainte des dangers qu'elle offrait, qu'à cause de la mauvaise volonté de ceux à qui on confiait cette affaire , qu'on pouvait cependant la résoudre facilement sans attaquer les prérogatives du royaume, et sans inquiéter les Protestants ; que pour lui il voulait satisfaire à la fois et à ces prérogatives et aux demandes du Pape à qui il avait de grandes obligations.

Villeroy et le chancelier de Bellièvre applaudirent à ces paroles; mais le président de Thou soutint les prétentions du Parlement, et dit « que cette Compagnie voudroit s'in- » struire exactement et examiner tous les articles; que de- » puis l'établissement de notre monarchie, on ne trouve - » roit aucun exemple d'un concile reçu de cette manière ; » que les rois les plus jaloux de la religion et du maintien » de la discipline ecclésiastique, n'avoient jamais porté » leurs mains au sanctuaire, qu'ils avoient laissé ce soin » aux prélats, qui régloient en leur nom la pratique de * celte discipline , conformément aux constitutions et aux. siviiUs décrets des conciles; que les empereurs cl les roi»

WS (Cléuent VIII.) HISTOIKE DO CONCILE (An. 1599)

» de la seconde race en avoient usé de même pour le bien » de l'Etat, et qu'ils s'en étoient bien trouvés. » Le président de Thou aurait dû conclure de ces exemples que le parti le plus sage était de laisser à l'Eglise le soin et la liberté de publier des décrets de discipline et d'en faire l'application qu'elle jugerait convenable; mais il aurait dû, pour être conséquent, faire abnégation de ses préjugés parlementaires, et il aima mieux sacrifier à l'orgueil qu'à la logique. 11 ajouta donc qu'après le concile de Baie on avait tenu à Bourges une assemblée célèbre où l'on avait proclamé la pragmatique sanction. C'est-à-dire, qu'on avait reçu par un acte schismatique les décrets d'un conciliabule. Or de Thou voulait qu'on reçût le concile de Trente delà môme manière : « Il n'y a, disait-il, que ce seul exemple de la publication d'un concile, et l'on s'en souviendra toutes les lois qu'on parlera de recevoir celui de Trente : tous les Parlements, et principalement celui de Paris, dont la prééminence et l'autorité servent de règle aux autres, demanderont, dans l'examen et la publication du concile , qu'on garde les mêmes formalités qu'on observa du temps de la pragmatique de Charles VII. »

Ces paroles parurent étranges même aux membres du Conseil les moins prévenus en faveur du concile : tous jugèrent qu'il était plus sage de ne point recevoir le concile, que de suivre l'exemple de l'assemblée de Bourges. Le roi n'exprima point sa pensée; il dit seulement qu'il consulterait les autres membres du Parlement sur le même sujet, et leva aussitôt la séance , sans avoir rien conclu (1). Les autres

(1) Mem. de J. A. de Thou, liv. vi, p. 252 ctsuivv.

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présidents suscitèrent les mêmes difficultés à Henri IV et le jetèrent dans de nouveaux embarras. Il les fit connaître à Rome ((), où ces sortes de raisons n'étaient pas accueillies avec faveur, et d'où arrivaient au roi des sollicitations nouvelles de publier le concile et de rétablir les Jésuites. Clément VIII n'accordait à d'Ossat ou à l'ambassadeur aucune audience où il ne pressât la conclusion de cette double affaire. Le cardinal d'Ossat rendant compte au roi de l'audience qu'il obtint le 21 avril de l'an 1600, résume en ces termes les raisons avouées qu'apportait le Souverain Pontife, et les réponses que lui faisaient les représentants de la France •: « Bien me demanda Sa Sainteté si Votre Majesté ne m'avoit point écrit de la publication du concile et de la restitution des Jésuites , dont on vous faisoit instance de la part de Sa Sainteté. Je lui dis que non, d'autant que de ces choses-là, et autres affaires ordinaires, Votre Majesté en écrivoit à l'ambassadeur... Bien savois-je par ce que j'en avois veu es dépesches de M. deSillery, que Votre Majesté étoit après 5 faire une bonne résolution sur le fait dudit concile, et des Jésuites, et faisoit tout ce qu'Elle pouvoit pour contenter Sa Sainteté, et que j'espérois qu'en bref Sa Sainteté recevroit toutes bonnes nouvelles. Sa Sainteté me répliqua qu'elle désiroit , infiniment la publication dudit concile pour le service de Dieu, pour l'édification de l'Eglise, et pour le bien qui en viendroit à votre royaume , non-seulement au spirituel , mais aussi au temporel , et particulièrement pour l'honneur de Votre Majesté qui avoit promis et juré la publication dudit

(1) Lettres du card. d'Ossat, t. II, p. 116.

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concile. Outre que sans cela elle y seroit tenue comme roy catholique et Très-Chrétien , et qu'en ce faisant vous mettriez sur votre tête une couronne de plus grande gloire que n'étoient les deux de vos deux royaumes ensemble. Que par ce moyen Votre Majesté fermeroit pour jamais la bouche à tous ceux qui voudroient détracter d'Elle ; qu'outre les susdites considérations qui lui ont toujours fait désirer cette publication , il s'y affectionnoit encore davantage de jour en jour, pour les désordres et abus extrêmes qu'il apprenoit être en l'Eglise Gallicane, par tant de prêtres françois qui viennent à présent à Rome à l'occasion du Jubilé, et se trouvent souillez et contaminez de tant d'irrégularitez , qu'il en avoit non-seulement compassion , mais aussi une grande horreur en son ame. Qu'il exhortoit et prioit Votre Majesté de le délivrer de cette angoisse, et même d'autant qu'il y alloit aussi de la conscience de Votre Majesté. Qu'il pensoit vous avoir fait connoître assez par bons effets , et en grande variété de choses, avec quelle affection il embrassoit toutes vos affaires; qu'il étoit prêt de le montrer encore en toutes autres occasions, qui se pourroient présenter ci-après : et partant ri vous supplioit de lui correspondre en cette bonne volonté, et lui complaire en ceci , puisque Votre Majesté ne lui pouvoit faire un plus grand plaisir en ce monde.

» Je lui dis que j'espérois que Sa Sainteté en seroit bientôt consolée et contentée. Sur quoi il me répliqua qu'il ne seroit assez de publier ledit concile; mais qu'il falloît qtie cette publication fût faite sincèrement et nettement, et que Votre Majesté s'en fist honneur, et ne permît qu'on y mît rien qui vous en fist perdre le gré envers les gens de bien.

'An. 1600) DE TI\ENTE.—LIV. Vit. (C£éme*t Vin.) 501

Je vous dis cela, dit-il , pour ce que le chancelier a dit à quelqu'un que, parmi les conditions de l'absolution, l'article qui concerne la publication dudit concile contient que le roy le fera publier et observer autant que la tranquillité du royaume le pourra permettre ; et cela me fait craindre qu'on ne veuille faire quelque emplastration, qui ne soit une vaine apparence, plustost qu'un vrai et salutaire remède. Je lui dis qu'il n'avoit à craindre telle chose et qu'il en mît son esprit en repos ; que M. le chancelier n'avoit voulu dire autre chose par-là, sinon ce que M. d'Evreux et moi avions entendu , quand nous fîmes apposer ladite modification au susdit article; à sçavoir : que Votre Majesté ne seroit tenue de faire observer le concile par ceux de la religion prétendue réformée, contre l'édit de pacification, et par ce moyen entier en guerre contre eux, et rallumer les troubles en son royaume ; qu'à cause de cela même nous ne voulûmes passer une clause qui est à la fin du formulaire de la profession de foi ; à savoir que celui qui fait telle profession , la fera garder par tous ses sujets ; que suivant cela M. le chancelier avoit voulu dire, que par la publication du concile les édits de paciliçation ne seroient point abolis , ni les hérétiques contraints d'observer le concile jusques à ce que Dieu les eût illuminez, et réduits au giron de l'Eglise catholique: mais qu'au reste le concile seroit receu et observé par les Catholiques. Le Pape me répondit que si le dire du chancelier s'entendoit ainsi, il n'y avoit point de mal ; et qu'il se souvenoit bien que nous lui avions ainsi expliqué ladite restriction de la tranquillité du royaume.

» Après cela il me dit qu'il avoit aussi à cœur l'affaire des

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Jésuites, et l'estimoit grandement mile à votre royaume, et qu'il vous prioit aussi d'y pourvoir au plustost (1). »

Le Souverain Pontife exprimait si souvent le même désir au cardinal d'Ossat, et l'évêque de Modène, son nonce , en demandait l'accomplissement avec tant d'instances à la cour, que le Conseil fut enfin obligé de délibérer sur l'édit de publication. On le rédigea de manière à épargner toutes les susceptibilités ou les passions qui s'opposaient au concile. Avant de le présenter, on en envoya la minute à l'ambassadeur et à d'Ossat, pour pressentir l'accueil qu'il recevrait à Rome. Nous ne connaissons point la réponse de Sillery ; mais le cardinal émit un avis conçu en ces termes :

« Mon avis est qu'encore qu'une publication pure et simple plairoit ici plus qu'une modifiée, si est-ce que les trois modifications n'offenseront point le Pape, et mêmement avec la bonne et équitable interprétation , que M. de Sillery et moy y apporterons. Car quant à la dernière, qui concerne les édits de pacification , elle nous fut accordée par le Pape, lors de votre réconciliation ; et Sa Sainteté en demeura d'accord avec moi dernièrement...

» Quant à la première et à. la seconde modifications, outre qu'elles sont équitables, et serviront à fermer la bouche à ceux qui s'opposent à cette publication , et à la faire passer plus facilement par-delà, elles ne restreignent quasi en rien ledit concile : parce que , quoi que quelques-uns mal affectionnez à ladite publication prétendent, il ne se trouvera en effet que l'intention du dit concile ait été de toucher aux

[() Lettres du card. d'Ossat. t. II, p. 151 et suivv.

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droits et prérogatives de votre couronne, ni d'autres; et moins aux libertez, franchises et immunitez des Eglises , pour lesquelles y a plusieurs décrets audit concile, et nul au contraire : si on ne vouloit dire que les concubinages, les simonies, et autres tels abus, fussent libertez, franchises et immunitez de l'Eglise Gallicane, de laquelle les vraies libertez sont au droit canon, autorisé et maintenu principalement par les Papes et le Saint-Siège, de sorte que Sa Sainteté ne s'en voudroit, ni pourroit honnêtement plaindre. Je conclus donc qu'il me semble que Votre Majesté ge peut asseurer que la publication du concile plaira infiniment par deçà, nonobstant lesdites modifications; et que Votre Majesté ne pourroit faire aujourd'hui chose qui soit pour apporter plus de contentement au Pape, et à toute cette cour, ni plus de confusion à vos haineux, détracteurs, émulateurs et envieux, ni plus d'édification à l'Eglise, et à toute? les parties de votre royaume', ni à Votre Majesté plus de mérite envers Dieu, ni plus de réputation et de gloire envers les gens de bien (1). »

L'avis du cardinal d'Ossat dut rassurer le roi et son Conseil; mais il ne satisfit pas le Parlement, ni les Politiques , ni les Protestants. Duplessis-Mornay qui exerçait sur sou parti, sur plusieurs seigneurs de la cour et môme sur les magistrats, un funeste ascendant, déployait alors contre le concile toute la haine qu'il portait à l'Eglise et au Saint- Siège. Il s'efforçait de la communiquer aux membres du Parlement et à tous ceux de ses amis qui pouvaient la ser-

(1) Lettres dn card. d'Ossat,, t. II, p. 17G —Lettre au roi, du 20 mai 1600.

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vir : il la montrait moins au roi; mais il n'épargnait, pour le détourner de son dessein, aucune des raisons que lui fournissait une perfide politique; et il les répétait si souvent que le roi, fatigué de ses instances, lui répondit un jour avec un geste d'indignation : // faut cependant que nous soyons chrétiens (1).

A cette époque, Mornay essuya une autre humiliation qui compromit sa réputation oison crédit môme dans sa secte. Dans une conférence convoquée par le roi à Fontainebleau, Du Perron prouva, en présence d'une nombreuse et brillante réunion, que Duplessis, dans son traité de l'Eucharistie, avait tronqué ou falsifié les passages des Pères et d'autres auteurs ecclésiastiques qu'il citait , pour les faire parler en sa faveur; et son adversaire ne put échapper à sa honte que par une maladie venue fort à propos pour terminer les séances (2).

Le chancelier de Bellièvre et Villeroy profitèrent de cette circonstance pour demander à Henri IV, conformément aux intentions du Saint- Père, la publication du concile de Trente et le rappel des Jésuites; mais la question du marquisat de Saluées, qui tournait à la guerre, absorbait alors l'attention du monarque; il différa donc à un autre temps la conclusion de ces deux affaires (3), et la guerre qui éclata , trois mois après, sembla les lui faire oublier. De son côté, l'assemblée du clergé, respectant les préoccupations du roi, se

(1) De Liqucs, Vie de Mornay, liv. n,p. 2fi0 et suivv.

(2) De ïhou, Hist. univ., t. XIII, p. 445 et suivv. — Mém de Sully, an. 1 600. (3; De Thon, Hist. univ , t. XIII, p. 449. — Pierre de L'Etoile, Journ. du

règne de Henri If , La tlaye, 1741 - 4 in-12). t. IL p 5J3.

(An. 1601) DE TRENTE'.— LIV. tlîi (Clément VIII.) 505

borna à lui présenter de nouveau l'article qu'elle lui avait déjà soumis deux ans auparavant.

Clément VIII ralentit aussi ses instances; mais lorsqu'il confia au cardinal Aldobrandini, son neveu, la mission de bénir le mariage du roi avec Marie de Médicis, il lui recommanda de presser, en toute occasion, la publication du concile de Trente.

Le cardinal comprit qu'il en parlerait toujours en vain tant que la guerre durerait : il s'efforça d'abord de la faire cesser; et il agit avec tant de prudence et d'habileté que la paix fut conclue le 17 janvier de l'an 4601. 11 s'occupa alors de l'affaire du concile et de celle des Jésuites, et peut-être les aurait-il heureusement terminées, si ses emplois ne l'eussent rappelé à Rome, et si les suites du traité de paix n'eussent pas attiré ailleurs les soins du roi de France (1). Innocent Buffalo, évoque de Camerino, qui vint remplacer l'évêque de Modène, en qualité de nonce, renouvela les instances de son prédécesseur et du cardinal Aldobrandini sur le même sujet. Le roi lui témoigna également le désir de contenter Sa Sainteté, et le regret d'être si mal secondé par les circonstances; car le roi, mécontent de l'Espagne, méditait alors des projets de guerre contre cette nation.

Ce furent aussi les raisons que le cardinal d'Ossat allégua au Souverain-Pontife, qui s'inquiétait de tous ces délais: il ne suspectait point la sincérité du roi ; mais il craignait que certains personnages, dont il était entouré, n'eussent trop d'empire sur sa volonté; et cette crainte, disait-il, ne

(1) Lettre du roi au eard. d'Ossat, du 20 janvier 1601, parmi le? lettres rlucard.jt. II, Siipplém., p. 12.

il. ko

506 (Clment VIII.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 4601)

pouvait céder qu'aux effets de la bonne volonté du roi (1 ■),. Comme s'il eût voulu le forcer à surmonter tous les mauvais conseils dont ce prince était obsédé , il montra l'intention de ne lui accorder des faveurs qu'à la condition qu'il publierait le concile de Trente et rappellerait la Compagnie de Jésus dans le ressort du Parlement de Paris. Et lorsque d'Ossat se présentait au Vatican pour soumettre à Clément V11I quelques nouvelles demandes du roi, ou lui rappeler celles qu'il lui avait déjà faites : « Et moi, répondait le Pontife, je rappelle au roi la publication du concile et le rétablissement des Pères Jésuites. » — « Qui étoit assez me signifier, écrivait au roi le cardinal d'Ossat, que si Votre Majesté veut être contentée de ladite dispense (du mariage d'entre M. le duc de Bar, et madame votre sœur), et de telles autres choses, il faut lui complaire desdites choses; et qu'autrement il n'en fera rien (2). »

Celle résolution du Pape stimulait la volonté de Henri IV, mais elle ne lui donnait pas assez de force pour renverser les obstacles qu'elle rencontrait. Les Protestants, les politiques et les Parlementaires lui en suscitaient toujours de nouveaux, et s'efforçaient ou par leurs cris , ou par leurs insinuations, ou parleurs calomnies, d'empêcher ou d'éloigner la publication du concile et le rétablissement de la Compagnie de Jésus. Guillaume Ranchin , magistrat de Toulouse, interprète des uns et des autres , avait, peu de temps auparavant , exprimé leurs passions communes dans

(1) Lettres du card. d'Ossat, t. II, p. 395.

(2) Ibid., p. 401-434.

(An. 1601) DE TRENTE.-LlV. VIT. (Clément VIII.) 507

sa' Révision du concile de Trente (1). Ce libelle sorti des presses de Genève, obtenait dans le royaume un 'succès qu'on ne pourrait s'expliquer en le lisant, si l'on ne savait qu'il était partout colporté par les agents d'une propagande anti-catholique. Les Protestants applaudissaient aux déclamations de l'auteur contre le concile, l'Eglise et le Saint-Siège"; les Parlementaires et les Politiques, qu'on appelait aussi les Estatiens, y reconnaissaient leur zèle hypocrite pour les droits du roi et la sûreté de l'Etat ; et les ecclésiastiques, indignes de leur profession , y trouvaient des flatteries qui les encourageaient dans leur antipathie contre la réforme prescrite par le concile.

Or toutes les passions, dont ce libelle parlait le langage, protestaient ensemble contre le concile de Trente ; elles se déchaînaient avec la même fureur contre la Compagnie de Jésus, et le roi étourdi, pour ainsi dire, par ce concert de cris , ne pouvait se décider à publier l'un , et à rétablir l'autre.

Soit que le Souverain Pontife respectât les embarras du roi de France, soit qu'il espérât qu'un silence étudié serait plus significatif que ses sollicitations, auparavant si pressantes , il ne parla plus au cardinal d'Ossat de la publication du concile et du rappel de la Compagnie de Jésus, que rarement et comme par incident. Le nonce tint la même conduite à la cour de France. Le roi et son Conseil furent étonnés de cette réserve (2) ; mais ils semblèrent en compren-

(I) Révision du Concile de Trente, contenant les nullités dïeelui, les griefs du roy de France, et autres princes chrétiens, de l'Eglise gallicane et autres calholiques, 1600, in-8o.

2) Lettres du card. d'Ossat, t. II, p. 536,

508 (Clément VIII.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1602)

tire la signification; car, en 4602, ils donnèrent au Pape, sinon toute la satisfaction qu'il demandait, celle du moins que les circonstances leur permettaient de lui donner. Le roi répondant au cahier que l'assemblée du clergé lui avait présenté deux ans auparavant, s'exprimait ainsi sur le premier article, relatif au concile de Trente :

« Le roi , sur la remontrance qui lui a été faite de la part de Notre Saint-Père le Pape, par M. le cardinal de Florence, Légat en ce royaume, et depuis par M. le cardinal Aldobrandin, aussi Légat du Saint-Siège et de Sa Sainteté , touchant la publication du concile de Trente > a fait entendre auxdits sieurs cardinaux ce à quoi pour lors il se pouvoit résoudre, et le désir qu'il a, de donner, pour ce regard, tout contentement à Sadite Sainteté, exhorte et prie les Ecclésiastiques de veiller soigneusement sur leur troupeau , observant', pour la réforrnation des mœurs et de la discipline ecclésiastique, les saints décrets et constitutions canoniques, contenues audit concile et autres précédents, et enjoint à tous ses juges et officiers de prêter main forte à l'exécution des jugements donnés par lesdils juges ecclésiastiques , pour ce qui concerne la discipline et mœurs des ecclésiastiques, conformément aux ordonnances et loix du royaume (1). »

Cette réponse ne remplaçait point l'édit que demandaient le Saint-Siège et l'Eglise de France; mais elle témoignait du moins de l'intention du roi , et donnait au zèle des évêques un concours qu'ils avaient jusqu'alors vainement réclamé.

(1) Collecta des pwc.-verb. du clergé de F>\ , t. I, Pièc. justit'., p. t"cL

(An. 1603) DE TRENTE.— LIV. VII. (Clément VIII.) 5(K> L'année suivante, le Souverain Pontife reçut une satisfaction plus complète sur l'autre objet de ses demandes. Le roi, malgré les instances de l'ambassadeur d'Angleterre, des seigneurs protestants ou politiques , rétablit la Compagnie de Jésus par un édit publié à Rouen au mois de septembre d603, et enregistré au Parlement de Paris, le 2 janvier 1604 (J).

Par ces deux actes , quoique le premier restât imparfait, le roi écartait momentanément les deux principaux moyens qu'avaient employés. les artisans du schisme pour soustraite la France à l'obéissance du Saint-Siège. Ils n'osèrent pas faire éclater leur mécontentement ; mais ils ne désespérèrent poinl d'enlever un jour au Pape l'avantage que le roi venait de lui donner. Les Protestants qui , dans leur synode, tenu à Gap, l'année précédente, avaient mis dans leur symbole que le Pape était l'Antéchrist, s'alarmèrent des concessions que le roi lui faisait, et en redoutèrent de pins funestes encore : « Je ne vous nie pas-, écrivait Mornay à un ministre calviniste de Londres, que nos Eglises n'ayent des appréhensions, quand ils entendent que les Jésuites, boutefeux de la chrestienté, saisissent ses oreilles (du roy), quand il vient de fois à autre ù parler de I'eslablissement du roncile de Trente. Non qu'elles craignent ceux-là, ajoule-t-il, pour dissimuler ses vrais sentiments', ou qu'elles ne sçaehent bien que , par les édits, elles sont exceptées des lois de cestui-cy ; mais parce qu'elles argumentent que, si le Pape, nonobstant les considérations dejia personne du roy\

(1) Chenu, Questions notables de droit y chap. H7«r — ISerettre frrt*içpiç.

510 (Clément VLII.) HISTOIRE DU CONCILE (An. ÎGO.S)

du repos public, de la dignité de son Estât, de ses cours souveraines, a pu ou peut gaigner ces points-là, lorsqu'il n'ira que d'elles (des cours souveraines), il y devra trouver moins de difficultés (1). »

Henri IV, en effet, avait conçu et professait pour le Pape, alors régnant, une estime et une affection qu'il aurait tôt ou tard témoignées par une publication plus solennelle du concile : c'était l'espoir des Catholiques et la crainte des Calvinistes. Malheureusement Clément VIII cessa de vivre le 3 mars de l'an 160o; et sa mort délivra le roi des obligations de la reconnaissance, sinon de la fidélité à sa parole. Personne, dans le Sacré-Collège , n'était plus capable que le cardinal de Florence de relier ces rapports d'amitié entre le Saint Siège et la cour de France. Il succéda, il est vrai, à Clément VIII, sous le nom de Léon XI, mais au bout d'un règne de vingt-six jours, il laissa vacante la chaire de saint Pierre , que le cardinal Camille Borghèse occupa après lui r sous le nom de Paul V.

Peu de jours après son exaltation, le nouveau pontife adressa aux évoques français un bref, où, après un magnifique éloge de leur corps, il les exhortait à veiller au salut des âmes que le Seigneur leur avait confiées, à guérir les maux que leur avait faits l'iniquité des temps, à puiser dans les conciles anciens et modernes une règle de conduite conforme à la dignité de leur Etat (2).

[Y) Lettre de Dupîessis à La Fontaine , du 26 mars 160-1, dans ses Mem., t. 111, p, 47 et survv.

(i) Colkct. des proc-verb. des assembl. du clergé de /'>., t. I, pîèc. just. p. iSS etsùîVr.

(An. 1605) DE TRENTE.— LIV. VIL (Paul V.) 511

L'Eglise de France entendit des avis si paternels : les plus illustres de ses membres, réunis alors à Paris, semblèrent prendre le bref de Paul V pour base de leurs délibérations, pendant lesquelles ils montrèrent toujours pour le Saint- Siège un respect remarquable.

Ils ne déployèrent pas moins de zèle pour le concile de Trente : ils en empruntèrent l'article de leur cahier, relatiaux causes matrimoniales (2); ils prirent en main la défense de l'évêque d'Angers, qui, conformément à l'intention du concile, avait prescrit dans son diocèse l'usage du Bréviaire romain , et demandèrent justice au roi contre Louis Servin , cet avocat de toutes les causes scandaleuses , qui avait soutenu au Parlement l'appel de quelques hommes turbulents du diocèse d'Angers (2) ; enfin, ils résolurent de demander la publication solennelle du concile de Trente , et tirent de cette demande le premier et le second article de leur cahier général, empruntant , pour l'exprimer, la formule dont s'était servie l'assemblée de 1596.

Cette formule réservait certains privilèges ou usages du royaume sur lesquels le clergé proposait au roi de s'entendre avec le Souverain Pontife; mais comme le Conseil et le Parlement donnaient aux Libertés de l'Eglise Gallicane une étendue et un sens que le clergé ne reconnaissait point, l'assemblée ajouta à sa demande un second article conçu en ces termes : « Et parceque, sous le prétexte de votre royaume et Libertés de l'Eglise Gallicane, Votre Majesté pourroit être divertie de la publication dudit concile, aussi

(1) Proc. verb. ms.de rassemblée" de 1605-1606, p. 204 et suWt.

(2) Ibid.t p. 107 et suivv. 120 et suivv.

5(2 (PaulV.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1 606)

qu'il est raisonnable que non-seulement vos juges , mais encore les prélats et ecclésiastiques de voire royaume soyent informez, et ayent la vraye connoissance desdits droits et Libertez pour faire cesser infinies appellations comme d'abus, parle moyen desquels l'autorité et discipline ecclésiastique est dutout énervée, anéantie et rendue illusoire, plaise à Votre Majesté députer tels de MM. de votre Conseil et Cours de vos Parlements qu'il luy plaira , pour avec les prélats et députez de ladite assemblée conférer desdits droits et Libertez, les déclarer, régler, et limiter (1). />

Sur le premier article le Conseil répondit que le roi ne pouvait donner à la publication du concile la solennité que demandait le clergé, parce qu'il était entouré des mômes circonstances que celles où s'étaient trouvés ses prédécesseurs, qui avaient fait insérer dans leurs ordonnances la plupart des articles (de réformation) du concile de Trente ; que du reste Clément VIII, satisfait des représentations des ambassadeurs français, n'avait pas pressé Sa Majesté d'en faire davantage (2).

Quant à la conférence demandée dans le second article , le roi l'accorda pour le cas où les pourpalers , déjà commencés entre les députés du clergé et quelques membres du Conseiï et du Parlement, n'aboutiraient à aucun résultat (3). Mais il paraît que ni ces pourparlers , ni la conférence, si elle eut lieu , n'amenèrent l'effet que se proposait

£1) Proc.-verb. ms.de l'assemblée de 1605 1606, p. 703 et suivr.

(2) Ibido

(3) lbid.rp. 705,

(A*. 1609) DE TRENTE.— LIV. VII. (PaulV.) 513

le clergé, puisque ses députés demandèrent plus lard une conférence semblable, et les mêmes explications.

Quoiqu'il en soit, l'assemblée fut obligée de se dissoudre sans avoir obtenu la publication du concile. Celle de 1608 , reprit cette affaire et la poursuivit avec le môme zèle ; mais elle n'obtint pas davantage. Le roi se contenta de faire à sa demande la réponse qu'il avait'déjà faite au cahier de l'assemblée du clergé de l'an 1600 (1).

Louis de Vervins, archevêque de Narbonne, désespérant de la bonne volonté ou du pouvoir du gouvernement, résolut d'agir en dehors de son intervention, En 1609, il assembla de sa propre autorité le concile de sa province; ses suffragants lui prêtèrent un concours empressé; et après avoir prononcé la profession de foi prescrite par Pie IV, ils dressèrent ensemble les plus sages règlements pour assurer dans leurs diocèses l'observation de tous les décrets du concile. Leur œuvre fut approuvée à Rome et consola un peu le Saint- Père du retard que le gouvernement mettait à la publication du concile de Trente. (2).

Jamais cependant il n'avait été plus urgent pour la France de donner un témoignage solennel de son attachement à l'Eglise. Les sectaires de tous les pays méditaient alors le projet et combinaient les moyens de réunir leurs forces et d'accorder leurs opinions pour les opposer à la religion. Duplessis-Mornay était l'ame de ce complot, Jacques Ier, roi de la Grande-Bretagne , en était le centre et le chef. L'atroce persécution que ce prince exerçait contre les Catholiques,

(1) Collent, des proc.-verb. des assembl. du clergé, t. I, Pièces just. p. 189.

(2) Hard., Acta Concilier., t. XI, p. 3 et se<i»i.

514 (Paul V.) HISTOIRE DU CONCILB (An. 1610)

le pouvoir qu'il prétendait exercer sur les consciences, sa manie de dogmatiser qui le faisait appeler Maître Jacques par les hommes sensés , et docteur inspiré , par ses flatteurs , sa confession de foi où il accusait le concile de Trente d'erreurs et de cruauté, ses prétentions à l'infaillibilité , le serment d'allégeance qu'il avait prescrit , et qu'il exigeait avec une rigueur barbare, le rendaient bien digne d'un pareil rôle : pour le remplir il se mit à publier de mauvais libelles contre la religion catholique, de vaines réponses aux réfutations de ses écrits ou de ses actes , des apologies de sa conduite, de ses vices et de ses œuvres, des édits à la fois ridicules et sanguinaires contre ses sujets catholiques (1). Mais ce zèle ne satisfaisait point les sectaires : ils auraient mieux aimé que Jacques Ier employât son épée que sa plume pour opérer l'union projetée. « J'ai veu1, écrivait Duplessis à un ministre protestant de Londres, ce qui a esté écrit contre le roy de la Grande-Bretagne.... Mais cela devroit exciter la vertu de ce grand prince, non que sa plume , à procurer l'union de toutes les Eglises réformées de la Chrestienté , et de tant plus qu'il semble que l'Allemagne en ses principales parties s'y dispose, que l'Italie mesme nous ré-

(1) Dans un de ses édits, Jacques disait : Toutefois considérant et remarquant les procédures et prétentions de ce Siège (de Rome), nous n'a- >ous aucun sujet de juger que les princes de notre religion et profession s'en puissent promettre aucune assurance, si l'on ne s'accorde à recourir à quelque puissant moyen, tel que le serait un concile général . libre et légitimement convoqué pour déraciner ces dangers et jalousies qui naissent à l'occasion de la religion, soit entre les princes eux-mêmes, soit entre les princes el leurs sujets... » (Mém. d'Etat de Villeroy, t. III, p. 293. — Paris, 1623 )

(À*. 1610) DE TRENTE.— L1V. VII. (Paul V.) 515

■clame (Frâ Paolo Sarpi et Fra Fulgentio s'efforçaient alors d'entraîner Venise dans l'hérésie...) Ne seroit-il donc pas désormais temps que nous sortissions de notre centre à la circonférence, quiltissions nos puntilles domestiques pour mettre la coignée à cette racine ? » Et plus loin parlant à ce ministre de ce qu'il avait écrit sur l'antechrist, c'est-à-dire, contre le Pape, il ajoute : « Et n'avons point tant à instruire le monde là dessus qu'à estudier tous les moyens de le détruire (1). »

Tandis que les hérétiques rêvaient ce projet de ligue ou d'union , il s'éleva parmi eux d'éclatantes disputes qui en montrèrent l'impossibilité. En France, Tilenus et Dumoulin se convainquaient d'erreurs et s'anathèmatisaient mutuellement; en Hollande, les Arminiens étaient aux prises avec les Gomaristes; en Angleterre, le presbytéranisme , alors en faveur, excommuniait le puritanisme ; en Allemagne, les Luthériens refusaient aux Calvinistes le titre de réformés; enfin l'Europe retentissait des discussions de l'hérésie. Les plus habiles de ses partisans, honteux de tout ce fracas, parvinrent à arranger un accommodement quelconque entre les principaux combattants; et l'on put reprendre le projet de réunion.

On le poursuivait avec ardeur, lorsqu'un infâme assassin,nommé Ravail lac, ôlala vie à Henri IV. Cet épouvantable forfait laissa la couronne de France sur la tête d'un enfant, et le gouvernement entre les mains d'une femme.

Ces circonstances donnèrent à toutes les passions an ti

(! ,jLetlre de Duplessis à La Fonta'no, du 13 ma p 1C09, dans ses Uùn., I. Iil 1.293.

516 (PaulV.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1610)

religieuses, quelque temps comprimées par Henri IV, des espérances qu'elles s'efforcèrent de réaliser. Les Protestants se remuèrent pour arracher au pouvoir de nouveaux avantages; les artisans du schisme reprirent leur projet; tous s'acharnèrent sur la Compagnie de Jésus avec celle rage d'impiété qu'ils nourrissaient contre le Souverain Pontife. Jamais peut-être le cœur humain n'avait manifesté plus de méchanceté : jamais la calomnie ne s'était étalée plus impudente, ni sous des formes plus variées et plus infâmes. Le concile de Trente ne fut point oublié dans ce déchaînemenf général : le Parlement, maître de la volonté d'un roi encore enfant, se promettait bien d'enlerrer sous ses arrêts les décrets de l'Eglise universelle. De Verdun, qui venait de remplacer Achille de Harlay dans la dignité de premier président, témoigna l'intention d'exercer sa charge de manière à contenter les Protestants, de soutenir les ennemis de la Compagnie de Jésus et de refuser la publication du concile de Trente. « 11 y en a , dit-il , un jour, à un conseiller à la cour, nommé Villemereau qui peu de temps après embrassa le calvinisme , il y en a qui parlent de la publication du concile de Trente; mais je perdrai la vie plus tôt que d'y consentir (1). »

De son côté, l'épiscopat était bien résolu de net"pas cesser ses poursuites, jusqu'à ce que la France eût donné cette preuve de sa religion. L'assemblée du clergé de 1610, où se trouvaient deux cardinaux, six archevêques, et vingt-quatre évèques, se hâta de prévenir la régente en faveur du con-

,{l) Journal de Henri IV, sous le 14 avril 1611,

(An. 1610-1614.) DR TRENTE.— LIV. VII. (Paul V.) 517

cileet de dissiper toutes les préventions qu'on pourrait lui inspirer pour l'empêcher de le publier. Le 2 septembre de l'an 4610, François Péricard, évêque d'Avranches, lui présenta Je cahier de l'assemblée, dont le premier article était ainsi conçu :

« Bien que plusieurs supplications et remontrances ayent été faites aux roys vos prédécesseurs, pour obtenir la publication du concile de Trente en ce royaume, elle ait toujours été différée, sous prétexte que cela peut apporter quelque préjudice à vos droits et autorité, néanmoins les prélats et autres ecclésiastiques assemblés , par votre permission , en votre ville de Paris, sont obligés de représenter à Votre Majesté, non-seulement comme ecclésiastiques, pour l'honneur de Dieu et l'acquît de leurs consciences et de la vôtre, mais comme vos très-humbles et très-fidèles sujets, et qui faisant le premier ordre de cet Etat, sont obligés à la manutention de votre autorité royale, qu'ils ne croient pas qu'il y ait rien audit concile qui la puisse ni altérer, ni amoindrir, mais plutôt pour beaucoup de diverses considérations, Sa confirmer et assurer ; et pour ce supplient Votre Majesté d'avoir pour agréable de choisir et commettre tel nombre de personnes qu'il lui plaira', éminenles en piété, en suffisance et en fidèle affection au bien de son service et de son Etat, pour l'examiner et considérer soigneusement, afin que Votre Majesté en étant mieux éclaircie et informée par leur rapport, il lui plaise en ordonner la publication, aux mêmes modérations déjà proposées par les susdites remontrances. j>

Pour toute réponse à cet article , le président Jeannin renvoya le clergé à celle que le Conseil avait faite au cahier il. kk

518 (PaulV.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1610-1014)

de l'assemblée précédente (1). Le clergé n'en attendait pas d'autre; mais il avait saisi le nouveau règne de la question du concile, et c'était surtout le but qu'il se proposait. 11 comprenait que cette grande affaire, devant laquelle Henri IV lui-même avait toujours reculé, ne pouvait pas être résolue par la faiblesse du gouvernement actuel , autour duquel s'agitait une tempête de passions politiques et de haines de sectaires. Le protestantisme, mû par une fièvre de révolte, se remuait en tous lieux, et faisait entendre de nouvelles exigences; le Parlement s'efforçait de mettre le roi et la régente sous sa tutelle, et de leur imposer ses prétentions anti-catholiques. Le docteur Ricber lançait au milieu de tous ces éléments du schisme un libelle capable de le provoquer; la cour offrait l'image d'une mer orageuse, où de puissantes ambitions se heurtaient, comme des flots, les unes contre les autres. Rien n'en arrêta plus l'explosion , quand le mariage de Louis X1I1 avec Anne d'Autriche, infante d'Espagne, eût été conclu. Alors les seigneur» protestants rompirent d'une manière éclatante avec la cour d'où ils se retirèrent , suivis de plusieurs illustres mécontents. Ce tumulte n'était point encore apaisé, lorsque la régente convoqua les Etat-Généraux à Paris, pour le moi» d'octobre de l'an 1614.

Les assemblées électorales se tinrent au milieu de la fermentation que la cour avait communiquée à tout le royaume ; et les députés qu'elles choisirent apportèrent à leur mission et à leurs prétentions une effervescence qui présageait

41) Colled. des proc.-verb. dçs assemb. du cl.„X. K, Piec. juslif. , p. J.

(A*. 1614) DE TRENTE.— LIV. VII. (PaulV.) 519

de'sinistres résultats. [L'épiscopat, 'effrayé de la rapidité avec laquelle la France se précipitait vers le schisme, eut soin d'élire des députés'capables de conjurer ce malheur. Jamais, en effet, il ne fut plus noblement représenté dans nos assemblées générales. Les cardinaux de Joyeuse , de Sourdis, Du Perron, de Bonzy, de La Rochefoucauld, Denis Simon de Marquemont, archevêque de Lyon, François de Péricard, évoque d'AvraRches, René Potier, évêque deBeauvais, Armand Duplessis de Richelieu, alors évêque de Luçon , étaient par leur science, leurs talents ou leurs vertus, non-seulement l'honneur de leur corps, mais encore la gloire de l'Eglise entière. Ce furent eux qui , avec cinquante autres prélats , évêques ou archevêques, soutinrent dans les Etats les intérêts de la religion catholique.

Leur premier soin fut de délivrer l'Eglise de France des menaces de schisme, qui planaient sur elle ; et la publication.du concile de Trente leur parut le moyen le plus puissant pour atteindre leur but. C'est pourquoi, dès le 7 novembre, ils résolurent d'un commun accord, dit le procès-verbal de leurs délibérations; «Qu'il seroit fait article contenant très-humble supplication et instance au roy, à ce qu'il lui plaise avoir agréable et ordonner que ledit sacré concile de Trente sera receu, publié et gardé par tout son royaume, et les saints décrets et constitutions d'iceluy observées et exécutées par toutes personnes de ses Estais, terres et pays de son obéissance (4). » Et afin, que cette de-

(1) Proc.-verb. de la ehambre ecclésiastique des Etats-Généraux du royaume... tenus? en la ville de Paris es mois d'octobre, novembre, décembre, ICI», janvier, février, mars 161 5^ (2e édit.) p. 75,

520 (PaulV.) HISTOIPiE DU CONCILE (An. 1G14)

mande souffrit moins de difficultés et moins de retard, on ajouta le lendemain qu'elle se ferait sous la réserve des droits de la couronne, des libertés de l'Eglise Gallicane, des exemptions des chapitres , dont on requerrait la confirmation de la part du Saint-Siège (1).

Le 27 novembre , la chambre ecclésiastique ouvrit, sur cette double proposition, des délibérations qui occupèrent trois séances consécutives. Tous reconnurent l'importance et la nécessité de cette publication, et l'obligation de recevoir la doctrine et la morale du concile ; ces deux points furent mis hors de la discussion : le premier, parce que tout le monde en convenait; le second, parce qu'on ne pouvait le refuser, sans encourir le crime d'hérésie, et que d'ailleurs de l'aveu des rois à qui on avait si souvent fait cette demande, des Parlements eux-mêmes, la foi du concile était celle de la France. La discussion ne roula que sur la clause ajoutée à la demande de la publication. A ce propos, quelques prélats firent de graves et savantes considérations sur l'autorité des conciles généraux, sur le respect qui doit accueillir leurs décrets, et particulièrement sur la dignité spéciale du concile de Trente. Ces discours révélèrent dans la clause proposée une certaine témérité, ou du moins une présomption apparente. La Chambre ecclésiastique, qui ne voulait point s'en rendre coupable, protesta d'abord de son attachement inviolable à la doctrine du concile de Trente , et justifia ses réserves parles modifications suivantes : « Toutes

(1) Proc.-verb. de la chambre ecclésiastique des Etats-Généraux de \4lk- 1615, p. 76. — Collect. des proc.verb.des assemblées génér. du clergé deFr . t. II, p. 113.

(An. 1614) DE TRENTE.— tIV. VII. (Paul V.) 521

fois parce que dès la naissance de la piété du christianisme, et au siècle mesme des Apostres et de leurs plus proches successeurs , ceux qui ont gouverné l'Eglise, ont jugé qu'aux choses qui regardent la police et discipline extérieure , il estoit permis , voire mesme raisonnable, quelques fois nécessaire, d'y admettre de la diversité, de dispenser, de changer et de relascher quelques points des ordonnances que les conciles généraux avaient establies touchant cette sorte de police ; et pour les mesmes raisons en pouvoir prendre et garder un autre ordre, soit par l'autorité du Saint-Siège et permission des Souverains Pontifes, soit par les règlements des conciles nationaux , qui pouvoient estre induits à y consentir par les longues pratiques, fondées en une tradition receue de toute antiquité, et sur la considération des circonstances, des temps , des personnes, des nations et des provinces, qui ont donné occasion et fait naître cette diversité sur ladite police en beaucoup de lieux. Pour ces raisons, le clergé de France a aussi estimé, que le saint et sacré concile de Trente estant publié, et son autorité receue et reconnue en tout ce qui regarde les décrets de la foy, et les définitions de la doctrine, dont la conservation luy est plus chère que la vie, le Saint-Siège apostolique, la chrestienté, toute l'Eglise catholique ne trouvera point mauvais, que, pour ce qui regarde la police, il prétend et désire que ladite publication s'en fasse, et que ledit concile soit receu en ce royaume, et les constitutions d'iceluy gardées et observées, sans préjudice toutes fois des droits du roy, Libertez de l'Eglise Gallicane, privilèges, et exemptions des Chapitres, Monastères et Communautez. »

Ces explications, cependant, ne satisfaisaient point à la

522 (Paul V.) HISTOIRE DU CONCILE (A?UGI4)

consciences des députés ecclésiastiques, et ne manifestaient pas suffisamment la pureté de leur intention : ils voulurent encore, à l'exemple de leurs prédécesseurs,qu'il fût bien entendu que ces réserves n'altéraient point leur attachement au Saint- Siège, qu'elles n'impliquaient aucun mépris pour son autorité; c'est pourquoi ils convinrent qu'à ces réserves on ajouterait la clause suivante :« Pour lesquels privilèges, libertez et exemptions, Sa Sainteté sera suppliée à ce qu'elles soient réservées et demeurent dans leur entier, sans que ladite publication y puisse préjudicier. j>

Après ces délibérations et ces explications, on conclut que la demande de la publication du concile serait rédigée en ces termes et placées à la tète du cahier général : « Et premièrement , remonstrent à Votre Majesté que les premiers fruits de sa majorité et de son règne très-heureux, sont justement deûs à Dieu, qui luy a si miraculeusement conservé ce grand Estât en son entier parmi tant de divers et périlleux accidents, sous la bonne et sage conduite de la royne vostremère, vous faisant en vos premiers ans commander si paisiblement à un si grand et si puissant royaume, et ne luy en peut Yostre Majesté offrir de plus agréable que ceux de la piété , affermissant et establissant de plus en plus les fondements de son Eglise, et de la religion catholique , apostolique et romaine , et remettant la police et discipline ecclésiastique en sa première intégrité et splendeur. Ce qui ne se peut mieux et plus certainement faire, qu'en obéissant a la voix et aux enseignements du Saint-Esprit, qu'il nous fait entendre et sçavoir par les conciles, ses vrays et infaillibles oracles.

» Et partant lesdits ecclésiastiques de vostre royaume ,

(An. 1614) DE TRENTE.-LIV. VII. (Paul V.) 523

continuans leurs précédentes supplications, et très-humbles requestes, faites par plusieurs et diverses fois à vos prédécesseurs, tant aux Estats-Généraux, qu'aux assemblées du clergé, et ne se pouvant, ny devant jamais lasser d'en faire toutes sortes d'instances, veù qu'il y va tant de l'honneur de Dieu et de celuy de cette monarchie très-chrestienne, qui depuis tant d'années, avec si grand estonnement des autres nations catholiques, porte cette marque de désunion sur le front, suppliant très-humblement Vostre Majesté qu'il luy plaise, embrassant cette gloire et cette couronne, que Dieu luy a réservée jusquesà maintenant, ordonner que le concile universel et œcuménique de Trente sera receû et publié en ce royaume , et les constitutions d'rceluy gardées et observées, sans préjudice toutes fois des droits de Vostre Majesté , Libertez de l'Eglise Gallicane, privilèges et exemptions des Chapitres, Monastères et Communautez, pour lesquels privilèges, libertez et exemptions, Sa Sainteté sera suppliée à ce qu'elles soient réservées, et demeurent en leur entier, sans que ladite publication y puisse préjudicier. »

Cet article empruntait du clergé une autorité assez respectable pour engager le gouvernement à y faire droit ; cependant comme la publication intéressait également et les peuples et les pasteurs , la chambre ecclésiastique crut qu'elle donnerait à sa demande une plus haute portée si elle y associait tous les Etats-Généraux , et que l'observation du concile serait plus assurée et plus facile si toutes les classes de la société, représentées par leurs députés respectifs, en

(t) Proc.-verb. de la chamb. ecclés. des Etats-Génér. de 1614-J615 (2« éd.), séances des 27, 28, 29 novembre, p. 119 et suivv.

bïi (Paul V.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1514)

demandaient la publication d'un commun accord. C'est pourquoi elle résolut d'engager les deux autres chambres à s'unira elle dans cette affaire et dans les autres questions d'une importance majeure.

Mais les dispositions du tiers état lui étaient suspectes : il y avait là un grand nombre d'avocats et de magistrats remplis des préjugés parlementaires, et décidés à s'opposera la réception du concile, et à maintenir le despotisme que les Parlements exerçaient sur l'Eglise Gallicane : d'ailleurs des hommes mal intentionnés faisaient courir le bruit parmi eux que le clergé voulaitaussi introduire en Francel'inquisition espagnole, afin que l'odieux de ce nom retombât sur le concile. La Chambre ecclésiastique ne déclara donc pas d'abord toute sa pensée; elle allégua auparavant aux deux autres Ordres des considérations générales sur la nécessité d'agir de concert dans les questions qui regardaient le bien public. La noblesse, après quelques moments de délibération sur cette proposition , que lui porta Charles Miron,évêque d'Angers, entra dans l'intention du clergé, malgré l'opposition de quelques députés protestants. Mais l'évêque de Beauvais , chargé de la même mission auprès du tiers état, la remplit avec moins de succès quoique avec la même habileté (I). Sa proposition excita d'abord l'étonnement, puis des murmures dans la Chambre du tiers état : les uns la regardèrent comme insidieuse, et pleine de quelque dessein compromettant ; d'autres la prirent pour un artifice du Conseil qui se servait du clergé pour enchaîner la liberté du tiers état (2). On

(1) Proc.-verb. de la ehamb. e&clés. des Etats de 1614-1615, p. 71-72.

(2) Rapine, Recueil très-exact et curieux de tout ce qui s'est fait et passé

(A*. 1014) DE TRENTE.— LIV. VIL (Paul V.) M$

leva la séance, sans avoir arrêté une résolution , et les députés allèrent communiquer leurs soupçons et leurs préventions ou à des magistrats , ou à quelques membres du Conseil. Ceux de Saint-Pierre-le-Moûtier, entre autres l'avocat Florrmond Rapine , en firent part d'abord au seigneur de Seaux , secrétaire d'Etat , puis à Villeroy, qui ne leur donnèrent que des réponses polies et évasives, et enfin au procureur-général du rot, qui partageait toute l'antipathie du Parlement contre le concile de Trente.

Celui-ci donc trouva la proposition du clergé très-périlleuse cl très-condamnable, d'autantqu'elleestoit nouvelle etnon pratiquée èsEstats précédents, et ne tendoit qu'à tenter et éprouver la volonté de son roy, duquel il sembloit qu'on avoit défiance, inventée expressément et à dessein d'avoir quelque sujet de mécontentement si le roy n'accordoit les articles que ceux du clergé vouloient estre préalablement décidez et respondus par Sa Majesté, lesquels seroîent peut-estre tellement desraisonnables etimportans contre son service, et la grandeur de son Estât, qu'il luyseroi ^impossible d'y entendre, et de les respondre ; et que sur ce refus l'on prendroit occasion de rompre pour aller semer un mécontentement par les provinces. Et de fait', ajouta-t-il, on dit que le premier article que le clergé veut mettre en avant est l'observation du concile de Trente et l'inquisition en France : sujet pour faire naistre de la division dans le royaume, à cause de ceux de la religion prétendue réformée, qui employeront leur sang et leur vie pour s'opposera ce dessein ; et pour parvenir à ce but l'on est adverti que le Pape envoyé son nonce à Paris pour

de singulier et mémorable en l'assemblée générale des Etats tenus à Paris en l'aimée 1614 (Paris 1651, in-4o), p. 76 et suivv.

52ÏÏ (Paul V.j HISTOIRE DU CONCILE (An. 1614)

disposer le roy et les Estats, les solliciter d'embrasser et faire observer le contenu audit concile, et , ainsi faisant , ruiner les Libertez de l'Eglise Gallicane, seules forces qui nous restent pour parer avec effet aux entreprises de la cour romaine et aux continuelles menées et pratiques qui s'y font par les ennemis de la couronne à rencontre de nous. » Ce» considérations aussi injustes qu'hypocrites dominèrent dans le tiers état et firent rejeter la proposition du clergé (1).

On voit que si, d'après ce procureur-général, les Protestants étaient prêts à employer leur sang et leur vie pour empêcher la publication du concile de Trente , le Parlement était disposé à ne point épargner les arrêts pour la même cause ; et les Protestants avaient bien l'espoir que le Parlement les dispenserait, par la vivacité de son opposition au concile , d'employer leur sang et leur vie. Aussi Duplessis- Mornay écrivait-il à Rouveray , agent du parti auprès de la cour : a J'apprends qu'on a préparé quelque nombre d'évesques pour demander la publication du concile de Trente. Je n'estime point que d'abord vous vous en déviés escrier, ains laisser attaquer l'escarmouche par Messieurs du Parlement, et attendre qu'ils vous appellent à leur aide. Auquel cas nous aurons à remonstrer les justes alarmes que nos églises en prennent, comme d'un avant-coureur de persécution, s'il n'est pourveù à leur seùreté par exception de mesme authorité avec toutes les formes requises (2). d

Les Protestants et Messieurs du Parlement agissaient donc de concert : les premiers devaient soutenir le combat , et

(1) Rapine, Recueil très-exact, etc., p. 84 et suivv. (2j Mém. de Duplessis-Mornay, t. III, p. 678.

(A*. 1614) DE TRENTE.-LIV. Vil. (Paul V.) 527

ceux-ci , aller à l'escarmouche ; et ce furent en effet les enfants perdus de la cour de parlement qui l'engagèrent. Ni colas Pasquier, qui s'attribuait autant d'importance que son père Etienne voulait en avoir, et s'efforçait de faire autant de bruit que lui, lança d'abord contre le concile une sorte d<i philippique sous le titre et sous la forme de : Remontrance adressée au Roi. Cette pièce dut exciter dans le conseil du roi une grande hilarité; mais l'auteur nous parait encore plus digne de compassion que sa remontrance n'est digne de risée. Si on ne savait jusqu'où ce magistrat portait l'orgueil de sa profession , on le prendrait pour un de ces infortunés qu'on est obligé de séparer de la société des hommes sensés, et à qui une hallucination persuade qu'ils sont des êtres surhumains. Nicolas Pasquier était maître des requêtes : nous devons en avertir nos lecteurs : ils ne le devineraient pas au préambule de cette pièce.

a Sire , s'écrie- t-il en commençant, je vous annonce , comme inspiré de quelque esprit prophétique , la prochaine ruyne de vostre Estât, si pour parvenir à une bonne et sainte paix, vous ne mettez en œuvre les remèdes que je vous proposeray par ce discours. Ne faites comme Sedechias et les autres Juifs transportés en Babylone pour estre serfs , qui se moquèrent de Jérémie prédisant la captivité et destruction de Hiérusalem : ny comme Priam , qui ne voulut croire Cassandre sa fille pour détourner l'embrasement de la ville de Troyes : ny comme les Romains qui n'adjoutèrent foi aux prédictions sybillines , lesquelles , pour ne l'avoir fait , furent réduits au petit-pied. » Après ce préambule , que nous ne voulons pas qualifier, le magistrat inspiré expose au Roi la maladie de ses Etats et en trouve la principale cause dans

523 (PaulV.) HfSTOIUE DU CONCILE (An. 1614)

les remuements de Condé, auquel , dit-il, ceux de la religion prétendue réformée se sont unis pour empêcher la réception du concile de Trente. Puis Nicolas Pasquier propose ses remèdes. Un des plus efficaces , selon lui , c'est le maintien des libertés de l'Eglise Gallicane et le rejet du concile de Trente. 11 veut bien accorder que la doctrine de ce concile est orthodoxe ; mais , ajoute-t-il , en ce qui touche la police et les constitutions contraires aux anciennes libertez de nostre Eglise Gallicane , c'est à quoy se sont heurtées toutes les cours souveraines , qui n'ont voulu vérifier le concile, quelques poursuites qu'en aient fait les ministres du Pape. Je vous représenteray en quoy ceste police est toute nouvelle et non jamais veùe , ny sceûe en France , » pourquoi par conséquent elle est maudite des Parlements :

« 1° Parce que le Pape veut que la confirmation du concile lui soit demandée, ce qui supposerait, contre le concile de Constance et de Baie, qu'il est supérieur au concile.

» 2° Parce que le concile de Trente défend au juge laïque de prohiber au juge ecclésiastique d'exercer la puissance des clefs; plus encore lui prohibe d'empescher l'exécution (Ficelles, dont il attribue la connoissance au Siège ecclésiastique en dernier ressort et sans appel : quoy faisant il ôte les appellations comme d'abus , seul remède que les roys vos prédécesseurs (c'est-à-dire le Parlement en leur nom), ont practiqué pour contenir et arrester que le Pape et les ecclésiastiques n'entreprissent rien au préjudice des saincls canons et des droits du roy, des statuts, des ordonnances, arrêts (des Parlements) et Libériez de l'Eglise Gallicane.

» 3° Parce que ce concile prive les roys de leurs biens et honneurs, s'ils permettent les duels.

f A n. \m) tfÈ TKENfÊ.— irv. VII. (Paul V ) 5*9

» 4° Parce qu'il ordonne que les canons , conciles généraux et autres sanctions apostoliques faites en faveur de l'Eglise, soient observées d'un chacun ; d'où il suivroit qu'il faudrait observer toutes les constitutions générales des Papes, c'est-à-dire que les Catholiques obéissent aux conciles et aux Papes ) or le Parlement n'entendoit pas le catholicisme de celte manière.

» 5° Parce qu'il veut que les clercs tonsurez mariez soient subjects à la jurisdietion ordinaire des évesques; ce qui distrairait de la puissance du roy une grande partie des François.

» 6° Parce qu'il soumet les adultères à la cognoissanee du juge de l'Eglise, comme si ce n'estoit pas au magistrat politique de punir toutes sortes de crimes.

» 7° Parce qu'il condamne en amende et excommunie ceux qui vendent livres réprouvez, le jugement desquels il iaisse à la discrétion du Pape; qu'il permet aux Evesques de contraindre le peuple à nourrir les pauvres prestres; qu'il donne pouvoir aux ordinaires de commuer la volonté des défuncts qui auront laissé quelques legs testamentaires pour la des charge de leurs âmes ; qu'il veut que les Evesques, comme déléguez apostoliques soient exécuteurs des donations pies des défuncts , qu'ils visitent les hôpitaux, les collèges, les confréries, les escoles et lieux de dévotion, fonctions qui appartiennent cependant aux juges laïques.

n 8° Parce qu'il excommunie les roys qui prennent les fruits des bénéfices; qu'il permet aux Evesques de priver des fruits de leurs bénéfices les curez non résidents , de déposer les administrateurs du revenu des hospitaux, encore qu'ils soient laïques; qu'il leur attribue tout le soin et charge

55J (Paul V.) HISTOIRE DU CONCILE (A*, 1611)

des fabriques; qu'il contraint les laïques par saisie de leurs biens et emprisonnement de leurs personnes, et ordonne qu'il sera procédé après l'an contre un contumace excommunié, comme contre un hérétique. Or tout cela est contraire à l'autorité du roi et de ses parlements.

» 9° Parce que ce concile veut que le Pape puisse pourvoir au lieu et place des Evesques non résidens. Mesme le texte du concile dit par exprès que l'authorité du prince n'est pas nécessaire à l'ordination d'un Evesque. De plus, il permet aux mendiants de tenir du bien immeuble, contre leur nom et leur institution ; commande aux Evesques de prononcer les censures ecclésiastiques du Pape; renvoyé au Pape luimême les accusations des Evesques , permet à Sa Saincteté d'évoquer à soy quelques instances, et mesme de punir les Evesques en cas de non résidence ; finalement, il commet aux Evesques, comme déléguez du Pape, ce qui leur appartient en vertu de leur pouvoir ordinaire, privant en cela les archevesques et primats des appellations qui lui appartiennent, etc. »

Telles étaient les difficultés que Nicolas Pasquier soulevait contre le concile de Trente : on ne s'attendait à rien moins après le préambule fatidique de sa remontrance. Et cependant, il ne faisait qu'exprimer les griefs du Parlement; et c'est encore la pensée de cette cour qu'il traduisait en terminant ses avis et ses menaces par cette conclusion empruntée à son père : « Je vousay déduit tout ceci pièce à pièce, pour ■\ous monstrer combien la grandeur de Vostre Majesté seroit diminuée et abattue , si le concile estoit vérifié en vos cours souveraines, lequel au lieu de moyenner un ordre, apporterait u:i désordre, et une monarchie non jimiats venu au milieu

VA.\. 1614 ) DE TRENTE.— LIV. VII. (Paul V.) 53f

le la vostre. C'est pourquoy sagement nous ne l'avons voulu admettre en France, voyant tant de répugnances à nos anciennes libériez, et aussi qu'en un trait de plume le Pape eust acquis plus d'authorité qu'il n'a peu faire dès et depuis la fondation de nostre christianisme. Vous croyrez donc après Tout cela que ceux qui poursuivent la vérification de ce concile ne sont vrays françois, ains baslards ou aubains, qui ne se soucient que pourra devenir et vostre grandeur et vostre Estai, pourveu qu'ils le soumettent à l'authorité du Pape (i). »

Quelque répugnance que nous éprouvions à citer de semblables paroles, nous avonsjdû cependant les reproduire, pour montrer une fois déplus l'intention schismatique qui animait la magistrature dans son opposition au concile de Trente, (,t les moyens qu'elle employait, ou les raisons qu'elle alléguait pour parvenir à son but. Soustraire l'Eglise de France à l'obéissance du Souverain Pontife et exercer sur le clergé une puissance dictatoriale, voilà sa fin ; calomnier le patriotisme de ceux qui demandaient la réception du concile, voilà un de ses moyens. Ce fut alors qu'on mit en vogue ces titres de bons et de mauvais Français. C'était s'attirer cette dernière qualité, que de demander la réception du concile de Trente ; on méritait la première, en déclamant contre ce concile. En sorte que catholique devint synonyme de mauvais Français; et protestant ou politique, synonyme debon Français; aussi les Calvinistes, dont la France n'avait guère ressenti la tendresse, avaient-ils soin de s'attribuer

(I) Lettres de Nicolas Pasquier, liv. v lettre

532 (Paul V.) HISTOIRE DU CONCILE (An., 1614.)

«etle prérogative; et ils avaient raison, puisque l'esprit de leur secte avait inventé cette distinction (,!)„

Nicolas Pasquier qui la lit dans la remontrance que nous venons d'analyser, trouva bientôt des imitateurs ou des complices. Une foule de libellistes entrèrent à sa suite , ou avec lui en campagne, et inondèrent la France,, et surtout la Capitale, de pamphlets virulents contre le concile; ils y dévelopr paient de mille manières diverses toutes les difficultés dont nous avons sr souvent parlé. Mais la pensée du schisme dominait dans tous. Ce fut aussi à la combattre que s'attachèrent les écrivains qui, comme le Père Coton, réfutèrent ces libelles. Mais leurs ouvrages, parce qu'ils étaient pleins de science et de raison , furent, pour ainsi dire, étouffés dans Je tumulte des passions qu'ils voulaient combattre.

Pendant que les libellistes, en dehors des Etats, préparaient les esprits au schisme , la troisième Chambre s'occupait sourdement à l'organiser. Tous Les membres, dont elle était composée , ne partageaient point cette intention criminelle; mais les autres mirent tant d'habileté dans leur projet , tant d'hypocrisie dans.Ieur langage, qu'ils firent illusion aux esprits les mieux intentionnés. Jacques Ier, roi de la Grande-Bretagne, était depuis longtemps leur héros ; il devint alors leur modèle. Le schisme que ce prince avait affermi dans ses Etats par ses écrits, ses décrets et ses persécutions, était le but qu'ils se proposaient; ils ne reculèrent pas devant les moyens employés par le dogmatiseur couronné. Son serment d'allégeance leur parut le plus efficace »

(1) Cardin, de La Rochefoucauld, Baisons pour le désaveu fait par A Evesques de ce roimmie d'un Livvdy elc ,. sçctiou. xiw

(An. 1614) DE TREiNTE.— LIV. VII. (Paul V.)

et ce fut ce moyen qu'ils mirent en œuvre. Par-là, ils cachaient leur projet sous le voile de la fidélité au roi, et mettaient les autres dans l'alternative ou de s'associer à leur dessein, ou de passer pour demauvais Français et des citoyens dangereux , et imposaient à Louis XIII le rôle de Jacques 1er.

Ce complot, tramé dans le Parlement, avait été inspiré, dit-on , par l'avocat-général Louis Servin ; et la députatiou de Paris l'avait porté aux Etals-Généraux. Le premier article de son cahier disait donc : Que le roi seroil supplié de faire arrêter en l'assemblée de ses Etats, pour loi fondamentale du royaume , inviolable et notoire à tous : quil n'y a puissance en terre, quelle qu'elle soit, spirituelle ou temporelle, qui ait droit sur son royaume... pour dispenser ou absoudre ses sujets de la fidélité et obéissance qu'ils lui doivent, pour quelque cause ou prétexte que ce soit; que les sujets tiendraient cette loi pour sainte, et véritable, comme conforme à la parole de Dieu , sans distinction , équivoque , ou limitation quelconque ; laquelle seroit jurée et signée par tous les députés des Etats , et dorénavant par tous les bénéficier s et officiers du royaume... Que tous prêtres , précepteurs, régents, docteurs et prédicateurs seroient tenus de renseigner et publier. Suivaient ensuite des dispositions lyranniques pour assurer l'exécution de celte loi fondamentale (1).

Ainsi, le Parlement peu content de régenter l'Eglise de France , voulait encore lui imposer des dogmes , au moment

(I) Mém. de Pontchartrain, dans la Collect. de M. Micliaud, u série, t. \\ p. 341.— Rapine, Recueil très-exact et très-curieux, etc., p. 205 et suivv.— DopVeix, Hist. de Louis Xlll, p. 63 et suivv.

S&fc (Paul V.) HISTOIRE OU CONCILE (tau 1616)

même où il rejetait le concile de Trente; les Protestants, aussi prodigues de protestations de fidélité, que prompts à les démentir par leurs révoltes , furent les plus ardents à louer et à promouvoir le nouvel article de foi, à cause du mal qu'il pouvait faire à la religion. La plupart des députés, du tiers état consentirent à le laisser insérer dans le cahier généra), les uns, parce qu'ils n!en voyaient pas la portée» les autres, parce qu'ils l'avaient mesurée, plusieurs, pour faire parade de fidélité au roi.

Au premier bruit de cette intrigue, le nonce Ubaldini ,. s'efforça de l'étouffer dans son principe et provoqua l'attention du Saint-Siège sur cette nouvelle attaque à son autorité. Le 18 décembre, il écrivit au cardinal Borghese une lettre où il manifestait, en ces termes, les perfides intentions du tiers état, et les craintes qu'elles lui inspiraient :

« Je vous envoie la copie d'un des articles proposés dans îa Chambre du tiers état. Votre Eminence ne pourra voir sans indignation, à quel degré est montée l'impiété de cent qui administrent la justice en France ; car la plupart des députés du Tiers appartiennent à cette classe; et en particulier quelle propension ont au schisme ceux de Paris, les premiers auteurs et les principaux promoteurs de cette proposition abominable. Mais j'espère que Dieu daignera confondre leur sinistre dessein. Le clergé s'y oppose avec beaucoup d'énergie; et déjà les cardinaux de Sourdis, de La Rochefoucauld et Bonzi, en ont fait des plaintes à leurs Majestés,, qu'elles ont suppliées de faire ôter cet article du membre de ceux qui leur seront présentés h la fin des Etats. {}& croit même que les députes de la noblesse ne voudront point s*y associer: car les plus considérés d'entre eux fan*.

(A*. 1614) DE TRENTE.— LIV. VII. (PaulV.) o35

les plus actives démarches pour en obtenir la suppression. De mon côté, au premier avis que j'eus de cet infernal projet, je me rendis chez MM. le chancelier, de Villeroy et de Puisieux , et leur représentai vivement, que quand môme cet article ne serait point accepté , comme leur piété, et celle de leurs Majestés me le faisaient espérer, il suffirait néanmoins qu'il pût être divulgué et présenté au roi par une des trois Chambres, pour faire la honte des Catholiques et provoquer les chants de triomphe des Huguenots, et surtout du roi d'Angleterre, dont l'exécrable serment est reproduit dans, cet article; qu'il était donc nécessaire, à mon avis, d'ordonner à ces députés de s'abstenir d'une proposition si scandaleuse. On me donna de bonnes paroles qui n'ont point eu d'effet, peut-être parce qu'on n'a voulu fournira personne l'occasion de dire que les Etats n'étaient point libres, d'autant plus qu'on lient pour certain que tous les Politiques du Parlement ont contribué à cet article pour empêcher la, publication du concile de Trente, si instamment demandée (1). »

La Chambre ecclésiastique, en pressant la réception duc concile , se proposait surtout de prévenir le schisme que quelques députés intrigants du tiers état voulaient procurer. Dès qu'elle eut connaissance de l'article d'où le schisme semblait devoir sortir, elle se hâta de conjurer le danger. KUe s'adressa d'abord à la reine, et la pria d'ordonner au Tiers, de retirer de son cahier une question qu'il ne lu h appartenait pas de traiter. Cette démarche n'ayant eu aucui*

(J) Correspondance inédite du card. Ubaldinî.

5;r> (PaulV.) HISTOIRE DU CONCILE (As. 1G15)

résultat, la Chambre ecclésiastique résolut d'agir daus les Etats avec toute la vigueur que demandait l'imminence du péril . Le 31 décembre, le cardinal Du Perron se rendit dans la Chambre de la noblesse, assisté des archevêques d'Aix et de Lyon ; il lui représenta que l'article, mis à la tête du cahier général du tiers état, préjudicîait à la tranquillité publique, et menaçait la France d'un schisme déplorable ; que de pareilles questions ne devaient et ne pouvaient être décidées que par les conciles; que cette prétendue loi fondamentale avait été fabriquée à Saumur dont Mornay était gouverneur, ou en Angleterre; que le clergé souffrirait le martyre plutôt que de faire le serment qu'on voulait exiger.

La noblesse entra dans les vues de la Chambre ecclésiastique et s'associa à elle pour faire rejeter ou effacer ce malencontreux article. Mais la Chambre du tiers état montra moins de sagesse. Le cardinal Du Perron se rendit au milieu d'elle, le 2 janvier 1615, accompagné d'un grand nombre de députés des deux premiers Ordres, et y prononça un discours d'une science et d'une éloquence également admirables. Il distingua trots points dans la substance de l'article : le premier, concernant la sûreté des rois contre les assassins; le second, la dignité et souveraineté temporelle des rois de France; le troisième, leur déposition. Les deux premiers n'étaient point contestés: l'un étant certain d'une cer~ îitude divine et théologique; l'autre, d'une certitude humaine et historique. La difficulté était donc toute dans le troisième point, savoir si on pouvait absoudre du serment de fidélité les sujets d'un prince, qui ayant fait, ou par luimême ou par ses prédécesseurs serment à Dieu et à ses peuples de vivre et de mourir dans la religion catholique, vou •

An. 1615) DE TRENTE.— LIV. VIT. (PaulV.) 537

(Irait cependant forcer les peuples à aposlasier pour se faire Mahométans, par exemple, et le cas arrivant, à qui il appartiendrait de les relever de leur serment. Or le cardinal Du Perron soutenait qu'on ne pouvait admettre l'article , réduit à ce troisième point, sans tomber dans de grands inconvénients : le premier, de jurer comme vrai ce que l'Eglise Gallicane etles écoles de la théologie, jusqu'à la venue de Calvin avaient jugé faux'; le second, de renverser de fond en comble l'autorité de l'Eglise, en attribuant aux laïques le droit de juger si une proposition est conforme ou contraire à l'autorité divine; le troisième ,. de s'exposer à un schisme inévitable,, en déclarant impie et abominable une doctrine approuvée dans d'autres parties de l'Eglise; le quatrième, de mettre la vie des rois dans un plus grand danger par les malheurs qu'attirent les guerres et les divisions, qu'en laissant l'article indécis.

Cette harangue, qui dura près de trois heures, convainquit les membres du tiers état sans les persuader. D'ailleurs , Louis Servin , ministre dévoué du protestantisme , du Parlement et du roi de la Grande-Bretagne , n'abandonnait pas son projet. Le jour même que le cardinal Du Perron harangua la noblesse, il requit le Parlement d'informer des brigues de la Chambre ecclésiastique, et déporter un arrêt qui pût les arrêter, ou du moins y faire une puissante diversion. Le Parlement ne se fit pas longtemps presser, et le 2 janvier, il porta un arrêt qui confirmait ceux qu'il avait précédemment portés sur une semblable matière. Le clergé enveloppa cet arrêt dans la guerre qu'il faisait à l'article du ti<ers état. Le lendemain il se rendit en corps auprès du roi pour se plaindre de l'audace du Parlement et de l'atteinte

538 (PaulV.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1615)

qu'il donnait à la liberté des Etats; et protesta , que si on ne cassait promptement cet arrêt, il se retirerait après avoir ex communié ceux qui l'avaient porté et ceux qui le soutenaient-

En attendant l'effet de ses démarches, le clergé, pour fermer la bouche aux calomniateurs, résolut de renouveler et faire publier le décret du concile de Constance pour la sûreté de la personne des rois. Le tiers état ne voulut point l'accepter, mais la noblesse s'en contenta. Le clergé retourna ensuite au Louvre solliciter la cassation de l'arrêt. Le roi soumit la question à son Conseil , qui arrêta d'interdire toute dispute aux Etats sur le fait de l'article-, et de défendre au Parlement de signer, de prononcer et de publier son arrêt.

La chambre ecclésiastique, peu satisfaite de celte décision, protesta au chancelier qu'elle ne délibérerait sur aucune affaire, que le roi n'eût préalablement commandé au tiers état de supprimer son article , et défendu au Parlement de se mêler de questions de doctrine, et particulièrement de celle de l'autorité du Pape, et à Louis Servin, avocat général , de faire des réquisitoires sur les causes ecclésiastiques ; et elle fut d'autant plus ferme dans sa résolution que l'article du tiers état et l'arrêt du Parlement, qu'on venai d'imprimer , étaient répandus avec profusion dans la ville. Le roi fut obligé de faire emprisonner l'imprimeur, et d'ordonner à la troisième Chambre d'effacer son article : ce qui fut enfin exécuté malgré les mouvements d'un grand nombre d'opposants. Ainsi se termina celte grande affaire qui aurait eu pour l'Eglise de France les suites les plus funestes, si l'épiscopat , par son zèle et sa fer mole, ne se fut hâté de les prévenir.

Aw 1615) DE TRENTE.— LIV. VII. (Paul V.) 539

Le Souverain Pontife, informé de toute cette dispute, par Ubaldini , son Nonce , en avait suivi les phases avec la plus vive anxiété. Quand il la vit si heureusement terminée , il écrivit des brefs aux cardinaux, à toute la Chambre ecclésiastique et à celle de la noblesse pour les remercier et les féliciter d'un succès si désiré (1).

L'ardeur que le parti du schisme avait déployée dans cette affaire, en inspira une nouvelle au clergé pour la publication du concile de Trente. Après avoir donné à l'animosité des esprits le temps de se calmer, la Chambre ecclésiastique reprit la question du concile , et s'efforça d'engager les deux autres Ordres à en demander la publication avec elle. Le 4.9 février, l'archevêque de Lyon en fit la proposition à la noblesse, qui la reçut avec assez peu de faveur. Trompée par les prétextes de l'opposition des Parlements , et influencée par quelques-uns; de ses membres protestants, elle décida même d'abord qu'elle se séparerait du clergé dans cette circonstance. Le baron du Pont-Saint-Pierre, chargé de faire connaître cette résolution à la Chambre ecclésiastique , lui représenta que la noblesse, quoique disposée à seconder le clergé dans son zèle pour la religion , n'osait cependant pas s'unir à lui pour demander la réception des décrets du concile de Trente , à cause du préjudice qu'ils pouvaient apporter aux droits delà couronne et des difficultés que les rois

(l*) Ou peut voir, sur toute cette affaire, le procès-verbal de la chambre ecclésiastique des Etats de 1614-1615 ; — Le Recueil de Rapine; — Le Mercur • FrançoiSy sous les années 1614-1615. — L'ouvrage du card. de La Rochefoucauld, intitulé : Raisons pour le désaveu fait par les évéques de ce roiaume d'un Livret etc. Sect. 13-7-14 et suiw; et les Mémoires du P. d'Avrigny , qui la raconte avec autant de précision que d'élégance. On en trouve aussi une loneue relation dans ta i • >:iuai.ce inédite du Nonce Ubald . .

5,0 (Paul'V.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1615)

de France y avaient toujours opposées; que néanmoins elle reviendrait peut-être sur sa détermination si les modifications qu'on voulait proposer, offraient des garanties suffisantes: à moins qu'on aimât mieux se borner à prier Sa Majesté de faire examiner les décrets du concile et d'en ordonner ensuite la publication , sous la réserve de ses droits , si le concile y était opposé en quelques points.

Le cardinal de La Rochefoucauld, qui occupait le fauteuil du président, répondit au baron que le concile, quant à la doctrine, ne pouvait recevoir ni limitation , ni restriction ; et que les difficultés des rois n'avaient jamais été et ne pou raient pas être sur ce point , mais seulement sur quelques décrets de police extérieure, comme sur la nomination aux bénéfices, sur les exemptions de quelques communautés, et autres semblables , quoique ces décrets , bien entendus , n'apportassent aucun préjudice aux droits de Sa Majesté Très-Chrétienne; que néanmoins, pour dissiper ces préventions ou ces craintes, le clergé avait fait suivre son article d'une clause ainsi conçue : que sadite Majesté et les droits de sa couronne et toutes autres choses sur lesquelles lesdites appréhensions étaient fondées; demeureraient à couvert et réservées(l). » Le cardinal ne pouvait pas, dans sa réponse, dissiperlespréjugésdesdéputésdu second Ordre, ni leurdonner les lumières qui leur manquaient sur ce point. L'archevêque de Lyon, à qui ce soin fut confié, s'en acquitta avec le succès le plus complet. Deux jours après, le baron du Pont-Saint-Pierre vint dire au clergé que la noblesse s'associait à lui pour de-

(!) Prûc.-vei b. de la chambr. ecclésiast., séance du 19 février.

(An. 1615) DE TRENTE.— LIV. VU. (Pua V.) W

mander la publication du concile, el faire insérer cet ar^ ticle p^armi ceux que les trois Ordres présenteraient en commun.

Cette déclaration causa dans toute la Chambre ecclésiastique une satisfaction que le cardinal de La Rochefoucauld exprima avec autant de noblesse que d'effusion (1). Il n'eut pas les mêmes éloges à donner au tiers état. Le 18 février, l'évêque de Beauvais était allé porter aux députés de cet Ordre la proposition que l'archevêque de Lyon fit à la noblesse. Il l'accompagna des considérations les plus capables de la faire triompher, si les esprits à qui il s'adressait n'eussent été déterminés à ne pas l'accepter, « La France, leur dit-il, a toujours été catholique, et je crois que ceux de cette compagnie n'ont intention de se séparer de l'Eglise et de résister à la voix du Saint-Esprit. Néantmoins il est arrivé, par malheur , que le remède que l'on a voulu apporter au désordre de la religion , a esté estimé trop violent. C'est le concile de Trente, complet en toutes ses parties , tenu par les mesmes personnes qui ont fait les autres conciles. Ce n'est point un concile d'honneur , puisque , estans assis en ces sièges, les accidens ne peuvent faire que les évesques ne soient évesques, ou bien , il n'y auroit plus de religion. Les anciens conciles ne sont pas plus conciles que ceux qui se tiennent aujourd'hui; et ce concile nous est l'oracle et le propitiatoire des Chérubins , auquel si nous apportons résistance , nous résistons pareillement à la foy.

» Je croy que ne révoquerez en doute la foy inviolable

(1) Proc.-verb. de la chambre ecclés.y séances des 19 et 21 février

562 (PaulV.) HISTOIRE DU CONCILE (an. 1615;

de ce concile. Vous avez formé quelques obstacles en la police, et cy-devanten avez empesché la publication , comme faisant préjudice à l'Estat, à la couronne et aux libertez de l'Eglise Gallicane. Tout obstacle doncques de religion est en a foy , ou en la police. Quant à la foy , elle est entière en ce concile, comme vous sçavez, parce qu'autrement ce seroit faire un divorce avec l'Eglise. Si en la police, ledit concile contient une doctrine tenue depuis saint Irénée jusque» à présent. Les ecclésiastiques qui semblent les plus intéressez en ce concile, se départent de leur intérêt, pour l'establissement de l'Eglise, et conservation de la religion.

» Quant à ce qui est de l'aulhorité de l'Eglise Gallicane elle n'a point receû de coup en ce concile , l'ayant toujours défendu en son particulier, ainsi que ce qui est ordonné par ce concile pour l'Italie et l'Espagne ne se doit estendre à la France.

» Pour ce qui est de la majesté de nos roys (encore que hardiment je puisse dire que quelque préjudice que le public puisse en souffrir, ce n'est pas le moyen d'empescher un concile), il n'y a rien en ce concile contre l'aulhorité du roy. Nous sommes disciples de celui qui a commandé d'obéir à César, imitateurs de celuy qui a voulu payer le tribut encore qu'il en fust exempt.

» Lorsque le clergé a fait instance en toutes ses assemblées pour faire publier ce concile en France , il a toujours offert d'entrer en conférence sur ce sujet, soit avec Messieurs du Parlement , soit avec ceux de cette compagnie : comme ils ont envoyé vers Messieurs de la Noblesse , pour demander leur assistance à cette publication. f C'est le sujet qui nous mène vers vous , et nous vous

(An. 1615) DE TRENTE.— L1V. Vlï. (Paul V.) î>k%

prions (comme tous bons catholiques se doivent prier) de considérer que l'Eglise ne se peut maintenir en la discipline , que par la vigueur de ce concile , et authorité d'autres semblables , d'autant que ceux qui gouvernent et sont gouvernez sont hommes. Et plus les choses sont éloignées de leurs principes , plus elles se relâchent , comme saint Cyprien se plaignait de son temps qu'il y avait toujours quelque relasche en la police de l'Eglise. »

L'évêque de Beauvais termina son discours par une pressante exhortation aux membres du tiers état de s'unir au clergé et à la noblesse pour demander la publication du concile de Trente.

Mirôn, président de la troisième chambre, fit au prélat une réponse que les uns ont trouvée sage , et les autres , ironique ; et qui nous paraît être l'un et l'autre dans ses différentes parties.

« Pour le regard de la doctrine et de la foy , dit-il , il n'y a bon catholique qui ne tienne pour article de foy tout ce qui est décidé dans ledit concile , ainsi que dans les autres ; et par conséquent nous n'avons pas besoin d'autre approbation. Cette compagnie ne présumerait jamais pouvoir fournir d'elle même ce qu'elle doit puiser en l'Eglise. Elle est entièrement instruite que la foy et la doctrine a esté annoncée par les Apostres. Nous reconnoissons Dieu un en essence, et trine en personne ; et , ainsi que la foy nous lie à Dieu seul , aussi les trois divines personnes ont des qualitez et attributs par lesquels nous sommes liez : à Dieu le Père , par l'observance du décalogue ; à Dieu le Fils , par la manducation de son sacré corps , qui est la communication la plus admirable et la plus estroite , s'estant fait semblable à

5H (Paul V.) HISTOIRE DU CONCILE (A.w 5I5Î

un chacun de nous; au Sainct-Esprit, par l'obéissance que nous rendons à l'Eglise, en laquelle il réside, exprimé par les conciles , qui nous sont annoncez par les pasteurs, remplis de ce divin Esprit.

» L'exemple du premier concile , rapporté aux Actes des Apostres, nous donne une asseiirance entière que l'assemblée des conciles estlavoye du Sainct-Esprit, puisque sainct Pierre prononce : Visum est Spiritui sancto et nobis. Ce n'est à nous, qui sommes laïcs, d'entrer en connoissanee de cause pour ce sujet, nous consentons d'en apprendre les résolutions par la bouche de nos pasteurs , auxquels nous adhérons très religieusement. Mais nous les supplions de considérer qu'il est inouy que jamais on ait procédé en ce royaume à aucune promulgation de concile, bien qu'oecuménique : il n'y en a aucun exemple dans les registres du Parlement , ni ailleurs. Aussi la vraye publication des conciles gist en l'observance et exécution d'iceux , comme par exemple il se pratique beaucoup de choses du concile de Trente parmi nous, sans que pour cela il nous soit nécessaire d'en exprimer le nom , n'estant ni Trente, ni Constance , ni Basle, qui ayent fait les conciles, mais les résolutions des Pères , qui y ont esté assemblez.

» C'est pourquoy il nous semble (sauf vostre meilleur avis) qu'il n'est à propos à présent de nous envelopper dans la question de sçavoir , si le concile de Trente doit estre publié , au non. Il y a près de soixante ans que ce concile a esté tenu, et est demeuré en suspens depuis ce temps, que nous tenons le concile en France par forme de décrets. '

» Pour monstrer que celuy de Trente ne deit estre plutost reçeû et publié en France que les autres , il y a plusieurs oppositions qui y ont esté formées par nos rois , chapitres»

(An. 1615) DE TRENTE.— LIV. VII. (Paul V.) 545

et communautez de la France , dont la discussion mériteroit une seconde tenue des Estats. Et si Messieurs du clergé nous eussent voulu envoyer leurs raisons par escrit, au commencement de ces Estats, l'affaire encore se pouvoit concerter ; mais à prêtent que nostre cahier est clos et à la veille d'estre présenté au roy, cela ne se peut faire.

» La bigarrure du temps ,auquel nous vivons, apporte, et à vous et à nous , la nécessité de rejeter la publication do ce concile, plutost que de l'embrasser. Néanmoins, Messieurs du Clergé se peuvent mettre d'eux-mêmes dans l'exécution de ce concile, le prendre pour règle et modèle de leurs mœurs et actions, et enfin en pratiquer les résolutions et document*, en retranchant la pluralité des bénéfices et autres abus, auxquels il a remédié. Et ils sont très humblement remerciez du zèle qu'ils témoignent à l'augmentation de la religion catholique : à quoy comme enfants obéissants nous nous conformerons très volontiers, et dont leur sera donnée certaine assurance par la response particulière qui leur en sera faite , après la délibération de la compagnie (1). »

La réponse particulière de la Chambre ne fut point différente de celle du président, le 20 février, après une assez courte délibération, toutes les provinces, excepté la Provence et le Dauphiné, votèrent pour le rejet de la proposition du cierge ; « d'autant, dit un des députés présents , qu'il estoit trop tard , et que nous estions à la veille de présenter nos cahiers , et que c' estoit une matière qui requeroit plus d'un jour , et aussi que nous n'avions que faire de demander

(\) Rapine, Recueil très-exact, etc., p. 425 et suivv. —Mercurt français r sous l'an 1614, p. 117 et suivv.

m (PaulV.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 16*5)

la publication dudit concile , parce qu'ils (les membres delà chambre ecclésiastique) le demanderoient assez, comme chose pour laquelle ils ne s'intéressaient et passionnoient que trop (1). »

A peine la Chambre du tiers état avait-elle arrêté cette décision que l'évêque deBeauvais se présenta encore devant elle, et la pressa , au nom du clergé, de s'unir aux deux autres Ordres pour demander la publication du concile , avec les réserves offertes par la Chambre ecclésiastique. Mais il n'en reçut pas une réponse plus favorable. Content de confesser la doctrine du concile , sur laquelle du reste il n'y eut jamais de contestation , le tiers état ne voulut point en accepter ce qu'il appelait la police, parce que , selon lui , elle préjudiciait aux droits de l'Etat (2).

Ainsi les trois Ordres convenaient également qu'on était obligé de se soumettre à la doctrine du concile de Trente » et qu'on ne pouvait la rejeter sans encourir le crime d'hérésie y mais le clergé et la noblesse s'accordèrent seuls à en demander la publication et quant à la doctrine et quant à la discipline, avec certaines réserves qui étaient subordonnées à l'approbation du Souverain-Pontife , et qui d'ailleurs ne déterminaient rien > puisqu'on ne s'entendait ni sur les privilèges de la couronne» ni sur les libertés de l'Eglise Gallicane. Le 23 février IGtS, les trois Ordres réunis au Louvre présentèrent au roi leurs cahiers et leurs plaintes respectives. Armand Duplessis de Richelieu „ chargé de soumettre à Sa Mafeslé celtes die ta Chambre ecclésiastique, appuya avec

|î); Rapto®^ Ifeewefe? ftrès-ezac^etev,, p. CJt el smvv.

'iy§ f>rae-.-?/w»k <s?e Emchambrz ecciïcs\-r séance du. 2k feicner. — Rapine, opv

(An. 1615) DE TRENTE.-LIV. VIL (Paul V.) 547

d'autant plus de force sur la publication du concile de Trente, que les partisans du schisme s'y étaient plus violemment opposés.

« Toutes sortes de considérations , dit-il au roi , convient Votre Majesté à recevoir et faire publier ce saint concile t la bonté de la chose, l'autorité de sa cause, la sainteté de sa fin , le fruit que produisent ses constitutions , le mal que nous cause le délay de sa réception, l'exemple des princes chrétiens , et la parole du feu roy son père.

»La bonté de la chose ,. nous offrant à justifier qu'il n'y & rien en ce concile qui ne soit très-saint;

» L'autorité de sa cause, puisqu'il est fait par l'Eglise universelle, dont l'autorité est si grande, que sans elle , saint Augustin ne veut pas croire à l'Evangile ;

»La sainteté de sa fin, puisqu'elle n'est autre que la conservation de la religion , et l'establissement d'une vraye discipline en l'Eglise ;

»Le fruit que produisent ses constitutions, puisque en tousles pays qui l'observent, l'Eglise subsiste avec règle :

* Le mal que nous cause le délay de sa réception, puisque , à ce sujet, beaucoup font mauvais jugement de notre créance, estimant que , n'admettant pas ce concile, nous en rejeltons la doctrine que nous sommes obligez de professer sous peine d'hérésie ;

» L'exemple des princes chrétiens, puisque l'Espagne , l'Italie, la Pologne, la Flandre , et la plus grande partie de l'Allemagne l'ont receû \

» La parole du feu roy , son père, puisque c'est une desconditions auxquelles il s'obligea solennellement , lorsque l'Eglise le receut entre ses bras.

S48 (Paul V.) HISTOIRE DD CONCILE (A*. 1615)

o La moindre de ces considérations est suffisante pour porter Votre Majesté à nous accorder cette requeste , d'autant plus raisonnable , que , s'il y a quelques articles en ce concile , qui , bons en eux-mêmes , semblent moins utiles à ce royaume , pour estre repugnans à ses anciennes usances , nous nous soumettons très volontiers à en demander modification (1). »

Ces considération en effet étaient graves et puissantes; mais elles ne furent point capables de vaincre le Conseil du roi , où dominaient des considérations d'un ordre moins élevé. La tumultueuse opposition du Parlement, la démonstration schismatique du tiers état, les cris des Protestants, exercèrent sur lui une plus grande influence que les remontrances des députés de l'Eglise , et , pour ne pas irriter les uns , ils refusèrent de rendre justice aux autres.

Le clergé montra autant de constance à poursuivre la publication du concile que le gouvernement mit d'obstination à la différer.

Au sortir des Etats, les députés ecclésiastiques entrèrent en grand nombre dans l'assemblée générale du clergé , qu,s'ouvrit à Paris le 15 mai de la même année , et ceux que l'élection n'y avait point envoyés, reçurent de l'assemblée elle-même la faculté de siéger dans son sein avec voix délibéra tive .

A. peine constituée, l'assemblée résolut d'un commun accord de poursuivre auprès du Conseil la réponse au cahier de la chambre ecclésiastique des Etats-Généraux , mais surtout

(1} Proc.-verb. de la chambr. ecclés. des Etats de 1614-1615. p. 365

9t SUiVT-

(An. 1645) DE TRENTE.--LIV. TO. (PatjlV.) 549

et par préférence, à l'article relalif à la publication du concile de Trente (1). L'archevêque d'Aix, chargé de faire les premières démarches, n'obtint du chancelier que des paroles d'espérance, ou des promesses évasives (2).

Charles de Bourgneuf , évêque de Nantes, Gabriel de Laubepine, évêque d'Orléans, René Potier , évêque de Beauvais, et Jean Berthier, évêque de Rieux , firent une seconde tentative qui n'eut pas un résultat plus heureux. Le chancelier leur répondit cependant que le roi avait nommé MM. de Pontcarré, le président Jeannin , de Vie , de Boissise et de Refuge pour conférer avec les députés du clergé sur la publication du concile, et sur l'objet des modifications qu'on se proposait d'y apporter.

De son côté , l'assemblée nomma Hurault de L'Hospital , archevêque d'Aix , François Péricart, évêque d'Avranches , Charles Miron , évêque d'Angers , Jean de La Croix , évêque de Grenoble , les évêques de Paris , de Nantes et d'Orléans, l'abbé de Bourguerl, doyen du Chapitre de Paris, et l'abbé de La Faye , chanoine-comte de Lyon , pour suivre cette affaire avec les commissaires royaux ; elle pria les cardinaux Du Perron et de La Rochefoucauld d'assister aux conférences, et de presser, ainsi que les autres députés , la réception du concile avec les plus vives instances (3).

Ces députés attendirent avec impatience le moment de la conférence ; mais comme on ne l'indiquait jamais , ils se rendirent d'eux-mêmes auprès des membres du Conseil ,

(1) Proc. verb. ms. de rassemblée de 1615, p. 243 et suivv.

(2) Ibid., p. 50.

(3) Ibid., p. 56-76-77.

550 \Piul V.) HISTOIRE DU CONCILE (As. 1015)

chargés de répondre au cahier, et leur exprimèrent l'extrême désir avec lequel l'assemblée attendait la publication du concile de Trente. Les commissaires répondirent que ce point était un de ceux que le roi s'était réservés, et qu'ils les engageaient à en demander la solution à Sa Majesté.

L'assemblée ne balança pas à suivre ce parti , et elle chargea l'évêque de Beauvais de porter ses vœux au pied du trône , et de les exprimer également à la reine-mère et au chancelier (1). Le \e* juillet , ce prélat se rendit donc au. Louvre à la tête de toute l'assemblée, et remontra au roi avec autant de force que de respect qu'il était temps enfin de mettre un terme à un délai qui affligeait la population catholique et scandalisait le monde , de publier un concile qui devait apporter de si grands biens à l'Eglise de France. Le roi et la reine répondirent qu'ils pourvoiraient à cette remontrance, avec l'avis du Conseil , le plus favorablement possible (2).

Cette réponse fît comprendre au clergé que la publication du concile serait indéfiniment différée, tant qu'elle serait laissée à la discrétion d'un pouvoir qui subordonnait les intérêts de la religion aux considérations de la politique. C'est pourquoi, le 7 juillet, l'assemblée délibérant sur cette question décida que le clergé , autorité compétente, devait publier le concile de Trente, en attendant que le pouvoir civil voulût lui prêter son concours , pour en obtenir l'exécution ;

(1) Proc.-verb. ms. de l'assemblée de 1615, p. 145-158-159.

(2) Ibid., p. «87 et suivv.

(An. 1615) DE TRENTE,— LIV. VII. (Paul V.) 551

et aussitôt elle arrêta, reçut et publia une déclaration conçue en ces termes :

« Les cardinaux, archevêques, évêques , prélats et autres » ecclésiastiques soussignés , représentant le clergé général » de France, assemblé par la permission du roi , au couvent » des Augustins , à Paris, après avoir mûrement délibéré » sur le sujet de la publication du concile de Trente, ont

* unanimement reconnu et déclaré, reconnaissent et décla- » rent être obligés par leur devoir et conscience, de recevoir ,

* comme de fait ils ont reçu et reçoivent ledit concile, pro- » mettant de l'observer autant qu'ils peuvent, par leur» » fonctions et autorité pastorale et spirituelle ; et pour en » faire une plus ample , plus solennelle et plus particulière » réception, sont d'avis que les conciles provinciaux de tou- » tes les provinces métropolitaines de ce royaume doivent » être convoqués et assemblés en chacune province , dans »" six mois au plus tard, et Mgrs les archevêques et évêques » absents en doivent être suppliés par lettres de la présente » assemblée 9 conjointes aux copies du présent acte , pour

* et afin qu'en cas que quelque empêchement retardât l'as. » semblée desditi conciles provinciaux dans le temps susdit, » le concile sera néanmoins reçu es synodes diocésains

* premiers suivants , et observé par lesdits diocèses : ce que » tous les prélats et autres ecclésiastiques soussignés ont

* promis et juré de procurer et de faire effectuer de tout » leur possible.

* Fait en l'assemblée générale dudit clergé , tenue aux » Augustins , à Paris , le 7 juillet 1615 (1). »

f [\)Proc.-verb.m8. de l'assemb!. de 1615, p. 216 et suiYT. — Collect. des

552 (Paul V.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1615)

A cet acte l'assemblée ajouta le premier article du cahier de la chambre ecclésiastique des Etats, relatif au concile de Trente. Après la lecture publique de la déclaration et de l'article, tous les membres de l'assemblée y apposèrent leur signature. Le cardinal de La Rochefoucauld, président, jura, le premier , sur les saints Evangiles, de rester inviolablement fidèle à cette déclaration : tous les autres prêtèrent ie même serment entre ses mains. Les prélats qui ne faisaient point partie de l'assemblée et se trouvaient alors ;> Paris, s'empressèrent d'adhérer au même acte et de le signer (1).

proc.-verb , t. II, p. 242, — Card- de La Rochefoucaud, Raisons pour le désaveu fait par les évêques de ce royaume d'un livret, etc.,sect. xxi.

(1) Les députés de l'assemblée générale du clergé de 1615, étaient :

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