II. kl
tm (Clément VIII.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1695)
La cérémonie de l'absolution d'Henri IV, représenté par d'Ossat et du Perron, eut donc lieu dans la Basilique de saint Pierre, le 17 septembre de l'an 1595(1).
La condition admise parle roi engageait sa parole, mais il ne put la remplir avec cette franchise qui caractérisait tous ses actes : il était entouré de seigneurs protestants qui lui demandaient sans cesse des faveurs pour leur secte en récompense de leurs services; son Conseil était presque tout composé de ces politiques qui soumettaient la religion à l'Etat, et dont plusieurs nourrissaient le projet d'un schisme. Le Parlement conservait contre Rome des rancunes qu'il était toujours prêt à satisfaire. Quoique des dispositions si hostiles au Saint-Siège n'osassent pas s'avouer en présence du roi, elles avaient néanmoins sur lui une influence assez puissante pour l'empêcher de remplir la promesse de publier le concile de Trente.
Le clergé lui-même, en face de tant de passions et de
tuelle, ils n'eussent causé au feu roy, ny a cejstuy-ci les travaux que Leurs AI.ij estez en ont eus, ny à la France et à eux-mesmes la ruyne et désolation qui s'y 'est veue par tant d'années, et dont tout le royaume se ressentira d'icy h long-temps. Au demeurant l'exception qui est au pied de cet article, pour laquelle faire recevoir, il a fallu ausdits Du Perron et D'Ossat suer sang tcùii, monstre assez le soing qu'ils ont eu de ne rien promettre, ny accepter qui peust troubler la tranquillité du royaume, soit pour le regard de cem de la prétendue religion réformée, ou autrement. Lesdits procureurs ont encore tasché d'y faire mettre d'autres exceptions, mais il n'a esté possible de les faire accepter, et semblent qu'elles pourront aucunement estres comprises sous ceste-cy. » (Mém. de Cheverny, dans la collect. de M. Miehaud, Ire stsrie, t. X, p. 547.)
(1) Tortora , Historia di Franciu, lib. xxi , p. 407 et seqq. — De Thou, Hist. univ., liv. Cïiu, p. 473 etsuivv. — Mc'/u. de Cheverny, dans l&Cçlkcî. de Mo Miehaud, l^ série, t. X, p. 543.
(An. 1595) DE TRENTE.— LIV. VIT. (Clément VIII.) li$,}
haines , s'imposa une réserve qui dut bien contrarier ses vœux. Réunis en assemblée générale, au mois de novembre, ses députés mirent dans les démarches qu'ils firent pour obtenir la publication du concile, une modération qu'on aurait tort de prendre pour la mesure de leur zèle. L'assemblée ayant confié à quelques-uns de ses membres le soin de confectionner le cahier général, il s'éleva, au sein de la commission, de grandes difficultés touchant la question du concile de Trente : devait-on en demander la publication pure et simple ? C'était le parti le plus sage : mais que de préjugés, que de susceptibilités, que de prétentions n'allait-il pas blesser ! que de reproches, que de colères peutêtre n'allait-il pas soulever! on porta ces difficultés à l'assemblée elle-même, où les Chapitres les grossirent et les augmentèrent encore. Enfin, malgré les nombreux suffrages qui se prononcèrent pour la publication pure et simple, on arrêta encore qu'on la demanderait avec les réserves obligées (1); et cet article, le troisième du cahier général, fut rédigé en ces termes :
» Et d'autant que la conservation de la religion catholique, apostolique et romaine dépend principalement de l'extirpation des abus et corruptions , qui pourroient estre entrées en l'ordre ecclésiastique, à quoi a esté suffisamment et sainctement pourveu par le dernier et sacré concile général tenu à Trente, plaise à Votre Majesté ordonner que ledit concile soit publié en ce royaume, et les constitutions d'ieeluy gardées sans préjudice des droits de Votre Majesté, li-
(I) Proc.-verb. rris.de l'assemblée générale du clergé de 1 593- 1 39G, p. 101-118 elsuivv.
ZtSi (Clément VIII.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1595) bertez de l'Eglise Gallicane, privilèges et exemptions des Chapitres, monastères et communautez, pour lesquels privilèges et exemptions Sa Sainteté sera suppliée (1). »
Chargé de présenter le cahier au roi , Claude d'Angennes , évèque du Mans, demanda la publication du concile avec les mêmes réserves, mais il les soumit toutes à l'arbitraire du Souverain Pontife : « S'il se trouve quelque chose, dit-il, en cet établissement de police (du concile) en quoy les droits roïaux de Votre Majesté soient altérez, nous n'entendons y toucher, non plus qu'aux anciennes libertez et immunitez du roïaume et de l'Eglise Gallicane; dequoy nous nous asseuronsque Notre Saint-Père donnera volontiers les déclarations nécessaires, comme aussi pour les privilèges concédez, ou en général , ou en particulier, même les exemptions de plusieurs Chapitres des églises cathédrales et collégiales, et autres communautez, ausquels n'entendons préjudicier, attendant la déclaration de Sa Sainteté (2). »
Les réserves de l'assemblée, réduites à ces termes, conciliaient ensemble le respect du clergé pour la Majesté royale et l'obéissance qu'il devait au Saint-Siège. Le roi sut apprécier la justice de ce vœu ; mais il ne put ou n'osa le remplir ; et son Conseil , à qui il envoya les députés, était peu disposé à fortifier sa volonté. Le Conseil, en effet, répondit aux délégués de l'assemblée que le temps ne permettait pas de réaliser leur demande, d'ailleurs fort louable; que la publication du concile irriterait quelques grands seigneurs dont
(1) Proc.-verb. msde rassernbl. générale du clergé de 1595-1596 , p. 19& et suiv.
(2) Recueil des Actes, titres et mem , ete , p. 214.
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les services étaient encore nécessaires au roi, et un parti puissant qu'il avait intérêt à ménager (1).
Le Parlement n'était point animé d'une meilleure volonté à l'égard du concile, et il ne l'enveloppait point des mêmes précautions. Servin, le principal promoteur de ce projet de schisme dont nous avons parlé, plaidant une cause matrimoniale, put dire, en pleine cour, sans être désapprouvé par ses confrères, que le mariage était bon et parfait sans la bénédiction sacerdotale, nonobstant l'ordonnance du concile de Trente; que le contraire n'était qu'opinion de jésuite ; qu'avant le concile de Trente, la France était catholique ; que ledit concile ri était point reçu, ni publié dans ce royaume, et qu'à cette cause , il ne fallait point juger selon icelui.
Ce propos rapporté à l'assemblée du clergé y souleva une indignation générale : on ordonna une enquête, qui aie fit que constater l'audace de l'avocat -, mais il était appuyé sur un parti trop puissant pour qu'on osât le poursuivre; et le clergé dut se renfermer dans sa douleur (2).
Cependant Rome pressait l'exécution des conditions qu'elle avait mises à l'absolution du roi : la publication du concile était celle à laquelle le Souverain Pontife attachait la plus grande importance ; mais aucune ne rencontrait plus de diflicultés dans le Conseil, dans le Parlement, et même dans ies rangs secondaires de la hiérarchie ecclésiastique. D'Ossat, qui connaissait toutes ces dispositions s'efforçait de les adou-
(») Remontrances de M. d'Antenne, dans le même Recueil, col. 239 etsuiv. (2) Proc.-verb. [ras) de l'assemblée générale du cteryé de 159 o-l 596, p. 527-
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c.ir en transmettant à son gouvernement les vœux du Saint- Père.
« Il reste maintenant, écrivait-il, le 19 novembre, à exécuter les choses promises : sur quoi nous devons avoir en particulière recommandation la publication du concile de Trente, chose non-seulement pie et sainte, mais aussi utile au roi et au royaume. Et outre que Sa Majesté y est tenue et obligée par le devoir commun de prince catholique et roy très-chrétien, et par promesse et serment particulier, il n'y a rien qui plus démente et afflige les Espagnols et autres ennemis de Sa Majesté, ni qui lui apporte plus de bienveillance du Pape et du Saint-Siège, et de tout l'ordre ecclésiastique, que fera celte action. Après la publication , l'observance dudit,concile s'introduira et s'établira peu à peu. Notre Saint- Père et tous les hommes sages et modérez savent bien qu'un si grand royaume, après une si grande et si longue débauche , ne se peut remettre et réformer tout à un coup.
» J'espère que le roi ne trouvera tant de contradictions à cette publication comme possible que l'on craint. Le clergé de France, à qui il touchera principalement d'observer ledit concile, toutes les fois qu'il s'est assemblé, en a demandé la publication. Ceux de la Ligue, lorsqu'elle était en pied , ont toujours fait profession de la désirer, et outre la publication qu'ils en firent à Paris, sous le nom d'Eslats, ils en ont fait faire d'autres particulières, et en divers lieux , où ils commandaient. Les Catholiques qui ont toujours suivi le roi , auront honte de céder en dévotion et piété à ceux qui ont été du parti contraire : et ceux qui prétendront que le concile préjudicie aux droits royaux et aux Libertés de l'Eglise
(An. 1596) DE TRENTE.— L1V. VII. (Clément VIII.) 487 Gallicane, se trouveront bien empeschez quand on les sommera de dire et spécifier en quoi. »
11 aurait été difficile en effet de citer un article du concile contraire à des droits légitimes; mais il ne s'accordait pas si bien avec les prétentions du Conseil et du Parlement. La diplomatie ne manqua jamais d'expédients pour tourner ces sortes de difficultés ; c'est pourquoi d'Ossat ajoute : « Et uand ils rencontreraient en quelque chose, un sauf et modification remédieroit à cela. »
« Quant aux Huguenots , poursuit-il , cette publication ne leur touche en rien, ni pour rien, puisqu'ils ont redit de l'an 77, et que l'exception que M. d'Evreux (Du Perron ) et moi fismes apposer à l'article que nous promismes ici touchant ledit concile, pourvoit assez, pour ce regard, à la tranquillité' publique du royaume. Après tout cela, je compte la volonté résolue que le roi en montrera, pour un trèsgrarçd et très-puissant moyen de surmonter tout ce qui pourroit y rester de difficultez : de façon que j'en espère tout bien (1). »
Le roi, comme nous l'avons déjà dit, ne faisait point à la publication du concile une opposition personnelle, mais il avait pour les Huguenots et les Politiques de sa cour les égards que ses intérêts semblaient lui commander ; et s'il ne sacrifiait pas toujours leurs exigences aux réclamations de sa conscience, il différait du moins de satisfaire aux droits de la religion , pour ne point irriter des passions déjà trop animées. Aussi n'avait-il pas sur la publication du concile la
(1) Lettre» du cardiaal d'Ossat, (edit. Anielot de la Houssaye), t. 1, p. 349.
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volonté résolue sur laquelle d'Ossat paraissait compter. Il avait promis toutefois en acceptant les conditions de son absolution , de publier le concile de Trente, et celte considération suffisait, avec la honte de leur projet, pour forcer les promoteurs jiu schisme, ou les ennemis du Saint-Siège, à envelopper leur opposition de prétextes spécieux et de formes parlementaires.
Les précautions du roi et les dispositions de ceux qui l'entouraient , trompèrent donc les espérances de d'Ossat : elles compromirent encore la mission du cardinal de Florence. Ce prince de l'Eglise, envoyé en France en qualité de Légat, pour raffermir Henri IV dans sa conversion1, fut obligé de garder à la cour des égards et des ménagements , qui lui obtinrent moins de succès qu'ils ne lui acquirent d'applaudissements. La publication du concile et le rappel des Jésuites devaient être, d'après ses instructions, les deux principaux objets de ses démarches. Le cardinal demanda souvent l'un et l'autre ; mais son rôle de conciliateur ne lui permit pas de mettre dans ses demandes la force et la constance qu'exigent les affaires difficiles. Son affection pour la Compagnie de Jésus s'effraya des rancunes de quelques membres du Parlement , et ne fit pour la rétablir que des démarches timides et infructueuses. 11 ne fut ni plus ardent, ni plus heureux, dans l'affaire du concile. Peu de temps après son arrivée, il en demanda la publication au roi. Plusieurs prélats du royaume unirent leurs instances aux siennes. Henri IV les reçut avec une égale faveur, mais il les renvoya tous à l'assemblée de Notables, qui devait se tenir à Rouen au mois de novembre. L'assemblée eut lieu à l'époque iiidi [u^o : oj y agita beaucoup de questions, on
(An. 151)7) DE TRENTE. -LIV. VII. (Clément VIII.) 483
y proposa divers moyens pour affermir la paix dans le royaume , et réparer les maux de la guerre. La publication du concile, loin d'entrer dans ce plan d'amélioration, fut écartée comme un obstacle. La présence du Légat, les observalions des prélats de l'assemblée ne purent vaincre l'influence et les préventions du Conseil et des principaux membres de la magistrature (I).
Le Souverain Pontife avait espéré que la publication du concile serait conclue dans l'assemblée des Notables (2) : l'événement ayant trompé son attente , il en fit des plaintes au cardinal de Florence qui les communiqua au gouvernement. Le gouvernement se fit un mérite de ce qu'il ne pouvait empêcher, et s'excusa , sur les circonstances, de ce qu'il n'avait point envie de faire. La doctrine du concile n'était contestée en France que par les Protestants; les Catholiques en faisaient la règle de leur foi; ses décrets de discipline recevaient même généralement une application publique dans un grand nombre de diocèses , où le zèle et l'autorité des évêques les avaient mis en vigueur. De Villeroy, secrétaire d'Etat, écrivit donc à Rome que le concile était observé en France quoiqu'il n'y eût pas été publié.
Mais ce n'était point assez pour l'Etat de ne pas contrarier la foi des Catholiques : il fallait encore qu'il en fît luimême une profession solennelle; et il semblait s'en séparer en refusant de publier le concile de Trente. Or c'était cet acte de catholicisme que Rome souhaitait de la France, dans
(1) Cahier de l'assemblée de 1598 dans la Collect, des proc.-verb,, t. l7 p 181.
(2) Lettres du card. d'Ossat, t. !, p. 3GI.
490 (Clément VIII.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1597)
un temps surtout où ce pays retentissait des calomnies et des déclamations des Protestants contre le concile. C'est pourquoi on répondit à d'Ossat , que , quoique le fruit de ce concile consistât principalement dans l'observation de ses décrets, il étoit néanmoins à désirer pour la réputation du roi, vis-à-vis le Saint-Siège et les Catholiques, qu'il fut solennellement publié; que même , dans les circonstances actuelles, la publication pourroit plus sans V observation, que l observation sans la publication. « La promesse que le roi a faite, ajoute d'Ossat, rend ce dire véritable, qui autrement ne seroil recevable. Et quand tout sera bien considéré sans passion , il s'y trouvera fort peu ou rien d'importance, de quoi les cours de Parlement, ni autres, se puissent plaindre ; et à ce qui pourroit être sera facilement remédié par un sauf de deux ou trois lignes (1). »
Nous ne reprochons point à d'Ossat son sauf diplomatique de deux ou trois lignes, après qu'il nous a dit que quand tout, dans les décrets du concile, sera bien considéré sans passion , il s'y trouvera peu ou rien d'importance , de quoi les cours de Parlement ni autres se puissent plaindre ; mais il s'en fallait bien que les cours de Parlement ou autres se dépouillassent de toute passion dans cette affaire. Celui de Paris surtout avait ramassé à travers les siècles toutes les injustices commises contre le Saint-Siège, et il en avait fait un héritage que l'esprit du Protestantisme vint encore enrichir. Ses prétentions alors ne connurent plus de bornes, pas même celles de l'absurdité. Le Vicaire de Jésus-Christ ne fut
(I) Lettres du c;ird. d'Ossat, t. I, p. 419.
(\n. I.S97.) DE TRENTE.— LÏV. VU. (Clément VIII.) 49 I plus pour Lui le chef suprême de l'Eglise, mais un rival , qu'il prétendait égaler, sinon surpasser , en puissance et en juridiction. Celle que le Pape exerçait en France , il la regardait comme une atteinte à son pouvoir, et la paralysait par ses arrêts. Or le concile de Trente avait reconnu le> droits et la suprême autorité du Saint-Siège, et le Parlement qui ne voulait pas lui rendre la même justice, refusa, dans l'intérêt de son orgueil , de recevoir les décrets de l'Eglise universelle. À la vérité, s'écrie Etienne Pasquier, un des parlementaires les plus présomptueux de l'époque, « par les » décisions communes de toute l'Eglise, le Concile général » et universel est par- dessus la puissance du Pape ; toule- » fois nous ne sommes tenus en cette France d'obéir à tels » conciles, o'ils innovaient chose aucune au desadvantage » de ces quatre fondements,» c'est-à-dire, des saints décrets, qui , dans le langage des Parlements, ne furent jamais (prune dérision, des ordonnances royales, des arrêts du Parlement et de l'appel comme d'abus. Les Parlements se prétendaient donc indépendants du Pape et des conciles , et libres de leur obéir quand ils le jugeraient bon et comme ils le voudraient.
Pasquier apporte à l'appui de ces prétentions des arguments dignes de sa thèse : premièrement deux avocats défendirent les droits du roi au concile de Constance; secondement , les Parlements se sunt toujours opposés à la ré. ception du concile de Trente. L'argumentation d'Etienne Pasquier nous parait peu propre à inspirer aux autres la haute idée que cet avocat avait de sa profession ; car enfin , de ce qu'un avccat défendit contre le concile ce qu'il appelle à t ri le^ droils du roi , il ne s'ensuit pas que le roi eût
kdl (Clénjent VIII.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1597) ces prétendus droits ; et il n'est pas plus juste de conclure de l'insubordination des Parlements contre le concile de Trente que ces cours avaient le droit de le rejeter. Mais notre but n'est pas ici de réfuter les arguments d'Etienne Pasquier : d'ailleurs , c'est le réfuter que de les indiquer ; et puis, nous aurions trop à dire, et nous nous écarterions do notre sujet. Qu'il nous suffise de constater que l'antipathie contre le Saint-Siège était le mobile de l'opposition ardente que les Parlements firent au concile. Pasquier l'avoue ailleurs en termes formels : « Comme ainsi soit, dit-il , qu'a- » près plusieurs remises, il ne fut enfin parachevé et con- * clu (du concile) au plus fort des troubles de cette France, » et que la plus part de nos querelles procédassent de ce » que ceux qui se sont séparez de nostre religion tendent » principalement au terrassement du Sainct-Siége de Rome. .. » Ceux qui se trouvoient en ce Concile, pour faire contre- » teste aux autres , voulurent de tant plus s'estudier à l'exal- » tation delà Papauté. Et de fait en toutes les réformations » qu'ils apportèrent à l'Eglise, ils voulurent que les archc- » vesques et évesques y procédassent en leurs diocèses de » l'authorité apostolique, et comme vice-gérans du Pape, » pour monstrer en quel honneur, respect et révérence il » falloit avoir le Sainct-Siége... En toutes lesquelles parti- » cularitez nous avons trouvé tant de répugnance et contra - » vention à nos anciennes libertez, que jamais nous ne peu- » mes nous induire à recevoir C3 Concile... Qui admettroil » tous ces décrets, au lieu de moyenner un ordre, on y ap- » porleroit un désordre et une monarchie non jamais veue » au milieu de la nostre. C'est pourquoi sagement nous ne » l'avons voulu admettre en France, encore qu'à chaque
K\$. 1598.) DE TRENTE.— UV. VII. (Clémk.nt VIII.) 49^
» occurrence d'affaires les couiiisans de la ville de Rome » nous couchent toujours de la publication de ce concile , • par lequel en un trait de plume le Pape acquerroit plus » (Taulhorîté qu'il n'auroit peu faire dès et depuis la fonda - » tion de nostre christianisme (I). »
11 reste donc avéré que le Parlement refusait de rece voir les décrets du concile, pour satisfaire sa haine contre l'autorité pontificale, et maintenir, sous le nom menteur de libertés , le despotisme qu'il exerçait sur l'Eglise Gallicane.
Témoin de ces tendances schismatîques , le cardinal de Florence essaya de soustraire l'acte de la publication du concile au contrôle du Parlement ; mais le roi , occupé à se délivrer des embarras que lui avaient créés ses antécédents , ne voulait point s'en attirer de nouveaux de la part de cette cour intraitable. Pour excuser ce refus, d'Ossat représenta au Souverain Pontife que la demande du Légat souffrait d'insurmontables difficultés , que les lettres-patentes, par lesquelles le roi recevrait le concile, ne pouvaient pas être soustraites à l'enregistrement du Parlement sans contrevenir aux anciens usages du royaume, sans priver même l'acte de publication de la solennité que désirait Sa Sainteté (2).
On allégua les mêmes raisons au Légat, qui parut les écouter , et rentra dans cette réserve conciliatrice qu'il s'était imposée; il n'en sortit pas même pour s'opposer à l'édit publié à Nantes, le 13 avril 1598, en faveur des Protestants : il se borna à seconder les négociations qui amenèrent la
(\) Estienne Pasquier, Les Recherches de In France, liv. m, chap. Z\. (2, Lettres du card. d'Ossat, t, i, p, '«37 et siuyy.