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POUR LA PROVINCE DE BORDEAUX

Claude Gelas, évêque d'Agen: — Maître Pidoux, conseiller au parlement de Paris, abbé de Valence; — Pierre de Périssac, chanoine de Bordeaux.

Après chacune des listes des députés de chaque province, le procès-verbal ajoute : Et mes autres Seigneurs les prélats et autres ecclésiastiques qui ont assisté auxdits Etats. — Or, dans ces Etats se trouvaient encore le cardinal de Sourdis; archevêque de Bordeaux; le cardinal de Joyeuse; le cardinal de Bondi, évêque de Béziers; de Marquemont, archevêque de Lyon ; de La Gueslc, archevêque de Tours; de Corme de La Courbe, évêque de Sainte.» ; de La Marthonie, évêque de Limoges; Henri de Gondy, évêque de Paris; Du Sault, évêque d'Acqs ; de Donadieu, évêque d'Auxerre; Lainhier, évêque de Rennes ; de Caus, évêque d'Aure, coadjuteur de l'évèquc de Condom ; Du Pîessis de Richelieu, évêque de Luçon; de Rousseau, évêque de Mendc ; Alphonse Del Bene , évêque d'Albi ; d'Esparbès-Lussan, évêque de Pamieis ;

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France , et chacun des prélats pour son diocèse , le concile de Trente ; ils le recevaient purement , simplement , sans condition , sans distinction de dogme et de discipline ; ils le recevaient pour satisfaire à un devoir rigoureux , aux cris de leur conscience. Ainsi , ils apprenaient au pouvoir civil, que la promulgation des lois ecclésiastiques ne dépendait point de lui, que lorsque l'Eglise, par l'organe de ses ministres, lui demandait avec tant d'instance la réception ou la reconnaissance officielle de ces lois, elle ne prétendait pas lui demander pour ces lois une force qu'il ne pouvait pas leur donner, mais elle requérait seulement son concours pour en assurer l'observation ; et que s'il refusait sa coopération , le clergé n'en poursuivrait pas moins l'exécution des décrets de l'Eglise universelle, qu'il était obligé en conscience de publier et d'accomplir ; que si le gouvernement, peu content de mépriser les vœux des ministres de l'Eglise f voulait encore leur rendre impossible l'observation des décrets du concile, il les empêcherait de remplir un devoir rigoureux et se poserait en tyran des consciences.

Cette déclaration du clergé était encore une sévère leçon

Antoine de La Rochefoucauld , évêque d'Àngoulême ; Pierre de Fenonillet , évêque de Montpellier j Camus , évêque de Bellay; de Tresses, évoque de Laodicée, coadjuteur de l'évêque de Lectoure; de Beaumanoir, évêque du Mans ; Le Gouverneur, évêque de Saint-Malo ; de Barault, évêque de Bazas ; de La Beraudière, évêque de Périgueux ; Sébastien Zamet , désigné évêque de Langres; Joachim d'Estaing, désigné évêque de Glermont; parmi lesquels on peut compter un grand nombre de signataires, d'après ces mots du procès-verbal : « Il fut de plus ordonné qu'elle (cette déclaration) seroit présentée... à mes autres Seigneurs les prélats qui se trouveront en cette ville : ce qui auroit été fait, comme il appert par l'original de cette déclaration, écrit à part, en un feuillet de papier, signé et souscrit par mesdits Seigneur?, »

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pour les parlements : elle leur apprenait que les pasteurs, gardiens naturels des droits et des prérogatives de l'Eglise, ne connivaient point aux prétendues libertés qu'on opposait au concile de Trente, et qui n'étaient au fond qu'un voile destiné à cacher l'orgueil de la magistrature révolté contre l'autorité ecclésiastique (1).

(l)Racicot, avocat de Paris, s'étonne ici de deux choses : i° « que depuis la déclaration de l'assemblée du clergé de 1615, l'affaire du concile se soit assoupie tout d'un coup, et qu'elle n'ait point paru depuis. » Il n'y a là rien de bien étonnant : cette affaire a été depuis assoupie, parce qu'elle était terminée. Pourquoi le clergé demandait-il depuis si longtemps et avec tant d'instance la publication du concile? Etait-ce parce qu'il croyait que le concile obligeait seulement par la réception du gouvernement? point du tout : les lois de l'Eglise universelle sont imposées au nom de Jésus-Christ, et non laissées à la discrétion des consciences : une fois promulguées par l'Eglise, elles obligent les peuples catholiques, ceux mêmes qui refusent de les recevoir. Aussi n'était-ce point de la réception du gouvernement que le clergé faisait dépendre l'autorité et l'obligation des décrets du concile : il en demandait ta reconnaissance et la publication officielle, afin que ces décrets . inscrits en quelque sorte dans notre code, jouissent, comme les autres lois, de la protection du pouvoir , chargé de les faire observer ; et que les ministres de l'Eglise n'eussent pas continuellement à lutter , dans l'accomplissement de leurs devoirs, contre un gouvernement à demi-schismatique. Et quand le clergé demandait que la réception du concile faite parle roi, fut enregistrée au parlement, prétendait-il que cette formalité fût requise pour autoriser le coucile en France, ou pour lui donner force de loi parmi nous? Ce serait lui faire injure que de le penser. Il savait bien que l'autorité d'un concile universel ne dépend pas plus d'un arrêt du parlement que d'une ordonnance rovale ; puisque Jésus-Christ n'a point confié les clés aux pouvoirs séculiers. Il voulait seulement que la réception qu'il demandait au gouvernement fut faite avec les formalités usitées dans le royaume pour les autres lois. Mais ni la réception officielle du gouvernement, ni l'enregistrement au parlement D'étaient nécessaires pour obliger les Français d'obéir au concile de Trente : et le refus de l'un et de l'autre ne pouvait dispenser personne de les observer. Le clergé fit preuve de prudence et de patience en demandant qu'on appliquât ces formalités aux décrets du concile de Trente; et voilà tout. Le gouvernement et le parlement refusèrent de les accorder : le clergé s'en passa, et, par sa déclaration du 7 juillet 1615, it tiguitia à la puissance séculière que le concile avait reçu en France toute

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Une démarche si solennelle et si imposante ne devait donc plaire ni au Conseil, ni au Parlement. François de liai lay, archevêque d'Augustopolis, et coadjuteur de l'archevêque de Rouen, fut chargé d'en porter la nouvelle officielle à la cour. Le 8 août , entouré des cardinaux du Perron et de La Rochefoucauld , et de toute l'assemblée du clergé, qui voulut approuver par sa présence le langage de son orateur, il adressa au roi un discours à la fois respectueux, habile et courageux. Il se plaignit d'abord du triste état où le protestantisme avait réduit la religion dans leRéarn; puis il poursuivit en ces termes :

la promulgation nécessaire pour obliger la nation, peuple et gouvernement. Et ce fut l'issue de l'affaire poursuivie depuis si longtemps.

Il paraît que la signification de l'acte du clergé fut comprise, car depuis lors le concile a été observé en France sans contestation. Et c'est la seconde chose qui étonne l'avocat Racicot. « C'est une chose assez surprenante, dit-il, qu'encore qu'on se soit si fort opposé aux décrets de la réformation, qu'on ait cru qu'ils faisaient quelques torts et quelque préjudice aux libertez de l'Eglise gallicane , ils ayent. sans aucune publication ou réception (du gouvernement) par la sainteté et futilité (un autre qu'un avocat aurait dit la nécessité) de leurs loix, attiré le respect et la soumission des peuples : de sorte que les prélats, les docteurs et tous les ecclésiastiques ont tâché de former leur conduite sur les règles qui sont établies dans ce concile, et que les décrets de la réformation et les règles de la discipline ont été aussi bien reçus que les définitions de foi ! Non-seulement ils ont servi aux ecclésiastiques, mais le conseil du roy même et les parlements se sont aussi servis des règles qui y sont contenues dans les affaires les plus difficiles, et dans celles de la plus grande conséquence, principalement pour la police extérieure de l'Eglise (1). » Cela veut dire que la conscience publique l'a emporté sur Le mauvais vouloir des gouvernements et des parlements , et que la France , dans son bon sens catholique, a compris que le concile universel commanda au nom de Jésus-Christ, et non de par un parlement.

: Disserlaiion sur la réception du concile ;îe Trente <.■;) 1 rauce, à la tin de ses Su-tes sur le concile de Trente \ . 373 et suivv.

bbS (PaulV.) HISTOIRE DU CONCILE (Aw. 1615)

« Sire, s'il y avoît apparence de finir des remercîmentspat des doléances et des plaintes, je cesserois et donnerois au silence et au respect quejedois à Votre Majesté les dernières parties de ma commission ; mais Votre Majesté n'auroit pas aussi le contentement quele clergé lui prépare parla nouvelle de la réception qu'il a faite du concile de Trente, concile œcuménique, concile reçu par toutes les parties de l'Eglise, et concile partant qui ne peut non plus se différer sans mépris et sans schisme, que rejeter sans sacrilège. »

Poursuivant son discours dans ce sens, il avoue que deux choses rétonnent également, c'est que la France ait pu rester chrétienne, en refusant si longtemps de recevoir le concile de Trente, et qu'après une résistance si opiniâtre, elle ait profité de l'occasion solennelle des Etals généraux pour reconnaître l'autorité de ce concile (1). Il félicite le roi de ce que la France s'est ainsi rangée, avec tous les autres peuples, sous la houlette du pasteur universel de l'Eglise, et lui fait espérer que Dieu, pour le récompenser d'avoir reçu le concile, unira les volontés des sujets à la volonté de leur souverain et maintiendra ainsi parmi eux cette union si nécessaire dans un Etat. Il lut rappelle l'exemple de l'empereur Marcien qui soutint avec tant de zèle les décrets du concile de Chalcé-

1; Le fiers état, on sait dans quelte intention, refasade s'associer aux deux autres Ordres pour demander la réception du Concile, quant à la discipline, mais il fut forcé par la conscience publique, d'en confesser la doctrine comme divine, infaillible et obligatoire; et sur ce point les trois chambres furent «•ranstamment d'accord. C'est sans doute ce que veut dire ici l'orateur du clergé, à «rai as qu'il n'entende parler de la majorité des Étais, c'est-à-dire du clergé et de la noblesse*, qui, en effet, demandèrent ensemble la réception dut cuneftô,

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doine, exemple, dit-il, que le roi de France doit d'autant plus imiter dans celte circonstance que son père dut à la promesse de le faire publier, le bonheur d'ètreréconcilié avec l'Eglise et le Saint-Siège.

Toutes ces considérations avaient engagé l'assemblée à la démarche qu'elle venait de faire, et qu'elle ne pouvait plus différer après la belle manifestation de la majorité des Etats: » Car, dit l'orateur, que nous restoit-il plus après la réquisition des Etals, où le commun consentement des pasteurs tenoit le premier rang, sinon que l'obligation d'accepter te concile, que l'on ne peut refuser sans rejeter la doctrine dont tout conciîegénéral donnerévélalion et éclaircissement : concile que nous ne pouvons tenir en suspens, ni différer, que sous espérance de distinguer la discipline d'avec la doctrine, qui est proprement capituler avec Dieu, et non pas se soumettre à l'esprit de douceur, qui sait mieux ce que nous avons à demander que nous-mêmes, et qui nous apprend à demander, et puis nous voir en termes d'être la proie du schisme, à qui les portes étoient toutes ouvertes dès l'instant que la France a déclaré la nécessité de recevoir le concile.

» L'église ( de France) s'est souvenue qu'il n'est que de prévenir, et que dans les plus profonds cachots et les plus obscures prisons , le schisme des Mélétiens se forma en Alexandrie . .El le Mélécius, Sire, n'est pas loin delà France (1 )^ qui voudroit tendre, s'il avait le bras assez fort, le rideau du schisme, et avec nous au milieu des persécutions de l'hérésie, comme au milieu des fers et des prisons, cherche de

. L'orateur veut sans doute parler de Jacques i.

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quoi glisser la désobéissance au chef, et semer la zizanie entre les frères. C'est pourquoi les Etats ont requis que Je concile fût reçu. Les pasteurs de l'Eglise en cette grande et présente assemblée ont déclaré qu'ils recevoient le concile par leur seing et par leur serment, et qu'il devait être encore reçu plus particulièrement par les conciles provinciaux. Les conciles provinciaux le recevront maintenant avec les formes(l) ; et Sa Sainteté, suppliée de s'accommoder aux raisons que nous lui représenterons en toute humilité pour ce qui peut regarder les droits de la France, et les intérêts des particuliers, apportera des modifications nécessaires aux difficultés qui lui seront proposées ; et Votre Majesté protégera de sa main royale nos bonnes intentions, et la fidélité que nous devons à nos charges pour le soin des âmes et l'observation des règles de notre discipline.

» Tellement, Sire, qu'il y a cinq actions nécessairement à distinguer au sujet que l'on traite, quand il est question de la réception du concile : la première action est la réquisition qui vient des Etats; la seconde, la déclaration en ce qui touche la conscience qui appartient aux prélats; la troisième est la publication qui dépend des conciles provinciaux, ou, en leur défaut, des diocèses; la quatrième est la dispensation qui appartient au Saint Père, comme dispensateur des mys-

(1) C'est ce qui avait déjà eu lieu dans la plupart des provinces ecclésiastiques : nous avons parlé des conciles qui s'y tinrent pour la réception de celui de Trente et l'application de ses décrets, en sorte que lorsque le clergé de France fit une déclaration si solennelle, le Concile était déjà en vigueur dans un grand nombre de diocèses.

(\n. 1615.) DE TIVRNTE.— LIV. VH. (Paul V.) 561

tores de Dieu, et interprète des intentions de l'Eglise et du concile ; la cinquième est la protection qui appartient à Voire Majesté, qui ne peut lui être non plus ravie, que sa couronne même, puisque votre couronne est la marque et comme le caractère de l'élection que Dieu a faite de Votre Majesté et de l'obligation qui vous en demeure de faire ici-bas effectuer ses volontés (i). »

La démarche que le clergé venait de faire était trop catholique et trop importante, pour qu?elle n'irritât pas tous les ennemis de l'église. Mais les protestants, pour nous servir des paroles de Duplesis-Mornay, laissèrent encore au parlement de Paris le soin d'engager V escarmouche et d'ouvrir cette nouvelle campagne contre le concile, se réservant de poursuivre la guerre par les armes de la révolte, lorsqu'elle serait déclarée par les arrêts de la magistrature. Celle-ci ne trompa ni l'attente, ni l'opinion des protestants. Un libraire, nommé Richer, ayant publié la harangue de l'archevêque d'Augustopolis, le procureur du roi poursuivit auprès du Châlelet la suppression de l'écrit et la punition de l'imprimeur. Le 22 août, Richer fut condamné à une amende de quatre cents livres et à un exil de trois ans hors de la prévôté de Paris, et la harangue fut supprimée et détruite, comme contenant plusieurs paroles et propositions contraires au droit commun tenu par l'Eglise Gallicane^ et V autorité et puissance souveraine du roy , mesme une prétendue réception du concile de Trente, faite sans permission et authorité du roy. (2)

(!) Collect. des proc.-verb. des assemb. du cl., t. II, p. 270, Pièc. juslif., p. 27 et suiw. — Proc-verb. ms. de rassemblée de 1615, p. 372 et suivv. — Mercure françois, t. IV, p. 204 et suivv.

(ïj Dupuis a inséré cette sentence dans son I tome, 2e part. p. 62, des Preu-

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Cette sentence fut le signal de la guerre que les Protestants firent au clergé et à sa déclaration. Les circonstances les servaient merveilleusement : Condé, toujours mécontent de la cour, venait d'en sortir, suivi du duc de Bouillon et de plusieurs autres grands seigneurs, dont l'ambition était un embarras et un péril continuel pour la France. Ils se plaignaient du mariage qui allait se conclure entre Louis XIII et Anne d'Autriche, infante d'Espagne, du refus de recevoir l'article du tiers état, de l'administration des finances, de la faveur accordée à quelques conseillers d'Etat, d'injures personnelles, et de beaucoup d'autres griefs , prétextes spécieux d'un orgueil déçu, ou exigences d'une conscience perverse. Ils mirent dans leurs intérêts l'ambassadeur d'Angleterre, les agents du protestantisme à la cour, à qui ils promirent de grands avantages pour leur réforme, et pour eux des ambassades ou des places, qui sont, dit dans ses mémoires, en parlant d'eux, le duc de Rohan, de puissants moyens de persuasion (!) ; puis ils se réunirent tous ensemble à Coucy, où Condé publia un manifeste séditieux pour an. noncer à la France les sujets de son mécontentement, ou plutôt les prétextes destrnés à pallier son intention. Confondant sa cause avec celle des Huguenots, afin de les attacher plus sûrement à son parti, il reprochait au gouvernement d'avoir repoussé le fameux article proposé par le

ve.s des libertés de l'Eglise Gallicane. Elle prouve seulement que la magistrature empêchait le clergé de remplir un devoir et d'exercer ses droits. Singulières libertés qui ne peuvent se prouver que par les monuments de l'esclavage !

(!) Mém. du duc de Rohan, dans la Colled.de M. Michaud, 2e série, t. V, p. 504.

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tiers état, pour assurer, disait-il, l'indépendance du roi , mais dans la réalité, pour le brouiller avec le Vicaire de Jésus-Ghrist ; d'avoir poursuivi, malgré l'opposition des grands , le mariage du roi de France avec une princesse espagnole, et celui du roi d'Espagne avec une princesse française, alliance qui déplaisait à Gondé et aux Protestants, parce qu'elle devait cimenter l'union entre deux grandes nations catholiques. « A cela ceux de Ja religion prétendue réformée ajoutent, disait encore Gondé dans son manifeste, le refus que la noblesse a fait aux Etats de demander la conservation des édits de pacification quoiqu'ils doivent être tenus et observez comme loi fondamentale de l'Etat , et la réception et observation du concile de Trente, jurée si solennellement depuis peu de jours par Je clergé, assemblé à Paris, à la face du roi et de son Gonseil , au grand mépris de son autorité et de l'honneur de la couronne de France (1). »

Les Protestants tenaient alors à Grenoble une assemblée générale : le sieur de La Faye se rendit parmi eux de la part de Condé , et les invita à s'unir à ce prince ;

1° Pour forcer le gouvernement à accepter l'article du tiers état ;

â° Pour empêcher l'exécution du concile de Trente , que l'assemblée du clergé venait de recevoir avec tant de solennité;

3° Pour rompre l'alliance qui allait se conclure entre La France et l'Espagne, et prévenir les suites qu'elle aurait

(i; Mercure François, t. IV, p. 108.

h6h (PaulV.) HISTOIRE DU CONCILE (An. 1615)

pour la réforme-, enfin pour se prêter un mutuel concours dans toutes les circonstances (1).

La révolte et la réforme avaient toujours marché ensemble; il ne fut donc pas difficile à La Faye de réussir dans sa mission. Les membres de l'assemblée envoyèrent à la cour une remontrance aussi hypocrite dans la /orme que séditieuse dans le fond. Ils y demandaient d'abord l'acceptation derarlicleschismatiquedu tiers état, et le rejet du concile de Trente, eux qui prenaient les armes pour défendre un article de leurs synodes : « Ils supplieutlrès-humblement Votre Majesté, disaient-ils, que puisqu'ils ont le droit commun avec vos autres subjets d'estre nais Français, ils puissent encore icy représenter le ressentiment qu'ils ont, comme tels, du préjudice notable que peut recevoir vostre Fstat en la demande qui a esté faite à Vostre Majesté par les députez de la Chambre du clergé, à laquelle ils ont si subtilement attiré celle de la noblesse, de la réception et publication du concile de Trente en vostre royaume... Outre lequel intérest commun à tous vos subjets, lesdits suppliants y en ont un très-particulier, ainsi qu'il a esté recogneiï par Messieurs de vostre Conseil, et asseurances données par les principaux d'iceluy à leurs députez généraux résidens près Vostre Majesté avec commandement de le faire entendre par toutes leurs églises, à sçavoir qu'il ne se feroit aucune résolution par les députez des trois Ordres, touchant la réception et publication dudit concile, notoirement contraire à la liberté accordée auxdits suppliant* par vos édils de

(1; Mercure françois, t. IV, p. 210

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pacification, voire de telle sorte qu'ils ne peuvent subsister ensemble dans vostre royaume, lequel par conséquent pourvoit estre mis et porté en une désolation et combustion déplorable.... ; au préjudice desquelles asseurances lesdits députez des Chambres du clergé et de la noblesse auroient mesme contre vostre intention et celle de la Chambre du tiers état fait instance par leurs cahiers à Vostre Majesté de la réception et publication dudit concile; et ne se contentans de ladite instance, auroient depuis, de leur propre authorité, et au préjudice de celle de Vostre Majesté, en leur dernière assemblée... , entrepris de recevoir ledit concile et le faire publier par vostre royaume sans en attendre permission et authorisation de Vostre Majesté, meltans parce s entreprises intolérables à réelle exécution ce qu'ils n'avoient depuis tant d'années osé demander que par requestes et supplications ; ce que les supplians ont tout sujet de croire avoir esté pratiqué par lesdits députez du clergé pour leur entière ruine et subversion... A ces causes, Sire, ils supplient très-humblement Vostre Majesté leur donner entière asseurance qu'en laresponse des cahiers desdites Chambres elle leur refusera absolument la réception et publication dudit concile... et leur déclarera que le serment fait par Vostre Majesté, à son sacre, ne regarde lesdits suppliants... et sur ces deux points faire une ample déclaration portant défenses expresses de plus demander la réception et publication dudit concile, qui soit vérifiée en vos Parlements et publiée par tout vostre royaume (1). »

(I) Mercure François, t. IV ? p. 215 et suivv.-— Dupleix, HisK de Louis XIH, p. 102 et suivv.

565 (PaulV,) HISTOIRE DU CONCILE (As. 1615)

Lorsque le ministre Champeaux partit de Grenoble pour porter ces remontrances au roi , la cour était en voyage pour la Guyenne, où devaient se conclure les mariages projetés ; car la reine, sans se laisser intimider par les troupes que les rebelles avaient mises sur pied, ni par les mouvements que faisaient les Protestants de la Saintonge et de la Guyenne pour fermer les passages, avait hâté la conclusion de cette affaire. L'événement justifia son audace et son énergie : la cour marchant sous la sauve-garde d'une armée fidèle commandée par le duc de Guise, arriva heureusement à Bordeaux; et le double mariage, que tant de puissantes passions voulaient empêcher, eut lieu le 48 octobre. Or la cour poursuivait ce voyage , quand Champeaux la rencontra à Tours : il présenta ses remontrances au roi; mais on lui dit qu'il recevrait la réponse à Poitiers. La réponse que le Conseil adressa à l'assemblée de Grenoble , était à la fois bienveillante et insignifiante (1).

Cette assemblée n'en fut point satisfaite ; elle se mutina contre l'autorité royale, et, malgré les sages avis de Lesdiguières , elle se transporta sans permission à INîmes , où elle espérait être plus libre dans ses violences (2). De-là elle adressa une circulaire à toutes les Communautés calvinistes, pour les exhortera s'associer à la révolte de Condé, qui , disait-elle, avait une vocation légitime pour cela (3), qu'elle embrassait son parti, à ces conditions, entre beaucoup d'au-

1(1) Lettre de Duplessis-Mornay à Marbant, dans ses Mém. , t. III, p. 78'» et suivv. — Mém. de Fontenay-Mareuil, dans la Collect. de M.Michaud. i^série, t. V, p. 97.

(2) Ibid.

{$) Mercure français, sous l'an IG15, p. 315.

v\]\. 1616.) DETRENTE.-~LIV.VII. (Paul V.) 567

très également avantageuses à la réforme i que leurs efforts réunis tendraient à faire admettre l'article du tiers état, et surtout à empêcher la publication du concile de Trente, comme préjudiciable aux droits de la couronne , aux édits de pacification et aux libertés de l'Eglise Gallicane (1); car les Calvinistes n'étaient pas moins zélés que les Parlements pour le maintien de ces libertés. Condé les avait aussi alléguées pour empêcher le mariage du roi avec l'infante d'Espagne; mais cette alliance venait de de s'accomplir; il songea à faire la paix avec la cour. Le duc de Nevers, resté neutre pendant ces troubles, reçut du roi l'autorisation de conclure avec Condé une trêve de quelques jours pendant laquelle on négocierait la paix à Loudun. L'assemblée de Nîmes se transporta aussitôt à La Rochelle, pour suivre celte affaire de plus près. Les conférences commencèrent le 21 février 1616, se tinrent entre le maréchal de Brissac, Villeroy, de Thon , de Vie, conseillers d'Etat, de Pontchartrain, secrétaire d'Etat, de la part du roi, et le prince de Conde, les ducs de Bouillon , de Mayenne , de Luxembourg , et plusieurs ministres protestants de La Rochelle.

Les membres du Conseil étaient venus avec l'intention de faire la paix à tout prix , pour désarmer les méconlenls »•( les Calvinistes. Ils subirent les conditions, au lieu de les dicter. Ainsi on convint de part et d'autre : que l'article du tiers état serait rétabli; que les libertés de l'Eglise Gallicane seraient intégralement maintenues; que la déclaration de l'assemblée du clergé touchant la réception du concile

(1) Mcrcwe françoisy sous l'an 1615, p. 345. — Dupleix, Hi&t.'de Louis XIII, p. KM.

5G8 (PaulV.) HISTOIRE DD CONCILE (A-.\. 161S)

de Trente serait réparée et déclarée nulle; que les édits de pacification seraient gardés et observés (1).

Ces articles et beaucoup d'autres , non moins favorables aux révoltés et aux calvinistes, furent accordés parle Conseil, excepté le premier qui fut simplement réservé (2). On «e les inséra pas, il est vrai, dans l'Edit de pacification, publié à Blois, au mois de mai, à la suite de la conférence de Loudun ; mais ils furent compris dans les articles secrets que le jeune Louis XIII abandonna au prince de Condé et à ses adhérents (3).

Ces concessions étaient une injure pour l'Eglise, et un encouragement pour la sédition et l'hérésie. Les mécontents recommencèrent la guerre quelques jours après les avoir obtenues ; les Calvinistes continuèrent à agiter les'provinces et troublèrent tout le règne d'un prince qui avait fait tomber sur eux ses premières faveurs. Les évoques gémirent sur la timidité d'un gouvernement qui croyait désarmer la rébellion en lui sacrifiant les droits de l'Eglise; mais ils conservèrent le courage de leur foi : ils n'avaient point demandé au pouvoir séculier la sanction des décrets du concile ; pas même

(1) Mercure françois , sous l'an 1616, p. 45 et suivv. — Mera. du duc dé Rohan, dans la Collect. de M. Michaud, 2è série, t. V, p. 507.

(2) P.mtchartrain, Relation de la conférence de Loudun, dans la Collect. de M. Michaud, ne série, t. V, p 416 et suivv.

(3) Ces deux articles particuliers étaient ainsi conçus :

«I. Le roy veut et entend, à l'exemple des roys, ses prédécesseurs, que 'Eglise Gallicane soit conservée en ses droits, franchises, iibertez et prérogatives.

II. Ce qui a esté fait par le cierge sur la publication du concile de Trente n'a esté approuvé par Sa Majesté,aussin'a-t-il eu aucune suite, et ne permettre point qu'il y soit encore rien fait cy-après, sans ny contre son authorité.» ( Afercuve Era?f?ois, sous l'an 1616, p 129.)

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l'autorisation de les observer; car ce pouvoir ne pouvait pas accorder l'une, et ne devait pas refuser l'autre; ils l'avaient seulement requis de leur prêter son concours pour assurer plus efficacement l'observation du concile. Le pouvoir ne devait porter l'épée que pour défendre l'Eglise et lui garantir la liberté de son action, et l'intégrité de ses droits ; mais toujours guidé par une politique machiavélique, ou influencé par des préjugés parlementaires, ou effrayé par les menaces et les révoltes continuelles du protestantisme, il refusa constamment de s'engager, par la publication du concile de Trante, à soutenir l'Eglise dans l'application de ces lois. Grâces à Dieu, l'épiscopat français connaissait son devoir, et il sut le remplir. 11 est injuste de lui reprocher, comme on a osé le dire, qu'il s'associa aux parlementaires, aux calviniste ? à toutes les passions anti-catholiques, pour refuser le concile de Trente. Longtemps, il est vrai, il en différa la publication générale etsolennelle; maisilattendaitquele gouvernement, revenu enfin à des sentiments chrétiens, lui donnât un concoursobligé; il attendait et poursuivait l'occasion de publier Je concile, de concert avec le pouvoir temporel, afin que les décrets du concile devinssent en même temps loi de l'Eglise et loi de l'Etat. L'Etat s'obstina à dénier son appui à l'Eglise ; mais l'épiscopat ne s'abandonna pas lui-même. Dès qu'il vit que sa longanimitésemblait, aux yeux des peuples, dégénérer en connivence avec le schisme et l'hérésie, il protesta par l'acte le plus authentique et le plus solennel, qu'il recevait sans exception les décrets du concile; et dès-lors il ne r< stait plus, à la France catholique, aucun prétexte pourse soustraire à l'observation des lois élablies par les Pèresde Trente Tant pis pour le gouvernement s'il consentait à porter sur lj

5/0 (Paul V.) HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE. (An. 16Î6.) front la marque du schisme. L'autorité spirituelle aima mieux se passer de son concours que de participer à cette flétrissure. Et l'Eglise de France, consolée par le courage de ses pasteurs, put enfin relever ses regards humiliés el les porter sans honte sur les autres Eglises, ses sœurs, qui, [confondues dans l'observation unanime du concile de Trente, brillaient toutes de la gloire de l'unité catholique.

A la vérité, cet événement ne fut point le terme des épreuves que devait subir le concile de Trente: représentation vraie et légitime de l'Eglise, il en partage les destinées : comme elle, il sera toujours un signe de contradiction pour les uns, u n signe de ralliement pour les autres; mais son autorité, qui est aussi celle de l'Eglise, ne dominera pas moins les homînes el les siècles, jusqu'au jour où ses oracles recevront une sanction éternelle dans le châtiment des rebelles et dans la rémunération des fidèles.

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