‹ Histoire du Concile de Trente [microform]Chapitre 21 sur 38 · II. 2i · texte numérisé non relu

II. 2i

2Z|6 HISTOIRE DU CONCILEDKJTRENTE

Depuis la Réformation, c'était sur le célibat des prêtres que la discussion avait principalement porté.

Là, la question de droit était plus simple. Une église peut, à la rigueur, fixer de son chef les conditions auxquelles on sera son ministre. Si un maître a le droit de ne vouloir à son. service que des célibataires, on ne peut refuser à une société celui d'imposer celte loi aux hommes qu'elle paye. Le mal, c'est que Rome en ait fait une affaire de droit divin. La liberté du prêtre est à jamais aliénée. Il a beau quitter le service de l'Église, renoncer à toute espèce de fonctions et de salaire : il est lié, éternellement lié ; l'Église ne reconnaîtra jamais un mariage contracté par lui.

A côté du droit, voilà donc immédiatement l'abus. Le célibat temporaire, — nous reconnaissons qu'on peut l'exiger ; quant à savoir si on fait bien, c'est une autre question. Le célibat perpétuel, — nous dirons, comme pour les vœux monastiques , que nous ne comprenons, pas un pouvoir humain l'imposant h des gens qui ne s'y croiraient pas tenus par conscience, et renonceraient aux fonctions en vue desquelles ils s'y étaient soumis.

On a fait grand bruit de l'influence que l'ennui du célibat peut avoir eue sur les prêtres qui embrassaient la Réforme, notamment sur Luther et sur Calvin. Quant à ce dernier, c'est la calomnie la plus gratuite qui ait jamais été forgée; quant h Luther, il est plus facile de déclamer contre ce qu'on a appelé ses goûts charnels,

que de prouver .qu'ils soient entrés pour rien dans ses premiers mouvements de révolte contre le joug papal <. Etàit-il donc alors si difficile de se procurer, tout en' restant prêtre, les joies grossières -qu'on' ose lui reprocher d'avoir clîèrchées dans le mariage? Théodore de Bèze, dans sa jeunesse,, n'avait pas eu besoin de se faire protestant, pour se livrer aux désordres qu'on a la maladresse de lui reprocher encore, comme si ces désordres n'étaient pas ceux d'un catholique, d'uii prêtre ; comme si l'histoire n'était pas là pour dire combien de prêtres et de moines faisaient comme lui, ou pis que lui!

Et pourquoi, d'ailleurs, pourquoi tiendrions-nous à établir que la question du célibat n'ait eu absolument aucune influence sur les progrès de la Réformalion parmi les prêtres? De toutes les servitudes que Rome a imposées à ses ministres, il n'en est aucune qui pèse plus tristement sur leur existence, sur toutes les portions et tous les détails de leur existence. Une loi qui vous suit partout, qui fait de vous un être à part, qui vous condamne à ne goûter jamais les jouissances que l'Eglise elle-même proclame légitimes et pures partout ailleurs que chez vous, — est-il donc étonnant que cette loi contribue plus qu'une autre à vous donner l'idée de chercher en vertu de quel droit on vous l'impose ? " t' autorité dont elle émane , c'est celle de l'Eglise , mais seule, isolée de tout précepte divin, de toute analogie avec des enseignements ou des faits divins. Sous l'ancienne loi , les prêtres sont mariés ; le grand-prêtre

} Luther ne se maria qu'en 1525, huit ans après sa rupture avec l'Église.

2/l8 HlSTOri^E DUS^^GONÇÏIiE -DE TRENTE

lui-même, chez qui la plus minutieuse pureté est ^ quise dans sa personne, danàses:^lïaDitudës, dans ses actions les plus insignifiantes,'— le grand-prêtrè eét marié. L'ancienne loi est abolie ; vpici la nouvelle. Faire descendre tous les Jours Jésus-Christ sur l'autel, c'est, nous dit-on, plus que djentrer iune fois par ah dans le lieu très-saint. Soit. Mais si le célibat doit être une des conséquences de cette supériorité du prêtre chrétien sur le prêtre juif^ comment .expliquer le silence de l'Ecriture sur cette nôtiVéllë condition à exiger? Car enfin, si c'est une question de pureté, il est inadmissible qu'elle n'ait pas été résolue par Jésus-Christ, par les Apôtres au moins, et que Ta Cène ait été si longtemps administrée par des mains radicalemenl indignés de cet honneur. Que de grandes , phrases n'a-t-on pas faites, surtout de nos jours, sur cette prétendue jgrofanation des saints mystères, dès qu'ils seraient livrés à des hommes mariés !; .Cette profanation, pourtant, saint PeTuI en parle, et cela sans horreur, sans blâme, sans la plus légère trace d'improbation. « Il faut, dit-il, que le pasteur n'ait qu'une seule femme,iqu'il gouverne bien sa famille, qu'il maintienne ses enfants dans la pureté *.» Et ailleurs : (( Je t'ai laissé en^Crète, écrit-il à, Tité, afin que tu établisses des pasteurs dan^çhaqu€|ville, cherchant pour cela des hommes sàhs reproche, qui n'aient qu'une seule femme, dont les enfantsspient fidèles, etc. » Avait-il lu cela. Chateaubriand, quan|. il a osé écrire que les ministres protestants « répudient le Créateuf pour épouser la créature ? » Si les paroles de saint Paul et celles du rhéteur français tombaient ensemble sous les

* I Timotli. m.

yeux d'un païen ^ on ne lui ferait pas facilement croire que le second auteur soit un disciple du premier. Dans Un autre endroit, il est vrai, saint Paul paraît conseiller le célibat ; mais là S à qui s'adresse-t-il? Aux pasteurs ? Non; à tout le monde. Est-ce une loi qu'il prétende établir? Nullement, puisqu'il range ailleurs 2 parmi les disciples du démon ceux qui se mettront à la prêcher. De quoi s'agit-il donc? De persécutions à subir, de précautions à prendre pour n'y pas succomber. Dans ce cas, il est clair que le célibat a des avantages ; moins on a de liens à rompre, plus on est prêt h souffrir. Voilà ce que dit saint Paul ; rien de plus. Le précepte est tout de circonstance ; fût-il plus général, il suffirait que l'auteur ait parlé ailleurs du mariage de l'évêque comme d'une chose toute simple et toute naturelle, pour empêcher de supposer que le conseil contraire fût le moins du monde, à ses yeux, une question de pureté.

Et que parlons-nous de saint Paul? Celui dont l'Eglise romaine a fait le prince des Apôtres, le vicaire de Jésus-Christ, le canal de tous les pouvoirs spirituels et de toutes les grâces sur la terre, — saint Pierre, enfin, fut marié. Il l'était quand le Sauveur lui adressa les paroles qui, selon Rome, ont fait de lui le pontife suprême; il l'était à l'époque où il devint, selon Rome, l'évêque de la capitale du monde, car c'est bien moins de vingt-cinq ans avant sa mort que saint Paul, écrivant ^aux. Corinthiens 5, fait mention de la femme de son collègue. L'Eglise romaine n'aime guère à rappeler ce

1 I CqrinthviT.

' 21 Tinaoth. iv. « Des doctrines de démons, enseignées par des imTpost&ixTS... qui défendront de se marier... » » I Corinth. IX, 5. -: .

détail. Elle qui a fait des saiii|s et des saintes de tous les personnages nommés ou indiquésdans le Nouveau- Testament, et même de quelques-uns qui n'y sont ni nommés ni indiqués, par exemple le père et la mère de Marie, — elle s'est bien gardée d'accorder cet honneur à la femme de saint Pierre, bien que saint Paul la représente accompagnant l'apôtre dans ses pénibles et périlleux voyages. On a si bien réussi à n'en rien dire, qu'un très grand nombre de catholiques n'en ont, de leur vie, entendu parler, et qu'ils en croient à peine leurs yeux quand on leur montre l'assertion de saint Paul. « Mon cher, écrivait Luther 2, ne prétendons pas voler plus haut qu'Abraham, que David, qu'Ésaïe, que saint Pierre, que tant de saints martyrs et de saints évêques qui ont reconnu sans honte qu'ils étaient des hommes créés de Dieu, et, selon sa parole, ne sont pas restés seuls. »

Le voilà donc réduit k sa valeur poétique, — s'il peut ' y avoir poésie oùla vérité n'est pas, — cet argument fondamental en faveur de la loi du célibat. Que reste-t-il? L'argument de convenance ? Les faits sont là pour prouver qu'il y a, comme dans l'autre, plus de poésie que de raison. Rien de plus beau que ce qui a été dit, en prose, en vers, sous toutes les formes possibles, surtout sous celle d'injures aux protestants, — sur cette union intime . ^ et mystérieuse entre le prêtre et l'Église, sur ce mariage céleste dont les devoirs l'absorbent tout entier, dont les joies inondent son âme et n'y laissent aucune, place pour celles de la famille. Que cet idéal ait été quelquefois atteint et puisse encore l'être, nous ne le

1 Lettre a Reissenbach. 1525.

nions pas; nous nous bornons à regarder ce qui est, et à nous demander si les prêtres catholiques donnent généralement à leurs églises plus de temps et de soins que les pasteurs protestants, k leurs églises, disons-nous ; à L'Église, c'est une tout autre question. Il y en a au contraire beaucoup trop qui ne voient qu'elle, ne songent qu'à elle, ne vivent et ne respirent que pour elle ; mais ce dévouement est trop mélangé d'idées humaines et d'intérêts humains, pour qu'on puisse, chrétiennement, le faire entrer en ligne de compte. Le clergé romain est-il donc, en somme, plus dévoué à ses troupeaux que le clergé protestant? Ces hommes qui n'ont pas une famille à nourrir, sont-ils sensiblement plus ardents à nourrir les pauvres ? Ces hommes h qui l'argent est moins nécessaire, ont-ils généralement la réputation de l'aimer moins? Ces hommes qui n'ont pas k s'occuper de leurs enfants, trouvent-ils beaucoup plus de temps pour s'occuper de ceux des autres, et l'instruction des campagnards, par exemple, est-elle meilleure sous eux que sous les protestants ? Ces hommes qui ne sont pas distraits, dit-on, par les soins de la vie, paraissent-ils, dans l'ensemble de leur conduite, plus absorbés par ceux du ciel? Sont-ils plus sérieux, plus spirituels, non pas k heure fixe, à tâche fixe, avec une messe k dire et un bréviaire à lire, mais d'une spiritualité vivante, mêlée à tout , basée sur une incessante contemplation des choses divines ?

Nous ne répondrons pas. Nous savons que toutes les églises ont leurs plaies ; l'orgueil , l'aigreur, se glissent trop facilement dans les parallèles de ce genre. Et cependant, sans entrer dans aucun détail, tout ce que nous avons dit ailleurs de l'incontestable supériorité du

clergé protestant , au point de vue général de la dignité dans les fonctions, nous pourrions lé redh'e ici. Nous nous adresserions, en second lieu, à tous ceux qui ont vu des églises protestantes, non dans les écrits des catholiques, mais de leurs yeux, et nous lessomm.erions de dire s'ils n'ont pas toujours trouvé le pasteur au courant de tous les besoins et de toutes les misères, à la tête de toutes les œuvres charitables ou pieuses. Nous demanderions, en particulier, si on a souvent découvert que leurs devoirs de pères et d'époux nuisissent réellement à leurs devoirs de pasteurs * ; si le concours d'un aide d'autre sexe n'est pas utile et heureux, au contraire, dans une foule de soins où la dignité pastorale risquerait d'être compromise. Nous en appellerions, enfin, à ceux qui ont successivement vu des pays protestants et des pays catholiques, et nous leur demanderions où ils ont trouvé le clergé populairement accusé d'ignorance, de paresse, d'avarice, d'oubli de ses devoirs. Qu'il y ait eu, de nos jours, dans l'église catholique, certaines améliorations , ^ cela se peut; encore faudrait-il voir si ce grand zèle pastoral n'a pas eu plus ou moins sa source dans le réveil envahissant et fiévi'eux auquel nous assistons. Fùt-ril momentanément pur de tout alliage humain, nous sommes ici dans une question générale; le zèlè'pastoral du clergé romain à telle ou telle époque ne saurait être, en soi, uif argument en faveur du célibat. Était-il donc marié, ce clergé du quinzième, du 'seizième siècle, dont les historiens les

1 Même cette objection, si spécieuse, que les liens de famille empêchent le dévouement eii temps de persécution, — les protestants de france ont pu prouver, par l'exemple de leurs pasteurs, qu'elle est loin d'être toujours fondée.

plus catholiques sont forcés de dire tant de mal? Est-il marié, ce clergé que vous retrouvez encore, dans plusieurs pays catholiques, si paresseux, si matériel , si mort? « Gè qui frappe d'abord dans le clergé italien, écrivait Lamennais du temps qu'il ne rêvait encore que le relèvement du catholicisme, — c'est quelque chose de mou, d'apathique, de froid, d'indifférent, en un mot, le défaut de vie, et Rome même, sous ce rapport, ne fait pas exception. Tout va comme il peiit aller, par une sorte de \ieille habitude, et de mécanisme à demi usé. Rien die plus rare que le zèle véritable, l'ardent amour du bien , le dévouement , le sacrifice. On vit de sa profession, et puis voilà tout. »

Non, ce n'est pas pour le bien des églises qu'on a voulu et qu'on veut le célibat des prêtres. Les églises, la vie pastorale, la paroisse, Rome ne s'en est jamais inquiétée qu'en seconde et en troisième ligne ; nous en avons eu la preuve dans toutes les révélations que ses empiétements arrachaient aux membres du concile. Sa grande affaire, son tout, c'était VÉglise, la centralisation, l'unité. Le clergé, pour elle, c'est une année. Les mêmes motifs que tout conquérant a eus pour vouloir des soldats qui ne connussent que leurs chefs et ne tinssent d'ailleurs à rien, Rome les avait pour prescrire le célibat. Si les idées de pureté, de dévouement, de convenance, ont préparé la loi, ellesn'ontpastardéà n'en être que les prétextes. Il fallait des soldats, et ce n'était qu'à ce prix que l'on pouvait en avoir. Est-ce à dire que, dès l'origine, on se soit dit nettement : a Nous voulons des soldats, des hommes à nous ; ordonnons qu'ils soient célibataires? » Non ; mais l'esprit y était : pour obéir à leurs mauvais instincts, les sociétés, comme les indivi- 11. 22

dus, n'ont pas besoin de s'expliquer, nettement, àës. Vq.t. bord, à quoi elles veulent en venir 1. ^:

Peu à-peu, les mêmes motifs continuant d'influer, ce qui n'avait d'abord été donné que comme une loi hu^^ maine fut imposé comme une loi. diyinç. te yop, <Jj?; célibat devint le plus sacré de tou's. les vœux. S.elpja. innocent III, il est si profondéipent a adhérent aux os de^ moines, » que.le pape lui-même ne peut les çn^ relever. Dans le clergé séculier, il y a eu, de Ipin^en loin^ quelques exemples de prêtres se ipariant avec le consentement du pape ; rares adoucissements pratiqjjies^ qijdi n'empêchaient pas la théorie de devenir toujours, plus sévère et plus absolue. On eût dit. que, plus cette loi, manquait de fondements^ rationnels et évangéliques, plus la violation en était coupable. Aujourd'hui même, > quand un prêtre se borne à quitter l'église de Rpme, ses, anciens collègues expriment, en général, plus de pitiié que de haine ; mais vient-il à se marier ? Il n!y; a plus, d'invectives assez fortes, plus de malédictions proportionnées au forfait. Ce que Jésus-Christ a permis.; chez^ le premier des papes, ce que saint Paul a formellement

* On peut voir dans Hurler (ch. vu) de nombreux détails sur la marche de cette question au moj'en âge. La résistance fut beaucoup plus longue et plus opiniâtre qu'on ne le croit généralement. Le clergé danois, qui se soumit un des derniers, était fortement appuyé par les paysans, qui tenaient, disaient-ils, « à garder en sûreté leurs femmes et leurs filles. » Preuve desdésordres dont ils voyaient le célibat suivi dans d'autres pays.-T-.Oa remarquera que nous omettons entièrement, ce dernier côté de la. question. De tous les arguments contre le célibat des prêtres, le tableau de leurs mœurs a longtemps été le plus fort. L'amendement dont nous sommes témoins ne saurait nous faire oublier ce qu'elles ont été pendant des siècles, ce qu'elles sput^encpre.en, maint pays. ' ' ;" •■"

-^'?-'"-'-- XIVRÏ! CINQUIÈME ,255

ïiùtbrisé chez les''évêquès, ce que l'Église à longtemps •ffermis à, tous ses ministres, — on est arrivé à en faire, non-séiilëiiiënt urie désobéissance, mais un criïQe, une épcfayàritablè profanation. Le célibat est entré âans l'essence m^m'è du sacerdoce ; des docteurs sont allés jusqu'à enseigner que quiconque a vécu dans le mariage, ïûtt-il veuf 'depuis longtemps, est à jamais inhabile à offrir le sacrifice de la messe. Peu s'en fallut que Célestinïïï n'érigeât là chose en dogme. Enfin, pour eh reveriîr à notre concile, parmi ces mêmes hommes qu'on ayait entendus prêcher le pouvoir absolu du pape pour dispenser contre toutes les lois, civiles, ecclésiastiques,;^ divines, — il y en avait qui lui refusaient le droit de laisser un prèti-e seinarier. JEt ce droit, ils n'entendaient pas lé lui faire^ ôter par le concile; ils allaient encore plus loin : c'était, selon eux, un droit qu'il n'avait jamais eu, jamais pu avoir, pas plus que celui d'anéantir 'ce qui est ou dé créer ce qui n'est pas. Tant oh mettait de prix à là conservation du célibat! Tan on sentait le besoin d'etitàsser, autour de ce palladium de l'Église, ■tôiis ..les remparts qu'on ne youlait pas laisser mettre mènfe iautourdes lois émanées directement de Dieu !

Cette question, du reste, comme toutes les autres, n'était arrivée au concile qu'avec un cortège de préoccupations politiques. Il s'agissait de savoir si, en cas que l'on jeconnîit au pape le-pouvoir de laisser un prêtre se marier, les Français eiî demanderaient l'autorisa-

lion pour le cardinal de Bourbon, que. sa naissance pouvait appeler au trône. Or, les Français euxrinêmès ne savaient encore ce qu'ils feraient, et attendaient les instructions de leur cour. Le cardinal de Lorraine, que la reine-mère avait à peu près laissé libre de faire à cet égard ce que bon lui semblerait, était plus indécis que personne. D'un côté, le cardinal de Bourbon quittant l'Église, il devenait, lui, le premier prélat du royaume, et, dans le cas possible d'une rupture avec le pape, il se voyait patriarche de France ; de l'autre, Bourbon restant prêtre, la maison de Bourbon pouvait s'éteindre, et la maison de Lorraine arriver au trône.

Ce fut au milieu de ces incertitudes qu'il apprit (9 mars) la mort de son frère, le duc de Guise, assassiné au siège d'Orléans. Cet événement, regardé d'abord en Italie comme le plus grand des malheurs, allait être bientôt presque aussi heureux pour le pape que pour les protestants français. Privé de son principal' appui, la cour fut forcée, il est vrai, de faire la paix avec ces derniers ; mais aussi, d'un autrecôté, elle sentit le besoin de se rapprocher du pape,' et de chercher au dehors les moyens de résistance qu'elle n'espérait plus trouver au dedans.

Il ne fut donc pas même nécessaire d'envoyer aux évêques l'ordre de se modérer. L'instinct parla. Dès les premiers jours, le parti romain put s'apercevoir qu'il n'avait pas affaire à des ennemis intraitables. Et quand on vit se dénouer, comme par enchantement, tant de difficultés regardées comme insolubles : « La balle de Poltrot, disait-on quelques mois après, a ricoché jusqu'à Trente. Elle a coupé le nœud par lequel le char du concile eût été indéfiniment retenu. »

Peut-être y avait-il aiïssi, quoique pour une autre cause, quelque adoucissement de la part du pape et des siens. Il venait de recevoir, presque en même temps, deux lettres qui pouvaient ne pas avoir été sans in-, fluence sur lui.

L'une était du cardinal de Mantoue, premier légat. Nous avons vu que c'était un homme droit et pieux. Maintes fois il avait manifesté sa répugnance à être l'aveugle ministre des intérêts et des volontés de Rome ; maintes fois il avait gémi de voir qu'à moins de se déclarer contre elle, il était condamné à contribuer plus que personne au succès de ses intrigues. Le pape, en effet, après lui avoir exprimé à plusieurs reprises un profond mécontentement, avait fini par lui témoigner hautement une entière confiance. On avait compris le parti que l'on pourrait tirer de sa popularité dans l'assemblée et de sa faveur auprès des princes. Malade, usé par les soucis et les veilles, il venait de recevoir l'ordre d'aller trouver l'empereur. Que faire k Inspruck? On ne le lui disait même pas bien clairement ; mais le cardinal de Lorraine y était allé : c'était assez pour que le pape voulût y envoyer aussi quelqu'un, dût ce quelqu'un n'y jouer qu'un triste rôle.

C'était un rude service que celui de la corn- de Rome ; l'amour-prbpre y était souvent tout aussi froissé que la conscience.

Mais le cardinal est fatigué d'obéir. Il dicte d'abord à sbn secrétaire une lettre respectueuse, dans laquelle il démontre l'inutilité du voyage ; puis, prenant luimême la plume, il s'enhardit à tout dire. « Il est las, dit-il, de répéter perpétuellement aux ambassadeurs et aux-évêques des promesses qu'il voit maintenant qu'on II. • 22*

258 HISTOIRE i)'D CÔNGÏL'E 1) E TRENTE

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ïiB tiendra j^s, et ^'oii^'l^^atoàis^^ àxê ^ù^ paraît, rintentibn de tenir; Il Mùfity^fe M eS^;pour le T;^i§àint~Siége , dé ces tergiversations- InlernïinàMés; il ^•S" tremble pour 1 ■avenir dé rl|Kàe, Irtiisqu'éllfe s^ob^he à refuser toutes les réformes que l'Europe, ses rois en tête, lui demande à grands cris. ïl sent que sa fin est proche, ajoute-t-il. Il prend iDieu à témoin de là pureté de ses inten'ÉiOns; ilregrettè d'avoir pris part, contre isa conscience j'à tant d'eflforts pour perpétuer les Tibus. » — Six jours après *, il était inort.

La seconde lettre était de l'emperèir. Aussi forte 'et Beaucoup plus franche qu'aucune dé celles que le pape eût reçues des souverains, elle ressemblait assez, pour le fond , au post-scriptum du cardinal de Miàntoue. L'empereur disait, en substance, qu'il s'était fendu à ïnspi"uck pour voir de plus près ce qui se passait au concile, et qu'il n'y lavait encore aperçu que des intrigues, des bonnes intentions douteuses, des mauvaises trop manifestes ; que les choses ne pouvaient diriger Mr ce pied ; que ïe concile allait se dissoudre de lui-même, à là grande joie des hérétiques et à rètërnèllé confusioii de l'Eglise; qu'il né voulait cependant pas -sujpp'ô^jBr chez le pape un projet aussiégoïstéquè celui 'de laisser mourir à petit 'feu une assemblée sur laquelle on avait fondé tant d'espérances, inàis qtfè, le pape en eùt-îl réellement l'intention , on ne s'y prendrait pas àutré-^ ment. Trois choses, ajoutait remjp'ei^ôur, l'avaient jparticulièreirient fràpp'é, et, non-seuleiment lui, mais tous i ses prélats, tous ses sujets, toute l'Europe. L'une, que les décrets arrivassent tout faits de Rome ; l'àtitrè, que

1 2 mars.

les fegats ëMsént seuls lé droit de propïisér ; l'autre, ènfâi, que les pMats -d'ïlàlie fôrmass'ent un parti, et se posassent ouvèrtèiiierrt en champions et en avocats de ïa'coùr dé Roiae. Or, ces trois fléaux dû concile,il dëpènd du pape, et du pàp'e seul, de l'en délivrer. Certains bruits de translation, de dissolution, sont arrivés àtissi aux oreilles de l'einperèur ; mais il né fera pas au pape l'injure de le soupçonner d'y avoir /donné lieu. Sa Sainteté comprend sans doute, mieux que personne, qu'après avoir convoqué le concile sur la demande et avec rassentiment de tous lés princes, elle ne peut le dissoudre sans leur aveu.

Ce dernier point n'était pas clair. Le pape n'avait jamais réconnu, en droit, qu'il eût besoin de l'assentiment des princes pour convoquer un concile ; et comme tous les catholiques convenaient qu'il ne pouvait y iàvoii* de concile général sans son concours, ils lui reconnaissaient, paréela seul, le pouvoir de le rompre. Mais si Ferdiriàrid allait trop loin sur ce point, il n'en est pas 'mdinsJnstructif de voir ce que pensait du concile, peu ■(îèïnois avant sa clôturé, un prince pacifique, rempli de bonnes lùténtions, soumis au Saint-Siège, sincèrement désireux que TÊglise reprît des droits à l'estime et à la confiance des peuples. Aussi Pallavicini a-t-îl fait de grande efforts pôùt atténuer la portée de cette lettré. Il insiste sur les compliments, les excuses, les paroles dé respect et de soumission dont l'empereur avait entremêlé ses remontrances. Sarpi,. selon lui, n'en a aperçu que l'ombre, que les gros traits, sur lesquels il s'estmis k broder témérairement, a La lettre de l'empejçeur ne renfermait pas un seul grain de cet aloès qui né. poussé: que dans les jardins de Sai-pi; quoique je

devrais plutôt l'appeler coloquinte qu'aloès, puisque l'amertume de l'un a une vertu salutaire, et que l'autre empoisonne *. » Malgré cela, aux politesses près, l'analyse de Sarpi ne renferme à peu près rien qui ne se retrouve dans celle de son aigre rival. Il a seulement omis de mentionner que cette lettre fut secrète. C'était une politesse de plus; mais c'est en même temps une preuve de la sévérité du contenu.

Ainsi donc, selon l'empereur, l'assemblée n'a encore rien fait de ce qu'on attendait d'elle. Elle s'est déconsidérée aux yeux de tous les gens droits et pieux ; il n'y a rien de bon à en attendre aussi longtemps qu'elle restera ce qu'elle est.

Eh bien, tout ce qu'il indiquait comme ruinant au dehors l'autorité du concile, — sa lettre y mit-elle un terme? Non. Le jour même delà clôture, en décembre, il aurait pu répéter textuellement ce qu'il venait d'écrire au commencement de mars ; sa lettre n'eût été que plus riche en faits, en reproches, en objections. Tel le concile lui apparaissait à cette époque, tel il a dû lui apparaître à la fin ; tel il le peignait alors, tel il l'aurait peint plus tard, s'il n'eût été amené à se taire. Quant à l'autorité dogmatique du concile et à son infaillibilité, la lettre n'en dit pas un mot. L'empereur parle du concile comme d'une assemblée tout humaine, s'occupant d'affaires humaines, menées par des passions humaines. Il ne demande même pas comment on pourra faire croire aux peuples que le Saint-Esprit l'ait dirigée ; il n'a pas l'air de supposer que personne ait l'idée d'en présenter sérieusement les décrets comme émanés

1 Liv. XX, ch. VIII,

de Dieu. Encore un coup, nous ne prétendons pas que ce fût le. le langage d'un catholique conséquent, prudent; nous nous bornons à remarquer de quel ton un bon catholique osait encore s'exprimer, dans les premiers mois de 1563, sur le compte d'une assemblée dont les moindres votes, peu après, sont devenus des oracles.

Pie IV fit rédiger un mémoire dans lequel il insistait fortement sur ce qui ne dépendait pas de luijlinais peu sur ce dont il était évidemment responsable. Il déclarait n'avoir jamais forcé la main au concile ; mais ce n'était pas là non plus ce que l'empereur avait dit. On savait bien qu'il n'y avait pas eu violence ouverte ; ce dont on se plaignait, c'était cette action occulte et continuelle, en présence de laquelle il n'y avait nulle exagération h dire que le concile était à Rome, non à Trente. Le pape affirmait encore n'avoir jamais défendu de voter sans son préavis. Officiellement, c'était vrai; en réalité, personne n'ignorait que c'était faux. Quand il avait envoyé son avis, ajoutait-il, il n'avait jamais prétendu que le concile fût tenu de le suivre. C'était encore vrai dans un sens, faux dans un autre, puisque le pape savait bien que tout ce qui venait de Rome était sacré pour la majorité. Le grand mal, selon lui, c'était que peu de gens se faisaient une juste idée des droits, des devoirs et du rôle d'un concile. Si tous les princes avaient imité la piété et suivi l'exemple d'un Constantin, d'un Théodose, tout eût marché de soi-même. ":p.

Le pape eût été sans doute bien fâché qu'on le prît au mot sur ce point, et que ses adversaires couronnés fussent assez forts en histoire ou assez hardis en logique pour vouloir se remettre, dans leurs relations

262 HISTOIRE DU :cq^ciïfËTi>;E^ ^È^N '

ètvec i'Églfe^, sur ïe iûêmë pieÛ qtiBÏëfe;|a^ër^^ ^^u'il nômmaîtSlies deux -grànàs'nbin^ bti^ |tôùr mièux'dîre, C€is:;&!ux graïids môfsMe 'Coristkutïtt j*d(B Théôdf^e;-^ éncdré en gratiàè faveur bhéz'èèrtkitis 'd^ifên&ëurs^^^^^^ catholicisme , soit assez ignorants pour lès citer 'àe bonne fjQi;, soit -assez confiants ëii l'igndrancë des lecteurs. E'Ëglise^h'a jamais été moins indépendante du pouYdir,^ivil (ïuë;Stnis les premiers jéinpérëùrs chrétienS7 la ^oforide ïëcônnaîssajîcë avec ïaqùeUë etïë acceptait les faveurs iïnpërije[le&, montre assez qu'elle n'avait pas l'idée d'en réclâtnër aucune cotûiaeiiïi droit. 'Quand les anciens auteurs ecclésiastiques ïnÔus parlent de la convocation d'un concile, qui notomënt-alâ coiiiine l'ayant ordonnée, lepàpe ou l' empereur ? Ont-ils jàioais dit, par exemple, « le concile de ÎVicée •sôùs Melchiâde, )) ou « le concile ^dë 'Constantînople sous .lii-^ :^ère, » de mêirië qu'on àjdîtplus tard « le coÉicile:dë liàtràn sous Innocent lil, » *ou -« le concile de trente sous Pie ÏV? » -^( C'estpar'cbhcessioh, dit uïi auteuï'i, ou tout au moins par tolérancie, que Constantin et ses ^successeurs asseniblèTerit les |)reiiiiers conciles géiièraux... Ainsi, c'est fort mal râispiinèr que de dire : Les empereurs ont asseniblé les premiers conciles ; "donc c'est à eux qu'appartient le droit de lés àssemMer.'iivGe serait mal râisohiïer, lïotis l'avouons; inaîs àùssivyâiîîei n'est pas ce -que nous disons. Notre seule conclusion, la -yôici : Si des conciles généraux, réputés légitimes, ont ;^ être convoqués par un empereur, ils n'est ddnc pas indispensable à leur légitimité qu'ils le soient p»ar un pape. « Mais c'était cdwcewîow, tolérance... n^^Ovâ;

* Prompslault. -

. LlYRE, CINQUIÈME 263

voilà ;bien ce qu'il faut, absolument dire, sous peine d'abaiidoniLerjtout^ système. Mais la ^preuve,: où est^ eliè;?^ tes Pères; de Çonstantinople'^ à Thépdose

qu'en les convoquant luifmême, iï a honoré l'Église *. C'était un compliment, d'accord ; mais tous n'irez pas faire à un concile œcuînénique, infaillible, l'injure de penser qu'il eût tourné en conjplimeiitfgill^u'il eût regardé, au fond, comme un sacrilège, Puis, cette même lettre, dans quel but était-elle écrite? C'était aussi par tolérance, sans doute, que le concile demandait à, l'em-. pereui-, et: cela daps les termes les plus, fonçiels, la confirmation d^e, ses décrets. « Rendant à Dieu les. actions de,^^âpeS;qui lui sont dues, naturellement aiis?}, DiQjas té présentons, ce qiii a été fait, dans le, çaint concile... Nous te! prions enconséquence que le^ décret du, concile, sojt ratifié, aussi par des lettres de toi =2. » Ainsi a'ç3|piçimaient lès Pères de Çonstantinople, en 381. — En somige, ce, n'est pas que nous soyons fort épris d'un^ état de choses où les conciles étaient dans la mjaindès emppreurS;; ipais il y avait loin.de là à ^tre dans la main dçs.papes, à n'exister que par eux.

A cela piiès. Pie ^ raisonnait juste. Il était clair (jne^ sltpus les souverains avaient bien voulu se tenir dans l'inimpbilité respectueuse où on prétendait avoir vu, ji^djs CoDstantin et Théodpse, le concile eût été depuis longtemps terminé. Avec des anathèmes contre . les hé-

\ ...;J.ittpris, qi^ibus nos convocasti, Eccles.iam honore prose-, cutus'jé's. ;

2 Àgentes autem Deo débitas gratias, necessariô quoque ea quse actia sunt in sancto concilio ad tuam referimus pietatem... Rogainus igitur tuam, clementiam ut per litteras qupque tusp. pietatis, ratum habeatur concilii decretum.

rétiques et quelques réformes de détail, on s'en serait tiré en quelques moiSi . . A moins qu'on n'eût pris une voie encore plus expéditive, celle de ne pas le convoquer.

Le cardinal de Mantoue était mort ; sa lettre pouvait être jetée de côté. Celle de l'empereur fit faire de sérieuses réflexions ; mais elles n'aboutirent qu'à un redoublement de précautions contre tout ce qui n'était pas livré au pape et aux siens. La réponse de Pie IV ne fut pas même envoyée. (( On pensa, dit Pallavicini, que cette matière si abondante et si crue avait besoin d'être amollie et apprêtée petit à petit par la chaleur vitale de la parole, pour qu'elle devînt plus facile à digérer. » Le pape n'écrivit donc qu'un bref très court, où il remerciait l'empereur de son dévouement envers le Saint-Siège, de son zèle pour le bien de la chrétienté, de ses conseils au sujet de la réformation, de sa réserve, enfin, à accueillir de faux bruits. Il ajoutait que le cardinal Morone allait partir pour l'Allemagne, et lui présenterait plus en détail les observations à faire sur sa lettre.

En même temps, le pape donnait tous ses soins à s'unir plus étroitement avec le roi d'Espagne. L'arrivée d'un ambassadeur extraordinaire allait lui fournir l'occasion de faire, sans s'humilier, les plus grandes avances. Don Louis d'Avila fut donc reçu avec de grands honneurs; Pie le logea dans son palais et l'accabla de poli-

tèsses. Ses instructions/curieusement mélangées de soumission et de hardiesse, d'ultrà-romanisme dans certains points et d'ultrà-gallicanisme dans d'autres, rendaient fidèlement la position franche, mais fausse, que nous avons toujours vu occuper, à Trente, par les prélats espagnols. A côté d'une opposition formelle à la concession du calice, Philippe II réclamait hautement contre ce vieux proponentibus iegatis, avec lequel, disait-il, le concile ne paraîtrait jamais libre. Il regrettait que la continuation n'eût pas été franchement déclarée. dès la première session de la reprise ; mais plus il avait foi en l'autorité du concile, plus il lui tardait de voir l'assemblée porter enfin la main sur tout ce qu'il y avait à réformer dans l'Église. Le roi demandait, enfin, l'autorisation de lever encore pendant cinq ans le subside à lui accordé sur les biens de son clergé ; il lui fallait aussi une dispense de mariage entre sa sœur et son fils, cas épineux, que le concile avait parlé de mettre au nombre de ceux dans lesquels la dispense ne pourrait jamais être accordée. Sur ce dernier point, le pape répondit qu'il allait faire examiner la chose, et qu'il ne refuserait rien de ce qu'il pourrait accorder ; sur le premier, qu'il était tout disposé à accorder le subside, mais qu'il ne le pouvait, en conscience, tant que les prélats espagnols seraient à Trente, obligés à tant de dépenses. Que le roi l'aide donc à terminer le concile, et le subside sera immédiatement accordé.

Mais que pouvait Philippe II? Malgré ses avis et ses ordres, les prélats espagnols continuaient à se montrer les plus indépendants de tous. Dans la question de l'autorité du Saint-Siège, ils étonnaient les gallicans euxmêmes; peu s'en fallait qu'ils n'arrivassent de plein saut II. 23

aux cpn^égiiiçnces. devaiit lesg|y|îlés ces, derniers T^çulaient. « Que le papQ nous ren^e ce (^t^^tànpu^, puisque nous lui laissons plus que ce qui est Mui.! )^ -payait dit un jour l'archevêque de Çrrenade. L'irritation ayait passé peu à peu jusque dans cette nombreuse vaJ[.et,gijiUe. qu'entassaieiit dans la ville tant d'aip|)assadeuri^J'§|, ^ prélats. D^Ei renpontres, sanglantes, avaient lieu, dans le|s, ru,es. Italie^ Espagne, étaient 'devepus deux çjçls, d^ guerre, qui réunissaient en quelques minutes dps centaines de combattants. Le 12 mars, ce fut une ip.êl^e générale; il y eut des tués et une foule dp.ble&sés, L'çxces du mal amena enfin de sérieux efforts pour i;établir l'ordre; inais les congrégations avaient été plusieurs, jours interrompues, et jamais le concile n'avait: moins ressemblé à un concile.

XXIY

Nous ayons vu pourquoi le pape, très méçont^t du cardinal, de Mantoue, l'ayait maintenu dans la présidence. La mort de ce pr.élat le laissait libre de,se çïipisir un représentant plus.dévoué. Ce fut Ip cardinal Morpne; un autre légat, le cardioal Nayagerp^ lui fut adj(|int. A peine étaient-ils en route pour Xrente, qu'on apprit^ la mort de Seripandi, qui remplissait par intérim leS;fonc-r tions de premier légat, et n'ayail^ survécu que de quplques jours à son, collègue. Il ne restait donc à Trente ' que Siinonetta et Hosius. On décida de tout suspendre jusqu'à l'arrivée des deux nouveatix, et l'ardeur d.es querelles en fut un peu ralentie. Deux mprts si rappro-

''0ÀÏt sombre et l'avenir plus soraBr'é enc6re.''©'ëux légttts . tout uitramoiitains ne pouvaient qu'apporter de ndiiv'èatix îéïémènts clè défiance , et , -soiis ce rapport , les tiltràmohtkins ëùk-toêmes ne les attendaîënt ^pas saris icrainïéi o.:

ils vdfageaiéïïtïliéntemënt. Le pape leur avait enjoint, assurait^dia, d'arriver assez près des îètës dé Pâques ppurqu'on ne put leur demander de repréridre imirié- ■Hîatemènt les séances.

îiC président n'arriva, en effet, que le samédî-saint,

ét-On lui fit une réception magnifique. Dans la première

, côrigtégatidn, teriiiè'le 13 avril, on apprit de sa bouche

'%è:ddnt le bruit avait déjà couru , savoir qu'il allait

Immëàiatement partir pour Inspruck. Cette nouvelle

avait àe quoi déplaire à peu près à tout le monde :

^ux. Espagnols et aux Français , comme indice d'iirie

/^liaridè entre lé pape et l'empereur; aux Italiens,

icbirimë uhe faiblesse, car ils trouvaient peu séant que

le président d'un concile se dérangeât piOur aller visiter

un ^rmëe ; aux impatients , comme un retard ; aux

^oMnës 'reKgieux, enfin, comme une preuve que le

rcéii'cîlè lïlâit'-'cdntinuër à être , avant tout et en tout,

"ÛBe^^flaire politique.

'î^S^ulmt ak cardinal àé liorraine, qiii avait vivement bn^ûl le titre de iégicit, et avait fait, dans ce but, des à'vari(Ces pèii gallicariès , il était allé cacher son dépit à -Denise, "non saris l'exhaler, devant ses àriiis, en des v^tërmës peu propres à 'donner du regret au pap'è de v\^ê^ pas l^avdir nomriié. Mdrdne, au contraire , àvàfit 'li^Sridë -envie idë le Voir avant de partir pour l' Allemagne ; riïMSvvlpomriîè lé rusé Ldn-àin rie vM s'en-

gager à nen, il n'y eut pas moyen de le faire revenir à temps. Il n'arriva que le 20 avril, et Moronë était parti le 16. : .

Cette ambassade en Allemagne n'avait été officiellement annoncée que comme une affaire de politesse et de bons procédés entre le pape et l'empereur ; mais, au fond, c'était la plus délicate et la plus grave qu'il y eût eu depuis longtemps. D'abord, comme le pape commençait à ne plus voir de salut que dans un coup d'état qui mît le concile entièrement sous sa main, il fallait faire consentir Ferdinand à l'éventualité d'une translation à Bologne. En second lieu, comme il avait parlé de venir lui-même à Trente, ce que le pape redoutait extrêmement, il fallait l'y faire renoncer, et l'engager en même temps à venir k Bologne, en cas que l'assemblée s'y transportât ; le pape s'y rendrait alors aussi, et lui remettrait solennellement de sa main la couronne impériale, cérémonie par laquelle Pie IV eût été lieu^ reux de rappeler le prétendu droit du Saint-Siège à distribuer les couronnes. En outre, une fois à Bologne, le pape se trouverait naturellement à la tête du concile; mais ce ne serait, assurait-il, que pour le mener abonne fin, en proposant lui-même plusieurs des réformes demandées. Enfin, il fallait amener l'empereur à se désister d'une grande partie des demandes qu'il avait 'présentées ou approuvées. Dans ce but, Morone avait ordre de lui promettre qu'une fois le concile terminé, il obtiendrait directement du pape tout ce qui serait jugé nécessaire au bien de ses états, en particulier la con-\^ cession du calice. — On ne s'explique pas comment le pape pouvait se laisser aller à espérer un pareil chan-r gement dans les idées et les plans de l'empereur.

En attendant, il crat devoir se prononcer énergiquement contre le traité de paix qui venait d'être conclu entre Charles IX et les protestants de France. Contrairement à un des plus anciens privilèges du royaume, en vertu duquel un évêque ne pouvait être jugé en première instance que dans le pays même et par douze évêques du pays, dix d'entre eux furent cités à comparaître personnellement à Rome, comme hérétiques et fauteurs d'hérésie. On avait procédé si secrètement et si vite, que l'ambassadeur de France n'avait pas eu le temps de protester; il se borna à remontrer que cette citation irrégulière ne serait pas reçue, et que, les évêques voulussent-ils obéir, le parlement et la cour s'y opposeraient. En effet, la citation fut comme non avenue. Tandis qu'on la publiait à Rome, le parlement de Paris enregistrait l'édit de pacification, portant, entre autres choses peu faites pour plaire au pape : (( Que le royaume avait assez soufifert ; que le roi se déterminait à faire la paix et à accorder, sous certaines restrictions, la liberté de conscience, dans l'espérance qu'avec le temps, au moyen d'un saint et libre concile, soit général, soit national, on finirait par effacer toute désunion. » C'était un avenir que le passé ne garantissait guère ; mais voilà encofe un fait h l'appui de ce que nous avons surabondamment démontré , savoir que le concile de Trente, jusqu'à la fin de sa tenue, n'était à peu près nulle part considéré ni comme libre, ni comme général, ni comme répondant au but qu'on s'était proposé en le demandant.

Et ce n'était pas au sein même de l'assemblée qu'il s'élevait le moins de doutes, sinon sur sa légitimité, du moins sur l'autorité et la viabilité de ses actes. A l'é-

â70 HISTOIRE DO CO'N'GIL^E DE TRENTE

pbquèoù né\ï$'Ârôici iarrivês, tcnites le's (^oà^èSpoiff^àiices, t&Més lés relations portent l'èmpteuïte' de rè'n'hui'et du dégbîït. Oii voit des lioïnîiies qui n'ont plus foi en étixîoaênïe's ïïi en leitr œuvré, lièsûnssê^jétféîit eu aveugles Sans lés inconséquences du 'libéràlisni'e gallican ^, les àuti*és se serrent de plus éii plus autour du pa^îe ; taais dé geiïs qui aient l'air de croire au côncite, à sa mission tliSifrè, à l'^avénir de ses actes, nous n'en Voyons plus m pi-esquè pilùs. L'Eurofyè est là, tout âùtouri, coinHie •a^rès du lit d'un inôùranl qui -respire élaboré, ïnâis dont on parlé âù passé, côinmié s'il était déjàlùôrt. Aiqbàssàdeùrs et princes né protestent ïniêmè pluk 'Précédemment, lé roi de France se serait cru iàtiîûoiiis obligé de dire pourquoi îl n'acceptait pas ^je^lcoinale ; en mars 1563, il -n'en fôît pas m'éffiè méMidû. lïn îconcilè -saint et libre, dît-îl , achèvera de coû^iïder là :gjm.; il «st censé ignorer qu'il y ait quelque ïmrt une âsseînbléè intitulée concile. Il -est vi'àî cfuè cette assemblée a ^'ét répondu, jusque-là, à l'idéal qiïé ^léi =rc)is'eTi ti'ace en parlant de consolider là paix-. L'aibîme 'èïitré là iféfôriiie et Rônié îést plus profond que 5^aîs ; toiîiè Sujets de qùéVèllié, jttSqùé-là enfouis daiis là pucfffe dès écoles, se sont produits au grand jour de -ta <dh"rétierité. •« ville de Trente, vîlléihîio'spitàlièi^è, *s'écrîàît=révéque de Budba, qu'avec raison tu sëiràë àii baïi dés -iiâtiôns, èomme pépinière de troubles ! » Et il aVàit fabriqué, Sur ce thèjme, toute une parodie bûrlèstjue dès menaces d'Ésaïe contré Jérusalem. G'étàitj ïïôtïs l'âvoùôrisvun mauvais plaisant, un triste évêque ; mais il hè faisait que traduire êii fai*cès ce qiié beaucoup disàieû't -é, ce que presque tous pènsaiêiit.

Eh attendant, on né faisait rien ou présijiïè îféh. -lue

l ;^ - LIVRE pÊWQUIÈME .;. 271

cardinal Navagero n'était arrivé quele 30 avril, portjBÙr, disait-il f'^ d'un ordre du pape pour travailler sérieusement aux réformes ; mais il avait ordre aussi de ne rien faire avant le retour du premier légat. Celui-ci avait été suivi à. Inspruck par un envoyé du cardinal de Lorraine, chargé d'exciter l'empereur à tenir bon. Il n'obtenait donc rien, et les docteurs impériaux continuaient paisiblement leur travail sur les articles peu romains qu'on leur avait soumis.

Enfin, tandis que le cardinal de Lorraine intriguait à Inspruck contre le pape , il envoyait un de ses secrétaires présenter au pape lui-même l'assurance du plus profond dévouement. Aussi courut-il des caricatures où on le représentait avec deux visages, — au nord, un visage arrogant, au sud, un visage humble et soumis. Le pape, officiellement, ne voyait que ce dernier; celui du nord, sans paraître le voir, il le voyait encore mieux. Mais le cardinal était-il donc le seul homme à deux visages? Si on avait voulu peindre le pape, combien aurait-il fallu lui en donner? Le concile lui-même, n'en avait-il jamais qu'un ? Et ne dirait-on pas, en somme, une de ces scènes de théâtre où les personnages se voient, s'entendent, sans avoir l'air de s'entendre ni de se voir ? Heureusement que la pièce n'a pas disparu avec' les acteurs ; et cette pièce est devenue quelque chose de trop sérieux, pour que nous n'ayons pas le droit de scruter ce qu'elle valait aux yeux des spectateurs du temps, aux yeux des acteurs eux-mêmes.

sommaire:

I. Coup d'œil sur, la situation.— L'assemblée.— Les catholiques. -—Les protestants. — Le pape. — Rome. — II. L'empereur commenœ à faiblir. — Le cardinal de Lorraine passe aux ul- ' tramontains. — Qu'est-ce qu'un hérétique aux yeux de l'Église? -T- Il n'y a de conséquent, chez elle, que la persécution. — — On reprend la question du droit divin. — Le cardinal fait un second pas. — On est entraîné sur le terrain de l'autorité du pape.— ill. Opinion de Lainez sur les dispenses et le droit de dispense. — Ses idées et son ton choquent à peu près tout le monde. — Il s'excuse. — Le cardinal arrête les protestations.

IV. Querelle entre les ambassadeurs de France et d'Espagne. — .{État de la question. — Un biais et ce qui s'ensuit. — Violences 'des ambassadeurs français.— Compromis. — Autres querelles du même genre. -W

y. Pourquoi on. ne voulait pa^ voter sur la question du droit divin. — Elle est définitivement écartée. — Conséquences du vague daps lequel on l'a laissée. — Désaccord entre les docteurs. Est-il vrai que ce soit une question, peu importante? — VI. Silence du concile sur tout ce qui tient à la papauté. — Est-il vjpai qu'il ne., se soit t^.que;parçe.qu'iira bien; voulu!? — Historique des .discussions.

VII. Presque autant de questions omises que de questions décidées. — On essaye de rédiger un tableau des fonctions des sept ordres. — On échoue. — On avoue, malgré soi, la légitimité des suppressions opérées par la réforme. — Difficultés tliéologiques. — Si un laïque est apte à certaines fonctions sacerdotales, il ne peut être absolument inapte à certaines autres.

— Le système romain n'est logique et clair qu'à la surface.

YIII. Les Espagnols persistent à vouloir qu'on s'explique. — Ils se désistent. — Joie des légats. — IX. Vingt-troisième session. Décret de réformation en dix-huit chapitres. — Résidence. — Conditions et formalités de l'ordination. — Conditions d'âge.

— Autres points. — Les séminaires. — Historique. — Les séminaires sont un des fruits de la Réforme.

X. Étonnement universel à la vue des omissions. — L'assemblée reprend la question du mariage. — La discipline et le dogme y sont plus mélangés que dans aucune autre.— Décret ambigu.

— Cinquante-six évêques voudraient qu'on parlât clairement, sans s'inquiéter des conséquences.

XI. Quarante articles présentés aux ambassadeurs. — Articles que ceux-ci voudraient y faire ajouter. — Pourquoi tant de cardinaux italiens, et toujours un Italien pour pape? — Les princes songent à prendre leurs sûretés contre les évêques. -^ Pie IV pousse à la clôture. — Les princes exigent la suppression de tout article contraire à leurs droits. — XII. Le pâiti ulti'a-romain. — Intervention du cardinal de Lorraine. — Son voyage à Rome. — Projet de décret sur les princes. •^ Prétentions exorbitantes. — Protestation de Du Ferrier. — Autres protestations. — Le concile est plus que jamais un chaos. — XIII. On consent à expliquer le propanentibus. — Congrégation confuse. — Vingt-quatrième session, plus confuse encore. — Les succès de Pallavicini.

XIV. Objections aux douze anathèmes du décret sur le mariage.

— Contradictions, incohérences, détours. — Pourquoi l'indissolubilité n'a pas été formellement enseignée. — XV. Articles disciplinaires. — Mariages clandestins, dispenses, etc. — Articles de réformation. — Élections. — Conciles provinciaux et diocésains. — Visites, prédication, censures, projet d'un catéchisme, pénitences, salaires, concours, procédure ecclésiastique. — Pourquoi, après tant de décrets, on se plaignait encore de l'insuffisance du concile.

XVI. La reine de Navarre est citée à Rome. — Protestation du roi de France. — Le pape seconde les vues de Philippe II sur ce royaume. — On décide que la clôture aura lieu avant la fin de l'année, -r-, La mauvaise santé du pape hâte les discussions.

XVII: Coup d'œil général sur les questions du purgatoire, du culte des saints, etc. — Question du purgatoire. — Discussion scripturaire, — Aveux involontaires dans le sens protestant. — Le purgatoire pourrait-il ne pas être formellement mentionné dans TÉcriture ?

XVIII. Le culte de la Vierge. — Marie dans les Évangiles. — Dans lés Actes. — Dans les Épîtres. — Dans l'Apocalypse. —

XIX. Historique. — La Vierge chez les Pères. — Grands éloges, mais aucune trace de culte. — Épiphane, Cyrille, Proclus. —

XX. Le culte des saints. — Silence de l'Éci'iture. — Ce que suppose toute prière adressée à un mort. — La paix de ceux qui prient les saints. — Objection païenne. — Luther et les saints. — Manque-t-il quelque chose aux gens pieux qui ne les prient pas? — XXI. Que perdrait-on, en général, à ne pas les prier? — Le culte des saints est implicitement défendu dans beaucoup d'endroits de l'Écriture. — II y a un seul médiateur.

XXII. Abus du culte des saints. — Est-il jamais resté et peut-il rester dans les limites tracées par le concile? — Le vulgaire les invoque comme présents partout et comme puissants par euxmêmes. — ; Preuves. — Les saints selon Chateaubriand. — XXIII. L'Église combat-elle les tendances du vulgaire? — Ce que penserait un païen rentrant à Rome, après dix-huit siècles d!absence. Julienne de Liège, et l'échancrure à la lune. — a On leur volerait Dieu, qu'il ne s'en apercevraient pas. » — Un mandement de l'archevêque de Lyon.— Faussetés et sophismes.

— La Vierge, reine de l'univers. — Preuves. — Citations. — XXVI. La populace des saints. — Comment on en fabrique à Rome. — Reliques et culte des reliques.

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