‹ Histoire du Concile de Trente [microform]Chapitre 24 sur 38 · LIVRE SÎXLÎliirE ai · texte numérisé non relu

LIVRE SÎXLÎliirE ai

principaux iiotéressés. Pèindïe^l^gLcé^jqui s'agitait alors à felalè et atitôur de Trénte^'^çIfÉerait peindre >le

^Chez les rûëmbres de Tassëïnljlêè, notts l'avons déjà #t^ îèmtiui et décourageineiit. Ajoutez à cela uii oubli -pf ës^ué général dès questidiis ddgtnatiquës. Un étranger ifé së ?èrkit^|iàs dôiitié qu'il y en eût encore à l'ordre du 3ôtir-;|iVge-sëraît cru dans une diète,l)ien plus que dans ûncônçUé:

/^Itë^îlà gëhéralité des ciàtholiquës, nous Taivons déjà dit aussi, désappointement, défiance, unaniinité à sëiitir et presque unanimité à dire que ce n'était pas là ce qu^oii aurait Étendu.

'Ghëz lôs-protestan oubli et mépris. 'On ne lëur'parlart plus d^^^jéppàëttre^à^ concile. ^Aû point où en étaient les cïio;|es, il n'eût pas été seulement déraisonhaMé, •c!tfiàm;ëTtôujoùrs, mais ridicule, de leur donner jîOur Oràcië'S du Sàint-Esprît les décisions d'une àssëm- 'bléè'ôùfërin'ëntaienttant de passions et d'intrigues.

Lés princes, qui avaient toujours vu dans un concile, avant tdutjiëtétàblissèmènt de l'unité, illusion détruite 'dès lés -pirètiiièrés sessions, îès princes, disons-nous, ne s'occupaient plus, du concile que comme de ces affaires -qu'on poursûitparce qu'on les a entamées, inàis dont on n'ëspèt-eplùs rien. D'ailleurs, avec d'excellentes vues et d'ëxcëllëiites intentions relativement aux abus en géné-

;¥ak4ChaWin tenait à conserver ceux dont il retirait en particulier quelque avantage, et, comme le disait très

" Êîën Pie IV, chacun voulait réformer tout le monde,

^excepté ^oi.

rLë pape, enfin, tout en se plaignant bien haut de Pé-

Jî|oïsmë d^s]ç|>tinces, comprenait sûreinènt inién^ '^e

personne que c'était son ancre de salut. S'ils eussent été d'accord en tout, là résistance devenait impossible. Mais ce que les uns demandaient, les autres ne le demandaient pas, ou demandaient tout le contraire. Si ce n'était pas une raison pour refuser absolument, c'en était toujours une pour renvoyé» indéfiniment l'affaire, ou la remettre au jugement du pape. Ainsi avaient successivement échappé au jugement du concile plusieurs points des plus délicats. Ce n'était pas qu'il n'y en eût plus d'un sur lequel tous les souverains étaient d',accord; tous, par exemple, étaient pour le droit divin dans l'épiscopat. Mais comme ils ne s'entendaient pas sur l'importance à donner à, cette question, sur la nécessité de la trancher, sur la forme à prendre, c'en était assez pour qu'on s'appuyât de ces divergences, et qu'on évitât de prononcer.

Le pape, du reste, quoiqu'il eût plus à espérer du temps que de tout autre auxiliaire, était plus impatient, plus las, plus ennuyé que le concile. Dix-sept années de lutte avaient amené la cour de Rome à démasquer l'une après l'autre toutes ses batteries, à laisser voir toutes ses craintes, tous les détails et toutes les nuances de ses craintes. Elle calculait avec effroi ce qu'elle avait perdu par le concile, sinon en droits positifs, du moins en autorité morale; elle n'osait croire h la stabilité des décisions prises selon ses vues ; elle savait trop bien, et on le lui disait assez, que ses intrigues n'avaient échappé à personne, qu'il n'y avait eu de trompés que ceux qui voulaient l'être. Si on lui avait dit qu'un jour viendrait où le recueil des canons de ce concile serait la citadelle de l'Église et de la papauté, la prédiction lui eût semblé un rêve ; ce qu'il pouvait arriver de plus heureux, c'é-

tait, selon toutes les apparences dû moment, qu'une fois le concile clos personne n'en parlât plus, ni en bien ni en mal.

L'essentiel était donc de le terminer. Morone, après de longues et inutiles conférences, était revenu d'Allemagne ; il n'avait h communiquer au pape que des réponses vagues, peu rassurantes. L'empereur avait dit que l'on ne pouvait songer à transférer le concile sans le^ consentement des rois d'Espagne et de France ; que les bonnes intentions du pape, auxquelles, pour sa part, il voulait croire, n'empêcheraient pas les suppositions fâcheuses sur le but de la translation ; que tous les évêques, selon lui, devaient jouir du droit de proposer, et qu'il fallait ou effacer le proponentibus tegatisf ou déclarer qu'on n'avait pas entendu énoncer un privilège exclusif; qu'il ne pouvait renoncer, enfin, à demander l'examen de ce qui avait été présenté en son nom et en celui du roi de France.

Mais lorqu'on vit ce même prince fléchir successivement sur tous les points, sauf celui de la translation, et femieçles yeux sur tous les expédients dont on usa pour arriver, tant bien que mal, k la clôture du concile, — on ne put croire que cette réponse inflexible eût été réellement son dernier mot à l'envoyé du pape. Le bruit courut que Morone avait été plus heureux qu'on ne l'avait cru à son retour, et qu'il n'avait lui-même eu l'air de le croire. On ne pensait pourtant pas qu'il eût converti II. 2û*

¥erdmand|aiix vues du pape ; mais ^ pï)uva^i^^osèr qu'en lui montrant l'énonuité des obstacles, ilf ^vait iiidirectement mis en#èmeui;e d'opter entre une rupture avec Rome et la prompte terminaison du concile, alternatives entre lesquelles un prince catholique nç pouvait ■guère hésiter, surtout en Allemagne, au centre de là Réforme. Nous ne pouvons savoir jusau'ti quel point ces suppositions étaient fondées ; mais l'événement les justifia. Nous verrons hien encore les reprêsehtatits de 1-êmpereur entraver quelquefois la marche ^de l'assemblée; mais, qu'ils fussent ou non dans le secret, leur opposition s'arrêtera juste au point au delà duquel c'eût "été une déclaration de guerre, et nous verrons l'empereur ne leur téinoigner ni reconnaissance pour leurs|eiïbrts, ni regret formel de ce qu'ils auront échoué. Nous verr rons aussi le cardinal de Lorraine, soit d'accord -avec lui, soit de son chef, entrer définitivement dans jlès mêmes voies de déférence envers le pape et de conciliation entre tous.

On s'en aperçut, le 7 juin, à l'occasion d'un discQtïs du président de Birague, envoyé par la cour de Franjde pour justifier auprès du concile la paix accordée aux protestants. Cette paix, au point de vue catholique, avait en effet grand besoin de justification. Si on yous demande ce que c'est qu'Un hérétique, et que vousxîliérchiez à le définir «n vous basant Sur les auathèmes romains, vous en ferez un être en révolte perpétuelle et volontaire contre tout ce qu'il y a de plus sacré, une espèce de monstre avec lequel il y a moins à pactiser qu'avec le dernier des brigands *, puisque le brigand

1 Ces héroïques Vaudois qui ont tant souffert et tant pardonné,

peut aH^r 'aû'èîèl isur iîn'selil -W^ ïànàîs'qtièrîiërétiqiciéf ^ moins id'èibjiiTër 'i%ëfèsie, en est ïrt-éf GiçaMèl^nt *èxclù. -Cérà étant, ce ne 'petit être 'qu'un dnftfè, et un ciTOïé^îiioiTDtte, qiïe dé les laisser 'en ;^éiî; a ^ùs fôrte TaîsÔ|i5^ était-ce un dé Aës ^avoir ^6rîsés% Xîélébi^ leur culte et à rester constitués en églî^s. L'église romaine a fce malheur '^'èllé né sàùràît^ë |ôlérairtepâiêiiiè à dèiui et ^provisoirement, sànjsr se mettre en contradiction avec des lois éirààneels d'èTlè,'^ et dont la rigueur découle-, iiôù pas de nécessités passagères, mais dé ^principes qu'elle à prôciaioQés et proclamé encore ^nécessaires, immuables, éternels. Dans le l^tôtèstaiitisiiié, il n'y à dé conséquent qïiè latoléraincè ; -dans le catïïôlicismé, 11 n'y a, dé conséquent que la persécution.

De Biràgiie avait représenté là pa;ix comme une tfétie^i^ politique^ làne'^ëve jusqu'à ce qu'on Wouvât MeSx. Ge mieux-, dé qui l'attendre ? Dû concile, afvaitil dit. Vieux compliment qui revenait dans toutes lés 'Mi*an'gues, et qui, depuis longtemps, ii'en était plus un, '^ïâ-cè qu'on 'ne manquait jamais d'ajouter ôû de faire eàtèiidirè qùè, si le concile pouvait faire du bien, c'était en commençait par èirè toiit àiitré ;qti'il n'avait 'été jus- •qùë-;îïà. L'bràtëûr avait tèrminéylîOmmé tôtijoiirs, èii trMïànidè léger et d'insuffisant tiOÏÏt ce qu'on avait fait. Une ^rSndè Môfmé intérieure pouvait seule, selon lui, àchêMn^ï au rétablisséirtént de l'unité.

Lé cardinal dé Lorraine ayant pris la parole sur la réiyohsé à faire h cette communication, on rêinarcjua

Grégoire XVI les appelait encore, en 1832, « l'écume et ^opprobre 'dii^erii-eiiiimaifi. »

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qu'il laissa de côté ce qui tenait aux réformes, et s'en tint à développer les motifs politiques énoncés par l'ambassadeur. Il le fit avec force, avec éloquence. Le soin qu'il mit à arguer de la nécessité seule, sans y mêler aucune considération de justice, de tolérance, dé pitié, rien, en un mot, qu'on pût regarder comme favorable aux protestants, fut tacitement accepté comme un gage au parti romain, comme un premier pas dans la voie où tout allait s'aplanir.

Il en fit bientôt un second.

L'éternelle question du droit divin, quoique repoussée sous tant de formes, n'était pas restée un seul jour sans reparaître, tantôt faiblement, comme pour mémoire, tantôt avec une vivacité nouvelle. Elle redevenait alors, pendant quelques jours, la seule importante. Chaque parti reproduisait ses raisons, et, après une crise plus ou moins longue, plus ou moins orageuse, chacun se retrouvait au même point qu'auparavant. La distance intermédiaire ne s'était pas rétrécie d'une ligne.

Le cardinal de Lorraine avait dit, à, son arrivée, qu'il était pour le droit divin, mais qu'il ne tenait pas à ce qu'on en fît mention dans un décret positif. Plustai'd, sans se contredire ouvertement, il avait fait cause commune avec les partisans de cette opinion; elle était trop liée cl tout le reste de ses vues pour qu'il pût, même le voulant, l'abandonner. Au sortir d-iine conférence avec le cardinal de Ferrare, il avait publié lui-même que ce prélat l'avait vivement pressé de consentir à un décret où cette question fût éludée, mais qu'il avait refusé et refuserait toujours. Grande fut donc la surprise de ses amis et de ses ennemis, lorsque, le 11 juin, dans une conférence semi-officielle entre les légats etuneving-

taine d'évêques, il déclara que son opinion n'avait pas changé, mais que, pour en finir, il renonçait à la faire insérer dans le décret. Il n'y mit qu'une condition : c'était que le décret ne renfermât rien non plus de contraire à ce sentiment, ni même, ajouta-t-il, à l'idée de la supériorité du concile sur le pape.

Là-dessus, malgré la joie qu'une semblable ouverture devait causer dans le parti romain, grande, querelle sur cette brûlante question de l'autorité du pape. L'archevêque d'Otrante s'emporta jusqu'à taxer d'hérésie l'opinion qu'il savait être celle du cardinal ; il n'y avait encore que Lainez qui eût exprimé aussi franchement sa foi en l'absolue et pleine supériorité du pape. Le cardinal répliqua, mais avec beaucoup de modération, et dans l'intention évidente de ne blesser personne. La querelle, habilement détournée , roula alors particulièrement sur les dispenses. Comme toujours, — car il n'y avait pas de question où l'on ne tournât dans un cercle, — les uns voulaient qu'il y eût des cas dans lesquels aucune dispense ne pût être accordée, les autres , que le pape en restât juge absolu. De guerre lasse, on s'arrêta ; mais il y avait eu assez d'aigreur entre le cardinal de Lorraine et le légat Morone, qui déjà, peu de jours auparavant , l'avait accusé d'attaquer, en congrégation générale, des choses qu'il avait paru approuver en particulier. Le cardinal comprit donc qu'il avait beaucoup à se faire pardonner, et il s'y appliqua de mieux en mieux. Une grande occasion allait lui en être offerte.

286 HISTOIRE DU COWCIIiE I)È .^t'REÎVTE

ni

Le 16 juin, Lainéz annonça qu'il allait répondre à toiit ce qu'on avait dit ou insinué de coîQtraire à l'autorité du pape.

Partant donc des principes énoncés dans son précédent discours, il passa en revue les diverses applications de la puissance papale, et tâcha âe.montrer qu'il n'en est aucune qui ne soit de droit divin. Selon lui, dire qu'une dispense du pape ne décharge pas d'une obligation envers Dieu, c'est enseigner aux hominés à inéttre les décisions de leur conscience au-dessus de celles de l'Église, et se jeter, en fait, dans le principe protestant. (( Embrassant dans son universalité tous les temps, tous les hommes, la loi divine est irrévocable ; mais, quant à la discipline ecclésiastique, dont les précejptes n'ont d'autre but que de faciliter aux kormrie'sC observation des lois de Dieu^, elle peut subir des modiifibations, et c'est pour cela que l'Église a un chef qui peut dispeftser de ses lois. Cette autorité, Jésus-Christ l'a remise aii pape ; personne ne peut donc la lui disputeç sans être en opposition avec la volonté du fondateur de l'Église. Une loi qui défendrait au pape d'exercer le droit de dii^pense serait, par Ici même qu'elle aurait des hommes poiir auteurs, révocable de sa nature ; et quand le pape s'engagerait par un serment solennel à n'user jamais de Celite

1 Ne pourrait-on pas dire que voilà le principe fondamental du jésuitisme ? Ses dogmes, sa morale, sa politique, tout ce ç|\i-il a fait de mal ou de bien, — tout est là. ,;."

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faculté, sa promesse cesserait d'être obligatoire du moment que la charité conseillèraiti de la violer *. »

Ainsi , le seul droit que Lainez refusât au pape, c'était celui de s'interdire, mêine par serment , d'user du droit de dispense. Yoi}k donc l'omnipotence poussée au dernier de^ extrêmes qui puisse être,conçu, celui où elle n'a plus la faculté de se lier ellé^^èmé. Le pape a beau jurer robservation dune loi : malgré/sonserment, malgré sa volonté même, il reste libre de ne pas l'observer.

Quant au concile, toujours selon Lainez, le pape étant incontestablement supérieur à chacun des membres, on nQ voit pas comment il ne serait pas supérieur à l'assemblée elle-même? À lui seul appartient le pouvoir de réformer j si elles en ont besoin, chacune des églises dont les chefs composent le concile; on ne saurait donc soutenir quecesévêques réunis aient le pouvoir de réformer le coïips . entier; de l'Église.

Eé& éyêques ne s'étaient encore jamais entendu dire aussi franchement qu'ils n'étaient rien et ne pouvaient rien. être. Les Italiens mêmes, habitués à n'être rien, maisgui n'avaient pu être entièrement insensibles au plaisir d'être quelque chose en qualité de membres d'un concile, trouvaient ces paroles dures. Ils se turent poiu'tant; mais, les Espagnols, les Français surtout, ne pouvaient contenir leur impatience. Ce qui les choquait le plus, C'était le ton de Lainez. Seul, il s'était arrogé le droit de ne parler qu'au milieu de la salle, assis sur un siège apporté pour lui. Il était là comme un professeur dans sa chaire, presque comme un magistrat sur son tribunal. Lès plus grands personnages n'obtenaient pas

1 Pallayicini, 1. XXI, ch. vi.

de lui rhonneur d'une réfutation directe, et son regard hautain accompagnait dignement la froide inflexibilité de sa parole. ^ -■■-..

Ce jour-là, cependant, il sentit qu'il était allé un peu trop loin. Apprenant donc que les prélats français étaient réunis chez le cardinal de Lorraine pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire après un pareil manifeste, il leur fit offrir ses excuses, disant qu'il n'avait voulu offenser personne.

Offense ou non, le discours était là, et il s'agissait d'y répondre. La petite assemblée s'y préparait de son mieux; il n'y avait pas jusqu'à Hugonis, l'espion, qui, soit pour mieux cacher ses liaisons avec le pape, soit par conviction, ne parlât d'attaquer Lainez. L'un rappelait un passage, l'autre un autre; on s'excitait mutuellement à ne rien omettre, à ne rien pardonner. Tout promettait donc, pour le lendemain, quelques vigoureuses sorties. Le cardinal paraissait approuver. Puis, peu à peu, il lui vient des scrupules. «A quoi aboutira cette bataille? La majorité du concile n'en sera pas moins ultramontaine, prête à voter, si on l'y pousse, dans le sens du jésuite. Ce que nous pouvons désirer de mieux, c'est qu'elle ne vote pas. )> Insensiblement , ces scrupules prennent la forme de conseils ; et les conseils du cardinal équivalaient à des ordres. Les prélats renoncent à réfuter Lainez ; les- légats et le pape comprennent que le cardinal est désormais tout à eux.

Avant d'aller plus loin, disons quelques mots d'une

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