‹ Histoire du Concile de Trente [microform]Chapitre 25 sur 38 · LIVRE sixrËWFiB#^ ^i · texte numérisé non relu

LIVRE sixrËWFiB#^ ^i

querelle étrangère aux affaires du concile, inais qui contribuait depuis longtemps à compliquer toutes les diflScultés et à envenimer tous les débats. ^^

Dans toutes les cérémonies publiques de l'Eigope; le pape ou ses représentants figuraient de droit aù'premier rang, l'empereur ou ses représentants au second. Le troisième, après avoir longtemps appartenu au roi de France, lui était disputé par le roi d'Espagne. Sous Charles-Quint , à la fois empereur et roi d'Espagne,' il n'y avait pas eu lieu à contestation; mais, aprè? avoir eii pendant quarante ans la préséance, les Espagnols étaient moins que jamais disposés à la céder.

Le comte Claude Quignonès de Luna, ambassadeur de Philippe II, était arrivé vers la fin de mars, et près de deux mois s'étaient écoulés k chercher comment on lui donnerait audience sans le placer de manière à offenser ou lui , ou les ambassadeurs français. On convint enfin que, pour cette fois, il aurait un siège isolé au milieu de la salle ; mais il fut entendu que ce ne serait un précédent ni pour ni contre aucun des deux partis. ^.^

La question restait donc entière. Les légats en référèrent au pape, et, en attendant sa décision, les deux ambassadeurs rivaux évitaient de se trouver ensemble. Le pape avait soumis l'affaire à une commission de cardinaux. Leur avis unanime fut que l'ancienneté, dans cesi matières, est la seule règle possible; qu'ainsi, la préséance appartenait aux Français. Mais il ne fallait pas songer, pour le moment, à publier une décision défavorable au seul prince qui se montrât bien disposé pourl e concile et "le pape. Après plusieurs semaines de recherches^ on crut avoir trouvé un biais , mais on jugea II. 25

290; H I s T I5BSI: D U C ON G I LE , D E^ T RE N T E

. prudent clé n'en rien dire jusqu'au moment deJe mettre

à. exécution. ^ ' ". *^ . ;^;;/^^. • -^:;

Le 29 juin, jom* de la Saint-Pièrrè,'cQmnïl"tout le

monde appris place et que la grand'messe va commencer,

r^ on voit'paraître un fauteuil que des valets vont poser, dans la ligne des prélats, entre le dernier cardinal et le

, premier patriarche. Au même instant , l'amÉassadeur espagnol arriye'et s'y place. Là-dessus, graiiàe rumeur. La messe commence,- imais personne n'y prend garde.

. Les l?rançais mTirm|K^| tout [haut; ils ^envoient de-

"mander commegt ô^^étend s'^p^re pour ofîrir l'encens, car^il faudra ÎDien, pensejQl^î^^tt''onîsé décide \ alors à commencer par la France ou pa^^^agnev Lés^;

. légats répondent qu'il y aura deux encéns^^^iljili^an^'

^ çais déclarent que ce n'est pas l'égalité qu'irs#éulétft, mais la préséance. Ne pouvant lès fléchir, on prie le comte d'agréer au moins que l'encens ne soit présenté à, personne. Il refuse, puis consent, et la messe s'achève au milieu de l'agitation la plus vive. ; ■.

Ce qui aggravait surtout l'affaire, c'était que les légats

. avaient déclaré n'agir que sur l'ordre exprès, du pape. Pie I\^ se trouvait donc directement impliqué dans la querelle; mais tandis qu'il avait au moins l' approbation des Espagnols, les légats avaientle chagrin dé voir qu'ils avaient mécontenté tout le monde , les Espagnols, pour

, n'avoir pas exécuté jusqu'au bout la décision du pape en • leur faveur, les Français, pour l'avoir tenue secrète et avoir essayé de l'exécuter par surprise. Le cardinal de, Lorraine en était particulièrement choqué, lui h qui^bn avait tant de fois promis qu'il n'y aurait pas de secrets pour lui. Il s'en plaignit vivement ; et comm% les légats lui représentaient qu'ils ne pourraient se refuser â exé-

ciiter rg^dre du pape, le dimanche suivant, si f iimbassa-

^ deur espi^Dolles en.Teqùérait, il déclara que lui, alors- J il monteraifc^en chaire pour inviter les pré}ats h sortir, afin de ne pas être témoins et complices d'un pareil scandale. Les légats effrayés obtinrent du> comte (pi'il n'exi- ,,; geât *rien ,dè.^ temps, et l'ou^ renvoya encore .

; :une fois le tout aiu pape.

Des conférences avaient perpétuellement lieu chez

: les "ambassadeurs. Celui d'Espagne paraissait tantôt' près de se relâcher, tantôt décidé à demander la stricte ç,

v^^xécution de Ig/^décision/du pape, c'est-à-dire le main-^; tien de la plaçe^qTi'on lui avait donnée le 29 jùii., et la :;présentali^œ^iiifiiltanée dé l'encens. Quant aux ambassadeurs d^#rance,. ils Jitaiènt décidés h protester et h partir. Leur pr6téstati<0g^îsâient-ils, ne serait ni contre

* jes'^légatsv ni contrei^^M'Espagne ou son représentant, ni contre le Sai^Sîége, mais personnellement et directement contre le pape,; auteur, selon eux, de tOut -,ïémal. Ce pauvi'epape dont on avait persisté à parler avec;un certain respect, tant qu'on ne s'était trouvé en côuleitation avec lui que sur les grands intérêts de . TÉglisey r- on en faisait un monstre depuis qu'il n'avait pas oîs^^re rigoureusement juste dans une question d'étiquette. Plusieurs Français^ne parlaient de rien

, moins que de lui dénier son titre même de pape. Ils

; avaient =^tre les mains, disaient-ils, de quoi prouver qii'il ava:it acheté des voix au conclave; qu'ainsi, aux ,/termes dés^'anciens canons, son élection était nulle, et nuliaussi, par conséquent, tout concile assemblé par lui,' Du Ferrier rédigea une^ longue protestation dans laquelle, -sans aller encore jusque-là,. il s'attachait à représenter le pape comme n'ayant eu d'autre but que

292 H I S TOI RE D U C n'Ê IL E' I>;^TJl E N T E

de brouiller la France avec rEspagnér « Père^çommun .'. des chrétiens, il veut déshériter son fils aîné*ïe roi de <k "~* î'rànce ; pour ftiire ^mentir l'Écriture^ ; il lui donne une pierre au lieu de pain, un serpent au lieu d'un poisson. Un homme qui renie son fils n'est plus un père ; les Français ne sont plus tenus de le reconnaître pour tel. » .

Si cette protestation n'eût risqué d'en réveiller d'autres, les légats auraient pu ne pas s'inquiéter beaucoup d'une pièce aussi passionnée. Il était trop évidemment absurde que des catholiques se crussent en droit de Réclamer la déchéance d'un pape parce qu'illeur avait . fait tort dans une affaire tout humaine, dont il ne s'était même occupé que malgré lui. Mais comme la moindre attaque, même injuste, pouvait amener un ébranlement terrible, les légats firent des efforts déséfpérés pour que cette protestation n'eût pas occasion de voir le jour. Les ' ambassadeurs de l'empereur s'entremirent auprès dé l'ambassadeur d'Espagne; le cardinal de LorraineV auprès des ambassadeurs français. A l'ardeur de ses premières menaces avait 'succédé trop de calme, pour qu'on ne le suspectât pas d'avoir joué l'indignation ; on estimait qu'il avait été tout heureux d'avoir à se montrer dans une affaire accessoire, pour y faire parade d'une indépendance qu'il n'avait plus dans les questions essentielles. '

Malgré ces soupçons, que sa conduite allait bientôt changer en certitude, il s'était montré assez chatouilleux , sur l'honneur français pour que les ambassadeurs du roi de France pussent l'écouter sans faiblesse. Ils consentirent donc à laisser au. comte le fauteuil du 29 juin, et le comte, de son côté, se désista sur l'article de l'encens. On décida que cet arrangement serait Regardé

comme ipi*ovisoi^V mais maintenu jus<^m ce que les ambasiadew-s |e*çussent de nouveaux ordres dé lei^p^ maîtres. Ces ofHfes, -r:^^t tacitOTie|tt cpnven^giij^^ ne les ferait arriver qu'après la clôture du concile*. . a

Nous avons omis diverses querelles du même genre, qui s'étaient successivement élevées entre les ambassadeurs de Portugal et de Eflhgrie, de Ba\|i|^-et de Ve- , mse,^c. Sans faire autant de bruit , dlëM'avaient pas peu contribué à entretenir le malaise et lirritation. ,

Cette crise apaisée, on se remiràu travail , mais avec le sentiment qu'on ne s'entendrait jamais survla question du droit divin, et que, à moins de ropàettre, tout serait indéfiniment arrêté. Ce n'était paPpbur le parti romain, comme nous l'avons déjà dit, uiie question de majorité; il n'était pas douteux qu'une votation générale ne lui donnât la victoire. Ce qui" l'arf était donc , ::c' était la crainte d'une minorité trop forte et de protes-

-; -^talions trop vives pour qu'on osât regarder le vote cogoime a.cquis ; et alors, qu'en faire ? <( Les neuf dixièmes des Pères, dit le jésuite Biner, s'accordaient à recon-

^' naître la supériorité du pape sur le Qoncile, et pourtant, sur les réclamations de quelques Français, on ne la .déclara pas. » Neuf dixièmes , c'est beaucoup dire; les

^ Oa sait que la question ne fut définitivemeul vidée, en faveur de la France,--que sous Louis XIV, juste cent ans après.

anti-romains;^- à cette époique, fori^iêM au iàioins le

va-aàiiart de l'assemblée. Quoi 'qu'il en. sat, nous né sau- 'rion^admettre^-tïômme l'axtpUr que. nous^venons de Wciter, que ce fait soit à la louange du. concile. S'il s'agissait d'une assemblée politique, nous conviendrions -volontiers que c'était prudence, réserve, sage respect = rpour la minpBté ; dans un concile, il y aurait IS, ce nous semble, bieïTplus matière à blâme qu'à-;!|loge.'^e q;ûe les;- neuf dixièmes de l'assemblée, selori'vous , regar- ' , dMêiit comme une vérité, — vous avouez que Mes cblP' sidérationsjiumaines ont empêché qu'on ne le votM ! Le Saint-Esprit a reculé devant « quelques Français ! » Les ennemis du concile n'ont jamais rien dit de plus fort sur ses contradictions et ses misères.

Ce ne fut pourtant pas,sans peine que les chefs de la majorité la déterminèrent à se taire. Échauffés par la querelle5;:SÛrs de l'emporter, beaucoup d'Italiens Y^u- '^ $ laient qu'on allât aux voix; mais les légats, sur l'ôrare exprès du pape, les y firent renoncer. Le sujet, cependant, n'en restait pas moins 'à l'ordre du jour ; il fallajt l'en faire ôter. Ce fi.it ericore le cardinal de Lorraine qui ménagea et prop'dsa l'omission. Gomme il ne s'agissait plus alors que de voter sur une motion d'ordre, la sini-ple majorité suffisait. On vota, et la question fut défini-^^f^ tivement écartée. #.

Le voilà donc à tout jamais relégué parmi les points . incertains, cet article fondamental de la hiérarchie ro- W

maine. Avec les décrets de Trente, un évêque vous ré- «• -■■■ ■ %;

pondra sans hésitation, sans erji'eur possible,' selon lui^L -

sur une foule de choses que la révélation n'enseigne pas- '

que l'homme n'a pu ni voir ni savoir ; mais demandez-;

lui si c'est de droit divin qu'il est supérieur aux pré-^

- : LIVk^^^rXâLÈME r 295

■•ir

très, si c'est de Dieuyôudoi pape qu41|t|ënt son pourvoir, w.. Il se taira. S'il parle, il ne tijeùt'ws donner >; rqùe son opiiion privée. Vous parût-elle bonne et n'eussiez-vouç rien k i%pondre, vous pourrez toujours objecter que c'est son opinion,- qu'il ne peut vous la garantir, que son Église, enfin, n'a que faire d'être infaillible et d'avoir des conciles, pour laisser dans le * vague un sujet; de cette importance. Cette dértitude que ■f-Rome se prétend seule en état de donner, l'évêque né l'a ;pas, ne l'aura jamais, à moins d'un nouveau concile, sur ce que tout homme appelé à^un ministère quelconçjue a lé plus besoin de savoir, la nature et la source dé son autorité. Prétendra-t-il qu'il lui suffit, en pratique, de , parler et d'agir au nom de l'Église? Mais il n'est ni élu ni institué par elle; il ne reçoit directement d'elle aucune mission. Puis, c'est de droit qu'il s'agit, non de pratique. De qui reçoit-il la mission de parler au nom de l'Église? Voilà la question. Répondra-t-il qu'il la reçoit dû; pape? C'est encore vrai ; mais vrai actuellement, vrai en fait, et il faudrait pouvoir dire si c'est vrai en "droit, vrai absolument, et voilà où commence le désaccord. A Fribourg, ..« tout évêque qui n'a pas été institué ou reconnu par le pape, est un intrus, un faux pasteur i, » A quelques lieues de Fribourg, (( les évêquesrlégitimes sont ceux qui sont institués selon les règles de l'Eglise^ et qui sont en communion avec le pape. Conformément à la discipline actuelle de l'Église, en „ vigueur depuis plusieurs siècles, c'est Notre Saint-Père lé^paper^i institue les évêquess. » Entre ces deux en-

■' *'^atéchisme "de Fribourg. 2 Catéchisme de Saiat-Claude.

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seignemehts, identiques dans leurs résultats- actuels, la distance est grande, immense. Dans l'un, le papèf est lai ;■ source; dans l'autre, il n'est que le canal, et inênje qu|f J! le canal actuel : l'Église pourrait déléguer b, d'autreSj si elle le trouvait bon, le pouvoir d'instituer des évêques. C'est donc comme si, dans un même État, deux caté- , clîismes politiques enseignaient, l'un, que l'autorité émane du prince, l'autre, qu'elle émane du peuple. Les résultats pratiques auraient beau être momentanément les mêmes ; qui prétendrait que les*deux catéchismes soient d'accord? Qui trouyerait ce dissentiment léger? C'est pourtant ce qu'on est obligé de faire pour sauver l'unité romaine. Mais quand le bon sens ne crierait pas que cette question est, au contraire, à la base de toutes, — qu'on veuille bien se rappeler le concile y consacrant plus de temps, y mettant plus d'ai'deur qu'à aucune autre, y revenant, malgré lui, à tout propos, — et qu'on nous dise, après cela, si c'est pour l'avoir trouvée légère qu'il l'a laissée de côté.

Or, ce n'est pas seulement sur la papauté envisagée dans ses rapports avec l'épiscopat, mais sur la papauté elle-même, son essence, son origine, sa place. dans la hiérarchie et dans l'Église, que notre concile a gardé le plus complet silence. Nousl'avons déjà remarqua;;- mais on voudra bien observer aussi combien est cqntraii;ç,aux faits la réponse qu'on est obligé de faire auxçérgum^it^ tirés de cette étrange omission. « Si le concile, ïious

dit-on^ n'aî-ienijenseign^ sur ^ point, c'ê^^ la su- , prématie du pàpe^lui a paru suffisamment iéta^î^par

^ l'assentiiÉnt universel de l'Église. )> Rien de plùMux.

'' D'abord, le concile ^ae s'était nullement astreint à ne parler que de ce qui avait besoin d'être fixé ;^gous l'avons vu enseigner beaucoup de choses sur lesquelles il n'y avait depuis Ion gt^gips aucune iicertitude ^mi les Catholiques. Il n'y av%ît donc, sous ce rapporf^^cune raison pour ne pas parler du pape. En-|ècond lieu, nous avons vu l'assemblée s'attacher toujours de pré- w férence aip points attaqués par les pffôtestants. Qu'avaient-ils plus attaqué que le pape? .Sur qpioi eût-il été . , plus naturel de les confondre et de;î^s~ dnatliématiser? -Enfin^ allons aux faits. Pour pouvoir soutenir que, si le concile omit ce point, c'ost^qu'il ne trouva pas nécès-

fîi|(|Câ'-en parler, il faudrai^buvoir dire qu'on décidai -éiïibiée dg .le laisser de côté, et qu'il n'y eut aucùif^ tentative pour lui donnei' place dans Je décret.

Loin de là; dès la première présentation des articles sur le sacrement de l'Ordre, c'est-à-dire plus dey huit,. ^^ mois avant la session 'diffis laquelle nous les ven'ons pu^' -f blieryi es^|[uestion 4'en rédiger un sur le'pape. Au- -cùrife^formuîé n'est encore offiBîêllement proposée, mais .,, aUçun orateur ne paraît croire qu'on^puisse se dispenser' d'en chercher une ; parler du pape,à rocCâsion du sa-.:: crement de l'Ordre, c'est, à leurs yeux, tout aussi nalg' tùrel que de parler i^d^^la Messe à propos , de l'EucK^" ristie. Après, cinq seinaihes de débats, durant lesquélîës la qu^ïiori de la papauté n'est pas un seul jour séparée # de, celle du sacerdoce en général, le cardinal/jde Lor- ; raine propose deux canons, dont l'un déclarè~^îes évêqùes insgués de droit de divin, et, dont l'autre anathé-.

■■■ matise ropimon « que -saint Pierre nr^it=J)as/été établi prin^l»: des ■ apôtres, %caire ■ suprême de- Jésus-Ghrist ; qu'ûiï' souverain pontife ne soit pa^nécessaiii^-que les successeurs légitimes de saint Pierre n'aient pas eu constaùBÉent la primauté dans l'Église. » Attaqué par les uns' comme donnant trop au pape, par les autres ' commgiliïe lui doMfànt pas assez|cet article sert pendant ùn^-inois de texte à la discussion. Les légats le communiqu^pt au pape ; le pape y ajoute ce qui lui pa- ^^" raît y manquer,. .et le renvoie aux. légats.' Dans cette nouvelle rédaction, anathème à qui dira «|^^^les suc- -.é. cesseurs légitiiùeside saint Pierre n'aient pas été con- ,, stamment les pères^les pasteurs, les docteurs dej^ous les chr,étiens, et qu'il ne leur ait pas été donné par Jésus- Christ, dans la personne de saint Pierre, le plein pgû-. :^^oir de régir et de gouverner l'Église universelle^0]É|s ':'la discussion continue pendant trois moi|4ur ce noil-^" veau terrain. t^fv Ji^;

Il .demeure donc avéré que ni les évoques, ni lës|(|^ 3^ gats;;^iii le pape, ni personne, n'eut primitivement l'iii- '" tention de ne pas parler du pape f qu'ainsi, coinmenous l'avons avancé , la seUl^;, causer du silenle qu^jl^bn^ garda sur son compte, ce" fut l'impossibilité de s'enten^;;: dre. La meilleure preuve, enfin, qu'on ne se considé-rV -.*"rait point coînme d'accord par le seul fait^ié reconiiâî- ,;:tre, en gros, la primauté du pape,^ — c'est qu'il ne fut 'jamais question de sortir d'èi](ï§||ras par un article où on se bornât à reconnaître en déilxlnots cette^^primauté. Les moins scrupuleux sentaient qu'il serait ^rS|it;ule d'englobjgrsous un même terme les. Opinions, profondément diverses qui s'étaient fait jour en l'interprétant. :Est-on mieux^^'accpM aujourd'hui? On pM^ l'être;

' - * " - ; -^ÏLIVRE SIXIÈME ï^ -299

Sais il n'en est paâ moins àiîquisàll'histoire que le coiicile dq. Trente il' a pas osé ou n^a pu ^ après plusieurs mois de^travail, rien.enseignér sur le compte du pape*.

Le grand obstacle était levé? En donnant les mains, pour en finir, à l'omission d'un point de.cette importance, chaq[uéiparti avait pris, en quelque sorte, l'en-, gagement d'abandonner de même toute question sur laquelle on craindrait; de ne pouvoir s'accorder. Nous aurons^.çLnoter, d'ici à, la fin du concile, presque autant de questions omises que de questions décidées. : Oateommença par enlever du projet de décret sur la résidence tout ce qui pouvait choquer ou les partisans ou les adversaires du droit divin. La résidence se trouva n'être plus^ordonnée m de par le pape ni de par Dieu ; on se boriïà k la prescrire comme naturelle et néces-

1 :Quel contraste entre ce silence et la hardiesse des papes, lorsqu'ils ont à dogmatiser sur la nuageuse origiiie^de leurs droits ! Écoutez Alexandre VII, écrivant à l'université de Louvain. » Cet excellent précepte, tant de fois inculqué par la voix de .notre Saiii)ei<f|:- dé garder les commandements de l'Église, et d'écouter la voix, dû pasteur qu'il a établi son vicaire... » Voilà pourtant ce quelecardihal Pacca citait,^il n'y a pas vingt-cinq ans, comme un •'i^^f, oracle. S'il faut déjà passablement d'audace pour prétendre que' ', Jésus-Christ. ait entendu se créer un vicaire, — quel nom donner à l'inconcevable impudence avec laquelle un pape ose affirmer que l'ordre de lui obéic a été formulé, inculqué, et cela tant de fois, par la voix même du Sauveur! Avec ces lignes d'une main et l'Écriture de l'autre, il y aurait de quoi dégôiîter de la papauté quiconque hait la fraude et ose encore réfléchir..

300 HISTOÎRE DDCONC'K,E>M TRENTE

saire. C'était, à beaucojip d'égards, ce qu'on pouvait faire de mieux, car il n'y a pas de meilleur moyen dé ^^ recommander Un devoir que d'en appeler franGhement, ^ toute arguti&^Qise, à la loi sacrée du devoij^'maisii?^ avait de quoi3être un peu confus en songeant qu'on était,,; resté des années b. se quereller sur l'a résidence^ po^lcj^ n'en dire, en définitive, que ce qu'on en eût dit le prë-^* mier jour si ^^vait su s'en tenir au simpleT3on sens. Après avoir clécr été les sept ordres, il eût été naturel d'en indiqueMes diverses fonctions. Onil'essaya ; mais .l'ce tableau, longuement élaboré, se trouva ressembler si peu cl l'état réel des choses, qu'on vit bientôt l'impossibilité de le transformer en loi.

.Depuis plusieurs siècles, en effet, les troit ordres majeurs ( sousi^diaconat , diaconat et prêtrise) étaient les seuls dont l'existence ne fût pas purement nominale. L'impossibilité d'avoir dans toutes les églises un portier et un acolyte qui fussent dans lés ordres avait conduit à les remplacer par des laïques, souvent par des enfants. Même dans les églises pourvues de ce genre de ministres, ce n'étaient pas eux, mais des bedeaux, des sacristains, des, enfants de chœur, comme cela a encore généralement lieu, qui veillaient aux portes, soignaient le matériel, servaient à l'autel % etc. Décréter que ces gens reçussent l'ordre correspondant à leurs fonctions, c'eût été les incorporer au clergé, ce qui aurait eu de grands inconvénients ; décréter que les titulaires s'ac-J quittassent des fonctions, c'eût été ralî^aisser la dignité ,„ sacerdotale, car on ne pouvait esgérer de rânoËner les .

1 Les fonctions de lecteur et d'exorciste, considérablement réduites, étaient exercées par les prêtres.

^ ^^^ jt , ,LiyilE SsJXIÈME "301'

peuples à regarder c^mme horîorable et sacré ce qu'ils ne se rappelaient plus avoir vu faire que par des do- ■ mestiques. D'un "autre côté/ ne rien faire pour empêcher ces quatre ordres de tomber définitivement en ,^£4ésuétude, c'eût été donner gain de cause aux protes- "^lânts^-qui les avaiefit^abolis comme inutiles. .^

■ On prit donc lin milieu. Laissant dejcôté tout détail '■ sur les fonctions de cê^fôrdres, on décréta^: en. principe, ,qu!,elles ne devaient être exercées que par des gens régulièrement ordonnés. On restreignit ensuite l'application de la règle aux églises cathédrales, collégiales, et paroissiales, awf ont que faire se pourra saiis inconvé- ^ nient \ On ajouta, enfin, qu'à, défaut de gens ordonnés et célibataires, tout homme de bonnes mœurs pourrait i, exercer ces fonctions.

Le concile ne faisait donc, en somme, que consacrer

ce que l'usage avait partout établi. C'était sage ; mais

reconnaître aussi ouvertement la possibilité de se passer ^r-

de portiers, de lectem-s, d'exorcistes et d'acolytes or-

donnés^c' était arriver assez mal au but indiqué dans le

préambule du décret, oii il est dit : ce De peur que ces

vï ■ fonctions ne soient rejetées par les hérétiques comme

oiseuses 2. » De plus, après d'aussi larges concessions,

que devient le canon où l'admission des sept ordres est

..rangée parmi les%hoses de foi? Comment peut-on dire

anàthème k qui n'en reconnaîtra pas sept , tout en

' avouant qu'il y en a quatre dont l'Église peut se passer

et*se passe en effet?

Cet aveu n'e^.t pas moins grave comme venant h l'ap-

* Quantum fieri conimodè poterit. v

^ Ne ab liasreticis, tanquàm otipsa, traducantur. ;

-pui de ce'que nous avons ditsur les 'difficultés tfiéôï^ giques du sacrement de rOrdr|^Si les sept ^dMres sont, autant de parties d'un même sacrëmen|^ et qu'il y en ait cependant plusieurs dont les fonctions puissent êtrje remplies par des laïques, où sera la limite? Où êsfc^é que l'immixtion des laïques commencera décidémèi^||fe; être un sacrilège? Gomment comprendre un sacrement^" un tout unique et parfait, dan§^lequel certaines parties soient d'une nécessité indispenf able , absolue, tandis, que certaines autres sont inutiles ? Au point de vue- dé la discipline et du bon ordre, l'Église romaine a incontestablement raison de,; vouloir que certaines charges soient le partage exclusif de ses ministres ; ce que nous; voulons dire, c'est que, si la nécessité suffit pour auto-"' riser un laïque à remplir les fonctions de quatre ordres, on ne voit plus pourquoi la même raison ne l'autoriserait pas à remplir les fonctions de cinq; de six, de sept, et pourquoi, par exemple, dans une île'dé- "^ ' serte, des naufragés ne pourraient pas faire choix d'un d'entre eux pour leur distribuer la Cène. . ^î .

Nous voilci donc ramenés, par un autre chemin , à ' l'objection qui s'était déjà, présentée à nous dans la question du Baptême. Si un laïque peut baptiser, disions-^ nous, on ne saurait logiquement soutenir, quand même l'histoire apostolique ne prouverait^pas le contraire, qu'il soit radicalement inapte à administrer tout autre" sacrement. Si un laïque, disons-nous maintenant, peut remplir les fonctions conférées par certaines parties du sacrement de l'Ordre, qui est un, — sur quoi se fonderpour le déclarer radicalement et absoluttierit; inapte |ux fonctions conférées par le reste duiacrement? — Nouvelle preuve à l'appui de ce que nous avons tant eu oc-

-:'^,y:P'^éi^- -SÎ^^LIYRE SIXIÈME ', ,^^i-^""^'303.

^' ^Giision dtm'%étèr,'qiie^k?d des théories romaines

Jn^st ^ plus souvent qu'à là surface, et qu'il n'est pas

^l^soiii: de creuser bien profondément pour y trouver des

- pûbarras et des obscurités. -

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