GIS
la menace des censures et des excommunications ? Comme donc il était possible de tout terminer dans la prochaine session , les légats étaient persuadés qne ce serait le plus sage parti. Ici ils rappelèrent l'adhésion de tant de princes à celte proposition , les besoins urgents de l'Allemagne et de la France, besoins que le roi d'Espagne avait toujours eu uniquement en vue dans la protection qu'il avait accordée au concile. « Enfin, conclurent-ils , le fruit est mûr, il est temps de le cueillir; il est bon qup chaque évoque fen retourne les mains pleines de cette précieuse récolte, et que, la faisant goûter à jon troupeau , il le console et le guérisse , anl par ce secours que par sa présence , de ous les maux qu'a causés une si longue tb^ence. »
2. Le cardinal de Lorraine remercia le •remier président de ce que, entre autres Misons, il avait mentionné le vœu ardent es Français pour la clôture. Pour qu'on ne ût douter de la sincérité de ce désir, il pre- L* ait à témoin tous les évéques de France présents à cette assemblée. Ensuite il delanda que lorsque tous les décrets qui resi .lient à faire auraient été portés, on priât le )uverain pontife de les confirmer dans fe us bref délai et qu'on lut la bulle de con- :m ition en séance publique aussitôt qu'elle ,rait parvenue à Trente. Ii demanda encore le les évéques eussent, pendant quelque mps après la clôture du concile, le pouvoir Lbsoudre de tous les péchés et de dispenser js empêchements au mariage. II proposa I outre, et quelques autres avec lui, quel- Eres petites difficultés peu dignes de remarne sur différents points. La plus notable de ts observations tombait sur l'article où iJ 4iil dii que les évoques auraient le premier ing partout où ils se trouveraient avec autres grands personnages. Le cardinal fit marquer que cette règle ne pourrait pas sxécuter sans difficulté dans les cas où les ïîlats ne seraient pas revêtus de leurs hai>s pontificaux. D'après cette observation, l'iécrel fut réformé.
]omme il était question de supprimer enfcement l'usage des coadjuleurs, il s'opposa a ;si à celle mesure, par la raison que c'él. à cet usage que l'on devait en Fiance la Ciservation de plusieurs monastères , et Jon n'avait jamais songé dans ce pays à le bmer. I! aurait préféré que l'on statuât qil n'en serait point établi sans de graves Blifs (t). Celte proposition fut appuyée par suante-huit voix , sans compter celles qui h eut une sorte de milieu.
) En ce qui lient aux coadjulorcries avec future I >siou, soit pour les évèchés ou les abbayes, soil |p« ' le-* bénéfices inférieurs cl partit uiièrcnienl pour ■ onic.tis ou les cures, le pipe Hennit XIV, d^ e mémoire, dans son excellent ouvrage de Synod. Ijj' es. (Iiv. XXIII, cliap. 10), a expliqué avec autant Imprécision que de doctrine le sens du décret de M'ite relatif à cet objet. Il est bien certain que le Ie0 ile avait en vue de faire cesser seulement l'abus, I* h: sou décret s'appli'iuc plus spécialement aux. |W lices inférieurs où l'usage des eoadjuloreries dé-
QUATIUEME. 64'»
3. Il y eut ensuite quatre nouveaux chapitres de proposés : le premier (1) , à la sollicitation de Barthélémy des Martyrs, archevêque de Braga, pour prescrire aux évéques la modestie cl la frugalité dans le vivre, cl régler la manière dont ils devaient faire la distribution des bénéfices ; le second, sur les dîmes possédées par des laïques; le troisième pour recommander de ne point trop multiplier les excommunications; le quatrième , pour ordonner d'établir dans chaque Eglise un dépôt des archives où l'on conserverait toutes les pièces chartes et écritures publiques : ce fut l'archevêque de Grenade qui ouvrit celle proposition. A ces quatre décrets on proposa d'en ajouter encore deux autres; mais il est inutile de les rapporter en cet endroit.
h. On proposa ensuite vingt-deux chapitres deréformalion sur les réguliers en général, et huit sur les monastères de filles en particulier.
Dans le premier des six nouveaux décrets dont nous venons de parler, il était dit incidcntellemcnt que les évéques étaient les dis-
f>ensaleurs des revenus ecclésiastiques, mais e cardinal de Lorraine , Guerrcro, et autres firent observer (2) que ce mot devait être retranché pour ne point préjudicier à l'opinion assez communément répandue qui leur accorde la vraie propriété de ces revenus. Mais Soavc, fidèle à sa pratique de toujours représenter au vulgaire les prélats , qu'il appelle pontificaux , comme fauteurs des opinions les plus relâchées , donne pour auteur de cette correction Zambeccaro, évéque de Sulmona. Il ne veut pas voir que, supposé même qu'il soit plus louable, quand il s'agit de règlements de discipline, d'embrasser les opinions les plus strictes, celles-ci néanmoins n'ont plus rien de préférable quand il est question de définir des dogmes , parce qu'alors on ne s'occupe plus ni de sévérité ni de relâchement, mais uniquement de certitude.
5. Le cardinal Madrucci , l'archevêque d'Olrante et plusieurs autres trouvèrent peu convenable que l'on proposât aux évéques , pour règle de leur manière de vivre, le décret du concile de Carthagc : ils s'appuyaient
génère plus facilement en abus. Voici ce que dit a ce sujet le pape Benoît XIV, et ce qu'il confirme un peu plu< loin au paragraplie 23 du même chapitre : € fS'iliiloniinus arbilramur neque poluissc neque voluis-e Triilenlinos Patres vinciilum injicere romanis poiiliiicibus, ne justis ac validis urgenlibus causis, < 'oadjutores cum fulura in inlerioribus beneliciis valerent consliluere; sed lanttini voluissc moniliim quodtlam iis relinquere, ne suam hisce coadjutoriis pra'slenl aucloritalcm nisi cum rcipsa débita circuinslanlia: id cxpnstulent, cum nenipe alia rêvera non suppelat r ilio ceelesianim nccessitnlibus consulendi, neque bujusinodi coadjuioriariim numerum in immensum exerescerc sinanl, ne collatoruin jus omnino vel mgnfl ex parte impedialur, neque ccclesiasiicorum ceci us jusia fraudetur spe concurrendi et a-se quendi bénéficia quœ idenlidem ppr diœceses vacare continuai. > (Noie d'Antoine Zaccaria.)
(I) Acies de le\èquo de Salamanque.
(-2) Dans la congrégation du 23 novembre, conima on voit dans les actes du château.
'oi.K
sur ce qu'il n'est pas plus possible défaire revivre intégralement les mœurs antiques que d'en ramener les temps ; et plus particulièrement sur ce qu'il serait impossible a certains évoques, possesseurs de fiefs et de principautés temporelles, de se réduire a un genre de vie si modeste sans blesser les convenances de leur haute position sociale et sans jeter une sorte de perturbation dans leurs états (1).
(1) Il ne sera pas inutile de rapporter ici un passage du journal ecclésiastique de Rome, tome \1I, n° 49, page 199, sur celle même question :
< L'hérésiarque Wiclef, dans les propositions 10, 32, 56 et 59, censurées par le concile de Conslance, eut l'audace de condamner, dans l'Eglise romaine et dans les autres Eglises catholiques, la possession et la propriété des biens temporels. Or Wiclef eut encore des partisans bien après l'an 1418, où ses erreurs furent proscrites à Conslance; et notre dix-huitième siècle qui a la prétention de se distinguer par la reproduction de toutes les hérésies et de toutes les sottises qu'avaient enfantées les siècles passés, ne voulait pas laisser tomber en oubli les plus absurdes de toutes , celles de Marsile, de Wiclef el autres. Ce n'est pas qu'il les ail enseignées tout à l'ait dans les mêmes termes que ces novateurs, parce que c'était alors la mode peut-être, pour ceux qui étaient nés dans le sein de l'Eglise, de garder un certain masque de catholicité. Le principal objet de son aversion, ce furent les domaines temporels affectés à l'Eglise ; la pensée seule de ces sortes d'apanages le suffoquait, travaillé qu'il était de celle humeur noire qui ne trouve rien de bon dans l'épouse du maître du monde que les pieds nus, la besace, les fdets, les grottes, la mendicité, les calices et les chandeliers de bois. Les luthériens surtout épousèrent ces sottes idées, et l'on ne saurait se figurer quel est leur déplaisir de voir, par exemple, en Allemagne la souveraineté temporelle jointe, en certaines personnes, au caractère episcopal, et, à Rome, sur la lêle du successeur de saint Pierre. Aussi trouvent-ils fort mauvais que des gens d'Eglise puissent donner ou recevoir des Qefs : Bœhmer appelle cela un monstrueux mélange, GtSvpo&lov, ecclesiaslicum. Sa raison est que dans l'idée du fief se trouve renfermé le service militaire , qu'un clerc ne doit ni rendre ni recevoir. Or, il en est de celte raison à peu près comme de ces paroles : Ecclesia Dei defeitdenda non est more castrorum , l'Eglise de Dieu ne doit pas être défendue comme un camp, que saint Ambroise avait employées pour empêcher les catholiques cl les ariens de se battre el de s'égorger jusque dans l'église, dont nos petits savants du jour se sont emparés pour démontrer (pie l'Eglise n'a aucun pouvoir coercitif pour se défendre. Si l'on veut se donner la peine de consulter l'ouvrage de l'avocat Bailli, où il traite (chap. 4, page 5i) celle question : Qui feudum dare possint vel accipere, on apercevra sans peine lout ce qu'il y a de frivole dans l'objection de Bœhmer, appuyée uniquement sur celle sorle d'équivoque que les seolastiques appellent de non supponenle; car il raisonne sur les biens temporels du prêtre ou deFévêque, comme s'ils étaient une dépendance de l'ordination et du caractère épiscopal. Mais du moment que l'on dislingue dans l'ecclésiastique (comme le dro'it, la raison et la loi enseignent qu'on peut et qu'on doit le faire) la qualité d'homme d'Eglise de celle de seigneur temporel , qualités qui peuvent 1res bien se irouver réunies quelquefois dans la même personne, lout le sophisme s en va en fumée : car si les fonctions de l'épiscopat ne requièrent pas par elles-mêmes le service militaire, néanmoins il peut très-bien arriver que les devoirs el les besoins de la souveraineté temporelle mettent un princeévêque dans le cas de réclamer ce service, parce que de ce qu'il est évêque, ce n'est pas une raison pour laisser
6. L'archevêque de Braga, au contraire toujours animé des mêmes idées qu'il avai puisées dans le cloilre, aurait voulu qu'oi usât d'une plus grande sévérité. Il alla jus qu'à dire que le but de ce décret était excel lent; mais que le décret lui-même était dé tcslable, parce qu'après avoir fait peser sj les autres une main de fer, les évêques s touchaient à peine eux-mêmes du bout di doigl, et qu'au lieu de se servir pour euxmêmes du mot nerveux de commandement ils n'employaient que la molle expressioi d'avertissement. Il aurait fallu, disait-il, leu prescrire des bornes qu'il ne leur serai point permis de dépasser dans leur table dans leurs meubles, dans le nombre de leur serviteurs, et les obliger à rendre compte di leurs dépenses dans le concile provincial En supposant même qu'ils dussent être re gardés comme propriétaires de la portion de biens ecclésiastiques qui leur étaient nécessaires, ils n'étaient toujours que de simple dispensateurs du superflu.
7. Quand on en vint à ce qui concernai les réguliers, le cardinal de Lorraine flj d'eux un pompeux éloge, et assura qu'ei, France, plus de trois mille d'entre eux, dan( l'espace île quelques mois, avaient soufietj un cruel martyre plutôt que de renoncer l'obéissance que tout chrétien doit au pon tife romain (1), c'est pourquoi, autant ' était opposé à l'exemption des autres ecclé siasliques à l'égard des évêques, autant était partisan de celle des réguliers exhortait donc les Pères à maintenir intt| gralement leurs privilèges.
8. Le désir de la clôture faisait chaquJ jour de nouveaux progrès cl fermentait meil veilleusement dans tous les cœurs. Les ami bassadeurs de l'Empereur surtout ne ceJ saient de presser les légats : ils allèrent juif qu'à dire (2) que si l'on ne se hâtait il étal à craindre qu'ils ne fussent rappelés; maj l'Empereur ayant été informé de ce discou: par le compte de Lune, les reprit de s'él| avancés jusque-là (3). L'ambassadeur poil
ses sujets sans défense et sans protection. Il poutl donc fort bien donner quelque chose en fief, c'eslf dire à condition que le vassal devra l'assister, n pas pour chauler sa messe, mais pour repousser les armes l'invasion étrangère. Que s'il s'agit d'J fief passif, c'est à-dire si c'es! l'ecclésiaslique au c traire qui reçoit quelque chose en fief, le droit féoj a prévu qu'en ce cas il rendra le service militaire n un autre, per alium, afin qu'il ne soil point obliger s'écarter de ses habitudes pacifiques et de cette d<| ceur de mœurs et de caractère qui siéent si bieil toute personne consacrée invariablement au servi des saints autels. > Je mêlerai un devoir de sa [ l'occasion de celle discussion pour recommander! lecleur V Histoire abrégée du domaine temporel papes dans les deux Siciles, composée avec aulautl science (pie d'exactitude par le irès-érudil cardil Bdrgin, et imprimée à Rome en 1789. (Noled'Anttj Zaccaria.) I
(1) Acies du château Saint-Ange, congrégation! 25 novembre 1505.
(2) Lettre des légats au card. Borromée, du 22 1 vcinbro 1563.
(5) Lettre de l'Empereur à ses ambassadeurs) Vienne, le 4 décembre làoô.
tugais tenait presque le même langage ; ceux de Venise ne faisaient pas de moins vives instances ; et le comte de Lune avait fait entendre qu'il aurait préféré qu'on attendît la réponse du roi, mais que néanmoins il ne voulait pas faire d'opposition. Les légats écrivaient en conséquence que le temps de la moisson était arrivé, quand tout à coup, contre toute attente, le 27 au soir, le comte se rendit chez les légats pour leur faire entendre des sentiments tout opposés (1). 11 ne venait pas, dit-il, leur faire connaître des ordres du roi, il n'en avait pas reçu de nouveaux ; il ne venait pas non plus manifester le désir qu'il aurait lui-même de rester à Trente. Son absence, déjà trop longue, de sa patrie avait causé assez de maux à sa maison : il avait essuyé de grandes pertes de biens, la mort lui avait enlevé des parents et même des enfants ; mais il se croyait obligé de parler pour l'intérêt qu'il devait prendre à l'honneur de l'Eglise et du roi son maître. Il rappela tout ce que le roi avait fait à la sollicitation du pape pour le service du concile. Ne serait-il pas bien triste qu'une œuvre entreprise et soutenue par tant de soins et de travaux de Sa Majesté et de l'Eglise tout entière n'eût pas une fin honorable? S'il n'était réellement pas possible de faire tout ce que les besoins de la chrétienté auraient exigé, ne devait-on pas au moins procéder avec dignité et avec maturité à la solution des matières, soit de dogme, soit ie discipline, qui restaient à décider? Les arides du purgatoire et des indulgences, qui l'étaient point encore définis et qui étaient orécisément ceux sur lesquels les novateurs ivaient commencé à dogmatiser, et qui avaient lonnénaissanceà toutes leurs erreurs, neméitaient-ils pas, par cette raison, d'être exaninés avec l'attention la plus sérieuse? Quelque avantageuse que fût celte célérité avec aquelle on voulait agir, si l'on metlait dans a balance, d'un côté, le bien qu'on pourrait étirer d'avoir gagné par tant d'empressenent quinze ou vingt jours, de l'autre la lOnvenance et l'utilité d'un examen sérieux t approfondi, nul ne pouvait nier que ce e'rnier ne l'emportât de beaucoup sur le remier. Il suppliait donc les légats de ne as vouloir priver, par une précipitation ml à fait hors de saison, l'Eglise, le pape et îx-mêmes de cette belle et glorieuse couine dont un faible surcroît de travail allait s mettre en possession pour prix de tant ; dépenses et d'incommodités qu'ils avaient ;jà supportées; et de ne pas s'exposer, en mlant cueillir la pomme quelques jours us tôt, à n'avoir qu'un fruit acre, privé à .mais de ce doux et salutaire parfum que une la maturité. Ces observations avaient ur objet le bien général. Pour ce qui était « son maître en particulier, bien que les • très princes eussent consenti à la clôture, i ui semblait que le Roi Catholique n'était ls assez peu distingué par sa grandeur
l) Lettre des légats au cardinal Borromée, 27 nombre io63.
Conc. de Tbbutb, III.
parmi les monarques, ni assez peu méritant par ses œuvres, pour qu'on dût en venir à un acte si important, sans vouloir attendre de lui une seule réponse, d'autant plus qu'elle ne pouvait pas tarder d'arriver au delà de vingt ou tout au plus de trente jours. Enfin il alla jusqu'à dire qu'ayant pour habitude, en sa qualité d'homme d'épée, de se montrer peut-être un peu plus délicat que ne l'étaient ceux d'une autre profession dans l'appréciation du point d'honneur, il se croirait obligé, si l'on ne faisait droit à sa juste observation, d'agir de la manière qui loi paraîtrait la plus propre à sauver l'honneur et la dignité de son maître.
9. Le trouble dans lequel un discours si imprévu et si déplaisantne pouvait manquer de jeter les légats, ne leur ôta point néanmoins la présence d'esprit dont ils avaient besoin pour y répondre. Ils assurèrent qu'ils voyaient avec grand plaisir qu'une pareille communication ne leur fût point faite de la part du roi; parce que dans ce cas ils n'auraient point hésité à la prendre en trèsgrande considération pour le profond respect qu'ils portaient à Sa Majesté plus qu'à tout autre, étant l'un des plus puissants monarques et le premier dans l'amour de Sa Sainteté. Mais ils no doutaient point que si le roi se trouvait à Trente, il demanderait certainement la clôture du concile et ne voudrait point seul s'opposer au désir de tous les autres princes, qui ne cessaient de les presser vivement, touchés qu'ils étaient des pressants besoins de l'Eglise entière et surtout de la France : le comte n'ignorait pas que la peinture de ces besoins leur avait été faite, non-seulement par les Français eux-mêmes, mais encore par le cardinal de Granvelle, l'un des plus grands ministres de Sa Majesté catholique. Pour connaître avec certitude quelle était la volonté du roi, il suffisait de remarquer les vives instances que fahait l'Empereur pour la clôture; puisque le roi avait recommandé à ses ministres de se conformer, dans cette affaire, aux intentions de Ferdinand. Ici le comte interrompit le premier légat, et l'assura qu'il était dans l'erreur sur ce dernier point ; mais Morone repartit qu'il l'avait appris de la bouche même de l'Empereur, dans sa légation à Inspruck. Le comte ne voulut pas contredire un témoignage si élevé; mais, dans toute la suite de cet entretien , il parla comme il aurait pu faire si ce témoignage n'eût point été allégué. En somme, il déclara qu'il s'opposerait de tout son pouvoir, non point i\ l'accélération des affaires, ni même, absolument parlant, à la conclusion du concile, et ainsi il sauvait l'apparence de contredire ses précédentes significations , mais à une manière de terminer si précipitée, qu'elle ne lui laissait pas même le temps de recevoir la réponse du roi ; car il lui paraîtrait, ajoulat-il, trop étrange que son grand roi fût traité comme un petit duc. Les légats ayant objecté que l'on ne mettait tant d'empressement que pour éviter que le concile, qui avait commencé par être œcuménique , ne finît en
[Vingt.)
bt
nne assemblée particulière par le départ de dances fortes et opposées , en sorte qu'il es plusieurs nationrs, le comte repartit que la impossible de suivre l'une sans se mettr marche selon laquelle on voulait procéder ne pouvait plus s'appeler courir, mais fuir; que l'on faisait ainsi pour avoir les Français, et qu'on n'aurait ni Français, ni Espagnols. A ce mot, les légats, indignés, répliquèrent qu'une telle menace , si elle avait lieu , mériterait d'être punie sévèrement, non-seulement de Dieu , mais du roi , comme une action plus avantageuse aux hérétiques que tout ce qu'aurait pu faire un homme qu'ils auraient chargé de leur procuration. Alors !e comte commença à s'escrimer d'un autre côté, disant que tout cet empressement venait purement et simplement du fait du cardinal de Lorraine, qui voulait à toute force aller faire le baptême de son neveu (c'était un enfant qui venait de naître au duc de Lorraine ) ; mais que lui , comte , savait qu'aussitôt que le cardinal serait parti , les ambassadeurs français avaient ordre de revenir à Trente. Or, leur présence n'était elle
dans la nécessité de combattre l'autre.