‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 151 sur 373 · Les légats , constants dans leur résolu · texte numérisé non relu

Les légats , constants dans leur résolu

pas encore d'une plus grande importance tion (1), rassemblèrent derechef les deux caJ pour le concile que celle du cardinal, qui, dinaux et un très-grand nombre des princj après tout, n'avait pas de mandat du roi? pau* prélats, pour leur remettre devant h

ap

D'ailleurs le cardinal lui-même avait offert, quelques jours auparavant, de faire en sorte que l'on attendît la réponse du roi d'Espagne. Il est bon de remarquer que les légats , s'étant mis en devoir de vérifier ces différentes assertions , trouvèrent qu'elles étaient toutes sans fondement , tant la passion fait dire à l'homme de faussetés , sou-

ycux l'urgence de la clôlure et leur demai (1er de nouveau aide et conseil. Le cardin de Lorraine déclara qu'il était mandé par ; roi pour se trouver avec lui aux fêtes <' Noël, en Lorraine,Joù Sa Majesté devait teir sur les fonts du baptême l'enfant dont not1 avons parlé. Le roi voulait que le cardin. l'accompagnât à cette cérémonie , se prope vent même les plus évidentes , sans qu'il ait sant de traiter ensuite avec lui des plus gr

l'intention de mentir. Quoi qu'il en soit, les deux parties mirent fin à cet entrelien, sans qu'aucune eût cessé de persister dans sa manière de voir. Les légats ne voulurent pas même consentir à la proposition que leur fit l'ambassadeur d'écrire au pape , et d'attendre sa réponse, parce qu'il ne leur pa-

ves affaires du royaume, et qu'il ramenl avec lui tous les évêques de France. Si tioij on désirait qu'ils ne partissent point ava la clôture, il était de toute nécessité que prochaine session fût aussi la dernière, qu'elle ne fût point reculée au delà du joil fixé. 11 était bien d'avis qu'on ne pouvcl

raissait pas convenable de mêler ouverte- absolument pas se dispenser de porter qiu

ment le souverain pontife dans cette fâcheuse affaire, ni de se lier à eux-mêmes les mains, et de se mettre dans l'impossibilité d'exécuter, dès que cela se pourrait, l'ordre qu'ils en avaient déjà reçu de devancer le jour

quos définitions sur les dogmes dont on parlé, parce que, comme c'était de là que hérésies avaient pris naissance, s'il ne sol tait aucune décision sur ces matières , il hérétiques ne manqueraient pas de chant

prescrit pour la session , et de la tenir avant victoire, et de se vanter qu'après tant d'à

le 9 décembre , par conséquent avant qu'on n'eût pu recevoir de lui de nouveaux ordres. Mais comme en même temps ils voyaient que ce projet de devancer pourrait bien ne pas réussir, ils envoyèrent au pape un courrier, pour l'informer de ce nouvel incident , afin de le mettre à même de modifier, s'il le jugeait à propos, les instructions qu'il leur avait données. Cependant le cardinal de Lorraine et les Impériaux blâmaient hautement l'opposition du comte , et le Portugais se joignit à eux pour promettre de faire tows leurs efforts pour le déterminer à Ja faire cesser. Ainsi l'on marchait à pas incertains ,

nées le concile n'avait rien trouvé sur qui il pût fonder ces dogmes , et que c'était pof cette raison qu'il s'était abstenu d'en parle| mais on pouvait le faire succinctement dans la forme qui avait été convenue précl demment entre eux. L'archevêque de Gif nade et les autres Espagnols consenlirc que l'on célébrât la session au jour indiqul mais ils voulaient que l'on réservât pol une autre session, qui se tiendrait procluf nement, les matières qui n'étaient point (I core préparées. Les Impériaux représen'l rent qu'il était d'une nécessité indispensall de traiter la question des indulgences , pul

poussé, en plusieurs sens contraires , par de que c'était contre cette croyance que Lut!

rudes éperons et par de durs aiguillons.

Toutes les difficultés contre lesquelles on ne peut se dispenser de lutter dans la politique comme dans la nature viennent de ce qu'on est obligé de marcher entre deux ten-

avait commencé à sonner de la trompel

(1) Omre les Acles, voyez la lettre des légatsj cardinal Borromce, du 29 novembre, ainsi que actes de Palcoiio et de i'évêcuie de Salamanuue.

dans la guerre qu'il avail déclarée à l'Eglise. Le comte de Lune ne cessait de faire de l'opposition : il publiait que les ambassadeurs français allaient revenir pour s'opposer à la clôture; mais le cardinal de Lorraine assurait qu'ils ne reviendraient en aucune façon. 2. El il était bien sûr de ce qu'il disait; car ayant envoyé de Rome en France l'abbé de Manne, qu'il avait chargé d'une lettre pour le roi (1), et ayant fait partir de Trente pour la cour, l'évêque d'Orléans, pour représenter à Sa Majesté que la protestation deses ambassadeurs était sans objet, et pour l'engagera leur ordonner de retourner, le roi lui avait adressé, le 9 novembre, ainsi qu'aux ambassadeurs, uneréponsedonl voici leseus : Les articles que les légats avaient déjà commencé à mettre en avant étaient si universellement préjudiciables aux princes et blessaient si particulièrement les droits de sa couronne, que les gens de son conseil avaient jugé nécessaire de protester, s'ils n'étaient rapportés. Il aurait réellement désiré qu'avant dYn venir au fait, les ambassadeurs eussent pris l'avis du cardinal et se fussent dirigés d'après ses conseils; mais la nécessité pressante ou ils s'étaient trouvés les rendait excusables. Il leur eût été difficile de garder plus longtemps le silence , voyant que les deux tiers des Pères réclamaient le . rétablissement de ces articles, et qu'on était ||en droit de soupçonner qu'il y avail une sorte i de connivence secrète entre eux et les légats. Si la chose était ainsi, on avait tout lieu de craindre que ces mêmes articles ne fuslient remis sur le tapis, du moment qu'on ne serait plus rclenu par la présence du cardinal. Si donc c'était la volonté du pape, ■ somme l'abbé de Manne l'avait assuré, que l'on s'abstînt de loucher aux droits et aux privilèges des princes, alors il était juste "jue Sa Sainteté se plaignît, non pas des ambassadeurs du roi , mais de ses légats-, puispaec'étaienteuxqui, agissant à lYmonlrede ses intentions, avaient contraint les ambassadeurs à faire celle démonstration. Quant à a bonne volonté que le cardinal avait trouvée dans le pape pour une sainte reformaion, le roi s'en réjouissait infiniment, en -ue du bien qui devait en résulter pour toute a chrétienté, et il en attendait les effets. Et ]uant au retour des ambassadeurs, il leur 'nverrail l'ordre de reparaître à Trente du nonienl qu'il aurait acquis la certitude que es articles en question seraient abandonnés >our toujours. En attendant ils devaient coninuer de se tenir à Venise, selon l'ordre qui cur avait été donné précédemment de se reirer en celle ville aussitôt après avoir fait eur proteslation, sans attendre d'autre ré- 'Onse de la discrétion des Pères. Mais le roi rouvait bon que les évéques ne quittassent oint le concile, et ne doutait pas qu'ils ne •ssent toujours prêts à défendre ses droits. «Ile fut la réponse qu'il adressa au cardinal fl lorraine. D un autre côté, il prescrivit ax ambassadeurs de ne faire aucune défi) Voir lf* li\ie français déjà indiqué plus haut.

monslration pour faire enregistrer leur protestation dans les actes , ou pour quelque autre but, avant d'avoir vu la tournure que prendrait le concile et avant d'avoir reçu de lui un ordre spécial à ce sujet. D'après" ces dispositions, arrêtées par le roi, le cardinal comprit qu'il était certainement impossible que le retour des ambassadeurs pût s'effectuer dans le court intervalle qui restait encore jusqu'au jour destiné pour la clôture du concile.

3. Mais laissons les ambassadeurs de France pour revenir à celui d'Espagne. En même temps qu'il usait à Trente de toutes ses ressources pour retarder la clôture, il dépécha à Rome en toute hâte un courrier à Vargas, son collègue; et lui ayant représenté qu'il serait grandement honteux pour le roi que le concile se terminât sans son exprès consentement, il l'exhorta à faire auprès du pape les plus vives instances pourdétourner cet événement. Soave, qui prend à tâche, non pas de raconter ce qu'il sait, mais de deviner ce qui lui paraît vraisemblable, a bien le courage d'assurer que Vargas ne crut pas devoir faire de nouvelles démarches pour la prolongation, tant à cause de la maladie du pape qu'à cause de la réponse que Sa Sainteté lui avait faite quelques jours auparavant, savoir qu'elle laissait je concile parfaitement libre à cet égard et qu'elle s'en remettait à sa sagesse. Mais le cardinal Borromée, dans la lettre qu'il écrivit aux légats le h décembre, dil précisément tout le contraire. 11 raconte que Vargas était accouru au palais, et que, n'ayant pu voir le pape à cause de l'heure avancée, il s'était adressé à lui-même et lui avail annoncé d'affreux malheurs si l'on n'attendait pas la réponse du roi avant de terminer. Le cardinal lui avait alors remis devant les yeux les raisons qui ne permettaient plus de différer, et que nous a'vons déjà exposées tant de fois, l'assurant néanmoins qu'il transmettrait à Sa Sainteté les significations de l'ambassadeur, et qu'après les avoir entendues elle jugerait de ce qu'il y avait à faire. Or comme la raison, quand elle est assaisonnée par la courtoisie, a une force invincible et ne peut manquer de faire impression sur un esprit judicieux, on s'aperçut que Vargas était déjà bien radouci quand il quitta le cardinal. Ce qui servait surtout à ralentir son ardeur, écrivait ce dernier, c'est que ni lui ni le corne de Lune ne pouvaient alléguer aucun ordre du roi : aussi, tout ce qu'ils pouvaient faire, pour s'opposera la clôture, était toujours mêlé d'un peu d'hésitation, dans la crainte qu'ils avaient de n'être point approuves | ;r le roi. Cependant Vargas avait envoyé, ie lendemain matin, chercher la réponse du pape. 11 lui fut dit que, pour les raisons qui lui avaient été données la veille, Sa Sainteté ne pouvait renoncer à son désir bien ardent de voir le concile se terminer au plus tôt, à moins que la majorité des Pères ne fût d'un autre avis : car sur cela, comme sur toute autre chose, elle voulait leur laisser une pleine et entière liberté. Le cardinal Rorro-

mée assura d'ailleurs les légats que le pape possibilité de la mort, qui menace à toute croyait avoir suffisamment le consentement heure tous les hommes sans exceplion. du roi d'Espagne, puisque Sa Majesté s'en 5. Cette assemblée se sépara sur les sepl était remise à l'Empereur, et que les ambas- heures du soir. Et voilà que deux heures sadeurs de ce dernier ne se contentaient pas après , par un coup de la Providence, sinor de demander la clôture, mais allaient jusqu'à miraculeux, du moins bien merveilleux , i déclarer, avec les Français et avec tous les arriva au comte un courrier envoyé de Rome autres, que si elle était différée ils partiraient par Vrargas , pour lui apprendre que le pap< de suite; en sorte que vouloir faire durer venait d'être attaqué tout à coup d'une mala plus longtemps le concile paraissait être une die dangereuse , qui laissait peu d'espéranci même chose que de le dissoudre. On ne doit pour sa vie. Peu après, les légats reçurent 1; pas avoir oublié que le pape avait tellement même nouvelle (1), avec l'ordre donné pai en horreur ce dernier parti , que bien qu'il le pontife malade, et transmis par le cardi eût approuvé toutes les réponses que les liai Borromée (2), de procéder sans délai « présidents avaient faites au comte sur tous la clôture, de peur que sa mort ne vînt malles autres points, il n'hésita point à condam- heureusement léguer à l'Eglise l'héritage ner la menace qu'ils lui avaient faite de d'un schisme, en cas que le sacré collège e partir, au cas qu'il persévérât dans son le concile ne voulussent se disputer l'un i opposition, au lieu de protester eux-mêmes l'autre le droit d'élire son successeur, contre sa conduite par une courageuse ré- 6. Les légats mandèrent aussitôt les deuj sistance. Pour les animer à suivre cette mar- cardinaux avec les ambassadeurs de l'Emche,le pape leur écrivit de sa propre main (1) pereur et du roi Philippe (3), et les conjurèunc lettre où il leur déclare que sa volonté rent de favoriser la clôture la plus prompte fixe et inébranlable est que l'on passe par- pour soustraire la chrétienté à tant et de s dessus tous les obstacles , et que le concile grands maux dont elle était menacée. Le ne traîne point au delà du jour fixé, c'est-à- ambassadeurs de l'Empereur, qui s'élaien dire le 9 décembre : et il leur en donnait les montrés jusque-là si pressés , dans ce ca raisons. On voit par là comme Soave est bien imprévu, demandèrent tout le jour pour déli informé, quand il raconte que Vargas ne bérer; mais le lendemain, dès le matin, ayan voulut pas renouveler ses instances pour la été convoqués de nouveau avec les autre prolongation. La vérité est, comme on le ambassadeurs et environ cinquante des prin verra bientôt, que l'on tenait conseil à cipaux prélats, ils donnèrent une répons> Rome, comme dit le vieux proverbe, tandis de plein consentement. Tous les autres tom que Sagonte était déjà prise. bèrent du même accord. Le comte de Lun k. Le comte ne s'en tint point encore à seul, avec ses Espagnols et trois Italiens toutes les diligences que nous avons rappor- persista dans son opposition. Mais en mêm tées. Le 29 novembre, il réunit chez lui les temps, pour ôter toute semence de schisme prélats espagnols (2) , et quoiqu'il leur eût il lut aux prélats soumis à la dominatioi imposé le silence le plus strict sur tout ce espagnole une vieille lettre du roi, où c qui devait s'agiter dans cette assemblée, on prince déclarait qu'en cas que le pape vînt, sut néanmoins qu'elle avait pour but de faire mourir, l'intention de Sa Majesté était qu différer la clôture. On connut par les effets le successeur fût élu parles cardinaux en L les résolutions qu'on y avait prises : car il forme accoutumée (4). A quoi l'archevèqu convoqua pareillement, le lendemain au soir, de Grenade, prenant la parole le premie tous les autres évêques des provinces dont d'entre tous les Espagnols, répondit qu'il n le roi Philippe avait la souveraineté, et mit lui était jamais venu à l'esprit une aulr toute sa rhétorique à leur faire partager ses pensée : tous les autres parlèrent dans propres sentiments, et à leur persuader que même sens; de sorte que Marc-Antoine Co l'honneur de l'Eglise et celui du Roi Calho- lonne , archevêque de Tarente, qui par ha lique étaient intéressés dans cette affaire, sard se trouvait présent , s'écria qu'on n Mais il perdit son temps : et les évêques pouvait annoncer trop tôt et avec trop dé réunis, à l'exception de deux ou trois, refu- clat aux présidents, à Rome et au mond sèrent de se ranger à son avis ; mais ils lui celte pieuse volonté du comte et de la natio mirent devant les yeux, d'une part, la néecs- espagnole. Les ambassadeurs de l'Empereu site de terminer avant le départ des Fran- firent la même déclaration aux prélats, sujet cais; de l'autre, les maux qui ne manque-

raient pas de résulter ou de la mort de (I) Les actes portent que les nouvelles les plus d,

1 Empereur, ou de celle du pape, ou de quel- sesperées parvinrent auv légats, mais les registn

que autre accident qui pourrait venir en un du palais fournissent la preuve du contraire. jour jeter au vent l'œuvre de tant d'années. (2) Cette lettre fut écrite le 27 novembre; ma

Sur ce dernier article, le comte répondit elle ne se trouve point dans le registre : seulement

qu'on ne devait pas faire grand compte, dans cn cst fi,it mention dans une autre écrite le surlei

ces délibérations, de ces sortes de dangers demai». ei dans une lettre particulière, du 29 nover

éloignés , parce que autrement on se trouve- "0rc ' de (jalll°' secrela|re du pape , au cardinal H' rail arrêté dans toutes les affaires par la (3j De(IX lellres des Iégals M cardinn] ^^

....... . ,rr- elles portent toutes deux la date du 1" décenibr

(1 Le 4 décembre Iot>3. quoique fa seconde n'ait été écrite que le lendemai (2) Acte* de Palcotio et de leveque de Sa. aman- (ï) Voir les pièces sus-indiquées et les actes

Que. l'évéque de Salatnanque.

de Ferdinand, se réservant tontefois de revenir sur leurs pas, s'ils recevaient des ordres contraires. Mais loin qu'il leur en arrivât de tels, l'Empereur donna au contraire l'approbalion la plus formelle à tout ce qu'ils avaient fait à ce sujet et au sujet de la clôluro, qu'il suppose déjà accomplie , et il ne se trompait pas, le jour où il écrivait sa réponse (1). Cependant il avait tenu dans ses Retires précédentes, avant qu'il connût le (danger du pape, un langage un peu différent, et avait repris ses ambassadeurs de leur trop d'empressement : Il aimait mieux, disait-il, que le concile durât cinq ou six semaines de plus, s'il n'en fallait pas davantage, pour que rien ne fût mis de côté et que tout fût traité avec maturité. Ces paroles et quelques autres encore de Ferdinand me font voir que Delfini s'était avancé trop loin lorsqu'il dépeignait aux légats la vive impatience qu'avait ce prince de voir finir le concile dans la session du 11 novembre ; et qu'il leur déclarait que si ce désir n'était rempli, jl était à craindre qu'il ne révoquât son tdhésion à la clôture. Or ce fut cet avis avec 'annonce du départ du cardinal de Lorraine, >t le commencement d'exécution par lequel 1 l'avait déjà confirmée en envoyant devant ui ses équipages et une partie de ses gens ; i te furent, dis-je, ces deux choses qui furent, omme nous avons dit , les deux aiguillons jes plus pressants pour mettre en mouvement le pape et les légats. Mais c'est l'ordinaire que quand un homme s'est fait l'auteur 'un conseil, il le prend tellement à cœur et 1 s'y attache si inconsidérément, que, sans ouloir mentir, il relève bien au-dessus de e qui est vrai, et souvent même bien au- ,essus du vraisemblable, les avantages qu'on n doit recueillir et les inconvénients qui ourront résulter si on le néglige: à moins u'on ne veuille dire que c'était non pas ,Empereur, mais son fils qui montrait un ;1 empressement, pour les raisons politiques ue nous avons exposées.

7. Dans cet état de choses, les légats, malré la joie qu'ils avaient de rencontrer dans •s ambassadeurs et dans les Pères des inniions si pacifiques touchant l'élection du itur pontife, sachant néanmoins combien le iJx de ces mers est rapide et dangereux, ne

issaient pas de manœuvrer de toutes leurs rces pour se mettre en sûreté dans le port. b comte ne pouvait s'empêcher de s'avouer lui-même la bonté de. leur cause et de re- •nnaître que, vu l'urgence des circonstans, la dignité de son roi ne serait nullement essée du parti qu'ils prenaient de ne point tendre son consentement : aussi n'osaitplus leur faire qu'une molle opposition , iulement pour avoir droit de dire qu'il en > ait fait.

8. Les présidents, ainsi que les Pères qui < aient été chargés de la rédaction des dé- ('ts, ne perdaient aucun instant, ni du jour,

1) Posl-scriplum d'une lettre de l'Empereur à ses ' bassadeurs, datée de Vienne le tu décembre 1563.

ni de la nuit (1), pour vaincre, par une application infatigable , la grande difficulté de mettre en ordre , dans un temps si restreint , des matières si étendues. Les travaux auxquels on s'était livré à Bologne pendant tout le temps que le concile y fut transféré (2) , servirent beaucoup à abréger le travail sur les dogmes qui restaient à décider. On s'y était livré assidûment à une étude consciencieuse et à une discussion très-approfondie de tous les articles qui n'étaient point encore définis ; et la relation sommaire de toutes les considérations et de toutes les opinions émises sur chacun d'eux avait été conservée dans les actes , en sorte que le travail des députés , basé sur celui d'hommes aussi recommandables que les Pères de Bologne, et fait avec le secours de matériaux aussi précieux , ne peut être regardé avec raison comme broché à la hâte et sans maturité; de même que l'on ne taxe point de précipitation, ni déconsidération , les tribunaux les plus graves, lorsqu'ils décident en un seul jour, comme il leur arrive si souvent, les causes les plus embrouillées , mais sur le vu des pièces élaborées, pendant plusieurs mois, par les avocats les plus capables.

9. Dès le lendemain , 2 décembre, les légats convoquèrent (3) la congrégation générale pour délibérer sur les projets des décrets concernant les dogmes du purgatoire, des images , des reliques , de l'invocation, des saints, ainsi que sur les règlements do discipline. On n'avait rien préparé sur les indulgences; maison était convenu la veille, dans la congrégation particulière, de passer sous silence cet article, et cela au grand regret de plusieurs , surtout des ambassadeurs de l'Empereur. Ils consentaient néanmoins à cette omission , s'il était impossible d'empêcher, en faisant autrement , que les Français ne partissent avant la fin du concile, ce qui eût été à leurs yeux un inconvénient beaucoup plus grave. Le cardinalMorone, par quelques paroles succinctes, mais pleines de vigueur , s'efforça d'inculquer profondément dans les esprits la nécessité de ne point perdre de temps. Il les conjura de ne regarder rien autre chose que la gloire de Dieu et de se souvenir que le concile était libre ; et il ajouta : Plaise à Dieu que ceux qui nous troublent , comme dit saint Paul , fussent non pas circoncis f mais convertis.

10. Les décrets dogmatiques furent acceptés. Quelques- uns pourtant jugèrent celui sur le purgatoire un peu superficiel et peu digne du concile; mais on leur répondit que, dans tous les grands édifices, il se trouve toujours quelque partie qu'on a laissée imparfaite, et que lorsqu'on a tout lieu de pré-

(1) Lettre des légats et actes susdits.

(2) Tout ce travail se trouve dans les actes authentiques conservés au château Saint-Ange, au volume A, qui appartient au temps où le concile était à Bologne.

(3) Actes du château Saint Ange et de Paleotto, du 2 décembre 1563, et lettre de l'archevêque de Zara, en date du même jour.

voir qu'il pourra résulter de si graves in- < onvénients à laisser traîner une œuvre en longueur, il devient, non-seulement excusable, mais louable de renoncer à une certaine perfection et à un certain fini dans le travail , qui serait de nature à demander beaucoup de temps.

11. Ce qu'il y eut de vraiment admirable, au sujet des règlements de discipline, c'est que celui sur l'exemption des chapitres, qui avait donné matière à tant de contestations, passa cette fois sans discussion. Le cardinal de Lorraine demanda et obtint pour les évoques la faculté de procéder contre les chanoines concubinaires, dans le cas même où ils seraient exempts par le titre de leur fondation.

Quant à la réforme des réguliers, il demanda et obtint pareillement qu'il fût fait une mention expresse, et dans les fermes les plus honorables, du monastèredeCluny et de ses grandes prérogatives.

12. On parla ensuite de mettre fin au concile dans la prochaine session (1). Le premier légat dit qu'elle serait longue et fatigante; mais qu'il y avait pour terminer des raisons d'une telle urgence qu'il ne s'en était jamais rencontré de plus graves depuis le commencement de l'Eglise , qu'il s'agissait de sa conservation ou de sa ruine; que si l'événement dont on était menacé survenait malheureusement avant qu'on n'eût tracé cette dernière ligne au bas de leurs décrets, cela seul serait cause que tous leurs travaux de tant d'années seraient perdus, et que les

fieuples ne recevraient point leurs décisions. I n'y a, ajouta-t-il, que trois partis : suspendre, dissoudre ou conclure. Les deux premiers paraissent également déshonorants et capables d'engendrer quelque monstre dangereux, tel que le concile national ; le troisième seul peut produire un résultat glorieux et profitable tout à la fois. Il les exhortait à prier Dieu pour le salut du pape, qui les aimait comme ses enfants, et n'avait pas de plus grand désir que de voir le concile heureusement terminé. S'il était vrai, comme on n'en pouvait douter, que les anges veillaient en plus grand nombre et avec un soin plus particulier autour de Sa Sainteté, on devait croire que son intelligence était plus éclairée pour connaître, et son cœur plus parfaitement dirigé pour désirer ce qui serait pour le mieux. D'ailleurs les ambassadeurs des princes concourraient dans les mêmes intentions. Mais c'était en eux, c'était dans les Pères, que résidait le pouvoir de décider la question. S'ils adhéraient à la proposition de clôture, les légats s'en féliciteraient : sinon ce seraient les Pères et non les légats qui auraient à rendre compte des maux qui pourraient en résulter.

13. Quand il eut fini de parler, le comte se leva de son siège (2), et s'avança auprès des

(1) Actes du château Sainl-Ange.

(2) Lettre des légats au cardinal Borromée, 2 décembre. Mais ces choses sont rapportées plus au long Jans les actes de l'évêque de Salamanque, et dans la lettre déjà mentionnée de l'archevêque de Zara.

légats, tenant en main un écrit à qui je vois que les uns donnèrent alors le nom pacifique de requête, tandis que d'autres l'appellent tout crûment une protestation. Les légat; conjurèrent le comte de ne point jeter une pareille étincelle parmi tant de matières toutes prêtes à prendre feu, au risque d'allumer ur vaste incendie qui causerait infailliblemen la ruine de la chrétienté. 11 se laissa gagnei sans beaucoup de peine, et l'on eut lieu d< s'apercevoir qu'il avait fait celte démonstration, non point par l'impulsion de sa propn volonté, mais par une sorte de complaisant pour quelques-uns de ses prélats, qui cherchaient à lui persuader que le devoir de si charge l'y obligeait. D'ailleurs comme il n'a vait ni commission ni mandat spécial poui faire un acte de celte sorte, il ne pouvait si hasarder à le produire sans craindre qu'i ne fût justement méprisé par le concil comme nul, et blâmé par le roi comme témé raire. De leur côté les ambassadeurs d l'Empereur, ceux de Portugal, de Savoie etdl Florence s'étaient levés pour déclarer que i l'on ne se décidait pas pour la clôture, i! protesteraient et partiraient. Les Impériau s'approchèrent aussi à leur tour des légal, et s'entretinrent longuement d'abord avec I présidents seuls, ensuite avec le comte qu'i rappelèrent auprès d'eux. Enfin, comme h grands, quand ils consentent à céder dar une contestation, veulent toujours le faii avec l'apparence d'un honorable accord c chacun met du sien, on lui donna cette s< tisfaclion : que la clôture du concile ne s< rait point décidée formellement dans la pri sente congrégation; mais on convint d'ai noncer pour le lendemain la session, et* dire, sans autre explication, qu'on y traiter? de la clôture. En attendant chacun dev< adresser au ciel de ferventes supplicationf et prier sans relâche, durant la nuit, lai pour cette chose que pour la santé du papj 14. La proposition du décret de clôtuf avait été accueillie avec la plus grande si tisfaction, d'une voix unanime, à l'exceptif de quatorze, savoir onze Espagnols et lr< Italiens. Le légat avait annoncé queu égal au grand nombre de décrets qu'on avait! établir, et en tenant compte du temps c|u'e:[ géraient les diverses cérémonies et autil choses d'usage dans les sessions, il paraissf presque impossible déterminer tout ce qtl y aurait à faire dans celle-ci en un seul joif et avait déclaré en conséquence qu'elle serl tenue durant deux jours consécutifs. La il cessité de celte mesure était d'autant p[ grande, qu'un de ces décrets devait demam| à lui seul le temps d'un grand nombre veux parler de la décision qui avaitélé prl dans la congrégation de lire tous les décrl qui avaient été formés sous Paul III et s<| Jules III, dans la session même ; attendu <[ l'urgente nécessité d'en venir de suite àl clôture ne laissait pas le loisir de se conf| mer au désir manifesté précédemment le cardinal de Lorraine, pour qu'on en fil lecture dans une congrégation qui aur suivi la session. Par la même raison on

obligé de renoncer au dessein qu'on avait formé de demander au pape, aussitôt qu'on aurait achevé de porter tous les décrets, la confirmation solennelle , et d'atlendre à Trente, avant que le concile ne fût dissous et que les Pères ne fussent congédiés, le retour du courrier qui devait apporter celte confirmation. Au lieu de cela on convint d'ordonner par un décret que les légats la

; demanderaient, après leur retour, au nom du concile.

i Ainsi la multitude des accidents imprévu» est souvent cause dans les affaires que loute la maturité de la prévoyance sert peu, si elle n'est accompagnée d'une prompte et in-

igénieuse perspicacité pour remplacer à l'in-

istant , par des expédients nouveaux, les mesures longuement préméditées que les circonstances survenues aurontrendues impossibles. Mais cette prompte perspicacité de l'esprit est souvent elle-même le fruit d'une lente, constante et infatigable habitude de réflexion.

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