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CHAPITRE XIII

Le concile reçu dans la diète de Pologne par les soins de Commendon. — Calomnie de Soave au sujet d'une promotion faite par le pape.

1. Sur ces entrefaites, le souverain pontife était plongé dans une profonde inquiétude par rapport à ce qui arriverait dans la Pologne (5) ; car ce vaste royaume était déjà in-

(1) L'acceplalion du Concile deTrenle par l'Eglise universelle, nous fournit une preuve éclatante de son œcuniénicité. Non seulement loutes ses définitions , niais même ses règlements disciplinaires (sauf quelques exceptions) , ont déjà été sanctionnés par deux siècles, et mis à exécution dans toutes les Eglises du inonde. Cette vérité est exposée dans loul son jour par l'ouvrage de l'abbé Bernard Rossi , dissertation récemment publiée à Naples, dans le cours de l'année 1795, contre les détracteurs de l'œcuméniciié du Concile deTrenle, surtout au cha p. m, parag. tG5et suiv. (Noie de Zaccaria.)

(2) Dans Dilingua, au mois de juin, quatrième partie, ebap. 1er.

13) Dans la seconde constitution.

(4) Clos le 28 mars.

(o) On trouve tous ces détails dans la vie de Comûiendon, par Gralien, son secrétaire, qui devint en-

rable , ni une recommandation suffisante, puisqu'on pourrait toujours objecter que le monarque manquait d'autorilé pour obliger le royaume par des lois perpétuelles. D'autre part, le présenter au sénat était une conduite qu'on croyait peu sûre ; car ce sénat était alors mêlé de beaucoup d'hérétiques ; d'ailleurs Ucange , archevêque de Gesna et primat du royaume, homme querelleur, ambileux et lié secrètement avec les hérétiques, y avait la première voix. Cependant je me plais à réhabiliter sa mémoire par des louanges tirées de faits subséquents : le mal que j'en ai dit, forcé d'obéir à la loi impérieuse de la véracité historique, a été bien effacé par la suite. Je ferai connaître comment, pendant la vacance du trône, après la mort de Sigismond, il obtint, par un discours zélé et énergique qu'il tint à l'assemblée générale, le rejet d'une alliance proposée par les hérétiques, par laquelle il s'agissait de laisser libre dans les provinces, l'exercice de toute espèce de culte. Tant il est vrai que l'horreur même de faire un plus grand mal, de la part de celui qui a fait le mal pendant longtemps, ranime quelquefois des sentiments de droiture qui allaient s'éteindre. Mais ce ne fut, comme nous le disons, que bien longtemps après; car, peu avant l'époque où nous sommes arrivés, il avait réuni un synode national, et le nonce, pour y mettre obstacle, avait eu besoin de l'autorité du roi, à qui il avait représenté qu'une telle réunion donnerait le signal d'un soulèvement politique.

Il était donc à craindre qu'on ne fît, dans le sénat, quelques décrets de suspension ou d'exception qui , en blessant l'autorité du concile ctcelledel'Eglise, frapperaientdeslc rilité le reste de l'œuvre. Cependant Commendon et le cardinal décidèrent enfin ensuite évoque d'Amélia. Ce biograpne certifie avoir yi de ses propres yeux et entendu de ses propres oreil les dans le sénat, tout ce que nous allons rapporter Du reste, on en trouve encore la preuve dans les n gistres de Commendon lui-même, registres qui sont I la bibliothèque de Rarberini, et spécialement danl une lettre de Commendon au cardinal fiorroniée, d«'| tée de Varsovie, 8 août 15fi<i.

(i) Graliên dans la vie de Commendon.

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tr'eux, ou que le livre serait présenté au sénat, ou qu'il ne le serait point du lout : car ils pensaient que le présenter en particulier, ce serait pire que d'être obligés d'attendre jusqu'à des circonstances plus favorables. Et comme dans une pareille entreprise il n'y a pas de bouclier qui garantisse mieux des entraves de l'opposition que le secret et la diligence, Commendon, sans en dire mot, se des avances auprès de ces apologistes acha

gistrals et de nouveaux pontifes. En effet, n'est-il pas absurde de supposer aux ignorants une connaissance aussi étendue des divins oracles, que celle qui avait coule tant de labeurs aux Grégoire de Nazianze, aux Cyrille, aux Jérôme, aux Augustin et à tant d'autres personnages si remplis de science et de sagesse? Maintes fois, on a fait

rend, à cheval, en un instant, auprès du roi, qui était à Varsov ie, cité assez éloignée, sur les conGns de la Lithuanie, et dans laquelle il tenait une diète générale. A peine l'eut-il abordé, qu'il lui confia discrètement le sujet de sa mission. Le roi, tout disposé à ce que désirait le nonce, fit, sans le moindre délai (1), rester Commendon dans ses appartements, jusqu'à ce qu'étant entré dans la diète, et ayant fait connaître qu'un envoyé delà cour romaine demandait une audience publique, il choisit deux sénateurs pour aller le prendre et l'introduire.

2. Commendon déploya toute la richesse de son éloquence naturelle , éloquence qui le faisait dominer dans les grandes assemblées, et qui foudroyait tous ses adversaires. 11 remonta aux principes des choses, rappela les raisons qui avaient engagé le pontife, dans l'intérêt du christianisme ébranlé, à réunir ce concile, à grands frais et avec des peines immenses, pour redresser ce qui avait dévié de la bonne voie, pour rendre l'éclat et la lucidité à ce que l'erreur avait obscurci. Avec quelle dignité, avec quel juge-

nés du mensonge, pour les inviter à assister au concile; on leur a offert toutes les garanties possibles ; on leur a envoyé d'honorables ambassades, dont moi-même, dit Commendon, j'ai été chargé : mais ce fut inutilement. Leur but n'était pas la concorde, la paix de la chrétienté , mais la dispute, mais la ruine, mais le chaos, tel qu'il existait, avec toutes ses suites désolantes, dans les provinces que le mal avait envahies. C'était donc pour détourner ce fléau de la Pologne, que le souverain pontife, qui portait ce royaume dans son cœur, avait envoyé au sénat ce volume, dans lequel, sous l'inspiration du Saint-Esprit, les Pères avaient éclairci les vérités de la religion (1) et tracé les règles de la discipline. En prononçant ces paroles, il le remit d'une manière très-respectueuse, entre les mains du roi , et se mit en devoir de sortir de la salle , afin de les laisser délibérer. Son discours cul tant d'efficacité qu'il arracha des larmes aux plus anciens et aux plus zélés sénateurs. Voyant la disposition favorable empreinte sur toutes les figures, le roi empêcha Commendon

ment mûr et profondcelteassemblée procéda de sortir, en lui disant qu'ils allaient opiner à l'examen des dogmes et aux délibérations dans la langue polonaise, et qu'ainsi il ne relatives à la réformation 1 Y a-t-il quelque pourrait entendre leurs sentiments, chose de plus imposant que la réunion de trois 3- Ucange. qui portait le premier la parole, cents évéques environ, les plus distingués de fut d'avis de répondre qu'avant toute délibéceux qui, dans toutes les partiesde l'Europe, ration on voulait examiner le contenu du gouvernent le troupeau de Jésus-Christ, et, livre. Mais la plupart frémissaient en entenavec eux, près de cent autres, choisis parmi dant celle proposition ; ils regardaient comme les plus illustres savants qui florissaient alors une chose indigne que le sénat voulût se condans l'univers (2). Tout s'est passé sous la stiluer juge du concile. A ce murmure unisurintendance d'un légat de leur nation et avec l'intervention d'un ambassadeur de leur pays. Il montra combien étaient impies et ?nnemis de la tranquillité sociale ceux qui, Vcfforçant de se soustraire à l'autorité suprême qui réside en la personne de Pierre, lour qui Jésus-Christ, qui la lui a confiée, jrie que sa foi ne défaille pas, et à qui il a émis le soin d'affermir ses frères, s'érigent i eux-mêmes, sur les choses divines, un triun ,1 d'orgueil cù siègent autant de juges 'iil y a d'individus ; ce qui serait même une udace , un désordre intolérable dans les

versel qui improuvait le discours d'Ucange, il était aisé de comprendre quelle était la volonté générale, le roi dit qu'il n'était pas besoin d'une plus grande conférence à ce sujet, que le nonce, comme il était manifeste, n'était pas venu avec le dessein de haranguer, mais que c'était le ciel lui-même qui

(1) Tant il esl vrai, comme le fait observer Noël Alexandre, et comme il l'exprime bien clairement par le seul titre qu'il a donné à l'article 16 de la dissertation de Sacra Tridenlina synod. eccle., ad sœculum xvi, n°9 162 et 163, que tout catholique est

lioses purement humaines. C'est pour cela, ?bs()lumen oblige de croire et de respecter comme isait-if, qu'ils n'ont nu dcmeurerlonglemps "KLlïïft!^ ™.nc/ e,de Tren,e : S-

qu'ils n'ont pu tlcmeurerlongtemps u milieu de l'anarchie et de la confusion: ans les provinces du Wiltembcrg et de Géèfe, il leur a fallu créer de nouveaux mail) Du 7 août, dans la lettre déiàcitée de Commet) un au cardinal borroinée.

(2) llsuflll, pouren acquérir la preuve, do parcourir

i commencement du volume, la courte notice que

•uiyavons placée, dej évêque», légats, théologiens

■wtrei personnages qui assistèrent an concile de

rP<nte. {Sole de Zmcaria.)

crum concilium Tridentinum, ceu legitimum et œcumenicum ab omnibus orlhodoxis habendum, colendum et suscipiendum est. Bossuel lui-même, dans la guerre qu'il a faite aux erreurs et aux nouveautés protestantes, n'a jamais suivi d'autre guide que ce concile, lorsqu'il traite de la doctrine et des usages de r Eglise catholique, et il ne pouvait en être autrement, puisqu'il croyait que celle-là est l'Eglise catholique qui a parlé aux fidèles par l'organe du concile de Trente; ainsi qu'on le voit pni bqd ouvrage sur les Variations des protestants, liv. XV u lil.

\oie d'Antoine Zaccaria.)

avait mis en quoique sorte dans sa bouche pourrait citer Castagna, Facchenetti et Par

ces éloquentes et énergiques paroles. En chevêque d'Otrante. Parmi ceux que notre

conséquence, il lui paraissait convenable de écrivain dit avoir été négligés pour la rai-

recevoir et de faire observer les saints décrets contenus dans ce volume, sans même avoir recours aux suffrages. Presque tous les sénateurs applaudirent de concert. Selon l'usage, le vice-chancelier transmit cette réponse au nonce, et y ajouta des éloges et des témoignages d'estime pour ce dernier (1). 4. Soave, comme un serpent dont la queue même est empoisonnée, Soave, dis-je, ne

son qu'il imagine, il aurait eu de la peine à trouver des hommes comparables à ces trois personnages, dont deux, dans la suite, furent élevés au souverain pontificat aux acclamations de l'Eglise entière. Je ne veux pas non plus examiner de près ces hommes qui, selon Soave, furent oubliés, tant parce qu'il ne l'a pas fait lui-même, que parce que je n'en ai nul dessein, et que je ne veux pas

veut pas finir son récit sans y mêler le venin louiher dans le défaut dont je parlais, réfu-

qu'il a répandu jusqu'ici sur tous les faits Il rapporte, à la fin de son histoire, une promotion faite par le pape quinze mois après la clôture da concile; et comme il ne peut blâmer les qualités des élus, tous hommes

ter un détracteur en me faisant aussi détracleur. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans ce nombre, il n'aurait pu en nommer un dont les mérites attirassent les regards; j'en excepte cependant l'évèque de Modène ,

très-estimables, il compte ceux d'entre eux homme vraiment supérieur par ses talents, qui avaient assisté au concile, et il attribue qui défendit avec force les deux opinions, ^'acquisition de cette dignité aux services mais il était mort quand furent faites ces pro-

qu'ils y avaient rendus à la puissance papale; ajoutant qu'il ne voulait promouvoir, comme il le déclara ouvertement, aucun de ceux qui avaient soutenu que la résidence ou l'institution des évêques était de droit di-

motions. D'ailleurs, à son retour de Trente, il ne reçut pas un mauvais accueil; ainsi que nous l'avons vu, il fut préposé à la rédaction du catéchisme, du bréviaire et du missel; œuvre importance qui ne fut point

vin, quoiqu'ils eussent, d'ailleurs, les qua- terminée dans le concile et à laquelle il mi

lités requises pour le cardinalat. Il tâche de faire voir par cet artifice que la pourpre est la récompense de l'adulation et non le prix du mérile. Tout cela n'est évidemment qu'une invention maligne. Premièrement, entre ceux qui turent promus, il s'en trouve qui ne prirent qu'une bien faible part aux actes du concile; d'où il résulte que le choix qu'on

la dernière main avec d'autres théologiens La calomnie ne saurait donc trouver prise ici. Déjà nous avons montré dans la personne de Jules III, bienfaiteur de beaucou d'évêques qui lui avaient été contraires, lors qu'il n'était que légat, et qui ne l'avaien pas même ménagé au concile depuis qu' était devenu pape, nous avons montré, dis-

fit d'eux pour cette dignité n'a pu être le avec quelle intégrité et quelle impartial

prix des services rendus au souverain pontife dans celte assemblée; ce furent donc d'autres molifs qui les en firent gratifier. Cependant je ne les nommerai pas, de peur qu'en m'efforçant de donner à Soave un démenti, je ne sois entraîné à déprécier des innocents. Le lecteur pourra remarquer par lui-même que Soave n'a pas eu sujet, dans tout le cours de son ouvrage, de parler dans ce même sens de quelques-uns de ces prélats; Au contraire, on en trouve qui, quoique ayant soutenu très-fortement dans le concile les droits du pape, n'en reçurent pourtant pas cette récompense; ainsi on

(1) Riclier prétend que l'Eglise universelle, réunie :' à Uidcédoine, ne compta point dans le corps de ses lois les canons de Sardique; ensuite comparant avec ces canons les cliapiires de la réforme do Trente, il travaille à insinuer qu'on ne tient aucun compte, dans }'Egljsç, des ordonnances disciplinaires de ce dernier et fameux concile ; comme si, même en ce qui regarde les chapitres de la réforme, le concile de Trente n'ait pas éié reçu de l'Eglise universelle. Qu'on di>e de ces chapitres qu'ils ne furent point reçus dans quelques églises et pendant quelque temps, c'est encore supportable ; mais qu'on dise ensuite que le concile de Trente n'ait pas été plus suivi, qu'on veut que celui de Sardique l'ait été, c'est une calomnie impudente, un langage qui offense les oreilles pieuses de tous les bons catholiques. Celui qui désirerait voir la rél'ulilion d'une calomnie si préjudiciable à ce saint concile pourrait consulter l'ouvrage savant de Pierre Cimtnita, imprimé à Rome en 1789, el intitule : Il diriilo dclle romane uvpellazioni-, (Noie deZaccariu.)

Rome et les pontifes procédaient dans la dis tribution de ces récompenses. Dans des lem plus rapprochés, ses successeurs ont sui sa ligne de conduite. On voit, en effet, Pie donner le chapeau à Vincent Jusliniani, g néral des frères prêcheurs; et Grégoire X qui avait assisté au concile, accorder la mêm faveur à Nicolas Sfomlralo, évêque de Crt moue, élevé ensuite sur le trône ponlifica cependant ces deux hommes, dans la sessio du 20 avril (1), s'étaient rangés du côté ( ceux qui voulaient que la résidence fût dé clarée absolument de droit divin. Pour ce q est de Pie IV, on ne voit pas comment la dé fense de celte opinion aurait pu être nuisib à quelque prélat, s'il est vrai, comme l'as sure Nicolas du Pont, dans sa rc dation soi vent mentionnée, que le pontife, après avo mûrement examiné les choses, déclara qu regardait aussi la résidence comme d'insl tulion divine, fit défense de rien faire qui fût contraire, et donna son consentent pour la rédaction d'un décret motivé d'ui manière très-favorable à ce sentiment, sei liment d'ailleurs qui a été constamment sui dans la suite par les écrivains les plus re peclueux et les plus dévoués au saint-siég< Au milieu de ses calomnies, Soave pous l'audace et la témérité jusqu'à inculper I secrèles intentions du cœur, ce qu'il y a «' monde de plus caché et de plus dérobé at

(1) Actes de Paleotto. du 20 avril 1562.

regaras, et cela lors même que leur innocence esl évidente pour les moins clairvoyants.

Pour moi, s'il m'est arrivé dans le cours de .m on histoire, de porter alleiute à la réputation d'aulrui, je me plais à abjurer une fausse persuasion dont je sens tout le mal et toute l'injustice, je sais bien que dans ce qui fait la matière principale de cet ouvrage, c'est-à-dire dans ce qui est rédigé contre Spave, j'ai employé toute la diligence et toute l'exactitude dont un homme peut être capable: ce qui nie porte à croire que je n'ai point embrassé d'erreurs, au moins des erreurs graves et nombreuses. Mais, quoique dans les choses qui n'avaient qu'un rapport indirect avec mon sujet, je n'aie pas dit un mot sans m'appuyer du témoignage d'auteurs dignes de foi, j'ai pu quelquefois, bien que ce scit sans le vouloir et malgré mes précautions, m'écarter un peu de la vérité; surtout si l'on considère qu'en celte vie le temps et les forces abandonnent àla fois et ne permettent pas de donner le soin nécessaire à toutes les parties d'un grand ouvrage. Si donc les , noms de quelques personnages qui figurent dans les faits accessoires étaient cités d'une manière trop défavorable, je n'entends nullement que ce que j'en ai dit ajoute un nouveau poids à celui qu'ont par eux-mêmes les écrivains sur le témoignage desquels j'ai coutume de m'appuyer. Je l'avoue, je m'estimerais heureux si, reconnaissant plus tard la fausseté de quelques inculpations, je me trouvais dans la consolanle nécessilé de me rétracter. C'est que dans l'exercice de toute espèce de juridiction, soit celle qui est du ressort du pouvoir, soit celle qui appartient ià l'historien, l'emploi de distribuer des récompenses me paraît beaucoup plus désirable que celui d'infliger des châtiments; et je suis persuadé que l<>ul juge, pour peu qu'il ait d'humanité, se réjouirait s'il lui arrivait d'être obligé de casser, après de nouveaux renseignements, une sentence de condamnation légitimement prononcée en vertu des premières pièces.

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