SECT. VIII. LE CONCILE FUT-IL INTERDIT AUX PROTESTANTS
mince d'autant que les décrets et jugemens respect on avoit prorogé l'action du concile, y arrestés, ont esté faits partis non ouye, ains Que de traicter derechef ce qui estait décidé' absente pour cause légitime. Joint qu'il est ce seroit faire un grand déshonneur à tant aisé de monstrer qu'en plusieurs poincts ils d'excellents personnages qui s'estoyent trouvez sont répugnons aux saincts escrit, et confir- aux sessions précédentes. De vouloir aussi faire matifs'des vieilles erreurs. Et quant et quant soubmettre le pape au concile, ce seroit à lui •n disant cela, ils exhibèrent un escrit, ou auquel il s'en faudrait adresser ; parce que '.stoyent remarquez ces poincts- Après que ces les Pères ne peuvent rien conclure sans son imbussadeurs eurent ainsi déclaré leur léga- advis. Finalement les pria ledit ambassadeur 'ion, on leur fit responce, qu'on leur ferait en- de ne s'arrester à si petite chose. Ainsi s'en '.endre,en temps et lieu, quelle seroit sur leurs retournèrent lesdits ambassadeurs protestons •equisitions l'intention des Pères. Puis on fit sans pouvoir obtenir autre sauf-conduit : cl ippeller et entrer les ambassadeurs du duc firent retourner en arrière leurs théologiens Maurice, qui firent semblable harangue qu'ils (entre lesquels estoit Melanchthon) lesquels ils ivaient ci-devant faite aux ambassadeurs de rencontrèrent en chemin pour venir au concile, 'empereur : et leur fut aussi respondu tout de (Le bureau du c. de T., I. 3, sess. 14 et 15.) nesme qu'aux précédents. 777. L'onziesme de mars les trois archevé- 776. Le 25 de janvier 1552, fut tenue la ques, de Trêves, Coloigne, et Mayence, élec~ 'uinziesme session où ne fut rien arresté, ains teurs de l'empire, s'en départirent en grande a dispute renvoyée au vingt huitiesme d'avril diligence, ayant entendu que le duc Maurice prochainement ensuivant : sous prétexte de ce remuoit les armes en Allemagne, tenant le ue lesdits ambassadeurs protestant requer- party du roy. Et a l'oppositc arrivèrent à oyent dilation et donnoyent espérance que Trente, le dixhuiliesme dudit mois, les théo- »,urs théologiens viendr oyent : à ces fins leur logiens du duc de Virtcmbcrg, qui est oyent Ut donné un sauf-conduit, mais non en la quatre en nombre, et entre eux Brence, et deux irme qu'ils le demandoyent. Car ils en avoient de Strasbourg : qui s'adressèrent au seigneur ressé un formulaire sur celui qui jadis avoit de Mont fort, ambassadeur de l'Empereur, et *lé ottroyc au Boemiens par le concile de le supplièrent de moyenner envers les Pères, asle, par lequel estoit porté, entre autres de respondre a leurs demandes ci-devant proposes, que les théologiens de Roême auroyent posées, et d'entrer en l'action de dispute. Le ■nx décisive avec les autres du concile que la lendemain les Pères s'assemblèrent au logis du inle Escriture, l'usage de l'ancienne Eglise, légat du pape, pour faire response à ces théo- ■s conciles et docteurs concordons à la sainte logiens : qui fut en un mot, qu'ils eussent pascrilure , seroyent pour juges en tous les tience, parce que l'action estoit prorogée Justinet s qui estoyent en controverse ; lesquels ques au premier de may en suivant. Cependant ux poincts les Pères trentains ne voulurent le prince de Yirtcmberg fit imprimer sa concorder, ains denioyent tout outre voix déci- fession de foy, et en furent semées quelques <ie aux théologiens protestons. Vouloyent copies à Trente : dont le cardinal Crescent issi qu'on jugeast des choses controversées légat du pape fut mal content et mesme en me- '■n-seulement par la sainte Escriture, mais naça un docteur médecin de Trente, présuissi par les traditions des aposlres, conciles mont qu'il les eut semées parce qu'il s'en éprouvés, consentement de l'Eglise cotholi- trouva avoir quelques copies. L'ambassadeur (e, et autorité des saincts Pères. Au reste ils Montfort disoit aussi que cela estoil une confr accordoyent bien toutes les clauses rc- travention aux conditions portées par le sauftiscs pour leur seurté d'aller, retourner et conduit. Mais enfin on ne peut obtenir de veiourner, voire avec expresse dérogatoire nir à l'action de dispute avec ces théologiens jur cnslc fois, au décret du concile de Con- protestons, lesquels s'y présentoyenl pour s nce, par lequel il est dit qu'on doit garder monstrer que leurs magistrats clésiroyent la ' foy aux hérétiques. Mais lesdits ambas- paix, et d'obéir à l'Empereur et aux décrets sïeurs proteslans firent déclaration, qu'ils de l'empire , sans préjudice toutesfuis des dé- Qiyent charge expresse de leurs maistres de crels faits en (ajournée d'Ausbourg, dont ils accepter aucun sauf-conduit, qu'il ne fust en firent faire acte de protestation, avant que li forme de celui dudit concile de Basle. Ce se retirer.
g ils ne peurent obtenir, ains leur fut dit par 778. Le premier avril en suivant, le duc
l nbassadeur de l'Empereur, évesque de To- Maurice avec ses forces s'empara d'Ausbourg.
l< , que c'est oit tout ce qu'il avoit pu impé- Incontinent le bruit courut que les princes
ti' des Pères, et qu'ils s'en devoyent conten- protestants morchoyent contre les Alpes, pour
t' et que quand leurs théologiens seroyent se saisir des passages. Alors les Pères tren-
p sens on leur accorderoit, peut-estre, des tains, cl principalement les Italiens, ilébus-
ises qu'on leur refusoit maintenant. Qu'ils quèrent promptement de Trente, et se retire-
Q'tptenl bien la saincle escriture pour juge rent en Italie.
d' controverses, mais quand il y a repu- 779. Le quatriesme de mars (1562), fut oc-
7' nce aux interprétations, qu'il en faut croire troyé sauf-conduit eux protestants de lu con-
ai'oncile: parce que l'escriture est muette et fession d'Ausbourg.... Sur la fin dudit sau f-
Mi ame, comme sont aussi les loix civiles, conduit, fut séparément concédée l'intention
Q l'intention des Pères et de l'Empereur d'icelui à toutes autres nations et provinces ,
M it d'ouyr leurs théologiens patiemment, au squelles on croit et presche publiquement et
qu'on usast d'aucunes paroles injurieuses impunément f autrement que l'Eglise romain*
':o're eux, ni leur religion; que pour leur ne croit. (Ibid.)
Covc. de Trente. 111. (Trente.)
DISCUSSION DES OBJECTIONS CONTRE LE CONCILE
7.80. Ils demandaient donc qu'on annulât toutes les décisions qui avaient été déjà prises; qu'on appelât toutes les nations chrétiennes; qu'on ôtât au pape la présidence du concile, et qu'on le mît en prévention ; que les
nous sur toutes les choses nécessaires, selon leur ordre. Nous leur permettons aussi de célébrer le service, selon leur coutume et à leur manière, dans leurs maisons sans nul empêchement , en sorte pourtant qu'à cause de leur
leurs théologiens ; que tout fût décidé par l'Ecriture sainte, l'usage de l'Eglise primitive, les Pères et les docteurs qui s'accordent avec l'Ecriture,
781. Les présidents leur firent répondre, avec raison, que ces demandes n'étaient ni justes ni bienséantes, et, pour ce qui regarde le sauf-conduit en particulier, quMls ne trouveraient jamais, dans celui de Bâle, que ce concile eût accordé voix déiihérative aux Bohémiens ; que la demande faite par eux d'avoir pour juge l'Ecriture sainte, la pratique de l'Eglise et les docteurs qui se fondent sur l'Ecriture fussentles juges, était accordée, quoiqu'en termes un peu différents, dans
prouver de vive voix les quatre articles qu'ils demandent , par les témoignages de VEcriture et des saints docteurs, de les éclaircir, de les proposer clairement, et, s'il est nécessaire, de répondre aux objections du concile, de disputer et conférer aimablement avec un ou quelques-uns des Pères du concile, sans nul empêchement et sans aigreur et calomnies, le tout selon la forme et teneur dont on est convenu de part et d'autre à Egre. C'est là ce qui est contenu dans la formule du sauf-conduit donné par Théobald (1).
784. Pour quiconque comparera ce saufconduit avec celui que le concile de Trente délivra aux protestants , dans sa treizième
leur sauf-conduit, où la pratique de l'Eglise session , amplifia et développa dans sa quin-
était appelée du nom de tradition apostolique, et où quand leconcile dit: les saints Pères, il donne assez à entendre les docteurs fondés sur l'Ecriture dont les Pères font leur unique fondement ; que pour l'exercice de leur religion, on le leur permettait dans leurs maisons^ pourvu qu'ils le fissent en secret et sans scandale ; que l'assurance de no rien faire à leur déshonneur était formelle, puisqu'on leur promettait qu'ils ne seraient offensés en nulle façon, ajoutant qu'ils voyaient bien que les protestants cherchaient querelle en se plaignant sans cause ; mais que puisqu'il n'y avait point d'espérance de les contenter, il ne restait plus, que de leur expédier le sauf-conduit conforme à la minute de celui qui avait été arrêté, et laisser à leur choix de s'en servir ou non.
782. Les légats disaient vrai. Les réclamations des députés protestants, relativement au sauf-conduit, n'étaient qu'un prétexte. Pour qu'il ne reste aucun sujet de doute à cet égard, voyons celui que le concile de Bâle donna aux Bohémiens tel que Jacques Lenfant le rapporte ; nous mettons en note le dispositif de celui qui se trouve dans les actes mêmes de ce concile.
783. Le sacré synode œcuménique de Bâle heureusement assemblé par le Saint-Esprit, et l'Eglise chrétienne catholique, témoigne et déclare par ces patentes, qu'elle a reçu sous sa protection et sous sa foi tous les ecclésiastiqties, tous les barons, les chevaliers, les gentilshommes et ceux du peuple, de quelque condition et dignité qu'ils soient, qui seront envoyés par les églises de Prague, du royaume de Bohème et du marquisat de Moravie ou d'ailleurs, de quelque nom que ces endroits s'appellent, à ce sacré synode œcuménique au nombre d'environ deux cents ( numéro infra ducentos), et que leconcile leur promet dès à présent par ce diplôme la foi publique, une entière sûreté pour venir dans celte ville de Bâle, pour y demeurer, séjourner, attendre , agir, juger, décider, traiter et composer avec
zième , refit pour la troisième fois dans sa dix-huitième , afin de ne laisser aucun prétexte de le refuser, il sera évident qu'il n'est ni plus étendu , ni plus favorable que ceux-. ci ne le sont.
785. Vargas reproche au premier sauf-i conduit délivré par les pères de Trente de ne pas permettre expressément aux protestants l'exercice de leur religion , de ne pas dire] qu'on ne les inquiétera nullement pour ce] fait, de mentionner, au contraire , des délits! sentant l'hérésie ; de ne leur accorder quel d'une manière vague le privilège de prendre! leurs juges parmi leurs coreligionnaires ; dej ne pas déroger aux décrets du concile dej Constance et à celui du concile de Sienne de ne leur promettre garantie qu'en lanl qu'il appartient au concile de l'accorder Mais le concile aurait-il pu accorder un sauf- conduit au nom de l'Eglise et d<|
(1) Nostrum plenissimum ac perfectum salvnnl conductiini concedirnus atque damus, verissimaniquf securitatem veniendi ad hanc civilatem Basilicnseml ibidemquemanendi, siandi,morandi, nobisciimqucdf quibusvis negotiis opportunis ipsis commissis trael tandi, placilandi, disponendi, concludendi, et ternif nandi, imparlimur: ac in loco vol in locis Ijospilkl riim suorum divina officia sine impedinienlo noslnl mm peragere permillimus...
Caiterum in gcnerali concilio, seusynodo Basilienl arliculos quatuor, pro quorum clarilaie instant, oïl tenus aul in scriptis libère polerunt offerre, sut prJ palare, scripturis sacris beatorumque doctorum vcT bis, sententiis et rationibus eos declarare, adslruerl persuadere et, si opus fuerit, etiam ad objecta coi cilii generalis respondere, aut cum aliquo vel aliqil bus de concilio super eisdera disputare, aut cliaritaliï absque omni impedinienlo conferre, opprobrio, col vicio aut coutumelia procul motis, servatis forma f modis inter nostros legatos et nuntios pradictonl regni et marebionatus in Egrensi civitalo specificj et uniforntiter conclusis : et signanter, quod causa quatuor articulorum per eosattenlioruni, divina , praxis Cbristi apostolica et Ecclesiae prii| tivse, una cujn conciliis doctoribusque fundantibu.'r veraciter in oadem, pro verissimo et indiflereniej rticc in hoc Basileensi concilie admillenlur
Mi
SECT. IX. VALIDITE DES DECISIONS DU CONCILE
'Etat? Nous ne le pensons pas , et jusqu'à lénionstration du contraire, nous tiendrons jour utile , franche et loyale la clause qui , evant toute ambiguïté . annonçait aux proestants qu'ils eussent à se pourvoir également auprès de l'autorité civile. La dérogaion aux décrets des conciles de Constance ;l de Sienne , de même que l'autorisation de lire librement chez eux leurs exercices reigieux, se trouvait, avec toutes les autres lérogalions et autorisations requises, dans :es paroles : Avec toutes et chacune, les clauses et décrets nécessaires et opportuns, lors néme qu'ils devraient être spécialement exirimés , et non en termes généraux. Le re- )rochc qui porte sur le choix des juges n'est >as mieux fondé. Les députés protestants levaient se trouver seuls, de leur religion , t Trente : dans ce cas , la seule chose qu'on )Ouvait raisonnablement leur accorder, c'éait de se choisir des juges parmi les personnes avorables à leurs opinions. Le délit d'héréiie est mentionné, afin de leur donner plus le sécurité. Ce sauf-conduit était donc convenablement fait? La généralité de ses clau- .es le rendait plus favorable aux protestants, t annonçait, de la part ùes. Pères de Trente, B désird'accot der, non-seuiement tout ce qui rur était demandé, mais encore tout ce qu'on tirait pu oublier de leur de mander.
.786. Si le concile refusa d'entrer en dislésion avec les députés protestants , lorsu'ils furent venus à Trente , c'est uniqueient parce qu'il n'y avait pas possibilité de entendre avec eux et d'arrêter les bases une discussion utile. Fra-Pao'o prétend ' ils se désistèrent, à ia fin, de demander léalablemenl une réponse à leurs articles, lus changèrent-ils de disposition, proinint-ils de conclure, d'arrêter quelque chose, I de s'en rapporter aux décisions qui scient prises, afin de ne pas disputer sans t. et sans espérance de résultat? C'est là cque Fra-Paolo aurait dû nous apprendre , c c'est là le point essentiel de la question. C nous sommes autorisés à penser que les d utés protestants n'avaient ni la volonté, ne pouvoir de rien arrêter; ils ne venaient a> concile que pour pouvoir dire qu'ils y ^ent venus, qu'ils avaient proposé leur jP' Cession de foi , et qu'on n'avait pas voulu Mnminer. Ce dernier article surtout leur j'e it tellement à cœur, que, pour se conordu refus que fit le concile de leur pro- FT la satisfaction de la lire solcnnelle- <ten pleine session, il* la firent imprif et la distribuèrent dans la ville <!e r te, violant ainsi les engagements qu'ils vj'nt pris.
Jf. Par conséquent, non-seulement les rt stanls furent invités à venir au conj!» mais on leur donna , pour y venir et y li8' ter leurs opinions , toutes les sûretés aies les facilités qu'ils pouvaient désiir -lepcndant , leur présence n'y était nuirait nécessaire , car leurs écrits étaient •h les mains de tous les Pères du concile, ^enseignement, quelque variable qu'il 'j;i, parlait d'un principe qu'il n'était
nullement nécessaire d'exposer de vive voix et d'établir ; leur profession de foi était connue. Le concile avait donc à sa disposition tous les documents requis pour juger en connaissance de cause, et prononcer avec certitude une sentence définitive.