‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 235 sur 373 · SECT. VIII. LE CONCILE FIT-IL INTERDIT AUX PROTESTANTS · texte numérisé non relu

SECT. VIII. LE CONCILE FIT-IL INTERDIT AUX PROTESTANTS

eurs sentimens, leurs desseins, et leurs penjfcf, ils remarquèrent une extrême différence ntre l'assemblée des vrais ministres de Jesus- Mrt't, et celle des ennemis de sa vérité et de on Eglise.

Us voyaient que la règle de ceux-cy nesoit ijue leur opinion et leur fantaisie : qu'ils étaient eux-m"smes les fabricateurs de leurs \ogmcs , et qu'ils ne pensoienl qu'à établir enr faux évangile sur la ruine du véritable. *it que les catholiques au contraire avoient \our règle et pour fondement la Tradition arrée, qui de pontife en pontife et de siècle tt siècle est venue depuis h s Apostres jusqu'à ■M ; qu'ils n'estoient point les inventeurs de eur doctrine; mais qu'ils soutenaient dans 'Eglise ce qu'ils y avoient trouvé étably,et fie s efforçant de conserver inviolablement, elon le précepte de saint Paul , le dépost de a vérité qui leur avait esté confié, ils vnuuienl laisser à leurs enfants ce qu'ils avoient 'tçe t de leurs pères.

!()'*. Ces deux prélats publiaient eux-mes-

m$ depuis le grand effft qu'avoil produit en

u.r la veiie du concile, comme ils avaient

sté touchez du zèle d'un grand nombre d'é-

esques, et particulièrement de ceux d' Espu-

ne, au premier rang desquels ils mettaient

urrhevesque de drague, l'urcliev st/ue de

Wtnade, et quelques outres qui avoient fait

Atre eux une conspiration sainte, pour soû-

inir envers tous et contre tous les intére-ts

h Dieu et de son Eglise; qui examinaient

mt au poids du sanctuaire, et qui témoi-

hoient dons ce qu'ils avaient reconnu tstre

'-■ttc une fermeté inébranlable ; en qui il ne

<V(/isioil aucune (race d'une ambition sécu-

•?re ou d'une ostentation de science, mais

nlemenl un amour du salu' des âmes, fine

deur pour le rétablissement de la disci-

ine, et une vie confirme à leur caractère.

765. Lan de ces deux évesques excellait ns le don de la science et de la parole ; et ris avoir reconnu la vérité , il confondait lement les hérétiques , qu'ils riosoienl pa-

■ istre devant luy (p. 290).

766. Ces deux èvèqu s français, nous potins le dire sans blesser le respect dû au rgé de celle époque, n'étaient pas les ils é\éques de noire nalion qui fussent isi disposés. C'esi pour celte raison que

cour de Rome appréhendait leur venue « concile. De Lansac et de L Isle l'en menaient pour l'effrayer, et la conduite (mue les discours qu'ils tenaient eux-mé-

s n'étaient pas de nature à la rassurer.

'67. Vous me mandez, écrivait Lanssac à ( Lille, qu'en certains propos quevous avez f: avec nostre St. Père, Sa Saincteté vous a I qu'il semblait à la commission que nous (ions icy, que nous fussions ambassadeurs fl huguenots, tant nous proposions choses nivelles et estranqes en la religion Bien

* tray qu'en devisant, et pour compter nou-

* 'es, j'ay bien dit ce que l'ambassadeur d' Anf terre avoit proposé à la royne, et l'espér ce qu'il donnoit que. sa maîtresse enraye—

I en ce concile, et que nous pouvions espé- 1 gue si elle y envoyrjit, plusieurs des autres

protestants feroient le semblable, qui seroit un grand bien pour ce que ledit concile estoil principalement pour réunir lesdits mroteslans à l'Eglise, comme j'avoye bonne espérance qu'ils feroient s'ils y venoyent (9 juin 1562).

768. Et à ce que sadite. Saincteté vous a dit que nous défendons l'auclorité d'iceluy concile sur la sienne, je respons que nous n'avons néqolié ny fait chose qui lui puisse donner occasion de le penser, et n'avons recherché rien dudit concile, sinon généralement et sans rien particulariser, qu'il procédas! à ce qui est yequis pour pacifier les troubles, qui sont en la chresdenté, avec la liberté et sincérité que nostre sainct Père nous a dit et asseuré luy avoir donnée sans aucune limite : vous asseurant, monsieur, que nous n'avons pris aucune instruction de la Sorbonne de Paris pour faire telles disputes ; car ne pouvant assez esbayr de ce que Sa Saincteté continue avec si peu de respect au roy, et à nostre qualité, qu'elle die que nous vivons et nous comportons comme huguenots (I) , et ne voûtons regarder le Sainct-Sacrement : car si telles choses estaient vrages, il seroit plus convenable guelle en fist faire information et les envoyer à Sa Majesté pour nous punir, comme nous mériterions , que non pas de nous injurier si librement. Et combien que Sa Saincteté vous aye dit qu'elle n'entendait point dire ce propos pour mon particulier : c'est ce que je puis bien respondre que messieurs mrs collègues doivent eslre exempts de ceste cal'.mnie ; car s'ils estaient tels, la royne ne les aurait mis aux degrez et estais qu'ils

sont, et ne s'en servirait en telles charges

Et pour coni -fusion, quant a ce que vous me m imlez que l'on a rapporté à Sa Saincteté, que j'ai dit en ma table qu'il viendrait tant d'évisgues de France et d'Allemagne qu'ils ckasseroient l'idole de Home, je respons à cet article que g ifcongue a dit que j'ay tenu , ne pensé de tenir ce langage, ny que quand il seroit ilict en ma présence je le voulusse endurer, quel qu'il soit, il a ment y par sa gorge. : car je ne suis ng si fol, ny si meschunt, et ny esté trop bien nourri pour user de tels termes (39 juin 1562) (2).

769. Mais ils font peu de compte de nos remontrances et semble qu'au lieu de nous en graliffier, ils usent de plus grande précipitation : ce dont je ne puis attribuer la faute à

(t) Nicolas Dupont, ambassadeur de Venise, et ensuite doge de celle ré ublique, dil dans un rapport qu'il fa il au sénnl que Pibrac émit ouvertement huguenot et que Ferrier passait publiquement pour l'être

(t) Si-Gel ais de Lanssac avoil la mémoire oublieuse. L'avocat général d'Espesses le lui prouva d'une manière tort désobligeante aux états de Blois, Cn 1588. Lanssac ayant fait un magnifique éloge du concile de Tre :iie ci de ses décrets auxquels il smhtcooii que (uni chrétien devait se soumettre, d'Espessefl l'interrompit pour lui d mander s'il u\i\oil pis pense autrement, lorsqu'il émit à Trente, et sur sa réi>"i!*«' néguive il lui lit lecture des lettres qu'il éciivoit alors à Guitlafd île 1*1 I ■■, ambassadeur du roi à Rome, et dans lesquelles ii disoil tout le contraire (V. deThou, llist. i. tO, l. 93. pag. 158*.

DISCUSSION DES OBJECTIONS CONTRE LE CONCILE

mesdits sieurs les légats, estimant qu'ils ne font rien que ce qui leur est mandé de Rome, et à ce que j'entends il semble que là (à Rome) vous avez quelque soupçon de la venue de monseigneur le cardinal de Lorraine , et de nosdils prélats, comme s'ils estoienl pour traicter quelque chose au desavantage de nostrc sainct Père et du saine t siège, qui est tresmal entendu, veu les qualitez et conditions de mondit seigneur le cardinal, et de ceux de sa compagnie qui sont trop gens de bien, catholiques et trop intéressez avec ledit sainct siège, et pour procurer dommage (7 sept. 1562).

770. Ce sont là des dénégations, mais rapprochées des instructions que les ambassadeurs avaient reçues et des discours qu'ils firent aux Pères assemblés , ces dénégations deviennent accusatrices et prouvent combien les protestants et leurs amis se sont trompés, lorsqu'ils ont dit et répété mille fois que les princes chrétiens s'entendaient, à Trenle, avec le pape et ses légats, pour les opprimer. La France et l'Allemagne voulaient que les protestants fussent ménagés et obtinssent tout ce qu'on pouvait raisonnablement leur accorder. L'Espagne et le royaume de Naples agissaient de concert avec ces deux puissances, et c'est probablement pour cette raison qu'ils envoyèrent un si petit nombre d'évêques. La cour de Rome était, de son côté, disposée à faire toutes les concessions qu'il était possible de faire, en sorte que le concile était véritablement assemblé pour opérer une conciliation plutôt que pour prononcer une sentence solennelle d'excommunication.

771. Les protestants ne l'ignoraient pas. Mais ils savaient aussi que, en présence de cette auguste assemblée, leur doctrine paraîtrait telle qu'elle était, c'est-à-dire nouvelle et dépourvue de toute garantie. C'est pour cette raison qu'ils ne voulurent pas se présenter. Le Vassor a menti sciemment, selon sa coutume, lorsqu'il a dit qu'ils s'offraient à y venir, mais qu'on ne voulut pas les recevoir et les entendre.

772. Si la crainte ou des considérations particulières firent prendre, plus tard , à quelques Etats protestants d'Allemagne l'engagement d'envoyer leurs députés au concile, ils eurent soin de leur donner des instructions qui devaient nécessairement rendre leur mission inutile. Laissons parler un historien qui ne peut pas être suspect.

773. Au reste, dit Gentillet, arrivèrent à Trente, du temps de ceste session (la 14e) aucuns ambassadeurs protestons du duc de Virlemberg, et de larépublique de Strasbourg, lesquels avoyent charge de s'adresser au cardinal de Trente (qui estoit- Allemand), et àl'evesque de Tolède, l'un des ambassadeurs de l'Empereur, pour présenter par leur moyen la confession de foy de leurs Eglises à l'assemblée du concile. Mais lesdits cardinal et ambassadeur n'en voulurent rien faire parce que l'escrit d'icelle. confession concernoit la doctrine.

774. Après ces ambassadeurs, en arrivèrent encores d'autres te 10 de janvier l'an 1552, de la part du duc Maurice électeur, qui s'adres-

sèrent aux ambassadeurs de l'Empereur, et leur firent entendre leur charge, qui estoit, que leur maistre voudroit envoyer ses théologiens à ce concile, et qu'il en avoit choisi aucuns, gens de bien, traiciables, et amateurs de paix, et qu'il s'asseuroit que les autres princes protestons en feroyent de mesmes. Et partant requeroit qu'on attendist leur venue , et que quand ils seroyent venus, l'on remist à l'examen les matières ja traictées, qu'en ce concile, puisqu'on le qualifie général, soyent appeliez toutes les nations chresliennes. Que le pape ne s'attribue point l'autorité d'y présider, oins s'y submette, qu'il quitte à tous les prélats le serment qu'ils ont à lui, afin que les voix soyent libres. Et partant prient l'evesque de Trente, et les ambassadeurs de l'Empereur de leur aider, par l'employ de leur faveur envers les Pères trentains , à obtenir leur demande. Furent présents à ceste remonstrance les susdits ambassadeurs du prince de Virtemberg et de la ville de Strasbourg, avec lesquels ceux du duc Maurice avoyent conféré de leur légation, et avoyent conclu entre eux, qu'ils ne se pouvoyent ni devoyent adresser aux légats, du pape, pour n'estre veus approuver l'auto-< rite qu'il s'attribue de présider au concile. Au reste lesdits évesques de Trente et ambassadeurs de l'Empereur firent pour lors un bon et gracieux accueil à ces ambassadeurs protestons et leur promirent qu'ils feroyent leur possible à leur faire accorder leurs pétitions. Mais quelques jours après la response a icelle fut que quant a remettre à l'examen les matières vuidées, cela ne se pouvait faire, parce, qu'il importoit à l'honneur d'une si notabk\ compagnie. Quant à la venue de leurs théologiens, qu'Us seroyent les biens venus et humainement receus : et qu'à ces fins ils leur avoyem obtenu un sauf- conduit tel qu'ils le pouvaient désirer. Que le pape ne se pouvoit soubmettri, au concile, qu'il falloit négocier avec ses légat: couver tement, et avec singulière dextérité, e les manier d'artifice.

775. Peu de temps après les Pères trentain. s'assemblèrent chez le légat du pape, avec le ambassadeurs de l'Empereur, et firent appelle ceux du duc de Wirlemberg. Entrez qu'ils fu rent, leur commandèrent d'exposer leur charge Eux, après une briève préface, baillèrent leu confession de foy au secrétaire du concile, e déclarèrent que de la part de leur prince vien droyent des théologiens, qui traicteroyent plu amplement des matières contenues en icell confession, pourveu qu'il pleust au concil leur accorder ces conditions ici. Premièremei que juges idoines seroyent esleus de commit consentement des deux partis, pour ouyir l disputes des théologiens, et pour en cognaist et juger, car puisque la doctrine du pat estoit fort différente de la leur, ne seroit ra sonnaole que le pape ni ses légats, ni aussi l évesques (qui lui sont tous liez de serment) fussent juges. Joint que le pape et les préle sont tous parties, demandeurs ou défendeur en ces différens de religion, et par conséqut ne peuvent estre juges. Secondement, que qui a esté conclu ci-devant au concile, ne put avoir force de loy, mais que tout soit reco

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