‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 32 sur 373 · LIVRE dix-nelvieme · texte numérisé non relu

LIVRE dix-nelvieme

) procher dn concile avec l'assurance de devenir l'auteur d'une conclusion glorieuse. | — D'après toutes les prévisions , disait le I cardinal, il était beaucoup plus probable que \ le chef de l'église ne retirerait de cette dé- ■I marche que le triste avantage d'être le témoin passif d'une indécente et honteuse conj fusion ; et plus son arrivée ferait concevoir ! je magnifiques espérances, plus Sa Sainteté i perdrait dans l'opinion publique, quand on j verrait son intervention inutile, ou même malheureuse dans ses résultats. Il lui semblait donc que le mieux était de se contenter, pour le moment, de l'influence que pourrait exercer sur le concile l'idée que l'on avait de la prochaine arrivée du souverain pon- I tife, et que Sa Sainteté ferait prudemment de | ne pas compromettre sa dignité tant qu'on ne ', verrait pas clairement ou devaient aboutir i les disputes sur l'institution des évêques et sur la résidence, et quelles mesures on pren- - drait relativement aux demandes des Impériaux et des Français. Il ne fallait pas, disaitil, qu'un in. iilent si remarquable vînt se mêler à la scène, si l'on n'était certain qu'il démêlerait le nœud du drame et en terminerait heureusement l'action.

5. Tel était l'avis du cardinal. Or les légats comptaient beaucoup, pour surmonter toutes ties difficultés dont nous venons de parler, sur l'intervention du comte de Lune. 11 est vrai qu'à en juger par le style de ses lettres, i.e comte ne devait pas être un trop ardent t hégociateur ; mais les ministres du sainti tiége se flattaient que sa modération même eur serait d'un grand secours pour calmer effervescence des plus emportés, et qu'un : lomme qui n'avait que des résolutions paciiques serait un merveilleux instrument de >aix et de concorde. Ils croyaient aussi que . auloritéduKoi Catholique, représentée non dus par un simple secrétaire, mais par un mbassadeur puissant, contiendrait désor- • nais dans le devoir, et les évêques dépenlants de la couronned'Espagne, et les Franais qui recevaient de Philippe tant de seours , et plus encore les Impériaux qui éjecteraient sans doute l'alliance de leur îaîlre avec le prince espagnol, et la bieneillance qu'il témoignait au comte. Ces esérances avaient encore été augmentées par es (1) lettres que le pape venait de recevoir u roi et des nonces qu'il avait à sa cour. Le remier de ces nonces était Alexandre Crielli, évêque de Cariali, qui depuis assez mgtemps avait remplacé (2) Reverta, mort ms l'exercice de celte charge. Crivelli fut ins la suite élevé au cardinalat. Le second ait Paul Odescalco, qui avait été envoyé à la mr d'Espagne comme nonce spécial. H oc-

(1) Lettre du cardinal Borromée aux légals, 20 démbre; autre lettre du nonce Odescalco; deux autres, rites en commun parce dernier et p. r Crivelli, me au cardinal de Manioue, ei l'autre à tous les gais.

(2) Lettre du cardinal Borromée an cardinal de ntoue, 9 novembre 1582.

COKC. DE THE<1TK III

cupa plus tard le siège dePenna.et il remplit encore avec gloire, comme il avait fait précédemment, plusieurs charges importantes. Or, par l'entremise de ces prélats, le souverain pontife avait averti le roi que les évêques les plus favorisés de Sa Majesté, au lieu de travailler à l'extinction des hérésies et à la pacification de l'Eglise, en affermissant les dogmes et en rétablissant la discipline, ne cherchaient au contraire qu'à faire naître des disputes non-seulement inutiles , mais dangereuses, en ce qu'elles divisaient les Pères et pouvaient même susciter un schisme dans la chrétienté. Ces prélats paraissaient s entendre pour cela avec les Allemands et les Français. Une pareille conduite était tout à fait en opposition avec les promesses et les pieuses intentions de Sa Majesté qui, soit par religion, soit même par les seuls motifs de la prudence humaine, devait s'opposera des nouveautés dont l'effet ordinaire est de tout bouleverser. Il n'y avait pas à cela de remède plus efficace que d'envover à Trente l'ambassadeur désigné, que l'on chargerait de notifier et d'inculquer viv .nient aux évêques espagnols les sentiments de S i Majesté, tant sur la bonne intelligence des membres du concile que sur le maintien des prérogatives du siège apostolique.

6. Lorsque ces informations lui avaient été transmises par les nonces, le roi avait témoigné du mécontentement, surtout contre l'évéque de Grenade, qui paraissait êlr.e l'auteur des troubles. Il avait même dit qu'il voulait adresser à ce prélat une sévère réprimande, et qu'il donnerait une lettre, pour lui, au secrétaire Gaslelu, qu'il envoyait au concile pour assister le comte. Ga>telu avait ordre de passer par la France, pour remettre aussi à la reine des lettres de lu part de Si Majesté ; et il devait, à son arrivée à Trente, faire la même chose pour le cardinal de Lorraine. Le roi allait jusqu'à promettre que ces différentes missives seraient écrites de sa propre main. En outre, il avait ordonné au comte, par un courrier envoyé à cet effet, de ne pas tarder [lus longtemps à se rendre au concile, et il lui adressait, par la même occasion, des instructions qu'il avait communiquées aux nonces, et dont ceux-ci avaient été pleinement satisfaits, il n v avait pas jusquàla difficulté de la préséance qui ne parût aplanie: car le roi, écrivant lui-même au pape, sur une autre matière , s'exprimait en ces termes : Après avoir pris conseil de Votre Sainteté, j'ai résolu d'unvoyer un ambassadeur à Venise; j m'occupe donc actuellement du choix qu'il est à propos de faire pour cette charge. Dans de semblables circonstances, je ne veux pas me montrer inflexible relativement à la préséance : car quiconque tient à remplir les obligations qui sont imposées aux souverains, aurait mauvaise grâce de s'arrêtera de telles vanités. Les seules choses qui me soient à cœur sont celles qui importent au service de Sotre-Seigneur , au bien de l'Eglise et à l'autorité de Votre Sainteté comme la conservation de la religion et luné

(Quatre.)

rer au pape contre ses légats (1), si toutefois à son premier légat qu'il n'avait pu différer

Pie IV s'était en effet laissé prendre aux insi- davantage l'élection du neveu, et qu'un plus

nualions de la calomnie, ce qu'il nia cons- long retard lui eût semblé une injustice, tan-

tamment dans toutes ses lettres comme dans dis que l'oncle supportait chaque jour tant

celles du cardinal son neveu, qui n'étaient que l'expression de ses sentiments; et, non content de donner de vive voix à Visconti des preuve's authentiques de la bienveillance qu'il conservait pour ses représentants, il témoigna bientôt d'une manière plus formelle l'estime et l'affection dont il honorait son premier légat en particulier; car le jour de l'Epiphanie, qui était doublement un jour de fête pour lui, puisque c'était l'anniversaire de son couronnement, il tint une assemblée générale des cardinaux et leur adjoignit (2) deux nouveaux collègues, de naissance illustre. Le premier était Frédéric Gonzague, neveu du cardinal Hercule et frère du duc. En annonçant cette élection, le souverain pontife s'étendit longuement (3) sur les vertus du premier légat et fit un éloge pompeux de toute la maison de Gonzague en général. Le jeune Frédéric, pour se distinguer du cardinal Gonzague, son cousin, et de son oncle, appelé cardinal deMantoue, prit sa dénomination d'un autre duché, qui appartenait aussi à sa famille (k), et s'intitula cardinal de Montferrat, jusqu'à ce que son oncle, étant venu à mourir, le rendit héritier de son titre. Celui qui fut éïa ensuite était Ferdinand de Médicis, fils du duc de Florence et frère de Jean de Médicis, qui avait été, comme lui, revêtu de la pourpre, et dont la mort était encore pleurée par le duc leur père. Celui-ci embrassait avec zèle les intérêts du siège apostolique, et il rendait tous les jours d'importants services au souverain pontife, en tâchantde lui concilier l'affection des évoques de sa dépendance. L'honneui qui fut accordé à son fils doit donc être regardé comme une juste récompense de son dévouement, et cette récompense fut d'autant plus grande à ses yeux que Ferdinand était plus jeune, et il n'avait pas encore atteint sa douzième année. Peut-être que le jeune Ferdinand dut aussi sa nomination aux dispositions extraordinaires qui annonçaient dès lors en lui cet esprit supérieur et cette rare sagesse dont il donna dans la suite tant de preuves, et qui le rendirent un des plus beaux ornements de la cour romaine comme cardinal, et l'une des gloires les plus illustres de l'Italie comme grand-duc, lorsqu'il eût été nommé à cette dignité.

3. La promotion de Frédéric fut signifiée au cardinal son oncle, par le souverain pontife, au moyen dune lettre qu'il lui écrivit de sa propre main, dans les termes les plus affectueux (5). Le chef de l'Eglise disait

(1] Lettre de Visconti aux légats, 2 janvier 15(55.

(2) Actes consisloriaux, et lettre de Viscorui aux légats, 6 janvier 1565.

(5) Réponse du cardinal de Mantoue an souverain pontife, 25 janvier 1565.

(4) Diario, 2 mars 15155.

(5) Lettre du souverain pontife au cardinal de Mantoue, 7 janvier 1565.

de fatigues pour le service de Dieu et se consacrait tout entier à la défense du siège apostolique et du souverain pontife lui-même. Pie IV communiquait ensuite au cardinal de Mantoue le dessein qu'il avait conçu de se transporter bientôt à Bologne, pour tenter tous les moyens de pacifier le monde chrétien, ou, s'il ne pouvait obtenir cet heureux résultat, pour faire du moins connaître à l'univers qu'il avait à cœur de rétablir la concorde au sein de l'Eglise, et que, pour cela, il ne négligerait aucune démarche et ne s'épargnerait aucun sacrifice. Il ajoutait qu'étant moins éloigné de Trente, il aurait plus de facilité pour s'entendre avec Son Eminence et pour diriger, de concert avec elle, le cours des négociations, soit que l'on cherchât dans une réforme salutaire un remède aux maux qui désolaient l'Eglise, soit que l'on eût recours à d'autres expédients. Tels étaient les desseins que faisait extérieurement paraître le souverain pontife; mais peut-être n'avait-il pas tant en vue réellement de se rapprocher du concile que d'attirer, par les voies de la douceur et avec l'agrément des Pères, le concile auprès de lui à Bologne. Cette pensée lui avait été suggérée d'abord par le cardinal Seripandi et ensuite par le président du Ferrier lui-même, comme on a pu le voir plus haut. Le cardinal de Lorraine, de son côté, avait approuvé la translation (l),dans l'espérance qu'elle tournerait à l'avantage de l'œuvre sainte, et que cette nouvelle union du chef avec les membres, ramenant la bonne intelligence au sein de l'assemblée, favoriserait l'heureuse et pacifique conclusion du concile. Sans doute que le prélat français se flattait aussi de recueillir une plus ample moisson de gloire sur ce théâtre imposant, où il pourrait faire briller au grand jour les mille prestiges dont il savait s'environner. Le souverain pontife ayant cédé à ces conseils, chargea Camille Paleollo (2), ambassadeur de Bologne, en résidence à Rome, de faire part de ses intentions au sénat Bolonais, afin que l'on se mît en mesure pour l'approvisionnement.

k. Le cardinal de Mantoue envoya à Rome l'évêque de Noie pour remercier Sa Sainteté de l'honneur qu'elle venait d'accorder à son neveu. Mais le premier légat était trop dévoué aux intérêts du souverain pontife pour ne pas lui témoigner en même temps cette sorte de reconnaissance qui n'est ni la moins profonde ni la moins sincère, bien qu'elle ne soit pas toujours très-agréable à celui qui en est l'objet; je veux dire la contradiction. — 11 fit donc savoir (3) à Pie JV que, vu l'état présent des affaires, il ne pouvait se rap-

{1) Lettre de Foscarari au cardinal Morone, 17 décembre 1562.

(2) C'éiait le frère de Cabriel Paleolto, auditeur de la rote, alors présent au concile.

(5) Lettre du cardinal de Mantoue au pape, 15 janvier 45U5.

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