CHAPITRE XII
Arrivée de Visconti à Rome. — Promotion des cardinaux G onzague et Médicis. — Le pape forme le dessein de se transporter lui-même et d'attirer le concile à Bologne; mais le cardinal de Mantoue le fait changer de résolution. — Négociation des nonces avec le roi d'Espagne. — Instructions notifiées par Sa Majesté Catholique au comte de Lune et au secrétaire Gastelu. — Sentiments modérés et pacifiques du même prince relativement à la préséance. — Invitation faite par le pape et les légats au comte de Lune par l'entremise de Scipion Lancellotli. — Le souverain pontife écrit aux présidents touchant la conduite qu'ils doivent tenir à l'égard du cardinal de Lorraine, et les mesures qu'ils auront ù prendre pour apaiser les différends.
1. Le pape ayant appris que le cardinal de intentionné, et même on eut l.eu d admirer Lorraine avait choisi Gualteri (2) pour poret de louer la sagesse dont plusieurs étaient à Rome \JJ P
empreintes. Mais on remarqua en même ré é d y. fa acceptait volontiers ce temps qu une partie de ces propositions man-
quaient d'opportunité, surtout celles qui stipulaient des modifications dans les rites. Et, en effet, rien n'est plus funeste et plus préjudiciable à l'autorité de la religion que ces sortes de changements. D'un autre côté, on reconnut que, bien qu'il fût à désirer qu'un grand nombre de ces demandes obtinssent leur effet, ce résultat n'était pas possible, parce que les articles dont nous parlons répugnaient aux conditions dans lesquelles les hommes se trouvent renfermés par le fait même de leur nature, et aux circonstances des temps où l'on vivait. La France elle-même démontrera bientôt la justessede ces considérations, comme les Iecleurs pourront le remarquer dans la suite de notre ouvrage. La principale attention «les légats (1) fut de veiller à ce qu'en traitant de ces points où il semblait qu'on voulût restreindre l'autorité du souverain pou- Itiïe, on laissât intacte la question de la supériorité du concile sur le pape, ou du pape
(1) Lettre des légats au cardinal Borromée, 9 jau- »»W I5G3.
message, ne jugea pas l'envoyé très-propre à remplir les engagements qu'il s'était imposés. Mais ne voulant affliger ni le cardinal ni l'évêque, il garda le silence et pensa que le choix étant arrêté, Guallieri pourrait s'acquitter à la fois d'un double emploi et apporter, chemin faisant, les informations des présidents. Il prit donc la liberté de faire savoir à Visconli qu'il eût à demeurera Trente, s'il n'était déjà parti. Mais l'évêque de Vinlimille marchait vers Rome, où il arriva l'avant-dernier jour de l'année 1562 (3).
2. Visconti ne manquait pas d'éloquence; et la gravilé de son caractère, joinle à la confiance que le souverain pontife avait en lui, le rendait tout puissant sur l'esprit de ce dernier. Aussi eût-il bientôt fait de dissiper les préventions qu'on avait cherché à inspi-
(1) Lettres de Foscarari au cardinal Morone, 4 janvier, et de l'archevêque de Zara au cardinal Cornaro, 7 du même mois, 15u5.
(-J) Lettre du cardinal Borromée aux légats, 2(> décembre 1jj6'2.
(3) Lettre du cardinal Borromée aux légats, 1 0 de cembre 15t>2.
rer au pape contre ses légats (1), si toutefois Pie IV s'était en effet laissé prendre aux insinuations de la calomnie, ce qu'il nia constamment dans toutes ses lettres comme dans celles du cardinal son neveu, qui n'étaient que l'expression de ses sentiments; et, non content de donner de vive voix à Visconti des preuve's authentiques de la bienveillance
à son premier légat qu'il n'avait pu différer davantage l'élection du neveu, et qu'un plus long retard lui eût semblé une injustice, tandis que l'oncle supportait chaque jour tant de fatigues pour le service de Dieu et se consacrait tout entier à la défense du siège apostolique et du souverain pontife lui-même. Pie IV communiquait ensuite au cardinal de Mantoue le dessein qu'il avait conçu de se
qu'il conservait pour ses représentants, il Mantoue le dessein qu'il avait conçu de se témoigna bientôt d'une manière plus for- transporter bientôt à Bologne, pour tenter
de son "couronnement, il tint une assemblée générale des cardinaux et leur adjoignit (2) deux nouveaux collègues, de naissance illustre. Le premier était Frédéric Gonzague, neveu du cardinal Hercule et frère du duc. En annonçant cette élection, le souverain pontife s'étendit longuement (3) sur les vertus du premier légat et fit un éloge pompeux de toute la maison de Gonzague en général. Le jeune Frédéric, pour se distinguer du cardinal Gonzague, son cousin, et de son oncle,
concorde au sein de l'Eglise, et que, pour cela, il ne négligerait aucune démarche et ne s'épargnerait aucun sacrifice. 11 ajoutait qu'étant moins éloigné de Trente, il aurait plus de facilité pour s'entendre avec Son Eminence et pour diriger, de concert avec elle, le cours des négociations, soit que l'on cherchât dans une réforme salutaire un remède aux maux qui désolaient l'Eglise, soit que l'on eût recours à d'autres expédients. Tels étaient les desseins que faisait extérieu
appelé cardinal de Mantoue, prit sa dénomi- rement paraître le souverain pontife; mais nation d'un autre duché, qui appartenait peut-être n*avait-il pas tant en vue réelleaussi à sa famille (h), et s'intitula cardinal ment de se rapprocher du concile que d'atti-
de Montferrat, jusqu'à ce que son oncle, étant venu à mourir, le rendît héritier de son titre. Celui qui fut élu ensuite était Ferdinand de Médicis, fils du duc de Florence et frère de Jean de Médicis, qui avait été, comme lui, revêtu de la pourpre, et dont la mort était encore pleurée par le duc leur père. Celui-ci embrassait avec zèle les intérêts du siège apostolique, et il rendait tous les jours d'importants services au souverain pontife, en tâchantde lui concilier l'affection des évoques de sa dépendance. L'honneur qui fut accordé à son fils doit donc être regardé comme une juste récompense de son dévouement, et cette récompense fut d'autant plus grande à ses yeux que Ferdinand était plus jeune, et il n'avait pas encore atteint sa douzième année. Peut-être que le jeune Ferdinand dut aussi sa nomination aux dispositions extraordinaires qui annonçaient dès lors en lui cet esprit supérieur et celte rare sagesse dont il donna dans la suite tant de preuves, et qui le rendirent un des plus beaux ornements de la cour romaine comme cardinal, et l'une des gloires les plus illustres de l'Italie comme grand-duc, lorsqu'il eût été nommé à cette dignité
rer, par les voies de la douceur et avec l'a-. grément des Pères, le concile auprès de lai à Bologne. Cette pensée lui avait été suggérée d'abord par le cardinal Seripandi et en suite par le président du Ferrier lui-même, comme on a pu le voir plus haut. Le cardinal de Lorraine, de son côté, avait approuvé la translation (l),dans l'espérance qu'elle tournerait à l'avantage de l'œuvre sainte, et que cette nouvelle union du chef avec les membres, ramenant la bonne intelligence au sein de l'assemblée, favoriserait l'heureuse cl pacifique conclusion du concile. Sans doute que le prélat français se flattait aussi de recueillir une plus ample moisson de gloire sui ce théâtre imposant, où il pourrait faire briller au grand jour les mille prestiges dont i savait s'environner. Le souverain ponlifi ayant cédé à ces conseils, chargea Camillt Palcotto (2), ambassadeur de Bologne, en ré sidence à Rome, de faire part de ses intentions au sénat Bolonais, afin que l'on se rai en mesure pour l'approvisionnement.
h. Le cardinal de Mantoue envoya àRorm l'évêque de Noie pour remercier Sa Sainte!) de l'honneur qu'elle venait d'accorder à soi neveu. Mais le premier légat était trop dé
3. La promotion de Frédéric fut signifiée voué aux intérêts du souverain pontife pou au cardinal son oncle, par le souverain ne pas lui témoigner en même temps celt pontife, au moyen dune lettre qu'il lui écri- sorte de reconnaissance qui n'est ni la moin vit de sa propre main, dans les termes les profonde ni la moins sincère, bien qu'elle n plus affectueux (5). Le chef de l'Eglise disait soit pas toujours très-agréable à celui qi
en est l'objet; je veux dire la contradictioi
(\) Lettre de Visconti aux légats, 2 janvier 1565.
(2) Actes consistoriaux, et loitre de Visconii aux légats, 6 janvier 1565.
(5) Réponse du cardinal de Mantoue an souverain pontife, 25 janvier 15(55.
(4) Diario, 2 mars lol)5.
(5) Lettre du souverain pontife au cardinal de Mantoue, 7 janvier 1565.
— 11 fit donc savoir (3) à Pie IV que, vu l'é tat présent des affaires, il ne pouvait se ra|
(1) Lettre de Foscarari au cardinal Morone, 17 d cenibre 1562.
(2) C'était le frère de Cabriel Palcotto, audite de la roHe, alors présent au concile.
(5) Lettre du cardinal de Mantoue au pape, 15 ja vier 4 5l»5.