LIVRE DIX-NEUVIEME
13. Nous sommes arrivés au jour de la sesîton, mais rous n'avons pas pour cela obenu la paix qui devait précéder la session. Vos fautes continuent de s'étendre comme un ■pais nuage entre nous et le Père des ntiséri- 'ordes, aussi ces miséricordes n ont-elles pu ncore descendre jusqu'à nous pour dissiper e trouble qui s'est répandu sur les princes de 'Eglise. Il flt voir ensuite la nécessité de roroger la session , et il exposa les motifs our lesquels on devait la fixer à une époue qui ne fût ni trop rapprochée, ni trop Ioignée. Si le ternie était trop prochain, peultre serait-on obligé de proroger encore, ce u'on ne pouvait faire sans un nouveau déhonneur; si au contraire on attendait trop ngtemps , on jetait les Pères dans la plus âcheuse des situations, en les forçant à meer une vie inactive dans un séjour désagréable. On avait donc fixé la session au 22 '.vril , qui se trouvait être le jeudi d'après 'octave de Pâques. Les légats désiraient que, 'n attendant, les Pères s'occupassent à rechercher les abus qui s'étaient introduits par apport au sacrement de l'ordre, et qu'ils en îmissent la note au secrétaire, pour qu'elle it ensuite communiquée à l'assemblée. En *me temps , les théologiens conféreraient ir les articles relatifs au mariage, cl on îetlrait ainsi à exécution ce qui avait été inoncé dans la session précédente, savoir : u'on traiterait en même temps des deux deriers sacrements. Le délai ne pouvait paraîlong à quiconque voudrait considérer )mbien de temps était nécessaire aux théoigiens pour discuter, et aussi quel était le 'ombre des prélats qui devaient exposer leur intiment. C'étaitdonc maintenant aux Pères délibérer. Si le terme était approuvé, dès : jour suivant on communiquerait aux théo- )giens les articles sur le mariage, et on ob- Srverait l'ordre suivant : le matin serait ccordé aux théologiens pour leurs discusons, et la seconde partie du jour serait conj tarée par les Pères à la recherche et à l'exa- I jen des abus dont nous avons parlé : ainsi as un instant ne serait perdu.
• 14. Le cardinal de Lorraine s'ingénia à ersuader à l'assemblée que si on avait proôsé le décret de la résidence rédigé sous son îspeclion, la session eût pu, sans aucun bute, être célébrée au jour marqué; il ne vouait faire le procès à personne; mais il peniit qu'il n'était pas difficile de trouver les disons du retard que l'on avait éprouvé : il 'affligeait profondément de ce nouveau délai ont les fidèles seraient fort étonnés après (ouïs les prorogations précédentes. Quelle n'était 'as leur indignité (et il ajoutait qu'il disait ela pour lui-même et non pour les autres), uisque , bien que l'Empereur et plusieurs utres puissants souverains assistassent au oncile par leurs ambassadeurs, et que tous ussent demandé instamment et sincèrement ne réforme véritable, il avait été impossile de rien conclure jusqu'alors , à cause de
orromée ; Diario, 3 février; et lettre de l'archèvède Zara, 4 février 15G3.
la désunion et de la discorde. De même que dans l'Apocalypse, l'évêque d'Ephèsc fut approuvé d'avoir témoigné de l'horreur pour la conduite des nicolaïtes, tandis qu'il fut repris pour d autres actions , de même le concile était digne d'éloges, en ce qu'il demeurait inviolablement attaché à la foi de l'Eglise, haïssant les nicolaïtes, c'est-à-dire les hérétiques; mais, d'un autre côté, on ne pouvait que. blâmer la mésintelligence qui régnait dans son sein, et qui empêchait les Pères de travailler, de concert, à la réforme attendue et désirée par tous. Cependant il accepta la pro position sans trop de répugnance, et en excitant les Pères à se mettre à l'œuvre avec ardeur, il leur dit qu'ils pourraient toujours compter sur sa coopération et sur son secours.
15. Muglitz, orateur impérial et archevêque de Prague, parla avec non moins de hauteur que d'abondance. 11 se plaignit du trop grand nombre des prorogations. Si on était dans la nécessité d'en faire encore une, au moins, dit-il, ne devait-elle pas excéder trois semaines, puisque le décret de la résidence était rédigé. Il fallait désormais laisser là le dogme pour s'occuper de la discipline, parce que l'Eglise et le monde avaient un plus grand besoin de ! une que de l'autre. Il exprima ces pensées avec l'autorité d'un maît;e absolu plutôt qu'avec la modestied'un évèque particulier. L'arrhe\éque de Braga avait dit avant lui qu'il fallait abréger le terme indiqué pour la session, cl il avait parlé avec ce tonde liberté caustique qu'il n'est pas rare de rencontrer dans ceux qui font parade de plus de zèle et de dévouement. Cinquante-huit prélats se rangèrent à ce sentiment; c'étaient tous les Français, tous les Espagnols à l'exccpiion d'un seul, et quelques Italiens. Ces Pères laissèrent échapper tant de plaintes et blâmèrent tant de choses (1), que jamais ou ne vit plus de liberté dans aucune congrégation. Mais celui qui se fit le plus remarquer fut Antoine Ciurelia de Bari (2), évêque de Budoa. Lors de la prorogation précédente , il avait dit : Je ne suis ni prophète ni fils de prophète; mais jr prédis que la session ne se tiendra pas encore au jour indiqué. L'accomplissement de sa prédiction l'enhardit à prophétiser de nouveaux malheurs, et il annonça que la session ne se tiendrait pas sans de grands démêlés entre les princes chrétiens, et que ce ne serait pas du vivant du pontife actuel; et pour contrefaire jusqu'au bout le style prophétique, il finit par ces mots : Trèsrévérends Pères , voilà ce que dit le Seigneur. Il obtint à la Vérité ces applaudissements momentanés qui sont le prix de la satire; mais il s'attira aussi la condamnation plus durable des hommes sages à qui il sembla que de pareilles plaisanteries étaient indignes de là majesté du lieu et de la gravité de la matière. L'évêque fut peu reconnaissant aux légats d'un avertissement qu'ils lui don-
(l) Lçilrc de Foscarnri an cardinal Mororie, 4 février IBM.
("2) Actes de l'évêque de Salanianque.
i45 HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE
nèrent, et son audace s'accrut au contraire gème
de l'approbation des esprits légers. Celte obstination lui mérita de sévères réprimandes, et on fut même sur le point de lui infliger un châtiment dont nous parlerons dans la suite. Quant à ses sinistres prophéties la suite en démontrera heureusement la fausseté.
le con
qui lui est assez ordinaire), de ce qu Sicile n'était pas libre, et de ce qu'o voulait , à force de lassitude , le forcer à s rendre aux désirs des légats. Rien n'est pli injuste que cette accusation, puisque jamai les sessions ne furent ni indiquées, ni pro' montrera heureusement la fausseté. rogées sans le coqs entoment d e la B'a|
16. Cependant la proposition faite par le majorité. Mais c es la coutume de tous I ca dina/de Mantoue fût adoptée par cent séditieux , lorsqu'i s ne son 1 pas .en , vo.e trpnio-six Pères c'est-à-dire par plus des triomphe, d accuser le grand nombie eU S tiers £ ^concife C'est donPCsanPs raison faire retentir bien haut les mots speceu que Soave se plaint ici, par la bouche d un d oppression et de liberté. des personnages qu'il met en scène (slrala-
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ARGUMENT
L'Empereur vient à Inspruck. — Commendon lui est envoyé par les présidents. Résultat de ce message. — Articles sur le mariage, répartis entre plusieurs classes de théologiens. ^--Différend qui s'élève par rapport à la supériorité des nations. — Accord conclu , et de quelle manière. -Lettre du roi de France au concile. — Discours prononce par du terrier lors de la présentation de cette lettre à l'assemblée. — Réponse adressée au roi parle concile. — Mécontentement du cardinal de Lorraine et du cardinal Madrucci. — Us se rendent tous deux auprès de l'Empereur. — Négociations du cardinal de Lorraine avec Ferdinand. — Retour du cardinal. — douze articles soumis par l'Empereur à une assemblée de théologiens. — Le duc de Mantoue passe à Trente pour se rendre auprès de l'Empereur.
Mort du premier légat , oncle du duc. —
Précis de la vie du cardinal de Mantoue. — Les Impériaux et les Français mettent tout en œuvre pour que le pape lui substitue le cardinal de Lorraine.— Le souverain pontife investit tout à coup les cardinaux Morone et Navagero de la dignité de légats. — Gualtien, à son retour de Rome, trouve le cardinal de Lorrainepeu satisfait de ces élections. — Mort violente du duc de Guise. — Le cardinal de Lorraine, son frère, supporte cette perte avec courage. Mort du cardinal Seripandi.— Eloge de ce prélat. — Rruits de guerre à Trente. — On ne parvient qu avec peine à calmer l'agitation générale. — Lettres de l'Empereur au souverain pontife et aux légats, accompagnées de quatre demandes. — Autre lettre, adressée secrètement par le même au chef de l'Eglise.
— Réponses de Pie IV à Ferdinand. — Le cardinal de Lorraine se rend à Venise. —Il est bientôt rejoint dans cette ville par Visconti , qui vient pour traiter avec lui du voyage du souverain pontife et de l'Empereur à Bologne.
— Musotto, précédemment secrétaire du cardinal Seripandi, passe au service du cardinal de Lorraine, et est envoyé par lui près du pape.
— Olive, après la mort du cardinal de Mantoue , est confirmé par les présidents dans
toutes ses anciennes fonctions. — Les Impi riaux s'assemblent chez l'archevêque de Gn nade , pour conférer ensemble sur l'usage c calice et surl'autorité du souverainpontife.- Traitédepaix conclu, en France, avec les ht guenots,audétrimént de la religion. — Dive. sentiments du cardinal de Lorraine à cet égan
— Orateur de Malte à Trente. — DifficulU que l'on éprouve à lui assigner une place. - Louis d'Avila ambassadeur du roi Philips à Rome.— Ses instructions. — Réponse qu reçoit. — Arrivée et réception du légat Mi rone à Trente. — // va sur-le-champ trouv, l'Empereur. — Arrivée et réception du com de Lune. — Conférences de ce dernier avec légat Morone au sujet des mots .- les léga' proposant. — Nouveaux démêlés entre l orateurs. — La reine de France et l'Emperei interviennent dans cette affaire. — Dissimi lation des Français, qui se montrent prêts donner les mains à un accord. — Raison < leur conduite. — Retour du cardinal de Lo raine de son voyage de Venise. — Ses plaint et ses sentiments. — Il fait partir un envoi pour Inspruck. — Instructions qu'il lui remt
— Réponses qu'il reçoit. — Le cardinal N( vagero arrive sans suite et sans être attendu.- Pourquoi il agit ainsi. — Négociations cor mencées entre lui et le cardinal de Lorrain d'après la volonté du souverain pontife, session est de nouveau prorogée et remise t 20 mai. — Incident qui contriste les légat
— Mort de Pierre Solo, et lettre qu'il écr aupape à ses derniers instants. — Le cardin Morone est favorablement reçu à Inspruck.- Instructions qui lui ont été confiées. — 5 réflexions par écrit ou de vive voix sur l matières contenues dans les lettres de Fei dinand au pape. — Difficultés principal relatives à trois points en particulier. — J cardinal réussit à lever ces obstacles par w lettre qu'il adresse à l'Empereur après avo pris congé de lui, et dont il reçoit bientôt réponse. — Retour de Musotto. — Le card nal de Lorraine éprouve une grande joie t son arrivée. — Lettre de la reine d'Ecos conçue en termes pleins de piété, et présent* au concile par le cardinal, oncle de la prin
hse. — Discours du même cardinal. — Reprise du concile. — Sentiments remarquables rposés dans rassemblée par le cardinal de lorraine et l'archevêque de Grenade sur les <(êques , les cardinaux et sur d'autres matiè- \s. — Difficultés suscitées au concile et au .urerain pontife par le grand démêlé des Kiteurs des deux rois. — Cette querelle est
tèrent donc les yeux sur Commendon , qui demeurait alors à Venise (l).Ce personnage réunissait à une rare prudence les manières les plus aimables. Il était très-connu de l'Empereur, dont il avait su s'attirer les bonnes grâces; de plus, l'Allemagne ne lui était point étrangère. Toutes ces considérations firent pencher en sa faveur le choix des lé-
ifin apaisée, du moins quant aux congre ga- gats, et ce choix ayant été approuvé (2) par
uns. — Avis ouvert par l'archevêque deLanano. — Cet avis détermine les procureurs ts Pères absents à revendiquer le droit de tffrage dans le concile. — Perplexité des l/ats. — Retour du cardinal Morone. — jouvelle prorogation unanimement décrétée : ' tsession est indiquée pour le 15 juin.