LIVRE DIX-NEUVIEME
Rome (1). 11 avait adressé cette lettre à son isecrétaire Berton, et celui-ci avait ordre de la communiquer au pape et au cardinal Borromée. Dans le préambule, le prélat français parlait de son dévouement sans bornes et de son attachement inviolable au siège apostolique, des grandes obligations qu'il avait au souverain pontife, de l'indicible chagrin ju'il ressentait des discordes présentes, et les épouvantables malheurs qu'on avait lieu le présager pour l'avenir. Puis venait la )artie positive de la lettre, qui pouvait se •éduire à quatre chefs principaux. Le prenier n'était qu'un lieu commun depuis longemps employé à l'égard des papes par ceux |ui ne peuvent les amener à des résolutions aibles ou à de dangereuses concessions ; ;'est-à-dirc que le cardinal se plaignait amèement de certains prélats qui , sous les delors d'un zèle ardent, cachaient des deseins hostiles à la concorde, et dont la conuite avait pour but ou de les faire arriver ux grandes dignités par un dévouement imulé, ou d'abréger les jours de Sa Sainteté n l'accablant de travaux et de peines sans ombre, afin de se ménager des chances de ()rtune dans l'élection d'un nouveau pontife, ourtant , disait le cardinal, ce n'était pas ar quelques paroles hypocrites en faveur es prérogatives du siège apostolique qu'on , li devenait utile, mais bien en travaillant à taintenir les provinces dans son obéissance ; en assurant ainsi le repos de toute la irétienté.
7. Dans les trois chefs suivants, le cardial s'appliquait à justifier sa manière de voir
d'agir relativement aux trois articles sur
squels roulait alors la discussion. Par rap-
jrt à la résidence, les prélats se parla-
«aient surtout en deux opinions distinctes.
«uelques-uns voulaient qu'il fût déclaré que
résidence est de précepte divin. Les autes , de l'avis desquels était le cardinal, çnsaient que cette déclaration serait plus uisible qu'utile ; parce que plusieurs n'ayant jis une juste idée de l'autorité qui peut intrpréter le précepte, prendraient de là octsion de condamner ce qui s'était fait par I passé, et de blâmer l'absence, même légitne, des évêques. C'était pour parer à cet i,convénient que , dans le décret préparé yr l'assemblée particulière qui s'était tenue <i sa présence, on ne s'était servi que d'ex- . cessions générales et semblables à celles ,<jà employées du temps de Paul III. Néanmoins, au commencement de la formule, les idacteurs avaient eu grand soin d'énumérer h obligations imposées par Dieu à tout prélt ayant charge d'âmes ; et cela, afin de faire «sser le scandale qui s'était répandu jusque .^ns les dernières classes du peuple , et de ttruire l'étrange idée que l'on avait que les 1 res du concile étaient les ennemis de la loi <vine, et qu'ils n'auraient pu même en pronncer le nom sans horreur. On avait donc imposé le décret avec des paroles tirées de écriture ; et l'on n'avait pas craint d'expo-
[I) Un écrit du cardinal Seripandi en fait foi.
Conc. de Thème. III, r
ser les oracles de l'Esprit-Saint à de coupables interprétations ; parce que si on se laissait dominer par cette appréhension, on irait t jusqu'à s'abstenir de réciter l'Evangile.
8. Relativement à l'institution des évêques, le cardinal disait qu'il ne pouvait se ranger au sentiment de quelques Pères qui niaient que les évêques, et avec eux tous les pasteurs des âmes, soient d'une certaine manière, vicaires de Jésus-Christ. Il ne pouvait non plus partager l'opinion de ceux qui affirmaient que Jésus-Christ n'ordonna d'autre évêque que saint Pierre, et que ce fut par celui-ci que l'épiscopat fut communiqué aux autres apôtres. Du reste, ajoutait le cardinal, on aurait eu peine à trouver, parmi les Pères du concile, quelqu'un qui n'adoptât pas une formule de canons et de décrets qui exigeait de la part du souverain pontife une élection ou tacite ou expresse pour les évêques tant passés que futurs, et de la part de ceux-ci une parfaite obéissance au chef de l'Eglise ; formule qui limitait, en outre, le pouvoir des prélats aux églises qui leur sont confiées, et qui, au lieu de porter atteinte à l'autorité pontificale, contribuait au contraire à la rendre plus inébranlable.
9. Enfin, pour ce qui regardait la supériorité du pape sur le concile ou du concile sur le pape, le cardinal avouait qu'il avait été élevé au sein de l'université de Paris, qui était favorable aux conciles ; et qu'il approuvait en tout point le concile de Constance et celui de Bâle. Il ne se déclara pas de même en faveur du concile de Florence. Il était certain, continuait-il, qu'aucun des évêques de son pays ne consentirait à ce que le décret fût rédigé dans- un sens contraire à l'opinion qu'il venait d'émettre ; que les ambassadeurs protesteraient ; que ces troubles donneraient naissance, de part et d'autre, à des ouvrages pleins de dissertations conte'ntieuses, et qu'un effet inévitable de ces disputes acharnées serait de mettre en doute l'autorité du siège apostolique : la France n'avait déjà que trop à discuter avec les hérétiques, sans qu'on lui fournît des sujets de nouvelles dissensions religieuses.il suppliait donc Sa Sainteté de compatir aux malheurs de ce royaume, et de ne pas ranimer, parmi les catholiques, de fastidieuses querelles, en leur donnant occasion de se détacher d'une autorité à laquelle il s'efforçait de les unir par des liens plus étroits. Le siège apostolique pouvait bien vouloir rester dans ses droits et dans sa possession ; mais dans des circonstances si inopportunes, il n'était pas prudent d'exiger une déclaration expresse.
Au commencement, au milieu et à la fin de sa lettre, le cardinal disait qu'il s'en re- ; mettait, avec une respectueuse déférence, ? au jugement du pape et à l'autorité de l'Eglise. Tel fut l'écrit que le prélat français assura avoir rédigé ce soir-là même, pour justifier sa conduite et pour amener le souverain pontife à son sentiment.
10. Les légats , après bien des délibérations, réglèrent d'un commun accord que la session serait prorogée jusqu'au premier
(Cinq).
ieudi d'après l'octave de Pâques, c'est-à-dire jusqu'au ±2 d'avril; que jusque-la une coneré-ation particulière de théologiens s occuperait des articles relatifs au mariage; qu on tiendrait deux assemblées chaque jour ; en sorte que les théologiens conféreraient le matin sur la matière qui leur était spécialement assignée, et que le soir es Pères examineraient les abus qui s'étaient introduits par rapport au sacrement de 1 ordre ; qu on aurait le temps de s'entendre et de trouver
Français, et appuyée sur des textes de conci les dont la sainteté ne laissait aucun doul sur la validité de leurs actes et l'orthodoxi de leurs décisions. Mais ici les ambassadeur s'écartaient étrangement delà vérité. En effe comment pouvait-on vouloir employer des ex pressions qui n'avaient été ni disculées dan les controverses des théologiens, ni exami nées dans les assemblées desévêques, quan on voulait déclarer de droit divin la résiden ce et la juridiction des évoques, deux article des' movensXc^SeDt pour les diffi- dont la proposition avait précisément donn des raoj ensa actom ™ ialSession étant naissance aux troubles qui divisaient actuc.
cultes pre.e ne,etqu ainsi la ses ^ ^.^ ? ^ ,us ,
devenue p U8n^/^ .^J^J ^et récolte, concile de Bâle eût-il jamais plus d'autorU dW Se e^ardive maturU : dédomma- que celui de Florence d'après l'opinion gêné bernent que 'prïsqic toi^ours on se promet raie fe l'Eglise ? Quoi qu'il en soit, les anj KSieu desPpeiSês et de l'ennui des pro- bassadeurs ajoutèrent que s. les président
*~*î~a.*à ™ Cp voulaient que le roi et tout le royaume fus
sent contents de celte prorogation, ils ne de vaient pas larder plus longtemps à propose les demandes de la cour ; non pas, disaient ils, que les envoyés se flattassent d'obteni tout ce qu'ils souhaitaient; mais s'ils secon «aient les desseins des Pères, ils voulaiet en retour que ceux-ci fissent preuve de bonn
rogations, et que presque toujours on se promet en vain. Les légats crurent devoir suivre cette route, parce que le cardinal de Lorraine leur fit espérer qu'elle les mènerait plus sûrement au but, c'est-à-dire a la paix et à l'accord de tous les sentiments ; et ils étaient encore confirmés dans celte espérance, en considérant que le temps a pour
^^r^^ùs^^^ volonté à leur égard, en leur accordant un
Se terminer tous les différends, en amortis- partie de ce qu'ils demandaient ; et ils terj
sant ^la violence des passions et en disposant naienl en disant qu'une fois qu on les aa
les esprTs à des conseils plus modérés. De rait satisfaits, eux e les ambassadeurs impé
«lus \l système adopté par les présidents riaux sur ce point, l'œuvre du conc.le ser*
èlait'oarfaitement en rapport avec les vues à peu près accomplie,
du DaPoe comme le prouvaient les dernières 12. Ce discours des orateurs fut pour le
lettïes de Rome (1). Ces lettres venaient à légats, une confirmation de ce qu ils ayaiei
rannui de ce qu'on avait précédemment an- déjà pu remarquer dans leur précédente et
1 (lunui uc i/c m ... __. ,;i «M„.r..^ ..,.,... in <-ir<liiifi civriir mu- li»>» Frai
, appui « -,- -
nonce du Roi Catholique, savoir, qu il pro mettait au souverain pontife et au concile un concours plein de zèle et d'activité ; et par la même, il était vraisemblable que difierer, c'était améliorer la situation des choses.
11 Le soir même, les légats firent connaître la délibération à tous les ambassadeurs. Ceux-ci l'approuvèrent en tant qu'elle était nécessaire ; et ils montrèrent en même temps
trevue avec le cardinal, savoir, que les Frai cais demeuraient invinciblement attachés feurs principes. D'autre part, les dernier* instructions du pape portaient que, pot éviter de grands malheurs et obtenir enfin I paix, il serait à propos, ou de consentir à ( que les expressions citées plus haut fusseï changées en d'autres plus générales , o même d'abandonner entièrement celle m '
nuoîuuc chagrin du scandale produit, par lière. Les légats se trouvèrent ainsi dans n
cW prolongations multipliées, dans des cho- moment de violente incertitude, et ils hj
ses oui demandaient à être promplement tèrenl à prendre un parti. Mais enfin, pli
terminées Pour ce qui est des Français en jaloux de conserver les prérogatives du s.e
nr tculier ils répondirent qu'ils étaient apostolique et leur honneur personne
côntenlsdesmesuresadoptces.non-seulement qu'ils n'étaient avides de repos, ils ecr.vire
narce que la nécessité les justifiait, mais à Rome qu'ils se conformeraient aux in
rnree ou'ils prévoyaient combien on trouve- truclions qu'ils avaient reçues ; mais qu
rail mauvais en France, qu'on tînt une ses- comme il s'agissait d'une affaire de graru
sion sans y renfermer un article de réforme importance, et qu'on pourrait un jour 1(
disciplinaire cedonl la chrétienté avait alors en rendre responsables, d'autant plus qi
un si pressant besoin. Us savaient bien, pour- la plupart de leurs canonistes trouvaiei
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suivirent-ils, qu'en rendant publique la détermination à laquelle on s'était arrêté, on en révélait par là même la cause, à la grande honte du concile. On faisait connaître à tous
étrange que cette assemblée refusât au so verain pontife ce qui lui appartenait de dre et ce qui lui avait été expressément accori par le concile de Florence, il suppliait
honte du conçue, vjh luisait uuiiiiainv « vwuo v»i .~ ^"-"~ -, - - Vl
nue les Pères n'avaient pu s'accorder, et cela Sainteté de les obliger manitestement par i
oarce qu'on avait voulu insérer dans les ca- bref dans lequel il serait déclare que ces co
nons et dans les décrets des expressions qui cessions n'étaient faites qu en faveur de
n'avaient été ni discutées par les théologiens paix. Le lendemain, cest-a-dire le S S
ni examinées par les évêques, et qui en ou- vrier (1), tous les Pères se réunirent, et
tre étaient contraires à une doctrine profes- cardinal de Mantoue , ayant pris la oaro
sée depuis un grand nombre d'années par les commença en ces termes :
(1) 28 janvier 1563.
(1) Actes du Château, leilre des légats au cardii
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