‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 45 sur 373 · Quand Ferdinand n'eut plus à s'occu · texte numérisé non relu

Quand Ferdinand n'eut plus à s'occu

le souverain pontife , Commendon fut envoyé dans le but que nous avons indiqué. Il avait ordre surtout d'unir ses efforts à ceux du nonce Delfini et de travailler avec lui à écarter de l'esprit du prince les idées défavorables qu'on cherchait à lui inspirer. Et il est bon de remarquer ici que (3) Ferdinand était un de ces hommes simples et sans fard qui ne sauraient supposer dans les autres des défauts contraires à leurs qualités personnelles. Il croyait le bien et le mal sur parole, cl comme il ne soupçonnait pas qu'il pût être trompé par ceux qui l'approchaient, il regardait facilement comme coupables tous ceux dont on lui parlait d'une manière désavantageuse.

2. Les instructions confiées à Commendon, à son départ, roulaient sur deux (i) objets principaux. Premièrement, l'envoyé devait

jr des négociations de la dièled'Augsbourg, justifier aux yeux de l'Empereur le refus que

ëqu'il vit que le diadème impérial venait dïtre assuré à son fils, il se rendit à Inspuck, ville qui n'est éloignée de Trente que environ cent mille, et de laquelle il touchait rtssez près au concile pour en recevoir t'jtes les nouvelles et pour y faire parvenir s? ordres à temps , sans être exposé à voir s dignité compromise par une intervention pas solennelle. L'évéque des cinq églises

les légats avaient fait jusqu'alors de proposer les demandes contenues dans l'écrit impérial, refus dont les orateurs de Ferdinand se plaignaient vivement. Pour cela, Commendon était chargé de rappeler à l'Empereur que les légats avaient précédemment exposé à Sa Majesté les raisons de leur couduite, et que, non contente d'approuver ces raisons , elle avait encore daigne adresser de vifs re-

aant appris, îe 26 jan\ier (1), que. l'Empe- mercîments aux représentants du siège apos

fur approchait, sortit sur-le-champ de ?enle et marcha vers Inspruck , afin d'ace'érir aux yeux de son maître le mérite de 1 voir informé avant tous les autres. On revoyait que le cardinal (îc Lorraine, ou de sn plein gré, ou peut-êlre par une commis-

tolique. Les demandes de Ferdinand^t celles du roi de France avaient entre elles une grande conformité, puisqu'elles étaient presque toutes également soutenues par les orateursdel'un et de l'autre prince. Or cesdemandes renfermaient deux sortes Je matières. Les

s>n exnresse de la reine , entreprendrait la unes regardaientlesouverain pontife etla cour

romaine ; et l'Empereur prendrait le parti le plus sage en s'en rapportant, pour celles-ci, au jugement de Sa Sainteté. En effet, le pape avait les choses sous les yeux, et il était plus à même de voir ce qu'il pouvait et ce qu'il devait faire, que Leurs Majestés, trop éloignées de Rome par la distance des lieux. Au reste le souverain pontife ne demeurait pas inactif, puisqu'il avait déjà réformé ses tribunaux, et qu'il s'occupait sans relâche de soins semblables , combinant les moyens d'apporter de jour en jour une plus grande perfection à son œuvre. Mais si on ne voyait pas disparaître tous les ahus, on devait s'arrèler à une considération dont il est surtout

r*me démarche (2) , d'abord pour remplir l'e sorte de bienséance, et ensuite pour rendre , de concert avec le chef de l'Em- Jre, diverses mesures relatives aux inlérts des deux nations. C'est pourquoi les lé- É ts résolurent aussi de choisir un messager

< i devait se rendre auprès de ce prince, en i parence pour lui présenter leurs homnia- \-, mais en effet pour défendre leur cause

< ns le conflit qui allait s'engager. Et par-

< que le déplacement du cardinal Hosius , <ie son collègue, le cardinal de Mantoue, ; ait déjà proposé pour cette ambassade, «•Irait exigé un trop grand appareil et par l'même entraîné trop de lenteurs, ils se détrminèrenl à faire précéder ce vaisseau de I ut bord par une barque plus agile. Ils je-

{\) Lelirc de Foscarari au cardinal Morone, 28 jan- "r. Ecril adressé par Visconli au cardinal Borrolie, 3 février 1563.

(2) Leiire des légats au cardinal Borromée, 2 fêler 1563.

(1) Vie de Commendon écrite par Graiien , évéque d'Amélia.

(2) Lettre des légats au cardinal Borroir.ée, 19 janvier ; une autre du 28, et une autre du 2 février 1565.

(3) Vie de Commendon.

\\) Ces instructions se trouvent dans les papiers de la maison Borglièse,

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facile aux princes d'apprécier la justesse, puisqu'ils sont, par le fait même de leur dignité , constitués médecins des maladies civiles : c'est qu'il y a certaines infirmités politiques qu'on ne saurait guérir, à moins qu'on n'en cherche le remède dans d'autres infirmités plus dangereuses ; et cela par une con

au siège apostolique, comme la justice k demandait.

3. Les légats, déjà absorbés par tant d( préoccupations et de soins pressants , n'avaient pas un moment de relâche du côte des assauts qu'on leur livrait au nom des princes. Le lendemain de la propagation, ils

séauence nécessaire de l'imperfection de la lurent (1) visites par les orateurs français, e ./! l :„- n„~ *; nAanmninc l'F.m- v ét;ii \ encore une atlaa ue de ce trenre au'il:

nature humaine. Que si, néanmoins, l'Em pereur voulait prendre quelques arrangements particuliers sur ces matières , il était prié de s'adresser au pape lui-même; qu'il en recevrait toutes les satisfactions convenables, et que les légats ne craindraient pas d'employer , pour cela, leur intervention et de l'appuyer de tout le crédit dont ils jouissaient auprès de Sa Sainteté. Qu'au contraire, s'il avait recours au concile, le souverain pontife se hâterait de revendiquer les droits de son autorité, attaquée de toutes parts , à celte époque, par l'hérésie. Et de là, qu'arriverait-il? qu'il serait défendu aux Pères de rien accorder, que les légats se verraient dans la nécessité de combattre de tous leurs efforts les demandes de l'Empereur, et qu'on ne pourrait plus s'attendre à voir le concile se terminer promptement et avec gloire , ce que Sa Majesté devait néanmoins avoir à wpur plus que tout autre , en sa qualité de fils aîné et de défenseur de l'Eglise. De là, qu'arriverait-il encore? que les diocèses trop longtemps privés de leurs prélats, se trouveraient exposés à toutes sortes de dangers et à une ruine déplorable. Les autres matières contenues dans les demandes des deux princes se détachaient davantage du gouvernement immédiat du pape. Parmi ces dernières, les légats ne manqueraient pas de proposer celles°dont ils jugeraient l'impétralion plus facile et plus raisonnable. Cependant Commendon avait ordre d'entremêler adroitement à ses entretiens particuliers, quelques mots sur les troubles que plusieurs de ces demandes tendaient à faire naître dans l'Eglise. Mais parce que des réflexions de cette nature pouvaient être regardées comme venant de conseillers timides qui craignaient la réforme et cherchaient à l'éviter, et qu'ainsi elles couraient risque d'être peu écoutées et de ne produire aucune impression salutaire, l'envoyé ne devait les exprimer qu'avec réserve et dans les occasions propices, tellement qu'il parût plutôt les laisser tomber au hasard que les semer avec profusion ; et il lui était prescrit d'en agir ainsi , afin que ces considérations , pareilles à des germes précieux dont aucune influence funeste n'arrête le développement, devinssent fécondes par ellesmêmes, et jetassent peu à peu, en vertu de leur puissance intrinsèque, de profondes racines dans les esprits des Allemands.

La seconde partie des instructions remises à Commendon avait pour but de faire connaître à l'Empereur les nouvelles difficultés que les Français venaient de susciter, relativement à certaines matières doctrinales.

Ferdinand était prié d'user de sa puissance dans l'intérêt de toute la chrétienté et d'apaiser ces désordres, en donnant gain de causé

c était encore une attaque de ce genre qu'il allaient avoir à essuyer. Les représentants de Charles les pressèrent d'accomplir sani délai la promesse qu'ils leur avaient faite d( proposer ce jour-là même les trente-quatn articles; à moins qu'ils ne voulussent leui permettre à eux-mêmes de faire cette proposition. Il était temps, disaient-ils, de prouver de quelque manière, que l'on tenait à sa tisfaire le Roi Très-Chrétien. Les légats n'é taient disposés ni à en venir à la proposition avant le retour de Guallieri, envoyé i Rome pour cette affaire, ni à déclarer ou vertement aux ambassadeurs qu'ils étaien retenus parce motif. Ils les invitèrent dorn à passer dans un autre appartement en attendant qu'ils conféreraient ensemble. Leu; réponse fut : premièrement, qu'ils n'avaien promis autre chose que de mettre sous le yeux du concile, après le jour où l'on c royal pouvoir tenir la session, les abus qui s'éiaiea introduits dans l'ordre et dans le mariage, abus auxquels semblaient se rapporter ui grand nombre des réclamations en question secondement, que la faculté de proposer étai une prérogative réservée de droit aux pré sidents ; qu'ils ne refuseraient jamais d'exei cer ce pouvoir, quand ils en seraient requi non-seulement par les orateurs, mais mell par le dernier des Pères , pourvu que chose à proposer ne fût pas contraire aux convenances. Mais les bassadeurs insistant et disant que les de mandes devaient être proposées sans fonte d'après les ordres formels de Sa Majesté, le légats prirent trois jours pour préparer leu réponse définitive. Durant cet intervalle, il firent comprendre au cardinal de Lorrain que, puisqu'ils avaient envoyé à Rome, d concert à lui, les demandes du roi d'abord et ensuite Gualtieri lui-même avec des in formations plus étendues, que Son Emmène connaissait bien, il paraissait juste et néces saire d'attendre le retour de l'envoyé. Leca dinal les appuya de son autorité et réussit leur obtenir quelque repos de ce côté-là.

k. Les légats n'étaient pas encore sortis d cet embarras qu'ils (2) se trouvaient déj engagés dans un autre. Ils avaient soumis l'examen d'un certain nombre de théok giens huit articles sur le mariage ; et, voular suivre une marche à peu près semblable celle qu'ils s'étaient tracée précédemmei pour prévenir l'abus de la perte du te np: occasionné par la multitude des orateurs, i

\ (1) Lellre des iégals au cardinal Borromée, 7 l vrier 15b5.

(2) Même lettre des légats. Actes du Château, 4 f vrier. Acte de Paleoilo et de l'évêque de SalamaiK|ii Deux lettres de Fosrarari au cardinal Morone, l'ui au 8, l'autre du lc2 lévrier 1565.

ouvertemen a m

L1VRK VINGTIEME.

i aient partagé les théologiens en quatre nsscs, dont chacune devait s'occuper extusivemenl des articles qui lui étaient ossifiés. Les légats avaient opéré celte classifi- [tion conjointement avec le cardinal de brraine. Dans les quatre commissions, les léologiens du saint-siége occupaient le preger'rang, et le second était réservé aux- Icteors en Sorbonne, que l'on regardait cm me supérieurs aux. théologiens gradués rfns les autres universités, et qui ne reconn'issaient pour égaux c;ue les Bolonais. [nisHercule Pagnano, secrétaire du marquis d Pescara, et Martin Gastelu (1), arrivé jouis quelque temps au concile comme dcv il remplir la même fonction à l'égard du clite de Lune, commencèrent à murmurer p à se plaindre, sous prétexte que, donner aisi le premier rang à tous les Français, ctait évidemment les préférer aux Espagl)ls et résoudre, au désavantage de ceux-ci, Ifqucstion de la concurrence entre les deux C^ronnes. Ils protestèrent même qui/s ne suffiraient pas une pareille injustice. 1. - Mats s'efforcèrent de leur faire comprendre <p l'ordre dans lequel devaient parler les théug ns n'avait rien de commun avec celui dans Iciel siégeaient les ambassadeurs. Enfin les dix secrétaires, vaincus en partie par l'as- ■ tant de la raison, et en partie par l'autori*, se bornèrent à demander que, comme le

(nmier de la première classe était un théooien du saint-siége, et que les Français laienl ensuite, le premier de la seconde ssefûl en revanche choisi parmi les Espads. Le cardinal de Lorraine , autant pour cuir la paix que pour tirer les présidents 'ne situation pénible, avait acquiescé à la tnande. Mais , environ deux heures après icoucher du soleil, 1 evêque de Salaman- , accompagné de quelques autres docers espagnols, vint trouver les légats et er dit que ceux de sa nation ne pouvaient • epler cet arrangement, parce que dans la yimière classe Salmeron, qui occupait la imière place en sa qualité de théologien isaint-siége, était immédiatement suivi de lire Français (2). 11 était donc évident ton voulait favoriser ces derniers, et une tee faveur ne leur élait accordée que pour me ressortir insensiblement la prééminence Ida couronne de France, et pour préparer qèlque chose de plus explicite à ce sujet. >'irtant , disaient-ils , le privilège de l'univisité de Paris n'était applicable que dans aoncurrence de théologiens gradués à la aine époque , et il ne pouvait pas déroger U: droits acquis par l'ancienneté des titres. I ût été injuste d interpréter la concession J; s ce sens, qu'un théologien récemment Kvenu au doctorat dans la Sorbonne, dût ivir le pas sur tous les anciens docteurs des tires académies. Les Espagnols deman- Ic.'nt donc instamment qu'ainsi que l'on alervait pour les Pères l'ordre de la pro-

\) D'autres éerivenlGardelu, enlreautres Visconii. ) Actes de 1 evêque de Salamanque et autres uiémi es.

motion, de même on suivît pour les théologiens celui du doctorat. Mais l'heure déjà trop avancée ne permettait pas de s'entendre ce jour-là sur un nouvel arrangement, et on fut obligé de suspendre la congrégation indiquée pour le lendemain matin. Le cardinal de Lorraine trouva bon que l'on fit droit à la réclamation des Espagnols ; car c'est le propre des grands hommes et des esprits supérieurs de ne point contester sur des choses de peu d'importance, quand une conduite opposée de leur part pourrait les empêcher d'arriver aux fins élevées qu'ils se proposent; seulement il voulut que la nouvelle mesure s'étendît aux théologiens du saint-siége, afin que son exécution ne commençât pas par les Français, et qu'ainsi elle ne parût pas avoir été prise pour blesser leur supériorité sur les Espagnols.

Les légats accordèrent tout , à condition que dans la première conférence on laisserait parler d'abord celui qui s'était déjà préparé. En stipulant celte réserve en faveur de l'orateur désigné pour ouvrir la séance, ils mettaient à l'abri de toute atteinte la primauté des théologiens du saint-siége. Le cardinal de Lorraine souscrivit encore à la clause, pourvu que celui qui viendrait après Salmeron fût un docteur en Sorbonne, lequel serait suivi d'un Espagnol; après quoi on continuerait par ordre d'ancienneté. On s'arrêta à ce parti , les légats faisant en sorte que le Ihéologicn français eût été gradué avant l'espagnol, pour que le premier parût préféré à l'autre à cause de son ancienneté et non en vertu d'un privilège accordé à sa nation. Mais les deux secrétaires d'Espagne s'élevèrent encore avec violence (1) contre cet arrangement : selon l'usage de tous les ministres subalternes , qui s'emportent pour des minuties , soit qu'ils veuillent faire parade d'un zèle ardent pour les intérêts de leurs maîtres, soit qu'ils redoutent le blâme , soit enfin qu'ils manquent de pénétr.ition pour apprécier les choses, Pagnano et (iastclu se répandirent en rnenac "s jusqu'à protester que, si on mettait à exécution la mesure adoptée, le roi saurait bien tirer, à la pointe de l'épée , une prompte vengeance. de cette injustice, ne craignant plus dès lors de désobéir au pape ; et que même on verrait bientôt le siège apostolique déraciné du sol de l'Italie et transporté en Espagne. La réponse qu'on leur donna (2) fut pleine de dignité. C'étaient leurs paroles indécentes , disait-on , et non pas la conduite des légats , qui pouvaient offenser Sa Majesté Catholique. Le roi était trop soumis et trop religieux, il ressemblait trop à son père, de glorieuse mémoire, et à ses illustres aïeux, pour oublier jamais l'amour et l'obéissance dus à la chaire de saint Pierre ; et s'il ne s'était pas départi de celle obéissance quand le gouvernement pontifical lui faisait la guerre,

(1) Lellre des légats au cardinal Borromée, 11 février 1503.

\i) Lettre des légats du 11 février. Aulre lellre du cardinal Seripaudi à Aniuliu?, en dale du 13.

on n avait aucune raison de soupçonner qu'il voulût fouler aux pieds ce grand devoir, lorsque Sa Sainteté le regardait comme son protecteur et son défenseur , et se montrait prodigue envers lui des plus éclatants témoignages de respect et d'affection.

5 Ce différend, qui durait encore dans la matinée du 9 , fut cause que les légats ordonnèrent à Salmdron (1) de parler pendant tout le temps de la première conférence, afin de gagner un jour de plus pour terminer cette affaire. Mais les secrétaires espagnols , après une si violente opposition , durent se résoudre à laisser continuer ,1e mode de procédures auquel on s'était arrêté. Seulement ils demandèrent et obtinrent (2) que les légats déclarassent, par le ministère d'un officier public, que la faculté de la parole n'était accordée qu'en faveur du doctorat, à l'exclusion de tout autre titre. Sur quoi la nation (3) se tint pour satisfaite : résultat difficile à obtenir , là ou il y a une si grande puissance et des intérêts si passionnés.

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