‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 5 sur 373 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Premier entretien du avec les légats. — avaient été confiées France.

cardinal de Lorraine Instructions qui lui avant son départ de

tre les princes catholiques contre les protestants, qui déjà commençaient à s'agiter à ce sujet; que le roi s'était conduit, dans ces circonstances, comme son devoir l'exigeait, comprenant bien qu'une ligue semblable en provoquerait une autre non moins puissante entre les ennemis delà foi , et allumerait ainsi dans la chrétienté un incendie qu'il ne serait plus possible d'éteindre. Enfin il termina en disant qu'après s'être acquitté, au nom de son prince, de la mission qui lui avait été confiée, il laisserait aux ambassadeurs le soin des affaires publiques, se bornant à travailler, comme simple particulier, à la prompte conclusion du concile, et tout à la fois au maintien et à l'accroissement do

l'autorité pontificale, autant qu'il serait en Le jour qui suivit son arrivée (T), le son pouvoir (1).

cardinal de Lorraine se fil accompagner des ambassadeurs français , et, avec eu*, alla rendre visite aux légats. Il annonça tout d'abord qu'il avait à traiter deux sortes de matières : les unes qui regardaient le roi très-chrétien, les autres qui le regardaient personnellement. Il commença par lui-même, et rappelant l'ancienne résolution prise par ÎSA Majesté de l'envoyer à ce concile, résolution jusqu'alors entravée par d'insurmontables obstacles, il dit : qu'ayant été excité à se charger de cet emploi par son amour pour ta religion catholique, pour la tranquillité générale, et pour le service de son

2. Les légats répondirent en peu de mots, quant au premier chef : qu'ils approuvaient fort le enoix fait par le roi et son conseil de la personne du cardinal pour cette mission; qu'ils ressentaient une vive joie de son arrivée ; qu'ils avaient une haute idée de la sagesse de ses conseils; que ses manières d agir leur étaient agréables et leur inspiraient la confiance que son intervention contribuerait puissamment à l'heureux succès des négociations , et tournerait ainsi à l'avantage de la chrétienté et à l'honneur du concile; enfin, qu'ils étaient disposés par eux-mêmes et, d'après la volonté du souve-

roi et de sa nation, il se préparait, en consé- rain pontife, à honorer sa personne et à ap-

quence, à prendre les moyens les plus capables de le conduire à de semblables fins ; qu'il était dans la disposition d'honorer les légats, et de leur obéir avec une soumission entière comme aux ministres du siège apostolique,

précier ses talents. — En second lieu, us protestèrent de leur reconnaissance et de leur respect pour les sentiments exprimés dans la lettre du roi , montrèrent qu'ils étaient vivement affligés des malheurs de sa glorieuse France, mais en même temps que leur espérance de la voir bientôt tranquille s'était accrue, à la nouvelle récente de la spécialement serviteur humble et dévoué du prise de Rouen par les armées de Sa Majesté: pontife actuel. Passant ensuite au second Ce succès leur donnait lieu de croire que la point, il salua les légats au nom du roi, de paix allait refleurir dans ce royaume, et que la part de qui il apportait, disait-il, des let- la justice y rentrerait , à sa suite, avec celte très pour eux et pour tout le concile. L'objet sévérité de châtiments qui avait été exercée

auquel il reconnaissait devoir beaucoup, et pour la pourpre qu'il en avait reçue et pour d'autres faveurs très-signalées. Il se déclarait

de ces lettres était de mettre sous les yeux des Pères le triste spectacle d'un royaume qui avait vu se lever sur lui tarit de jours glorieux et fortunés, et dont les malheurs présents ne pouvaient être réparés que par celte sainte assemblée. C'était donc à elle à appliquer les remèdes les plus efficaces; car c'était à elle qu'on avait maintenant recours, comme le témoigneraient les ambassadeurs, d'après les nouvelles instructions qu'ils venaient de recevoir par son entremise, et qui étaient signées de Sa Majesté le roi trèschrétien, de sa mère, de ses frères, du roi de Navarre cl des autres principaux seigneurs du conseil royal. Il ajouta qu'il désirait être admis à l'assemblée générale pour exposer diverses matières, comme il en avait été chargé , et en particulier pour demander compte du bruit répandu en Allemagne qu'on allait, dans le concile, établir une ligue en-

(l) Lettre des légnls au cardinal Rorromee, ou 16 novembre 1562.

contre les ennemis de Jésus-Christ par l'illustre François 1" ; que le bruit divulgué au sujet de la ligue était une fable dénuée de fondement, le pape a,yant assemblé le concile dans un but de concorde et nullement dans un dessein de guerre, et n'ayant donné ordre à ses légats que de travailler à l'union des chrétiens , à l'approbation des saines doctrines et à la condamnation de l'erreur que dans l'accomplissement de ces différents devoirs, ils s'aideraient des lumières du cardinal, le recevant comme un ange de paix envoyé de Dieu pour faire disparaître quelques-unes de ces imperfections, que produisent ordinairement , dans toute assemblée nombreuse, la nature des hommes et la diversité des sentiments.

Ils lui proposèrent d'entrer ce jour-là

(1) Pour ce di>cours du cardinal de Lorraine, consulter Rainaldi ad anniim Cliristi Ia62, au n" 116,

où il est rapporte fort au lonj

L1YKE DiX-NEUWEME.

même dans l'assemblée , si cela lui était agréable.

3. Le cardinal de Lorraine, usant dès-lors d'une plus grande familiarité avec les légats à mesure que l'entretien se prolongeait, entra dans les considérations suivantes : — Il n'était pas du bien public, disait-il, de diminuer ni de restreindre en aucune manière l'autorité du siège apostolique ou du souverain pontife , ni de mettre cette autorité en question ; mais il convenait, dans l'intérêt de la chrétienté en général, comme dans celui de la France en particulier, de faire une bonne et sévère réforme , en abolissant ces mauvaises coutumes partout où on les trouverait ; parce que s'il est vrai que le pouvoir mérite et obtient par lui-même une souveraine vénération, il arrive aussi qu'en laissant subsister des usages scandaleux et nuisibles, il indispose les peuples, s'attire la désobéissance et le mépris, et provoque des soulèvements. Si le concile ne réprimait les abus, on verrait bientôt, selon toutes les prévisions, s'allumer en France contre les ecclésiastiques catholiques une guerre beaucoup plus acharnée que celle qui se faisait alors contre les huguenots, le peuple français étant résolu, non-seulement à mourir dans son antique foi , mais encore à ne pas supporter plus longtemps la dissolution et les mœurs de jour en jour plus dépravées du clergé. 11 s'affligeait en particulier de ce qu'à Rome on donnait quelquefois les bénéfices de cure à des hommes indignes , et il soutint que le pouvoir accordé aux évêques de les en priver n'était pas un remède suffisant, d'autant plus que l'exécution de cette mesure était difficile et peu honorable pour le pape, qui les avait choisis comme s'ils eussent été dignes de cet honneur.

De là, passant aux dissensions religieuses, il donna de grands éloges au roi catholique, aux Vénitiens et aux ducs de Savoie et de Florence, pour l'empressement qu'ils avaient mis à fournir leurs subsides , tandis qu'il se plaignait vivement du souverain pontife, au nom de toute la France, parce qu'il n'avait envoyé au roi que des secours inutiles, à cause des conditions qui en enchaînaient l'usage. Sa Sainteté ordonnait, qu'avant tout, on eût à révoquer les édits promulgnés sur les annales et les préventions; or cette révocation exigeait le concours des parlements, et devenait par là même une œuvre non-seulement très-longue, mais encore impossible à terminer. 11 devait donc suffire au pape que ces édits ne fussent pas observés ; et ils ne l'étaient pas en effet, au témoignage du cardinal.

h. Les légats lâchèrent d'éluder la difficulté en répondant que les annales et les préventions n'ayant aucun rapport à la foi ou à la réforme, ne regardaient pus le concile, mais seulement le pape. Le cardinal tint ferme et prétendit qu'au contraire le pape avait .dit plusieurs fois qu'il s'était déchargé de ces matières comme de toutes les autres choses sur le concile , et que c'était à cette occasion qu'on avait résolu de faire venir à

Trente les Prélats de France (1). Les légats rappelèrent au président du Ferrier que lors- ' qu'il s'était rendu à Rouen pour traiter, au nom du roi, de l'affaire des annates , on lui avait si bien fait voir le bon droit qu'il avait tout approuvé : et le cardinal avoua qu'il avait lui-même entendu, un jour, du Ferrier parler dans le même sens au conseil.

5. Je raconterai, à cette occasion, comment le souverain pontife, d'accusé qu'il était, se constituait accusateur, et se plaignait amèrement (2) de ce qu'en France on avait osé introduire de semblables nouveautés, à son préjudice et au préjudice du sacré collège, contre l'exemple de toutes les autres nations, contre le droit commun et contre les concordats eux-mêmes. Bien qu'ensuite le roi, réfléchissant sur toutes ces raisons eût, par un décret émané de son autorité privée (3), cassé l'édil en question, et qu'il en eût promis sous peu de jours la révocation la plus solennelle et la plus durable, celte révocation n'avait cependant jamais eu son effet. En fournissant ses subsides, la cour de Rome avait par là même annulé toutes les autres conditions, quelque raisonnables qu'elles fussent, parce qu'elle les jugeait difficiles ; et elle avait seulement voulu que ses faveurs fussent devancées par la restitution duc et promise ; restitution qui devait s'opérer ou par un arrêt du parlement, ou même simplement par un ordre du roi , mais conçu d'une manière plus formelle. 11 paraissait donc étrange que les rois réclamassent contre une pareille demande au lieu d'y acquiescer.

Ainsi se justifiait le souverain pontife.

6. Mais revenons au discours du cardinal. — Ce prélat conclut qu'il ne pensait pas devoir jamais se trouver dans le cas de rien dire ou rien faire qui pût déplaire au pape ou aux légats , n'ayant à proposer que des choses convenables en soi et salutaires à la France. Il ajouta, pour donner une preuve plus certaine de ses bonnes intentions, qu'il désirait que ses demandes, avant d'être formulées dans l'assemblée fussent communiquées aux présidents et même au souverain pontife, par l'entremise de quelque prélat, et qu'il ne doutait pas qu'on finirait ainsi par demeurer d'accord.

7. Les légats répondirent : que le cardinal serait un merveilleux instrument de concorde entre eux et les ambassadeurs français, puisque pour accorder une différence quelconque , il faut un intermédiaire qui tienne à l'un et à l'autre des deux extrêmes , et que Son Eminence tenait aux ambassadeurs par la nation et à eux-mêmes par la dignité.

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