‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 61 sur 373 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Paix en France.— Gualtieri prend de là occv sion d'unir plus étroitement le cardinal d, Lorraine avec le pape. — Arrivée de l ambassadeur de Malte à Trente, et dispute m ta place qu'il devait occuper. — Louis d A vila, ambassadeur du roi Philippe a Rom ses instructions, et réponse du pape.

1. Aussitôt que le cardinal de Lorrai fut parti de Trente, le bruit s'y re dit (3) , et bientôt après on y reçut la nou velle certaine de la paix que le roi d France venait de conclure avec les hugue nols, ses sujets rebelles, à des condilior tout à fait honteuses pour la couronne très-préjudiciables pour la religion. Mais mère du jeune roi, qui tenait les renés l'Etat, mettait tous ses soins à conserve! pouvoir à elle-même , qui , parmi le mulle des armes , le voyait souvent vacd dans ses mains de femme, et la securit ses enfants en bas âge , qui n avaient moins à craindre des victoires de leurs p près capitaines que de celles de leurs enn mis. Et'comme chacun trouve toujours 1 raisons pour justifier à ses propres yeux qu'il a d'ailleurs l'intention de faire, ( pensait ne rien accorder de contraire a In neur et à la dignité royale, en accordant qui pouvait avoir pour résultat de rail niir le principal fondement de la dignité rois, c'est-à-dire, la souveraineté, ni rien contraire à la religion , parce que , en

(1) Lettre de Visconli au cardinal Borromée mars 45G3.

(2) Le journal du 25 avril 1o63.

(3) Voyez lettres de Visconli et de Gualliçr cardinal Borromée, 27 mars 1563; les article traité sont détaillés dans le jouirai du 17 avril.

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perlant quelques lége.s préjudices, elle la délivrait du danger des plus erands maux dont elle se trouvait menacée", tandis que les huguenots tenaient l'épée hors du fourreau. Celte paix étant opposée et à l'opinion >t aux intérêts des Guise , et favorable à 'amiral, leur ennemi , n'était nullement propre à les satisfaire ; aussi prirenf-ils bien îeu de part à sa conclusion (1). En parlicuier, le cardinal de Lorraine, qui était éloigné, 'pprit quelle était faite avant même de conlaîlre les clauses du traité.

8 Gualtieri songea à tirer parti de cet vénement : en l'absence du cardinal, il enra en conversation sur ce sujet avec l'arlievèque de Sens. Il loi fît remarquer de uelle étrange manière la reine avait payé ls services de ces princes ; quelle impru- 'uce ce serait à eux de se tenir à un fil ussi fragile que(celui de ses bonnes grâces, ins songer à se ménager un autre appui ; i il pouvait arriver d'un moment à l'autre l'ils se vissent dans la nécessité de céder 1 envie et à la violence de leurs rivaux, et | sortir du royaume pour quelque temps ; • !0 . ce cas échéant, il n'y aurait pas pour « \ de refuge plus sûr et plus honorable que J>me, où était le siège de la religion, pour ljuelle ils s'étaient sacrifiés, et où deux cmtre eux avaient rang dans le sénat parmi h conseillers du souverain pontife ; que si, H lieu de cédera l'orage, ils voulaient réter, comme le pape, prévoyant dès le mois nier ce qui devait arriver, l'avait fait cnidre à Gualtieri lui-même . ils ne pouenê le faire avec succès qu'autant que Sa nlelé les appuierait de toutes ses forces, Jéterminerait par son autorité le roi d'Esmc à les appuyer de même; que, de cette >n , les catholiques deviendraient plus 1 .s et se rendraient plus formidables à la i<> que les hérétiques , et que , puisque la cjnte avait sur elle plus d'empire que la ri 'gion , ce serait alors la crainte la plus Me qui prévaudrait; que, d'ailleurs les jse étaient puissants dans le pays par les «Jvernements de Champagne et de Bour- <>ne qu'ils y possédaient ; que même après - erte encore toute fraîche des deux frères, ur restait un vaillant capitaine dans la )o onne du duc d'Annale , plus expéri- »« lé dans l'art de la guerre que le prince de "Je, chef des huguenots , et plus même u le défunt duc de Guise , lequel, s'élant "i é aller au scrupule d'introduire en «'ice un trop grand nombre de milices Jrigeres, avait perdu et la France et iuiiee; que> pujsqu>ji etait si facilc au car

"»1 de prévoir combien la protection du «« -siège lui serait nécessaire pour le sou- « a quelque parti qu'il dût s'arrêter , il c îv ait donc point préférer la faveur de la mi et des ministres du roi à celle du pape i sacre collège, d'autant plus que la rets lie de celle-ci concourrait avec le de- >»;t avec les obligations d honneur et de

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conscience qui lui étaient imposées, par sa qualité de cardinal ; qu'il ornât donc son chapeau d'une couronne de gloire, qui serait en même temps pour lui un casque prolecteur, en donnant la paix à l'Eglise et la force à l'autorité de son chef; qu'ainsi il acquerrait un droit as-suré aux éloges de tout le monde chrétien qui bénirait à jamais sa mémoire , et à la protection puissante mi sainl-siége qui lui garderait une éternelle reconnaissance. L'archevêque, déjà tout courroucé de cette paix , qui portait un coup mortel à la puissance des Guise , goûta merveilleusement toutes ces raisons. Il attendait impatiemment le retour du cardinal pour l'enflammer des mêmes sentiments ; il aurait même été le trouver d'avance s'il n'eût su qu'il devait arriver très - prochainement , parce que l'Empereur, dans son inquiète sollicitude pour le bon succès du concile, n'avait pas plus lot appris son départ de Trente , qu'il lui avait écrit pour le prier d'y retourner sans délai.

3. On avait interrompu, à Trente, les actions publiques , et l'on ne s'y occupait guère, comme il arrive toujours en ces sorles de trêves , qu'à former divers desseins et à faire diverses prévisions pour l'avenir. Les anciens légals«avaient pris le parti d'attendre l'arrivée des nouveaux (1), pour proposer dans la congrégation générale les canons et les chapitres de doctrine qu'on avait préparés, ainsi que le décret de la résidence composé par le cardinal de Lorraine. Les ordres qu'ils reçurent de Rome quelques jours après se trouvèrent conformes à leur décision. Us apprirent en même lemps que leurs collègues avaient déjà reçu la croix et le congé solennel. Le calme" entier dont on jouissait fut troublé un seul instant par une petite contestation. Martin Roïas de Port il Rubio arriva à Trente comme ambassadeur du grand maître de l'ordre de Jérusalem. U demandait à avoir rang parmi les ambassadeurs des princes séculiers, mais les procureurs de l'archevêque de Sa1zbî>urg, île l'évêque d'Eichsladt et de plusieurs autres prélats , qui réunissaient au titre d'évéque celui de princes d'Allemagne, s'y opposèrent aussitôt, alléguant que puisqu'ils siégeaient parmi les ecclésiastiques , par la raison que leurs maîtres étaient ecclésiastiques quoiqu'ils eussent une principauté, par la même raison le représentant du grand maître. qui est pareillement ecclésiastique et supérieur d'ecclésiastiques, devait siéger dans les mêmes rangs. Ces objections lurent proposées aux légats par Paieollo et d'autres Bolonnais ; c'est pourquoi l'ambassadeur de Malle soupçonna que les Bolonnais lui faisaient de l'opposition à cause du procès qui pendait à Rome entre les ambassadeurs de son ordre et ceux de Bologne. En réponse à leurs objections, il fit valoir en sa faveur les raisons suivantes :

(1) Lelire des légnis au cardinal Borromée, 25 mars 1503.

k. Que Tordre de Saint-Jean était aussi une milice temporelle (1), qu'elle possédait des Hottes, un Etat; qu'elle battait monnaie, et qu'elle ne relevait d'aucune puissance : qu'en conséquence elle envoyait au concile, non point un procureur, comme taisait l'archevêque de Salzbourg, mais un ambassadeur, et que le pape , dans le bret qu il avait adressé au grand maître , lui ordonnait expressément d'v faire aller en sa place un ambassadeur, et' non point un procureur; qu'à Rome, depuis Léon X jusqu a cette heure, l'ambassadeur de Malte avait rang dans la chapelle parmi les ambassadeurs des princes, et qu'ainsi il suivait le cérémonial usité à l'égard des ecclésiastiques et des puissances séculières tout à la fois ; que la même chose s'observait à la cour de 1 Empereur et des deux premières couronnes de la chrétienté ; mais que la position des évoques était bien différente , qu'ils devaient intervenir au concile de plein droit, comme membres et comme juges ; que si quelqu un d'eux avait en même temps le titre de prince temporel, ce n'était en eux que comme un accessoire, et que l'accessoire doit suivre le principal : qu'en conséquence si l'archevêque de Salzbourg était venu personnellement au concile, il aurait dû siéger en son rang parmi les évêques ; que son procureur n etait donc nullement fondé à aspirer a avoir rang parmi les ambassadeurs. Les légats ne voulant rien définir , et la question étant entre deux personnages ecclésiastiques, ils renvoyèrent l'affaire au pape.

5. On attachait une toute autre importance à l'arrivée à Rome de Louis dAviia, grand commandeur d'Alcantara, envoyé au pape en qualité d'ambassadeur par le roi Philippe. Voici quelles étaient les instructions qui lui furent données à Madrid le dernier jour de novembre et que j'ai déjà nommées ailleurs par incident.

Il était chargé de rappeler au pape que le roi, sachant de quelle utilité le concile pouvait être à la chrétienté y avait concouru avec la plus grande promptitude et le plus grand zèle; qu'il y avaitcnvoyéles prélats de son royaume; qu'il y avait député pour ambassadeurs, d'abord le marquis de Pescara, et ensuite, lorsque celui-ci dut être occupe ailleurs, le comte de Lune, qui connaissait parfaitement l'état des pays infectés par l'hérésie; enfin, qu'il n'avait cessé d'employer ses bons offices auprès des cours de France et d'Allemagne, pour procurer le succès de cette œuvre; que plusieurs graves difficultés s'étant élevées dans le concile, il s'était toujours conformé à la volontéde Sa Sainteté, et qu'il avait donné ses ordres en conséquence a ses ministres et aux évêques de son royaume; que le roi espérait que ce concile serait un des principaux, un des plus glorieux, un des plus célèbres qui eussent été rassembles depuis longtemps dans l'Eglise ; et qu'il désirait que, avant de se dissoudre, il mitfin par ses

(1) L'exposé de leurs raisons, qui (ut envoyé à Rome, se trouve dans les papiers des Barbenm.

décisions à toutes les controverses de religion , et accomplit par ses règlements le grand œuvre de la réformation ; \

' 6 Oue le concile ayant été convoqué principalement en vue de ramener les dissidents, il lui paraissait convenable de les y inviter de nouveau ; qu'il offrait de travailler de Tout son pouvoir à les décider a s'y rendre, ne jugeant pas convenable que le pape exposât sa dignité à leurs irrévérences , en les y faisant appeler en son propre nom ; qu on devait garder avec eux une très-grande réserve sans jamais lâcher aucune parole ni en général, ni en particulier, qui put être interprétée d'une manière defa v orable a 1 autorité et à la prééminence du saint-siege; que si par malheur le concile n'arrivait pas, selon ses vœux, à une bonne et heureuse conclusion, il y avait à craindre que la France ne se laissât aller à de dangereuses nouveautés ; que, par conséquent .1 fallait aire en sorte que ce royaume remît au concile la décision de tous les différends de religion ; que le roi offrait de s'employer a cette fin de la manière la plus efficace; mais quil fallail procéder sans précipitation et ne rien défini qu'avec maturité, afin de ne pas donner lieu aux hérétiques de se plaindre et aux catholiques de se scandaliser;

7. Qu'il ne fallait pas parler de le suspendre ; qu'il était nécessaire de s appliquer . la réformation des abus concernant les eccle siastiques, et que pour la satisfaction corn mune.il semblait bon au roi que tout tel se fît dans le concile; que cette marche n préjudicierait en rien à l'autorité du pape puisque le concile était convoqué par présidé par les légats , réglant tout par ! autorité; que d'ailleurs tous les prélats concile étaient non-seulement tres-zelespou le service de Dieu et pour le bien publ'r mais encore très-favorablement disposes, Ion leur devoir, pour le maintien du sie apostolique et de la hiérarchie ecciesiastiqu que si au contraire, les règlements derelo mation se faisaient à Rome , quelque ngoi reux qu'ils fussent , ils ne seraient pas ivorablement accueillis; que par conséque si Sa Sainteté voulait réformer les tribunal de sa cour, comme elle avait commence a faire, il fallait charger le concile de r gler les principaux points de cette î mation ;

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