‹ Histoire du concile de Trente (volume 2)Chapitre 96 sur 373 · Ce même jour les ambassadeurs d · texte numérisé non relu

Ce même jour les ambassadeurs d

lennité , qu on devait célébrer dans trois ou quatre jours. Ce délai , bien court , faisait espérer pourtant aux légats , et peut-être au comte de Lune même , un accommodement paisible , ou au moins des conférences avec les prélats italiens , espagnols et allemands. Le secret qu'on avait gardé vis-à-vis d'eux n'avait eu d'autres résultats que d'atti- ies légats tiennent conseil sur la manière rer une résistance plus subite, et de s'aliéner répondre aux protestations des França leurs secours. En obtenant leur assentiment, on se créait des auxiliaires puissants , qui sauraient détruire les injurieuses accusations dirigées contre le souverain pontife. Avertis à l'avance , ils se prépareraient à la défense , et confondraient leurs adversaires par un accord inébranlable. Mais pouvait-on improviser cette union au milieu d'intérêts si différents? Les légats, qui avaient à satisfaire à la fois et le souverain pontife dont les instructions étaient pressantes , et

le Roi Catholique en faveur duquel elles souverains se rendirent près des légats, étaient rédigées , songèrent à se mettre des uns comme parties, les autres comme médi deux côtés à couvert de tout reproche. Ils teurs. A tous, les présidents répondirent q firent donc renouveler au comte, par le car- |es ordres du souverain pontife étaient saci dinal Madrucci , Drascowitz et l'ambassadeur pour eux, et qu'ils ne pouvaient se refuse» ^polonais, la même demande, et en reçurent ies suivre, s'ils en étaient requis par la même réponse. D'une autre part, malgré comte. Pour préparer une réponse unifor le refus du cardinal de Lorraine à l'offre de a toutes ces représentations, Simoneltat Drascowitz, qui lui proposait l'omission de recours à Paleotto (1) et le pria de lui la paix et de l'encens , les Français compre- dresser une formule. Ce canoniste lui fit < naient que se montrer inflexibles , c'était tendre qu'il ne croyait pas dans les intér mettre les légats dans la nécessité d'exécu- de l'Eglise et du pape d'allumer sans née» ter leurs instructions ; que se brouiller avec silé un incendie immense et peut-être ind le pape , c'était agir directement contre les intérêts de leur souverain , encore mal affermi sur son trône, et lui susciter un ennemi puissant dans la personne du roi d'Espagne, trop attaché désormais à Pie IV pour la perte de ce royaume entraînerait infal abandonner sa cause. En outre , leur obstina- blement celle de sa patrie. Le cardinal réjl tion ne ferait que les déprécier devant le ti t que leurs instructions étaient tellerrl concile et aux yeux des étrangers. On est précises, qu'ils n'avaient pas à les examiil toujours disposé à condamner ceux qui re- mais à s'y soumettre; qu'ainsi on luidenl jettent d'honorables conditions. Enfin , et dait sa coopération et non son avis. Palel comme chrétiens et comme Français , ils se eut assez de grandeur d'âme pour refJ révoltèrent à la seule pensée de troubler la son entremise dans une action qui allait 11 paix de l'Eglise et la concorde entre les leverser l'Eglise. Il déclara franchementl puissances. On assure qu'ils savaient que (1) les ordres du pape étaient de nulle vall les légats eussent dissous le concile aus- parce qu'ils étaient contraires à la voll sitôt après leur protestation. Quel que soit, de Dieu, supérieur au pape et à toute pj du reste , le motif qui les ait fait agir, ils consentirent à ce qu'on n'offrît point la paix et l'encens , pas même aux légats , pour que celte nouveauté fût plus solennellement consacrée ; et les ministres du pontife ne se montrèrent pas exigeants sur ce point. La messe fut donc continuée ; on l'avait interrompue quelque temps parce que la durée du sermon n'avait pas suffi à terminer le

tinguible; que tous les yeux se mouillai de larmes à la vue du schisme que ces tr blés funestes occasionneraient en Franl que l'ambassadeur de Pologne assurait I

sance créée. Il défendait de s'exposer vol tairement à un schisme certain. Du r| tous les canonistes convenaient qu'enl circonstances imprévues, qui changent!

sentiellement la nature des choses, le I cepte du supérieur a perdu sa force, i que, instruit des événements, il le révol rait lui-même. Buoncompagno, mis al semblable épreuve, résista avec un coil différend. Après sa célébration (2) , le comte pareil. Habitué aux tranquilles délibéra^ de Lune, qui sortait ordinairement après tous du sénat vénitien, Navagero penchait! tes autres ambassadeurs, derrière les légats , cet avis. Cette presque unanimité décidl se retira cette fois le premier avant la croix, légats (2). Ils se résolurent à dépêcll Celte trêve momentanée , au milieu d'une Rome un exprès pour demander des insl lutte terrible, laissait respirer les partis; tions nouvelles plus conformes à la silul elle ne les délivrait pas de l'anxiété de l'at- présente. Cette délibération fut tenue sej

(1) Noie de Visconli, du 30 juin 1563. (1) Actes de Paleotto. .

(2) Lettre de Visconli, au cardinal Borromée, 30 (2) Lettre des légats au cardinal Borromci Vin 1563. juillet 1563. ■

In agissant ainsi ils demeuraient libres de annuler s'il en était besoin, sans encourir e reproche de légèreté dans leur conduite; [s pouvaient aussi plus facilement travailler la conciliation, et du côté des Français, qui ^douteraient davantage une issue malheu- -use, et du côté des Espagnols, qui cèdelient plus volontiers sous le prétexte du ien public que sous l'impression d'une au- <rilé toujours dure et pénible.

Ils écrivirent au pape qu'on avait généraent improuvé leur conduite, et que même la parties intéressées, telles que les Portuais et quelques Espagnols, avaient manii«té ce sentiment. Tous étaient unanimes à »re qu'on violait les droits d'un prince ini- :?ur, sans l'avoir entendu, sans l'avoir cité. et attentat n'avait pas encore été commis, isait-on, ni à la cour de l'Empereur, oncle (i roi d'Espagne, ni même à celle du pape, d Sa Sainteté avait plus de moyens d'agir d'au concile même. Ils avaient tout lieu de coireque les Français se présenteraient dès 1 lendemain pour décliner cette raison d'ex- (tplion et pour protester contre un acte qui tmpromettait la liberté des Pères et la sécuié des personnes, garanties si souvent par 1î plus solennelles promesses. C'était en cet sans leur avis, sans leur consentement ife le souverain pontife, de son autorité prticulière, ordonnait des innovations de cite nature, et blessait ainsi, dans ses repésentants, un roi que tous les siècles aaient reconnu pour le Gis aîné de l'Eglise. Û n'avait pas seulement condamné celte r'sure comme injuste, ajoutaient les légats, mis comme extrêmement pernicieuse. Les lançais se préparaient à protester le jour c on mettrait le projet à exécution. Respeceux envers le saint-siége, bienveillants à gard du comte, tout leur ressentiment devit se décharger contre la personne de le IV ; ils se retireraient le lendemain en renaçant d'élire un nouveau pape; tout le nrd de l'Europe les appuyait dans leurs furstes desseins. Un autre grief pesait encore sr le pontife : on lui reprochait de ne recu- \t ni devant la dissolution du concile, ni dvant la ruine de la chrétienté, pour éviter te réforme qu'il avait en horreur, tandis qe les Français en étaient regardés comme li promoteurs les plus ardents. Ils pens.enl que ces considérations engageraient S Sainteté à révoquer entièrement ses ord?s ou à en suspendre provisoirement l'eff ; qu'elle ne persisterait pas à faire des cérérmies de la paix et de l'encens un sujet de c\ corde. Les ministres espagnols s'exécutaient de bonne grâce; leur confiance t vers le souverain pontife était parfaite; et oilleurs la résistance opiniâtre des Français li avait d'autant plus "déconcertés, qu'elle ait moins attendue. Enfin, pour témoigner t leur soumission, les légats terminaient en tclarant qu'ils étaient prêts à obéir au ponts s'il maintenait ses ordres. Pour laisser t courrier le temps de revenir, ils remettent l'exécution à la session prochaine. 1 annonçaient en même temps que le car-

dinal de Lorraine se disposait à envoyer Musollo à Rome pour informer Sa Sainteté de tout ce qui se passait, et, selon l'opinion commune, pour lui faire agréer son départ de Trente.

2. En effet, Musotlo prit les devants sur le courrier des légats, et remit au pontife une lettre du prélat. Le cardinal soumettait d'abord à la censure du saint-père tout ce qu'il allait dire; mais ce n'était qu'une ruse pour se sauver du reproche d'irrévérence et d'emportement , car il s'exprimait ensuite en termes amers, etfaisait sonner hautl'injuslice criante faite au roi son maître , dont les services passés méritaient une autre récompense. Sans la prudente réserve du comte de Lune, disait-il, sans notre patience à tous, il ne tenait pas aux légats de rendre le jour de la fête de saint Pierre le plus funeste, le plus désastreux qui jamais ait lui sur la chrétienté (i)„ 11 continuait à se plaindre avec d'autant plus d'aigreur qu'il semblait y mettre moins de fiel. Il reprochait au pape d'avoir défendu à ses légats de lui rien communiquer des affaires. Pourtant en celte circonstance, cuire autres, sa coopération pouvait être de la plus grande utilité, comme on venait d'en avoir une preuve; et si, malgré sa surprise, il était parvenu, avec l'aide d'un prélat espagnol des plus distingués (il entendait parler de Guerrero), à arrêter les conséquences les plus fâcheuses, dont la moindre eût été la dissolution du concile, que n'eûl-il pas fait s'il eût été dans la confidence? La dignité dont il était revêtu et qui l'attachait intimement à l'Eglise, le désir sincère de la paix l'obligeaient d'avertir Sa Sainteté que les ambassadeurs français protesteraient mille fois plutôt que de laisser exécuter ses ordres. A leurs yeux le pape avait dépassé ses pouvoirs : juge suprême, il s'était fait partie ; ses decisionsétaient nulles, et pour le fond, et pour la forme ; en sorle qu'ils songeraient, sans égard pour le concile ou pour aucune autre autorité, à s'armer pour la défense d'une cause désormais sacrée. L'injuslice, et Sa Sainteté devait le savoir, est ce qu'il y a de plus insupportable pour un homme d'honneur; les princes ne la pardonnent jamais : toute considération s'efface devant la vengeance. Les ministres, forcés d'obéir, doivent agir alors contre leurs intentions personnelles et ne respecter plus que la volonté du souverain. Parmi les Italiens et les Espagnols qui se trouvaient au concile, il n'en était aucun qui ne blâmât la conduite de Sa Sainteté. Il la suppliait donc, dans la charité de Jésus-Christ, de se désister de sa première résolution, de laisser le3 Pères suivre la voie dans laquelle ils étaient entrés, parce que c'était le seul moyen d'arriver à une heureuse conclusion. De son côté il s'engageait à travailler à un prompt succès si l'on promettait de respecter les droits de la cour de France. Il était inutile

(1) Lettre du cardinal de Lorraine au pape, 50 juin 1563. Elle est rapportée dans le livre français déjà cité.

°b° n .. rK.ripe IX pt montrent dans la plus grande inquiétude;

du reste de songer ^^^^i}^ Toit qu'ils fussent réellement dans cette dis- Philippe. Tonte tentative f. ^"îfsaîTdc ÎS positon, soit qu'ils voulussent se ménager infructueuse. En fin'^a.f^^^xU^méd \„ £ar là toute la liberté possible dans leur franchise avec laquelle il se ai t expr me, sur

rZ le et son dénouement. Il joignait à cette m" dictée en italien, deux vers latins qui devaient accréditer son envoyé.

3. Quelques heures après le départ de MusotYo, le cardinal apprit que les légats se disposaient à dépêcher un courrier a Rome. I Pénétra sans peine le motif de ce message, e tchargea l'exprès d'un billet (1) fort cour , écrU en latin. Sa première lettre, d.sait-.l, avait été dictée en désespoir de cause; mais avant remarqué depuis le changement survinfdans le? dispositions des g. ; , , sup-

conduite. Ils finissaient en assurant qu ils prieraient le ciel de les éclairer , prolongeraient toujours les négociations , useraient de tous les moyens pour faciliter une conciliation ; enfin que s'ils se trouvaient dans la nécessité d'offenser un des partis, ils choisiraient de tous les maux le moindre, de tous les expédients le plus tranquille et le plus sûr. Dans les événements d'une haute portée, la stricte fidélité des ministres à leur mandat n'est pas toujours une garantie suffisante. Un prince est ordinairement disposé à se

venu uau» .c=> "/fi"""-."-' instances croire mal servi par des agents qui s etiaceni

pliait Sa Sainteté avec de ■°"^'^1£2s pour laisser retomber sur lui la honte de

pourrait ensuite terminer son,°3U.vre.;^vr^ poser de ses longs travaux : elle le » trou erait toujours zélé pour la gloire de Dieu et l'honneur du siège apostolique.

k. Les légats remirent depuis a leur envoyé une note qui changeait la situation des affaires, et troublait les espérances exprimées par le cardinal deLorraine(2). Ils mandatent à Borromée, qu'après avoir fermé leurs premières dépêches, ils avaient appris u % % au cardiml à

truclions d'un chef trop éloigné du théâtre des affaires pour en avoir une connaissance exacte. D'ailleurs le ministre est toujours ac cusé d'un échec. On attribue l'effet à sa causi immédiate : la vue des hommes s'arrête la Que l'instrument soit aveugle, inanimé, sani vie, n'importe : le joueur désespéré hnse le dés , déchire les cartes qu'il tient sous s main!

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