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CHAPITRE V

Ce qui se passa dans la seconde session.

1. La seconde session se tint au jour indiqué, le sept de janvier; ce fut Jean Fonseca, évêque de Castellamare,qui chanta la messe solennelle. Coriolan Martiran ,* évêque de Saint-Marc, prêcha en latin sur la corruption

dire sans cesser d'avoir en vue d'abord h cause de Dieu et sans oublier qu'ils étaien évêques; qu'ils eussent des pensées de pai:* et de modération dans une assemblée qu avait pour but principal la fin des discordei qui déchiraient l'Eglise.

2. Après cela, i'évêque de Castellamarc lut du haut de la chaire les constitutions du Pape . tant celles qui concernaient le joui de louverlure que celles qui interdisaient' l'exercice du droit de suffrage par procu-J reur.

Vint ensuite un décret du concile, dans lequel on prescrivait aux Pères et aux autres beaucoup d'œuvres de piété et de pénitence: on y exhortait tout le monde, et particulièrerement les savants à rélléchir aux moyens les plus efficaces pour extirper l'hérésie et] réformer les «mœurs. ]

On déclara que la forme de siéger ou de

des mœurs et sur l'état dépl(3rable de la re- donner son sutïrage, quelle qu'elle fût, n'aligion. Ensuite après les prières ordinaires ,

Ange Massareili, secrétaire du cardinal Cer- TÎni et choisi par l'assemblée deux jours auparavant pour servir provisoirement de se-

(1) Spécialemenl lorsque nous rapporterons la légaiioii du cardin;ii MororiC auprès de i'empcrcur Fertlinaitd, en raiinéc 15b2.

(1) C(^s Mémoires embrassent depuis le commencement du concile, jusqu'au o février 4556 ; ils sont entre les mains de MM. Karbcrini. 1.,'ongiiiai (ie cliacune des citi'.lioiis qu'on en fait est conservé à Naples, dans le couvent des Anguslins de S. -Jean de Carbor naio L'anieur obtint du pai)e Alexandre VU l'autorisa lion de le faire venir pour l'examiner.

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jouterait ni ne préjndicierait aux droits de de Castellamare tenait alors h la main ; s'ils

personne. voulaient assigner tris emplois à telles per-

3. Les Pères interrogés, selon la coutume, sonnes; et là on nomma celles qui avaient

si ce décret leur plaisait, l'approuvèrent ge- eu les suffrages dans la con!!régaJion précé-

néralement, sauf deux oppositions dont l'une denfe : et enfin, s'il lourconve:,;iil de fixer I.;

est tue par Sarpi et l'autre dénaturée. La pre- session prochaine au quafrirme j(»ur de

mière fut celle de Guillaume Dupré, évêque février. L'assemblée répon<llt à toutes ces

de Cler.nont: i! dem mda que, dans le décret questions par un assentiment unanime, où l'on ordonnait des prières pour l'empereur 5. Sarpi tombe dans d'autres eireurj moins

et pour les autres princes en général, on graves; par exemple, lorsqu'il donne le

exprimât nommément le roi de France. Cette nombre des gentilshomi.ies qui assistaient

demande avait dé'à été présentée par les assis au coucile, il en comr;te dix au lieu de

Français dans la congrégation précédente, et, dix-sept. De ménu) dans rénnmérilion des

comme on leur avait répondu que ce serait théologiens qui s'y tenaient dtboul, à l'oxcep-

icxciter la jilousie des autres princes qui ne tion d'(îieas(ro(lJ et <ie l'un de ses coiié>ues

iseraient pas également nommés, ou que si déjà cité qui eurent l'honneur do sieg(T, jl

on voulait les nommer tous, on tomberait n'en suppose que vingt environ, et ii v en

dans les discussions les plus fastidieuses de avait trente-cinq. Mais iaiss(»ns c( s ninulies.

préséance ; ils insistèrent en alléguant que, Voici fleux remarques malignes fie lui, qui

.puisque leur roi était le seul avec César dont demandent à n'être p;:s négligée: .La pr( mière

Je Pape fît mention dans la bulle de convoca- c'est que tout le concile général se eonposait

^ion du concile, il pouvait bion aussi être le de quarante-trois peisormes dont qu^stre car-

seulqui fût nomméd.msledécret. Néanmoins, dinaux , quatre archevêques, vingt- huit

la majorité fut d'avis d'ajourner la décision évoques, quatre généraux d'ordre et trois

'par égard pour le roi des Romains. Ce qui abbés. Mnis, ne savait-il pas, lui, que durant

Lcontribua le plus à déterminer les Français les premières sessions, on consuma à dessein

à se désister, ce fut l'usage (1) où est cora- le temps dans des choses de pure cérémonie

.munément l'Eglise de ne faire, dans la prière et d'apparat, afin que pour les délibérations

|jlu vendredi-saint, mention d'aucun autre plus importantes on attendît les autres qui s'y

prince séculier que de l'empereur. Car cha- rendirent ensuite et qui ne se mirent enfin en

i;un se soumet facilement à la coutume, soit mouvement que lorsque l'ouverture du con-

parce qu'elle est comme une autre nature, et cile vint , comme un aimant, remuer leurs

que tout ce qui nous vient d'elle, nous 1ère- pieds de fer? Et ces quarante-trois personnes

gardons et le supportons comme nous venant étaient des hommes d'un mérite distinf^ué

le la nature mêine; soit parce qu'il y a trop choisis des diverses parties du monde et ac-

l'odieux dans le rôle de quiconque cherche à compagnes de la réunion des meilleurs théo-

s'affranchir de la coutume, les autres s'é- logicns de chaque nation. Parmi ces derniers,

lOignent Je lui comme d'un perturbateur du se sont immortalisés comme écrivains. Solo

repos commun. Oleaslro, Catharin, Castro et Vega : noms

k. La seconde opposition qu'éprouva le qui suffiraient pour honorer un siècle; est-ce

^écret vint de la part de plusieurs évêques qu'ils ne peuvent pas faire la gloire d'une

îui se plaignirent de l'o'nission de ces mots, assemblée? Jl y avait en outre beaucoup de

'eprésenlanl V E (j'iùeiiniverscll e .'èàv\)'\ attribue canonistes célèbres. D';jilleurs Sarpi ignorait-

:etle opposition aux Français en général et il par hasard que les géants aussi sont petits

mx Français seuls : et cependnnt il y entra quand ils naissent, et que, selon l'enseigne-

3lus d'Espagnols et plus d'it iîiens que de ment du philosophe, le principe, quelque

français. Antoine Filleul, archcvêqucd'Aix, petit qu'il s- it en volume, vaut plus que la

ut le seul de ces derniers qui y prit part, moitié en force et en résultats ? andis qu'il y eut, du côté des Espagnols, 6. La seconde remarque maligne de Sarpi,

François Navarre, évêque de Badajoz , Jean c'est que le Pape, p(mr augiiienter le nombre

ïalazar, évêque deLanciano, Jean Fonseca, des voix vendues à ses lég>>ts, envoya au

îvêque de Castellamare, et Diego d'Albe, concile deux évêques de nom qui n'avaient

;vêque d'Astorga; et du côté des Italiens, jamais vu, ni l'un ni l'autre, Icurpropretrou-

;»ierre Tagliavia, archevêque de Palerme, peau. C'étaient Olaiis W.-pnus, archevêque

îraccio Martelli, évêque de Ficsole, Henri »â"Upsal en Suède, et Robert Venanzio (c'est

^offredi, évêque de Capaccio, Jacques Jaco- ainsi qu'il le nomme), Ecossais, archevêque

)elli, évêque de Belcastro; et de plus, Angel d'Armagh en Irlande, tous deux entretenus

*ascal, évêque de Motola , qui déclara n'ap- à Rome depuis plusieurs années aux frais du

)rouver que pour cette fois le titre simple tel souverain Pontife. Lâche calomnie! comme

(u'on le mettait. Quelques-uns veulent aussi s'il n'eût pas pu trouver dans ses Etats ou à

[ue l'évêque d'Astorga , dont nous avons sa cour, pour les envoyer à Trente, deux

)arlé, ait apporté la même restriction à son prélats plus dépendants de lui ! tandis qu'iï

»pinion. Ensuite on demanda aux Pères s'ils les choisit réellement, afin qu'il y eût au

aaient d'avis que, pour éviter des longueurs concile des évêques de toute nation, qui en

nutiles, on regardât comme faite la lecture relevassent la dignité, et s'y rendissent utiles,

les autres bulles pontificales que l'évêque personne n'étant plus propre qu'eux à faire

(4) LeUre du cardinal Gervjni à Fartièse, du 9 jan- (1) Lcure des légats au cardinal Farjièse, du 9 jaa-

îîer 1546. vier 1546.

n HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE. 48

connaître l'état elles besoins de chaque con- cause (1) de ce premier retard, et du retard

trée. Le choix du Pape fui encore déterminé beaucoup plus long qui le suivit, c'est qu'il

par les belles qualités personnelles de ces voulut recevoir auparavant l'agrément de

hommes que leur constance dans la foi faisait Charles-Quint. Cet empereur, en dépit de ce

vivre en exil et dans la pauvreté, et surtout qu'il n'avait pu lui obtenir la pourpre peu

par colles d'Olaùs Magnus. Qui est assez auparavant, avait, par égard pour lui, dé-

élrangor à ce qui s'est passé dans ce siècle fendu de l'accepter à ceux de ses autres su-

pour ignorer la grande érudition et les travaux jets qui en seraient honorés. Ce ménagement i

apostoUques de ce prélat? Quant à l'autre, de Pacheco pour un prince laïque, dans une

il prend Venanzio pour son nom patro- de ces deux nouions de se blâmer et de s'inymique,lanilis(iue d'après Sponde(l) ce n'é- miter tout à la fois dans les mêmes choses, lait que !e second des deux prénoms qu'il por- 2. Une fois donc que l'agrément de Char-

tait, son véritable nom et celui de sa famille étant Vaucop. Mais au fond, Sarpi fait unéloge très-honorable de lui : car si, au jiigeau'nl <iu

les-Quint fut arrivé et que Pacheco se fut revêtu des insignes du cardinalat, on reprit l'assemblée générale. Le premier légat s'y

phiiosophe(2), un panégyriste blâme beaucoup plaignit de quelques Pères qui, contrairement le héros qu'il ne loue que peu, létendue de au rejet qu'on avait fait dans l'assemblée l'affection qu'il lui porte, ne servant qu'à du cinq du titre magniflque de concile repré' faire reparaître combien peu il y avait de sentant T Eglise tiniverseUe, n'n\aienl jpas eu bien à dire; de même un ennemi, quand il honte dans, la session solennelle, de s'opponousblâme peu, devra paraître pour la même ser pour celte raison à la rédaction du déraison nous louer beaucoup : et peut-on cret : et là furent déduites tout de nouveau

dire moins de mal de quelqu'un que de ne savoir lui reprocher autre chose que la fïiblesse de sa vue et son adresse à courir la poste. Il est bien plus digne du mérite de cet archevêque l'é oge qu'en fait le même Spondan (3j, quand ii rappelle 1rs honorables

les raisons nombreuses qu'on avait de s'abstenir de ce titre : que l'usage des plus anciens conciles s'y opposait; qu'on ne l'avait pas même fait à Constance, si ce n'est dans certains actes plus importants , comme lors quon eut à j»rocéder contre un usurpateur;

légations dont il s'acquitta pour le bien de du premier siège , ou à condamner de noul'Eglise auprès de l'empereur et du roi de veaux hérésiarques ; que l'emphase de cette France, et qu'il fait remarquer que les piai- épithèle allait mal à une assemblée compo santeries de Sarpi sortent de la source bour- sée de si peu de prélats et si pauvre en ambeuse de Sleidan. Mais ce serait la marque bassadeurs ; qu'il ne fallait pas s'exposer aux d'une vertu commune et trop facile que de ne bons mots des Luthériens, qui ne manquepas provoquer la rage et la morsure de raient pas de rappeler l'ancien proverbe ^

rimpiété

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