LIVRE SIXil'.ME
dans lo monde et qui a les inclinations et les furent plus tard dans celles du concile de
ni(Purs de son temps , et non pas le chrétien Trente, lorsque le soulèvement de la faction
tel qu'il était dans les temps passés. Ce serait hérétique la plus violente, et les vues chan-
donc une entreprise folle, ridicule et impos- géantes de la politique des puissances l. ^=-
sible à réaliser que de vouloir conserver porelles faisaient naviguer la barque i\o
maintenant la simplicité anciennement sui- Piorre dans un détroit resserré où eiu* él.>i
vie dans les a semblées ecclésiastiques aux- ballottée par des veut;, (oatraircs. Enfin si
quelles prennent part les plus grands princes liberté a affranchi les (onciles modcrnrs li
de la terre, et où se traitent les questions de cette crainte profane, donc ce qu'ils ont r( -
la plus grande importance pour le bonheur connu d'autorité et de préémin^ nce dans le
de l'état : ce serait absolument comme si on Pape ne leur fut pas extorqué par ia p. Ui- de
voulait conserver aujourd'hui, dans la con- la violence; ils ne firent eu cela que se rendre
struction des églises, rarchitecture d'il y a à la sagesse des assemblées, où chacun avait
liOO ans, dans les tableaux oflerts à notre vé- la liberté de son opinion. Miis, comme cos
nération sur les autels, la peinture d'alors, et congrégations secrèus , au témoignage de
la musique de cette époque dans l'harmonie Sarpi, il a fallu les multiplier à l'excès dans
sacrée de nos chœurs. le concile de Trente pour éviter dans les ses-
7. Sarpi dit : // échappait sans doute de sions publiques léciat de disputes scanda-
temps en temps à l'imper fection de quelques- leuses:ce ne fut donc pas un concile servile,
uns des paroles ou des choses hors de propos; comme il veut le persuader dans tout son li-
mais lacharilc, qui pallie les défauts cVuii frère, vre, mais le plus libre de tous ceux qui aient
les excusait. Soit, mais dans ce siècle où il été tenus.
naît des hommes d'inclination toute contraire, 9. Aux faussetés précédentes cet auteur
comme un Sarpi, lesquels non seulement dé- mêle quelques vérités qu'il altère visible-
couvrent les défauts d<'s prélats, mais les dé- ment; nous en donnerons un échantillon. Il
terrent, les amplifiant, les imaginent, il faut procéder avec plus de précaution, à l'imitation du changement qu'o!) a prudemment adopté pour les affaires civiles, qui ne ne se trait;'nt plus de la même manière
écrit que les légats, dans la lettre (1) où ils sollicitaient du Pape les instructions dont nous avons parlé, demaiidèrent entre autres choses si on devait compter les suffrages par nations ou par têtes. Cette partie de son récit
qu'autrefois. Qu'on ne me réponde pas qu'il estexacte. Ilajoutequ'ilsseprononcèrentcon
serait phis digne de la franchise ecclésiastique de procéder sans ces voiles empruntés aux artifices du siècle. C'est une assertion pleine de fausseté; sous l'ombre de la franchise, elle introduirait la témérité. Rien de plus important que de conserver dans les hommes le sentiment qui les fait rougir de faire le mal en public. Dans la république
tre ce premier mode de scrutin, parce qu'il devait amener une coalition entre les évoques de chaque nation particulière, et rendre inutile le suffrage des Italiens, qui formaient la majorité et étaient les plus dévoués au siège apostolique. Tout cela est de la broderie sortie des doigts de Sarpi. La lettre ne contient que ces mots : Nous ne savons si on ne
chrétienne on gagnerait à acheter une once voudra pas essayer de compter les suffrages
de cette salutaire honte au prix de toutes les par nations. Il conte aussi qu'il arriva de
pourpres précieuses de la Phénicie. Silence à Rome une réponse conforme à l'avis des lé-
l'ignorance ou à la malice. L'univers chré- gats, et que le Pape la motivait encore sur la
tien n'est pas pour cela corrompu et hypo- nouveauté de ce mode de scrutin ; il n'avait
crite; il n'est devenu que meilleur et que plus été introduit que par les conciles de Con-
retenu, depuis qu'on a pris plus de soin stance et de Bâle, et ces assemblées ne de-
qu'auparavant de ne pas s'éloigner du beau valent pas être données comme des modèles
et de l'honnête dans ce qu'on fait publique- à suivre. Et néanmoins la vérité est que dans
ment; car c'est une marque qu'on est encore les lettres de Rome ("i) où on répond à tous
maître de sa passion, que de pouvoir lui met- les autres articles , on ne dit pas un mot de
tre un frein lorsqu'on veut. celui-ci, parce que les légats en avaient parlé
S.Telleest donc la vraie raison du change- comme d'une chose qu'ils pourraient bien menl survenu par rapport aux congrégations avoir à proposer, et non qu'ils proposaient particulières; celle qu'en donne Sarpi est réellement. Au contraire, ils n'avaient pas le fausse , j'entends l'usurpation de la prési- dessein de le faire jamais, et par conséquent dence par les papes , et l'exclusion entière une si prompte décision n'était pas nécesdes princes temporels dont la crainte conte- saire. Et si le Pape avait répondu là-dessus, nait dans le devoir les évêques au milieu des il n'aurait pas écrit que le concile de Consessions publiques. D'abord on a déjà vu que stance n'était pas à suivre. Ces beaux senticette autorité des pontifes n'est pas une in- ments, il les aurait laissés à Luther, dont ia novation. rage contre ce concile se répandait en de si
En second lieu, l'exercice de cette autorité furieuses imprécations. Au reste, ce ne fut
fut beaucoup plus fréquent et beaucoup plus pas comme mesure ordinaire qu'on adopta
absolu dans les conciles précédents , surtout dans ce concile le scrutin par nations ; il n'é-
dans ceux d'Occident , où aucune grande tait ni approuvé par les canons, ni en usage puissance ne disputait au Pape le gouvernement absolu des affaires ecclésiastiques. Les princes n'étaient pas non plus intéressés dans les décisions des conciles, comme ils le
CONC. DE TbE-STE. 11.
(1) Au cirdinal Fornèsc , le 14 de décembre 154fJ.
(2) Le dernier jour de décembre 1545 et le 25 de janvier 1546.
{Deux.J
HISTOlItE DE CONCILE DE TRENTE.
dans l'Eglise. On n'y recourut que comme à crétaire au concile, jusqu'à ce qu'on e
«ne mesure exceptionnelle que des circon- pourvu définitivement à cette place, lut, j
stances particulières rendaient indispensa- nom des légats, cette exhortation dont Sar
j)lg, place faussement la lecture au jour de l'oi
10. Voici ce que j'ai lu dans un manuscrit verture. Elle fut composée par le cardin
di"ne de foi : « On conserve à Venise, dans Polus, si on en croit les Mémoires d'un ai
la bi'sliolhèque de Saint-Marc, un livre de Il m.ii.î (kl cardinal Bess.ri n, où sont contenus les actcf; de ce concile. On y rapporte (lira ce moment où l'on s'occup.iit de faire .Vs!-or le schisme qui divis;iit l'Eglise incert ine lie ■.',!!•?! côîé ctnit le Pap;' légitime, on
teur respectable, Seripandi(l), qui assi:4£ alors au concile en qualité de général d Ermites , et que nous verrons figurer dai la suite de notre histoire comme cardinal comme président. Toute «ette exhortatic tendait à persuader la nécessité d'une con
craignit r,ur' mLk:lij>liés à l'infini par l'intrus ponction de coeur sincère et d'une réforme (
Ji an XXll, s. s évé{|ues itaiieiis qu'il s'était ait iché-, par des serments, des menaces et des dons, et qui pour la plupart étaient aussi pauvres de courage que de fortune , ne surpassa. sent en nonbre les voix de toutes ieà autres nations, et n'asservissent le conciîc à la volonté de cet homme. Alors, les nations ;.u nouibre de quatre seub ment, rita'iei.sne, l'allemande, la française et l'anglaise (car l'Espagne ne s'était pas réunie à ce concile) s.> r.issemblèrent séparément, et les trois dernières convinre.it qu'on compterait les suffrages par nations. Les Italiens ne s'opposèrent pas à cette résolution. Dans celui de Bàle on procéda d'cne manière particulière; car, on établit quatre commissions particulières (c'est le nom qu'on leur donnaj, une de la foi, une autre de la paix, la troisièaie de la réforme , la quatrièuie du bien commun. Les affaires se traitaient d'abord dans leur commission propre, et de là étaient portées à l'examen de toutes les autres. Mais on eut soin de faire entrer dans chaque coinmission un nombre égal de membres de
vie exemplaire : on y disà'it que ces disposi lions qui se manifestaient déjà dans que ques-uns,on pouvait espérer qu'elles étaiei un effet de la descente du Saint-Esprit en ew et que ce n'était p;!s un léger gage de la mi séricorde divine que ce commencement lui même d'un concile rassemblé pour remédit aux maux de l'Eglise; qu'on devait rappek à sa mémoire ce que les livr» s d'Esdras, d Néhémie et Je Daniel racontent des démarche faites par les conducteurs du peuple de Diei pour attirer la bénédiction du Seigneur su la ville et le teinple de Jérusalem dont ils en treprenaient courageusement le rétablisse ment; qu'il fallait les imiter, si on voulai parvenir aussi à relever l'Eglise de Dieu : oi' y prévenait les Pères des obslacles terrible qu'ils rencontreraient; on les faisait souveni de la nécessité de débarrasser l'âme des pas sion.i qui faussent et obscurcissent l'intelligence. On avertissait ceux qui représentaien les princes au concile de ne pas leur être dé voués jusqu'à vouloir les excuser de toutt espèce de fautes ; que princes comme sujet!
d'abord dans sa commission propre et ensuite dans toutes les autres, ou au moins dans deux des autres. » Mais ailleurs (1) peut-être nous retrouverons l'occasion de revenir sur ce sujet. En attendant, que chacun décide si juger est uneâfi'aire d'hommes ou de contrées, et si quelques individus en petit nombre doiveni, quand il est question d'intelligence et de discctnement, l'emporter sur tous les autres quelques nombreux qu'ils soient, par cela seul que le pays d'où ils viennent occupe un plus grand espace géographique.