LIVRE SIXIÈME
a trouvait pas. Le seul evêque de Fiésole i'était tellement infatué de ce titre brillant, que dans une autre assemblée générale où il s'agissait d'arrêlor la forme du décret sur le symbole de la foi, il protesta que sa conscience lui défendait de consentir jamais à !un décret qui manquait de cet ornement indispensable, et il rrfusa de s'en rapporter, comme le lui conseilla !e cardinal Polus . à
fondement du salut, et que c'est par le fondement et non par le toit qu'on doit commencer l'édifice. Entre autres raisons de la seconde espèce, on alléguait qu'au moment où la cité est environnée d'enneniis, il convient de se défaire des assaillants avant de reformer les citoyens, de peur de porter des blessures à ces mêmes bras dont on a besoin pour combattre. Qu'outre cela, c'est une
l'avis de la majorité consultée une dernière grande sottise de se faire volontairement ac-
fois. Le premier président le reprit de cette cusé, d'accusateur qu'on est, et d'ajourner la
sortie; mais la rénrimande la plus morli- punition des rebelles pour se soumettre en
fian'e'pour lui, ce'fut de se trouver aban- attendant à leur critique comme à celle de
donné de tout le monde dans cette prétention ses juges. Quel est le zèle du salut public qui
dont on était fatigué. Les Pères furent indi gnés de voir un de leurs collègues récuser l'autonlé unanime de ceux qui étaient rassemblés pour donner au monde chrétien des décisions qui lui tiendraient lieu de loi.
CHAPITRE VIL Débat clans la congrégation des 18 et 22 janvier : on y discute si on traitera d'abord des dogmes, ou si on commencera par la réforme : parti qu'on y prend . et sentiment du souverain Pontife à ce sujet.
1. Ce que nous avons raconté de la congrégation du 13 de janvier, n'avait été qu'une légère escarmouche en comparaison de la bataille plus sérieuse qu'on se livra dans la congrégation qui suivit. Une des difficultés les plus ardues et qui occupa le plus longtemps le concile à son début , fut toujours de savoir, comme on l'a vu dans plusieurs endroits , si on devait commencer par lf>s dogmes et s'en tenir aux décisions qui les concernaient, ou sil f^îllait faire précéder les lois de la réforme. Ce second parti était du goût de l'empereur qui le désirait comme un
demande que pour s'occuper de la guérison de moindres uiaux, on laisse la peste propager ses ravages irréparables au milieu des populations? On ajoutait que cette réforme si ardemment demandée portait sur les rites et les tribunaux de la cour romaine , et qu'il n'y aurait pas de prudence pour un prince à abandonner la réforme de sa cour à ses sujets. Qu'il doit chercher à connaître l'avis de tous , demander conseil à quelques-uns, mais ensuite que c'est à lui seul d'être législateur dans sa maison; (pi'il ne faut pas accoutumer les sujets à contrôler les actions de celui qu'ils doivent respecter, et encore moins à donner des règles à celui de qui ils en <ioivent recevoir; que les hommes ressemblent communément à des chirurgiens qui opèrent sans pitié sur la chair d'aulrui ; ils comprennent peu le mal que fait leur instrun;ent, et ils y sont encore nioins sensibles. Que les évêques , les uns par inex])érience des affaires, les autres par indiscrétion de zèle, et quel(iues-uns même par intérêt {)rivé, par complaisance pour le prince séculier de qui ils dépendent, par humeur ou par
point réclamé plusieurs fois par l'Allemagne jalousie contre leur souverain spirituel, rê
et par les protestants eux-mêmes ; commen cer au contraire par les dogmes, c'était se mettre dans la nécessité de les exaspérer en condamnant leurs erreurs, au lieu de parvenir à les apaiser en faisant droit à leurs réclamations. Mais les Pontifes, comme nous l'avons déjà remarqué, avaient toujours pensé autrement, et ils ne l'avaient pas caché.
2. Ils y étaient portés par des raisons trèspuissantes et de deux sortes : l'^s unes populaires; il s'agissait de satisfaire la multitude dont le sentiment , quand il est pressenti, n'est pas à dédai";ner dans les délibérations de celui qui a a ménager le respect qu'on lui doit comme Père commun et comme représentant de Jésus-Christ. L'intelligence grossière de cette multitude est au reste plus touchée des preuves superficielles que de celles qui oi.t du fond. Les autres raisons étaient moins apparentes; mais c'étaient comme des Ois de fer, forts, déliés, et propres à enchaîner les intelligences les plus fines.
Les raisons de la première espèce se réduisaient à dire que tel fut l'usage des conciles
vent les lois les plus sévères pour la cour romaine; que ces lois , sans la purger des abus , ne feraient que porter atteinte à sa puissance, à sa majesté, à sa confiance, et à tout ce quil y a de plus substantiel dans ce suc avec lequel, comme une vigne mystique, elle entretient l'unité et la vigueur dans les églises chrétiennes, comme dans autant de ses branches. Que devrait faire le souverain Pontife, si on venait à prendre de telles résolutions à Trente? Céder honteusement et souffrir que le concile qu'il avait rassemblé lui-même contre l'hérésie portât plus de préjudice à la chaire de Pierre que n'aurait faitlhérésie elle-même? Résister et ôter tout crédit à cette assemblée qui n'avait pour arme contre les hérétiques que la vénération publique? Général, se n.ettre mal avec son armée au moment d'engager le combat , et renouveler les troubles de Bâle dont les résultats seraient d'autant plus à craindre que la matière étant encore plus prête à prendre feu qu'alors , elle s'enflammerait à la moindre de ces étincelles.