LETTRE
QUI SE TROUVE AU COMMENCEMENT DE LA TROISIÈME PARTIE DE CETTE UISTOIRE DANS L'ÉDITION ROMAINE DE L'AN 1664.
-(DEEa©-
Lcs auteurs des ouvrages mécaniques et dire que Véconomie est un qrand revenu. Au "■SHX des arts libéraux suivent une règle tout re::te, l'aveu qu'il fait des peines que V ouvrage opposée, en ce que les uns exagèrent, et les lui adonnées part du même motif qui fait agir autres diminuent la peine que l'ouvrage leur les ouvriers mécaniques et libéraux dont nous a coûtée. Mais cette contrariété des paroles est avons parlé. Il cherche comme eux une plus occasionnée par une même volonté ; c'est-à- copieuse récompense ; il l'attend principaledire par le désir qu'ils ont tous d'obtenir un ment dans le ciel, où l'on récompense, non cet plus gros salaire. La récompense que le méca- esprit heureux et facile dont on se fait honnicien se propose, c'est l'argent : on en donne neur dans le monde , mais le travail et la fadavantage à celui qui a souffert plus de fa- tigue supportés par la patience et ihumililé. ligue; le salaire des arts libéraux, c'est lu Le prix secondaire qu'il se propose sur la gloire. Moins il y a eu de peine dans un ou- terre n'est pas d'attirer l'admiration de ses vrage scientifique, plus il fait honneur au sa- lecteurs, mais de gagner leur affection; s'il vant. Cependant, quoique cette histoire, dont y a un auteur qui la mérite, ce n'est pas celui la dernière partie va être mise au jour, appar- qui les charme par tm talent heureux et fa^ tienne aux arts libéraux, son auteur avoue cile, mais celui qui, par son industrie labo— ingénument qu'il y a mis beaucoup de travail, rieuse et constante, leur a procuré le plaisir non-seulement lorsqu'il l'a faite la première et l'utilité.
fois, mais par la suite lorsqu'il l'a revue et L'auteur a encore une confession à faire, où corrigée. En sorte que le lecteur n'aura que il ne se conformera pas à l'usage universel. deux partis à prendre : ou qu'après avoir lu La plupart des écrivains, pour excuser les cette histoire dans sa première forme, il la re- défauts d'un style rude et peu soigné, voulise dans la seconde ; ou qu'il en devienne in- ciraient faire passer leurs négligences comme diligent à l'égard de l'auteur, en considérant des effets de l'art ; pour lui, il est bien aise de ses talents naturels gênés par une complexion faire savoir qu'il n'y a dans son œuvre ni arfaible, et, par la suite, les occupations assidues tifice, ni négligence affectée , mais la faiblesse inséparables de sa dignité; au reste, quand il d'une intelligence bornée et tardive. S'il avait s'agira de confronter la première forme du mieux pénétré son sujet, lorsqu'il a commencé livre avec celle qu'il a aujourd'hui, les chan- de s'en occuper, ou s'il avait eu plus de temps gements disparaîtront au regard du lecteur, à lui, il n'aurait pas épargné les coups de pins'il n'est pas très-attentif. Les plus fréquents, ceau ; il aurait retouché, lustré et poli avec à cause de leur petitesse, ne seront pas aperçus ; soin toutes les parties de son tableau pour l'aies plus grands, qui pourraient l'être, seront grément de ceux qui ne dédaigneront pas d'y extrêmement rares : et cependant tous en- laisser tomber leurs regards. Pour ce qui est semble, ils n'ont pas peu coûté à l'auteur , et de la langue et du style, il en a été beaucoup cela pour deux raisons : l'une, c'est que les pe- parlé dans deux lettres placées en tête delapretits changements {comme il arrive à tout ce qui mière et de la deuxième partie ; il y a donc peu est divisible), par leur multitude, deviennent de choses à ajouter dans celle-ci ; mais comme consi'iérables ; les grands changements, s'ils il y a, dit-on, des lecteurs qui se dégoûtent de sont rares, ne sont presque rien au corps entier voir employés dans celte histoire des termes de l'ouvrage ; cependant ils sont beaucoup par qui ont vieilli , l'auteur se contentera d'cxpoeux-mêmes : ainsi, dans une grande ville, scr sa règle et les raisons q%à la soutiennent, lorsqu'on a bâti quantité de maisons éparscs en développant un peu ce qui fut dit som— dans les différents quartiers; le voyageur mairement dans la première de ces lettres. Jl gui y rentre après plusieurs années d'ab- ne présume pas pourtant que tous doivent se sence, remarque à peine ces nouveaux édi- payer de ces raisons : puisque telle est la confiées, qui, pourtant, unis ensemble, forme- dition de la nature humaine, que les goûts et raient un gros village. L'autre raison est les affections soient différents parmi les homque la difficulté des ouvrages d'esprit doit mes, afin que toute marchandise trouve des se peser dans la balance et non pas se mesu- acheteurs et toute beauté des amateurs: mais rer au cordeau. On raconte d'un fameux écri- il est bien aise qu'on sache qu'il n'a pas adopvain que, après avoir cherché longtemps le té ces règles sans y avoir bien pensé, terme propre, il fut obligé de laisser son dis- Parmi les termes qui ont vieilli, il y en a C0U7-S imparfait, et que tépilhète qu'il lui f al- qu'on n'entend plus aujourd'hui , parce qu'ils lait ne se présenta à son esprit qu'au bout de ont perdu toute signification, et par consédix-sppt ans. El pour ce qui regarde le peu de qnent l'essence de la parole; il ne faut pas les temps dont l'auteur avait' à disposer pour des rappeler de leur exil, ils n'en reviendraient éludes volontaires, c'est bien lui qui pouvait pas comme des gens qui rentrent dans leur
patrie, mais comme des étrangers inconnus. Il ploi des termes, dit dans son Art poétique : faut donc les laisser dans l'oubli, hors le cas Mnliarcnasceninr qua?jam cecidere, cadeulquc,
d'une nécessité absolue , si on ne trouvait au- Quce nunc sunt in honore, vocabula
cune expression vivante qui pût les remplacer, soit avec la raison : car si par V analogie d'une et qu'on fût obligé de nommer les choses jadis expression quelconque avec une autre fréexprimées par ces paroles semi- vives ou quemment usitée, ou parce que l'une dérive mortes. Il y en a d'autres dont on ne se sert du latin aussi bien que l'autre, chacun se perplus, quoique leur signification soit connue, met avec discrétion de créer des termes nou^ parce que ce sont des mots composés dont la veaux , il y aura bien moins d'inconvénient à racine est encore en usage. Ainsi ces mots faire revivre ceux qui jadis ont été en usage. chiudimento, l'action de fermer, chieditore, Il faut moins d'autorité et de juridictiott pour celui qui demande, ne sont plus italiens, quoi- rendre à quelqu'un le droit qu'il a laissé perque on dise toujours chiudere et chiedere ; dre, que pour le donner à celui qïti ne l'eut il en est de même pour les mots dérivés du jamais. Que si quelqu'un n'approuvait pas latin, qui en marque le sens, comyne turpe, notre sentiment, nous lui ferions observer la crimine et semblables. Or donc, autant l'em- différence qu'il y a d'une lettre particulière à ploi de pareils termes est blâmable, lors- un livre public. La lettre s'écrit à une seule qu'ils sont prodigués sans raison ou pour personne , et ce n'est qu'à celle-là qu'il s'agit une vaine ostentation de littérature, autant de plaire ; le livre s'adresse à tous ceux qui enl'usage en est louable, lorsque ces termes don- tendent la matière qu'on y traite , et l'auteur nent la gravité ou la force aux pensées, ou s'y propose de plaire à tous : son livre sera mettent ta variété dans le discours ; mais ils parfait, non quand il sera jugé tel par queldoivent être semés avec discrétion et mis à ques-uns, mais lorsque chacun des lecteurs le leur place par l'écrivain circonspect. Cette trouvera bon, quoique imparfaitement. Au méthode sage, nous la voyons pratiquée, non- reste, qu'on nous juge favorablement sur les seulement par les bons auteurs italiens, mais choses {ce qui importe beaucoup à l'iniérél par celui qui est le premier et le plus latin public de l'Eglise) ; peu nous importe , après des historiens latins. Elle s'accorde d'ail- la cause gagnée, que l'on censure nos exprèsleurs , soit aVec la doctrine des anciens sions : le dommage n'est que pour l'avocat, maîtres, puisque Horace, traitant de l'em- qui ne s'en mettra pas beaucoup en peine.