‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 174 sur 348 · n ...,:« A 1.. dorrl..» ^1 A l'Ar^»-lr. 1 . r>„I..„ ' j · texte numérisé non relu

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de la Germanie à la Flandre et à l'Angleterre. Polus revint de la cour de France à l'impériale avec les propositions , ou plutôt les prétentions de Henri. Charles crut que ce serait manquer à son honneur de les écouter avec patience ; il répondit brusquement au légat que, s'il n'apportait que de pareilles nouvelles, il valait mieux qu'il s'en allât tout de bon. Le cardinal crut qu'on voulait lui dire par là que sa demeure en cette cour était importune , et qu'un courrier serait bientôt envoyé à Rome pour demander sa révocation. Il la désirait lui-même, et il écri- \it plusieurs lettres pour marquer ce désir. Mais le pape fut d'un avis tout contraire; il ré])on(lil à l'envoyé de Polus, Jean-François

ombrageux envers Polus, parce qu'un de ses neveux, par une étourderie de jeune homme, avait désapprouvé que la reine voulût assujettir elle et sa patrie à un étranger; cependant ce neveu avait honorablement servi la reine contre ceux qui s'étaient soulevés à cette occasion. Un autre de ses neveux était sorti de l'île comme mécontent de ce mariage; il était venu en France trouver son oncle, qui l'avait aussitôt chassé de sa présence.

3. Bien plus, on accusait Polus lui-même d'avoir dit à Dilings, dans un repas public, des paroles en désaveu de ce mariage, ce qui

(1) Il parlait de Charles V, usé et consimié dar les maladies.

7jî HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE.

était faux (comme il le dit dans uno de ses lettres); mais il était vrai qu'il n'avait pas voulu en dire son sentiment. Deux raisons l'en empêchaient : l'une qu'en lui-même il ne trouvait rien qui pût lui faire juger si ce mariage serait funeste ou avantageux; et peut-être, disait-il, sera-t-il préjudiciable à l'empereur, qui s'est endossé une telle charge, et à la reine, qui risque d'aliéner ses vassaux; l'autre raison c'est qu'il ne lui convenait pas pour l'office qu'il devait remplir (savoir de s'attirer la bienveillance de tous les cœurs pour gagner toutes les âmes); il ne lui convenait pas d'approuver hautement ce mariage, dont il savait que plusieurs

portée par Simon Renard, lieutenant d'Aimont, ambassadeur de Charles auprès de Philippe et de la reine sa femme. C'était une lettre de confiance à renvo)é, contenant un petit reproche de ce que Polus, par sa lettre si longue et si chaudement écrite, avait voulu aiguillonner celui qui courait déjà très-bien et exhorter le roi à une démarche à laquelle lui-même aurait pu et voulu exhorter les autres. La somme des réponses qui devaient se donner de vive voix consistait en (rois points.

5. Pour le premier on demandait au cardinal s'il se contenterait d'entrer pour quelques jours sans les attributs ou insignes

étaient mécontents. Cependant le pape,voyant de sa dignité et sans le titre imposant de légat

le mariage conclu, et impatient de voir lever les obstacles qui retenaient Polus, le priait de vouloir bien ne pas s'opposer à ce qui était inévitable, et de se montrer content de ce que Dieu avait disposé et dont on pouvait tirer avantage en l'approuvant, comme aussi il pouvait être dangereux de le désapprouver. C'est à quoi Polus s'était déjà décidé, avant même qu'il reçût ces avis, comme il paraît par les lettres iVès-affeclueuses de congratulation qu'il écrivit au nouveau roi et à la reine, se montrant à l'un et à l'autre dévoué et obéissant. La reine, de son côté, ne montrait pas moins de respect envers le saintsiége apostolique. Plusieurs sièges étaient vacants en Angleterre. La reine nomma pour les remplir les sujets les plus dignes, et tout de suite écrivit au pape pour en obtenir la confirmation (qui ne !ui fut pas refusée). Tout cela fut fait par l'entremise de Polus. Cependant la confirmation du pape n'était pas inutile: car bien que le cardinal, en vertu de son titre, eût confirmé les évêqucs nommés par la reine (ce qu'il fit môme pour un évoque institué par les deux rois schismatiques), il y en avait qui révoquaient en doute la validité de cette confirmation, peut-être parce que le cardinal n'était pas encore entré en possession et en exercice de ses fonctions de légat. . .

4. Cette entrée ne s'ouvrait pas encore pour le cardinal, bien qu'il n'eût rien négligé pour l'avoir. Il avait écrit sur cela plusieurs lettres à la reine et employé même la médiation du père Barthélémy Caranza, dominicain, que le roi Philippe estimait beaucoup et qui fut ensuite promu à l'archevêché de Tolède (1). Enfin le cardinal prit le parti d'écrire au roi une lettre de plusieurs pages, pleine d'un humble respect et d'une liberté apostolique, avec tant d'onction et d'éloquence que j'étais presque décidé à la rapporter en entier dans ce livre. En même temps il s'appliqua à terminer les négociations avec l'empereur, et il comprit que la difficulté se réduisait à savoir si on laisserait tranquilles les usurpateurs des biens ecclésiastiques. Le légat promit d'en écrire au

apostolique, qui choquait beaucoup "de monde, puisque d'ailleurs sa personne était en vénération dans le royaume, et le roi lui promettait la réception la plus honorable qui pût se faire à un cardinal, avec la faculté de prendre le nom et remplir les fonctions de légal, dès que les circonstances le permettraient. Pour la seconde demande, s'il entendait user de ses pouvoirs par lui-môme, ou bien après avoir communiqué le tout à Leurs Majestés. Pour la troisième, on lui faisaitobserver qu'il conviendraitd'obtonirdu pape ramj)lificalion de ses facultés, attendu que, avec le pouvoir de pardonner à ceux qui étaient tombés (dans l'hérésie), de dispenser les prêtres qui étaient mariés de fait, avec la condition quils ne diraient plus de messes et ne retiendraient plus aucun bénéfice, de déroger pour quelque raison légitime à la loi qui interdit les aliments plus substantiels aux jours de pénitence, et autres condescendances pareilles, on lui donnait encore l'autorité transigendi et compo^ ncndi sur les biens usurpés, et ces expressions faisaient entrer en soupçon les possesseurs do ces biens. On craignait que le légat ne voulût ériger un tribunal où il les aurait cités l'un après l'autre. Le roi faisait donc observer que pour tranquilliser tout le monde, il fallait que le pape accordât au légat de faire même des donations absolues; que si le cardinal pouvait compter que celte faculté lui serait certainement accordée, il pouvait tout de suite faire son entrée; mais s'il avait quelque doute, il serait bon qu'il attendit.

, 6. Sur la première demande le cardinal répondit que le long retard qu'on avait mis à sa réception aurait dû, au moins pour sa réputation, être réparé par les honneurs d'une entrée la plus solennelle. Néanmoins, pour se conformer aux pieuses intentions de Sa Sainteté, qui voulait faciliter en toute manière le salut de ce royaume, il consentait à faire son entrée moins solennelle qu'elle n'au* rail dû être; qu'il représentait trois personnes, la sienne d'abord, celle d'ambassadeur de Sa Sainteté, et la plus majestueuse, celle

pape. Peu de jours après vint la réponse de du légat apostolique; qu'il viendrait avec la la lettre écrite au roi Philippe; elle lui fut seconde prérogative et sans la troisième. —

Quant à la seconde question, il dit qu'il avait

(!) Nous aurons occasion de parler de lui plus d'une toujours été dans le sentiment de ne rien faire

fois dans celle lusioiie. qu'avec la participation de Leur^ Majestés.

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et il savait que le pape l'entendait ainsi. — Ertfin, sur la troisième difficullé, qui était la plus grave, il répondit que, outre les facultés particulières attachées à sa légation, il avait une bulle du sainl-père qui lui permettait de faire tout ce qui serait propre et convenable au salut de ces âmes : et le pape voulait que dans celte permission fussent comprises les choses qui, de leur nature, veulent êlre mentionnées spécialement. Enfin le pape donnait sa parole pontificale de ratifier toutes ces concessions. Celle bulle fit grand plaisir à l'envoyé du roi Philippe, et il en demanda une copie pour la lui communiquer, ajoutant que si cette bulle avait élé notifiée, les difficultés auraient été moins nombreuses et plus tôt aplanies.

7. Polus ajouta que néanmoins il se forait donner du pape ce pouvoir, d'une manière expresse, parce que, dit-il. Sa Sainteté n'attend rien de l'Angleterre que le salut des Anglais, sans aucune ulililé temporelle. Cela est tellement vrai que moi, légat, je me garderais bien de pactiser avec ceux qui sont en disposilion de rentrer dans le sein de l'Eglise. Un tel contrat ne serait ni sûr pour l'âme de celui (jui se convertit, ni convenable à la dignilé de celui qui attend sa conversion. Mon devoir, après une conversion librement opérée, serait d'agir avec les convertis en père charilable et généreux. Le nonce, qui était présent à ce colloque, enchérit sur ce que le légat avait promis des bontés du pape, et Tambassadeur s'en retourna extrêmement satisfait.

8. Mais il termina l'entretien en disant qu'il avait encore à remplir la dernière partie de sa commission : c'était d'offrir à Polus, de la part de ses maîtres, l'archevêché de Cantorbéry; c'est le premier siège de l'Angleterre, et il allait être vacant pour la raison que nous expliquerons ci-après. A cette offre le légal, après avoir témoigné, comme il convenait, beaucoup de reconnaissance, répondit qu'étant le ministre du souverain [jonlifc, il n'était pas le maître de rien accepter qui fût à son profil, outre qu'il ne lui convenait pas de traiter ses propres affaires avant que l'affaire publique qui était l'objet de sa mission fût mise à bon terme.

9. Aussitôt que l'on sut à Rome les demandes que l'empereur avait faites pour l'augmentation des pouvoirs, et avant que le roi Bon fils en eût connaissance, ces pouvoirs furent donnés très-largement avec l'approbation de tout le consistoire. Parcillemenl, en plein consistoire, le pape, comme seigneur souverain du royaume de Naples, avait permis que Charles V le transportât à Philippe, son fils. Ce qui parut convenable à l'honneur du nouvel époux, qui ne devait pas avoir par lui-même moins de dignité qu'il n'en recevait de la part de son épouse.

10. Cependant, avant que les réponses arrivassent de Rome pour l'extension des pouvoirs du cardinal, toutes les difficultés de la légation étaient aplanies en Angleterre; et pour conclusion, la reine, renvoyant au cardinal un de ses chaoelains, lui donna une

lettre de créance, oii elle marquait en peu de mots que dans le conseil du roi on avait conclu l'affaire de sa venue si longtemps désirée, et de la réunion de ce royaume à l'Eglise catholique. Ici je dois avertir le lecteur que le registre que j'ai plusieurs fois cité ne va pas plus loin, et nous no pouvons pas connaître aussi en détail les fails qui vont suivre. Mais, d'après les notices que nous fournit laVie du cardinal Polus, écrite par Louis Beccatelli, officier de sa maison, et qui fut par la suite archevêque de Ragugi, Polus ne fut pas reçu comme ambassadeur , mais comme légat. Après qu'on eut cassé et révoqué le décret qui l'avait exilé, deux des principaux barons furent envoyés à sa rencontre, et sitôt qu'il fut arrivé à Londres, par la Tamise, il fut reçu sur la rive par le roi même. Un seigneur anglais ayant témoigné au roi sa surprise de ce qu'il allait à la rencontre d'un homme qui était son sujet, le roi lui répondit simplement: Je vais à la rencontre d'un légat du pape. Après colle réception il fallut s'occuper de plusieurs articles nécessaires pour consolider le retour du royaume à l'obéissance de l Eglise. Enfin tout étant conclu, les étals se trouvant réunis, le jour de Saint-André, au palais de la reine, avec l'assistance du légat, le grand chancelier prononça un long discours, où il appela Polus l'ange de l'Angleterre. Tous les assistants abjurèrent solennellement la détestable hérésie et promirent l'obéissance au souverain ponlife. Le roi lui écrivit de sa propre main une lettre obéissante et respectueuse. Le pape la fit lire dans le consistoire, dont on ouvrit les portes. Ou rendit à Dieu de solennelles actions de grâces dans Rome, où il y eut messe papale, des processions publiques, jeûnes universels et l'indulgence du grand jubilé. Le légat, eu dépit de l'envie qui frémissait contre lui, par des motifs de religion et de politique, conserva toujours son autorité. Par ses conseils et par la puissance que le pape lui avait donnée, et qu'il augmenta sur la demande dos deux illustres époux, on vint à bout de chasser des Eglises les pasteurs schismaliquos. Ou mit à leurs places ces catholiques zélés qui, en soufirant pour la religion l'exil et la privation de leurs biens, taiitquc dura le schisme, s'étaient rendus dignes dos mitres qu'où mit sur leurs lêles ; étranges vicissitudes de la forlune qui étonnent les mortels I Mais c'est à tort qu'ils s'élonnent : dans un monde où les révolulions sont si fréquentes et l'inconslance si naturelle, s'il y a quelque chose qui doive élonner, c'est la stabilité.

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