‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 175 sur 348 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Nouveaux tumultes à Sienne. — Léyatinn du cardinal Morone à la diète d'Aiigsboiirg. — Antoine Augustin, nonce en Angleterre. — Mort du pape Jules Ul.

1. Le cours des événements, moins prospère dans les autres régions, ne laissait pas goûter au pape, dans toute sa douceur, la joie du retour des Anglais. Ce n'était pas an bout du monde, mais dans l'Italie et à la porte

puissance, ils se permirent, dans l'île d'Elbe, de molester le duc de Florence, attaché au parti espagnol, et l'obligèrent d'appeler à son secours les impériaux. Le marquis de Marignan accouru avec une forte armée, força au combat Pierre Strozzi, qui commandait les Français, et le défit. Le vainqueur mit le siège devant Sienne, espérant de la réduire par la famine. En attendant, Ascagne de la Corgne, neveu du pape et soldat de l'empereur, séduit par l'espérance d'une trahison, qui n'était qu'une feinte, croyant aller à une victoire assurée, courut sans précaution pour surprendre Cliiusi; mais la trame était double et il fut fait prisonnier. On le transporta en France, mais il fut rendu au pape, son oncle, avec obligation de le garder toujours commje un dépôt appartenant aux Français. Tels furent les événements de cette petite guerre.

3. Bien que cette guerre, faite dans un« province continente avec ses Etats, inquiétât beaucoup le pontife, néanmoins le feu allumé à son voisinage dans la Toscane ne le brûlait pas autant que celui qui couvait dans les provinces éloignées de l'Alleinagnc. Il ne voyait (ju'avec douleur, après tant d'événements sinistres, la religion exposée à de nouveaux périls par la diète, qui devait prochainement se célébrera Augsbourg, pour y déterminer lequel des quatre moyens indiqués dans l'assemblée de Passaw était plus opportun pour terminer les controverses sur la foi. C'est pourquoi, afin de pouvoir donner au nonce Delfini des ordres plus fréquents et plus proportionnés à une affaire si grave et si difficile, il avait rappelé le cardinal Cervini (qui avait été passer quelque temps dans son Eglise) pour lui donner la surintendance des affaires de religion, dont on charge les ministres qui vont dans les pays lointains.

k. L'empereur avait demandé qu'à la dièle on députât un légat, et le pape l'avait refusé pour les raisons qui seront ci-après exposées. Mais le roi des Romains insistait, parce qu'en cette diète on devait délibérer sur des matières de religion très-graves et très-importanles, qui demandaient la présence d'un tel ministre pontifical. Il promcttaitd'ailleursque, sans le consentement de ce légat, il ne voulait rien déterminer (1) : le pape se détermina donc à l'envoyer. Son choix tomba sur le cardinal vinrent retardèrent la bulle qui devait régler Morone, homme dune prudence exercée, dont

de ses Etals qu'il voyait les séditions et l'ap pareil du carnage. A S-enne, les émeutes, au lieu de s'apaiser , s'échauffaient toujours plus. Jules, par son assiduité industrieuse, était parvenu à dresser une convention entre les Français et les impériaux, d'après laquelle les uns et les autres retireraient leurs troupes, et le gouvernement civil de cette seigneurie serait entre les mains du cardinal Cervini, homme d'une prudence et d'une bonté reconnues et bien vu des Siennois, comme noble de Montepulciano, pays voisin et autrefois faisant partie de l'Etat de Sienne. La convention était faite, mais non pas signée. Le cardinal de Ferrare, faisant naître des incidents, avait tellement différé cette signature que Tarmée espagnole, par le commandement de l'empereur, en était sortie pour aller garnir le littoral du royaume de Naples, où Ion craignait que la Hotte turque ne débarquât. Le pape avait donc jugé à propos d'employer la vertu de Cervini à un ministère plus conforme à son inclination en l'appelant à Rome. 11 lui écrivit de sa propre main, et ce ne sera pas hors de propos si nous en rapportons ici quelques phrases. Un œil pur et sincère y verra, comme dans un miroir, les intentions pures et sincères de Jules 111 sur la réformation des ecclésiastiques. Nous avons ici un nombre infini d'évêques, et les affaires de la réformalion ne pourraient pas aller plus mal qu'elles ne vont. Notre désir serait de régler au moins cinq à six articles des plus nécessaires et des plus importants, et de venir à la suite réqlant et disposant jour par jour, selon que Lieu nous inspirera. Cest ce qui nous oblige à vous prier, vous exhorter, vous enjoindre même de venir à Rome, sitôt que vous pourrez le faire sans trop vous incommoder. Nous ne voulons pas vous accourcir le temps que nous avons fixé, qui est aux calendes d'octobre ; mais nous ne voulons pas non plus le porter au delà des calendes de novembre: et nous pouvons vous assurer, sur notre conscience, que vous n^aurcz pas moins de mérite à nous aider dans celte affaire et dans d'autres encore plus graves, qui nous assiègent tous les jours, que si vous étiez demeuré à prendre soin de votre Eglise. Nous savons quelle a beaucoup gagné à votre présence, et que pendant votre absence elle pourra jouir du bon ordre que vous y laisser(z en partant. Mais les difficultés qui sur-

les articles de réforme, et elle ne fut prête que peu de temps avant la mort de Jules. La bulle contenait, entre autres articles, la réformation du conclave et celle du clergé; mais, faute de temps, elle ne put être revêtue des solennités qui l'auraient rendue obligatoire pour les cardinaux et les ecclésiastiques dans l'un et l'autre for. C'est ainsi qu'il fut répondu au cardinal Caraffa, qui en avait fait la demande au nom du sacré collège, dont il était doyen.

2. Revenons aux troubles de Sienne. Les Espagnols, partis sans avoir signé la convention projetée, semblaient donner un grand avantage aux Français. Ce fut ce départ qui ruina leurs affaires en ce pays. Fiers de leur

il avait donné des preuves en Allemagne, et, dans la suite, par ses longues nonciatures auprès du roi Ferdinand, il s'était encore trouvé dans une semblable diète, à Ralisbonne, où il y avait pour légat le cardinal Contarini.

5. Dès que le pape eut fait ce choix, aux instances de l'empereur et de Ferdinand, il envoya Antoine Augustin, auditeur de rote espagnol, en qualité de nonce, à Philippe et à son épouse, pour les remercier de la pieuse conversion qui avait fait rentrer le royaume au sein de l'Eglise catholique, et pour leur faire entendre que l'unique moyen pour reu-

(1) Circonsiaijce ou ignorée, ou cacliée par Soave.

lire celte conversion durable, sernitd'ôter aux mécréants tout refuge ù l'extérieur, à quoi Ion parviendrait si l'on pouvait pacifier la France. C'était aussi à quoi le pape mettait toute son affection, en y exhortant l'empereur ainsi que Leurs Majestés. Il espérait d'autant plus de l'obtenir qu'un personnage iU\ la plus haute considération avait fait cette [iromesse, que si la paix avait lieu, le roi Henri s'unirait do volonté avec le pape et les autres princes, et concourrait avec eux pour repousser les Turcs, réprimer les hérétiques et procurer tout ce qui serait avantageux à la religion. Ce personnage consentait à être renfermé au château Saint-Ange et à y perdre la tête si sa promesse ne se vérifiait pas. Le nonce devait ajouter que le pape n'avait jamais cessé de mettre toute son attention et de donner ses soins à établir une réforme sainte et édifiante; mais que l'affaire avait tiré en longueur, principalement pour deux difficultés : pour la répugnance des ecclésiastiques, qui ne veulent pas qu'on les corrige, et pour les violences et les usurpations des magistrats séculiers, qui empiètent sur la juridiction de l'Eglise. A la première difficulté, le pape avait porté remède sur beaucoup d'articles essentiels, par une bulle déjà dressée et qui allait bientôt paraître ; à la seconde, il fallait que la piété et l'autorité des princes y mît bon ordre. Dans la bulle on réformait les ecclésiastiques, à commencer par la création du pape jusqu'au dernier grade de la cléricalure. Et, bien qu'on se fûl attaché dans celte bulle à faire des règlements qu'on pût observer en tous pays, on avait prévu et réglé certains cas particuliers, relatifs au bon gouvernement et à la manière de vivre des Eglises d'Espagne. Au cas même (juc ces précautions ne suffiraient pas, le pape s'offrait à faire les additions nécessaires, pourvu qu'en niéme temps on ôtât les abus de la puissance séculière. Il se plaignait, en particulier, de ce que plusieurs évéques en Espagne avaient recours à celte puissance pour soumettre à leur juridiction les chapitres qui, par leurs titres de fondation, d'érection ou de possession immémoriale, en étaient exempts. De là les troubles et les désordres dans ces Eglises : tandis que l'on aurait pu, avec douceur, remédier aux abus occasionnés par ces exemptions, en se conformant aux règles déjà établies par le concile, ou à celles qu'on jugerait convenables aux circonstances.

6. En outre le pape, par complaisance pour l'empereur et le roi Ferdinand, avait destiné à la diète d'Augsbourg le légatMorone, mais avec beaucoup de répugnance, vu qu'on allait traiter des matières de religion dans une assemblée d'ecclésiastiques et de séculiers, de catholiques et d'hérétiques : réunion monstrueuse, où le légat du pape serait trèsmal placé. Malgré cela, Sa Sainteté avait bien voulu satisfaire Leurs Majestés sur ce point , avec deux suppositions préalables : l'une était qu'à la diète seraient intervenus personnellement beaucoup de seigneurs principaux pour arrêter dos articles d'importance, et uon des procureurs substitués pour délibérer

sur des sujets ordinaires el communs, auquel cas le légat ne pourrait assister sans compromettre sa dignité ; l'autre, q.u'on ne déciderait rien qui fût contre l'autorité de l'Eglise, des Pères et des conciles, et notamment contre les déterminations de celui de Trente. Telles étaient les commissions p.our lesquelles Augustin futcnvoyé en Angleterre, au même temps que le cardinal Morone partit pour la Germanie.

7. Mais le cardinal y était à peine arrivé qu'il fut obligé de revenir sur ses pas, à la nouvelle qu'il reçut de la mort du pape, le 23 de mars 1535, la sixième année de son pontificat, et la soixante-huilième de son âge. Jules III mourut par défaut de nourriture. Il arrive souvent que les biens de la fortune, quelque abondants qu'ils puissent être, manquent à ceux qui les possèden.t, pour ce qui est de l'usage, parce qu'ils ne savent pas la manière d'en user. Us sont quelquefois séduits par le désir extravagant de guérir d'une maladie incurable"; nous en avons vu quelques exemples de nos jours. Pour le pape Jules, voici comment le malheur arriva : tourmenté par les douleurs aiguës et continuelles de sa goutte, il crut pouvoir la faire mourir par la faim : au lieu que son grand corps et son estomac vigoureux demandaient une nourriture solide et copieuse , il en resireignit tellement la qualité et la quantité, qu'après un mois de ce singulier régime, i! parvint à exténuer excessivement «a complevion ; mais il exténua aussi et parvint à éteindre tout à fait la chaleur vitale. Kéduit à un squeletle, il faisait compassion, lorsqu'il était obligé de se montrer avec sa cour, comme il le fut à l'occasion d'une ambassade solennelle de la part des Anglais, qui vinrent faire leur soumission au saint-siége. Trois personnes fu-

. rent députées : l'une représentait le clergé; l'autre la noblesse, et la troisième venait de la part du peuple. L'avant-dernier jour de sa vie , il assembla encore les cardinaux cl leur recommanda le soin de l'Etat ecclésiastique.

8. Jules fut d'une naissance commune. Son intelligence plus que commune réussissait mieux à trouver ce qui était bon , qu'à mettre à profit ce qu'il avait trouvé ; il moula plusieurs degrés pour arriver au suprême. Sans parler de plusieurs petits emplois, il assista au concile de Latran, où il prononça un discours solennel. Il fut archevêque de Manfredonia ; deux fois gouverneur de Rome el même auditeur de la chambre. A la prise de Rome, donné en otage aux vainqueurs, il fut en risque d'une mort ignominieuse de la part de ces hérétiques avares et cruels. Devenu cardinal, il gouverna les principales provinces de l'Etat ecclésiastique. Dans le concile il acquit la réputation d'un homme desavoir et de courage. Pendant sa présidence, qui fut longue et orageuse, il fut tendre dans ses amitiés, prompt à la colère; mais sa colère ne durait pas. Son caractère, naturellement ouvert, savait secouvrirquand il le voulait. Il aimait à se récréer, mais

niSTOIUE OU CONCILE DE TRENTE.

duit à dresser l'acle si léleclion avait lieu , son collègue lui assura avoir entendu prédire que le qualrièmc jour après rentrée en conclave, le pape serait nommé et que se serait le cardinal Marcel Cervini, qui ne vivrait que peu (le jours. Pour que celle prophétie se vérifiât, l'élection devait se faire ce jour-là même, qui était le quatrième. Mais les cardinaux étant sortis peu après de la chapelle sans avoir nommé , il dit au collègue que la prophétie était fausse. Cependant, sur le soir, les cardinaux étant revenus à la chapelle,

au conclave et trouva l'élection faite, à laquelle le cardinal de Saint-Ange, qui était son frère, et celui de Santa-Fiora , son cousin, avaient spécialement contribué. Le nouveau pape reçut Farnèse avec les marques de la plus sincère amitié et les promesses les plus engageantes. Le cardinal portait des lettres du roi Henri adressées aux évêques du parti français, en faveur du cardinal Polus, qui, dans la légation de France dont il a été parlé, avait gagné la bienveillance du roi. A cela se joignaient les bons offices que le cardinal

aussitôt l'élection eut lieu, et le nouveau pape Farnèse avait rendus à Polus auprès de Sa

étant mort au bout de quelques jours, la prédiction se trouva véritable. Je n'ignore pas combien il est facile (et cela arrive fréquemment) que l'on fabrique à plaisir des prédictions sur les choses passées; cependant je n'ai pas voulu omettre celte relation qui , dans la circonstance où elle fut écrite n'a pas l'air d'une invention.

7. Deux choses sont vraies dans la narralion de Soave : l'une que les premières pensées du pontife furent de poursuivre l'enlrepi ise de la réformalion , puisque tout de suite il députa pour celte œuvre quelques cardinaux qui furent confirmés dans leur emploi par le successeur ; l'autre, que Marcel, par les longues fatigues de la semaine sainte , supérieures aux forces de son corps, mais non pas à son âme et à son courage, tomba malade, et que la maladie joinh; à un accident de goutte l'emporta le dernier jour d'avril et le vingl-deuxième de son pontificat. Je ne ferai pas de lui un éloge exprès , no pouvant rien dire de plus méuiorable que ce que j'ai écrit de lui assez longuement, quoique en divers endroits séparés de cet ouvrage. La réunion que j'en ferais dans un discours suivi, serait plutôt une vanilé et une ostentation de ma part , qu'une instruction utile aux lecteurs. Je me contenterai d'observer ici que, sous le rapport de l'estime et de la réputation, on peut l'appeler heureux dans ce qui a été un malheur pour lui ; car il lui aurait été difficile d être égal à lui-même et de correspondre, par ses œuvres, à l'opinion qu'il laissait de celles qu'il aurait pu faire s'il eût vécu (1).

Majesté : de sorte que, la mort du pape Marcel étant survenue, Farnèse espérait de faire valoir au prochain conclave ces recommandations en faveur de Polus ; mais il trouva des dispositions bien opposées dans la plupart des cardinaux français. Le cardinal du Bellay, doyen des prélats de cette nation, lui fut surtout contraire, aussi bien que le cardinal de Ferrare, chef du parti : l'un et l'autre donnait pour raison qu'il y avait dans cette affaire bien des difficultés , dont il était bon que le roi de France fût prévenu , et il convenait d'avoir son avis à cet égard ; en attendant on ferait retarder l'élection jusqu'à ce que les autres cardinaux de France fussent venus pour renforcer le parti. Cette proposition surprit et troubla extrêmement Farnèse, soit parce qu'on mettait obstacle à l'exaltation de Polus , qu'il désirait avec ardeur, soit parce qu'il voyait que tout cela aboutirait à la création du cardinal de Ferrare. Car peu de jours avant que l'on entrât au conclave , Farnèse avait reçu du roi, en faveur dudit cardinal, des recommandations très-pressantes. Cependant il y répugnait beaucoup, pour une raison commune à tous ses collègues, dont aucun ne consentirait à mettre sur la chaire de Pierre un prince italien d'une famille si puissante ; ce motif avait pour Farnèse une force particulière. Il était soutenu par cette jalousie naturelle entre des gens de condition égale, et cette inimitié, au moins secrète, entre des gens dont les possessions sont voisines. Il chargea donc un de ses ministres, resté en France, d'insinuer au roi, comme de sa part, que la création du

8. Le cardinal Farnèse ne s'était pas trouvé cardinal d'Est paraissait impossible. Il préà l'élection de Marcel IL Depuis la guerre de voyait que trois cardinaux partageraient les

suffrages dans le conclave : l'un était Polus. Celui-ci, au jugement de tous, était digne et capable de porter le fardeau du pontificat ,

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Parme il n'avait plus voulu résider à Rome ot s'était fixé à sa légation du comtat d'Avignon, malgré l'invitation de Jules, qui lui offrait tous les avantages qu'il pouvait souhaiter et des emplois dignes de son rang. Mais à la nouvelle de la mort du pape il vint

(1) Paiiviiii csi entré dans quelques détails sur los vues érlifiaiites el les projets salutaires «de Marcel II IxHir le bien général de l'Eglise, él Pollidore qui a ecnlsaVieen latin, nous apprend qna.... smtcitim Ignalium Loijolani ad ipsuin satulandiim profeclmn arcle coinplexHs 31 suaviier osculatus... cu,n eo ambidavii et de repnblica clmsliana componenda non pnuca conlnht... duos e socielate llieologos apiid se futuros peiiit jsaihi Ignace lui accorda Jacques Laincz el Mariiu Vlavej, sedeamodestia, nisilgnalius illos alibi lUiUores escisiwiusset. Illud ctiam addidit: Tu nviAo.s co^Uqe, et bellutorcs tnstrue nos uiemur

dans l'état où était le monde , et pour lui il le croyait préférable à tous. Le second était le doyen Caraffa, pour lequel penchait le cardinal du Bellay; son intention (c'est-àdire celle que lui prête Farnèse) serait d'être doyen après lui. D'autres, en exaltant le vieillard décrépit , espéraient de lui succéder dans le pontificat ; mais pour lui (ajoutai! Farnèse), bien que Caraffa fût son parent et un parent affectionné, il ne le croyait pas en état de régir l'Eglise dans ces temps critiques ; que d'ailleurs il ne pourrait pas être dans les intérêts du roi de France avec tant de parents qui étaient sujets de reniperour;et l'empereur, en leur faisant du bien, mettrait

LIVRR TREIZIEME.

le nouveau pape de son côté. Il fallait cependant avoir des égards pour lui. Pour troisième concurrent, il mcUail le cardinal Morone, à qui il ne reprochait que d'être tout dévoué à l'empereur. Je n'ai donné , jusqu'à présent, que des notices certaines , que j'ai prises dans un registre des lettres d'Alexandre Farnèse, qui est celui dont nous parlons. Ce registre m'a été communiqué par le cardinal Jérôme Farnèse, encore vivant, après que cette histoire fut donnée au public la première fois.

Tel était l'état des choses et la disposition des esprits , lorsque les cardinaux entrèrent au conclave. Farnèse amena avec lui Jean- Antoine Facchinelti, pour qui il était singulièrement affectionné. Nous aurons souvent occasion de parler de cet homme à la dernière reprise du concile. C'est le même qui, dans un autre conclave, trente-six ans après, fut élu pape et prit le nom d'Innocent IX. Mais ce qui se passa dans le conclave ne m'est pas connu par des écrits dignes de foi. Je trouve cependant, dans quelques relations qui ne sont pas sans autorité, et assez vraisemblables, que le cardinal Farnèse , outre les obstacles déjà cités qui empêchaient l'exaltation de Polus, avait con'pris que le sacré collège ne consentirait pas volontiers à faire un pape qui domeurail alors si loin de Rome ; que les impériaux eux-mêmes n'y étaient pas disposés , à cause des soupçons que l'empereur avait eus de lui, lorsqu'il lui fit relarder son voyage ; enlin que Philippe, étranger et nouveau dans le pays, et roi d'Angleterre , encore mal affermi , ne jugeait pas trop sûr pour lui que laulorilé souveraine du pontificat lût donnée à un Anglais. En conséquence, le cardinal de Santa Fiora, chef dos impériaux , tourna toutes ses pensées à l'exaltation du cardinal du Puy, qui avait reçu de Paul 111 des honneurs et des récompenses et qui tenait la plus grande de Jules m. Il était dans les bonnes grâces de l'empereur, qui l'avait pour cela promu à l'archevêché de Bari, dans le royaume de Naples, quoiqu'il fût Provençal. Comme Français il était bien vu de tous les Français en particulier ; mais dans les affaires publiques, il était suspect aux Français comme partisan de l'empereur ; d'ailleurs versé dans la science des lois, homme d'un âge mûr et de mœurs très-réglées , la bassesse était pour lui une échelle à l'élévalion, en ce que sa naissance humble et obscure ne laissait pas soupçonner qu'il dût aspirer à de grandes entréprises pour l'avantage de ses parents.

9. Le cardinal de Santa Fiora amena donc l'affaire à un tel point, qu'un nombre suffisant de cardinaux s'étaient réunis, etFarnèse avec eux , quoique moins chaudement , de sorte qu'ils en parlaient entre eux moins comme d une chose à faire que comme d'une affaire terminée. Mais le trop grand zèle d'un ami de du Puy lui fit perdre la papauté. Les créatures de Jules III n'avaient point de chef qui les conduisît. Le cardinal del Monte, qui avait eu le rang de premier neveu , étranger

au sang de Jules et peu estimé, ne pouvait pas les obliger par la reconnaissance, et n-avait pas assez de bon sens pour être leur guide. D'un autre côté, comme plusieurs personnes réunies, pour en être plus fortes, doivent avoir quelque unité, et par conséquent quelque dépendance d'un seul, ils avaient accordé cette prérogative jusqu'à un certain point au cardinal de laCornia, neveu du pape Jules par sa sœur , et qui ne manquait pas de bonnes qualités. Celui-ci s'appliquait avec tout le feu de sa jeunesse à cette affaire im portante. Il voulait avoir l'honneur d'élever au trône pontifical une créature de son oncle. Or, tandis qu'il courait tout empressé d'une cellule à l'autre, pour voir les cardinaux, il fut rencontré par Farnèse Farnèse, depuis longtemps en possession de maîtriser, et assuré d'avoir en sa main la majeure partie des suiTrages, soit indignation, soit jalousie, prit feu à l'instant, et ne pensa plus qu'à dissiper cette intrigue et empêcher l'élection.

10. Voulant donc traverser cette entreprise par une autre, plutôt dans le dessein de ruiner la première qu'avec l'espoir d'établir la seconde, il tourna ses idées vers le cardinal Caraffa, doyen du sacré collège, sujet de l'empereur, en qui les Français avaient autant de confiance qu'ils avaient déloignemenl pour du Puy, quoiqu'il fût Français de nation. Caraffa cependant était suspect à l'empereur, qui l'avait longtemps empêché de prendre possession de l'archevêché de Naples. 11 ne l'avait enfin obtenu qu'aux instances réitérées de Jules 111, lorsqu'il était en bonne intelligence avec l'empereur. Il devait l'être, puisque pour lui faire plaisir il avait entrepris une guerre onéreuse pour le saintsiège. Le pape, en intercédant, avait dit à l'empereur, que s'il se portait à celte démar-» che pour Caraffa, ce n'était pas que sa personne ou SCS manières lui fussent agréables (au contraire, il en disait beaucoup de mal), mais deux motifs l'y déterminaient. Le premier était son zèle pour cette Eglise, qui depuis longtemps était sans pasteur ; et si Sa Majesté voulait bien accorder la grâce, on pourrait y envoyer un prélat qui l'administrerait bien, tant pour le temporel que pour le spirituel. Le second motif était d'alléger la chambre apostolique de la pension considérable que le cardinal recevait pour son entretien. Jules ne mit pas moins d'adresse à le justifier honorablement auprès de l'empereur sur une matière très-grave. On l'accusait d'avoir tramé sourdement pour lui enlever le royaume de Naples et le donner à Paul m et au siège apostolique. Jules, dans un bref donné exprès, fit voir l'invraisemblance de cette calomnie contre un homme dont toute l'affection était pour les choses saintes, et qui n'avait d'occupation que l'étude, la contemplation et les œuvres de la pieté. Avec tout cela, la création du cardinal Caraffa , outre la contrariété que l'empereur y devait opposer, n'avait encore aucune vraisemblance.

Tout le monde craignait dans cet homme

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une vertu rigide el sévère, qui n'avait jamais été tempérée par la pratique du monde et des affaires , puisqu'il avait toujours vécu dans la solitude. H avait même pratiqué ce genre de vie tant qu'il avait pu, au milieu des cours où il lui fallait séjourner, et dans l'exercice des fonctions et des charges les plus importantes. On n'espérait pas qu'il dût se 'plier aux occasions et aux circonstances. H tenait trop à son sentiment pour se rendre à celui des autres. Néanmoins le cardinal Farnèse savait bien que les choses que nous appréhendons le plus, si l'onvojt qu'un adversaire en fait l'essai, sans apparence de réussite, nous mettent en considération et ion est tenté d'entrer en composition pour se tirer d'embarras. Il résolut donc oour ôter aux réunis l'espoir d'exalter le cardinal du Puy, il résolut de conduire Caraffa à la chapelle Pauline, où, selon l'usage, on adore les nouveaux papes. Et quoique il ne fût pas certain que cet expédient lui réussirait, il avait cependant le courage nécessaire pour l'exécution, qui dépendait moins d'un dessein mûrement concerté que d'un coup de main hardi et heureux. Au reste, ni la crainte de Dieu, ni les lois de l'honneur ne pouvaient lui causerie moindre remords d'avoir élevé à cette dignité suprême le doyen du sacré collège, illustre par sa naissance, consommé dans l'étude des saintes lettres, et en vénération pour ses vertus. Il ne craignait pas davantage les raisonnements du monde, qui blâmerait son imprudence d'avoir mis le sceptre aux mains d'une créature de Paul III, qui lui avait donné des preuves certaines de sa reconnaissance dans les revers d'une fortune orageuse, au temps de Jules. Mais il fallait que l'humaine sagesse fût toujours plus confondue dans une œuvre si importante; et puisqu'il s'agissait de choisir le vicaire de Jésus-Christ, lui-même voulut en être l'auteur, et pour tel se faire connaître. Plusieurs cardinaux se joignirent à Farnèse , les uns gagnés par les exhortations, les autres par des motifs de conscience, considérant le mérite de la personne, les autres entraînés par le nombre des collègues, qui, venant par troupes, avaient déjà rendu l'élection assurée : tellement que de quarante-quatre qui se trouvaient au conclave, tous s'approchèrent du cardinal Caraffa, hormis dix-sept qui se réunirent dans la salle du consistoire, pour former leur opposition. Mais ces dix-sept étaient trois de plus qu'il n'en fallait pour empêcher rélection (car l'élu ne peut pas être compté dans le nombre de ceux qui adorent le nouveau pape). Les opposants étaient d'ailleurs des prélats de distinction et d'une grande autorité. En sorte que, soit pour cette rai- Son, soit parce qu'il est bien plus facile de donner l'exclusion à un candidat que de faire réussir sa nomination , malgré l'espérance de plusieurs , le succès de l'affaire demeurait encore très-incertain.

11. Mais il arriva un incident. OttonTruxes, cardinal d'Augsbourg, prélat d'une haute estime sous tous les rapports, el d'une grande

ONCILE DK TUriNTK.

considération dans le parti impérial, après avoir dit quelques mots au maître des cérémonies sur le cardinal du Puy, qui devait, disait-il, être pape avant la fin du jour, s'était même avancé jusqu'à dire en apprenan» la tentative nouvelle en faveur de Caraffa • Que veut donc ce the'atin ambitieux ? Mais le soir étant venu, il eut le cœur changé. Il se confessa le soir même, et célébra la messe le jour suivant de grand malin, avec plus de dévotion qu'à l'ordinaire. Aussitôt après il fit dire à Caraffa par le maître de cérémonie qu'il voulait concourir à son exaltation. L'exemple d'un homme de cette importance fit une telle impression sur les cardinaux opposants que les uns furent découragés, et les autres changèrent de sentiment. Ceux au contraire qui étaient réunis dans la chapelle pour adorer Caraffa, bien que le plus grand nombre (ou même tous, comme disait Caraffa lui-même ) ne l'auraient pas voulu, demeurèrent constants, tellement que l'élection fut faite et annoncée le 23 de mai. Il monta au trône du vicaire de Jésus-Christ le jour même où l'on célébrait l'ascension de Jésus-Christ au trône du ciel. Le nouveau pontife demanda à plusieurs reprises de lui désigner le nom qu'il devait prendre; ce à quoi il n'avait pas pensé, parce qu'il ne croyait pas en avoir besoin. Les cardinaux, par modestie , gardaient le silence, jusqu'à ce que le pape, pour montrer l'affection qu'il portait à Paul III qui lui avait donné le chapeau, et au cardinal Farnèse qui l'avait élevé au trône, prit le nom de Paul IV (1).

12. Soave en cet endroit a imaginé beaucoup de choses sur le nouveau pape, mêlant à son ordinaire le vrai et le faux. Mais, sans ennuyer nos lecteurs par un examen détaillé de chacune de ses paroles, nous pouvons assurer que Paul IV fut pontife tel qu'il avait été cardinal : doué d'un grand zèle, mais non pas d'une prudence parfaite. II surprit beaucoup quand on le vit s'abandonner sans réserve à l'amour des parents; et malheureusement il en eut qui favorisèrent ses défauts, affaiblirent ses vertus, et rendirent son pontificat malheureux et sans gloire : on le verra dans la suite de l'ouvrage. Mais il lui arriva ce qui arrive à ces princes qui, dans le cours de leurs nombreux evploits, ont pour antagonistes ou pour rivales des familles nobles et puis- .sanles, des communautés, des monarchies les écrivains en parlant de lui ont excédé dans la louange comme dans le blâme. Nous qui avons à défendre la cause de Dieu, à qui

(1) Ce fni par celle espèce de mélamorpliose que le cariiiiial Pierre CamlTa, contre ses iiiclinalions cl SOS liabiludes, passa de la vie inlérieure el c:icli^c d'un soliiaire, à la vie publique et active d un prince. Le désir de se livrer sans obstacle » la conlenif'bitiou lui av;iit fait échanger pour un f.loîlre ses deux évêcliésdeBrindes et deChieti;ni:>is, rounne l'a remarqué l'auteur judicieux de la relalioi» du conclave, celle vie de retraite, pratiquée au milieu du monde et dans le tumulte même des cours , le rendit moins propre au gouvernement et à I.a politique, dont il n'avait pas étudié les principes.

déplatt la fausseté, même dans le bien et son assiduité industrieuse à trouver et con pour le bien ; la première fois que nous avons frontcr ensemble beaucoup de mémoires prédonné auj)ublie cet ouvrage, nous nous cieux. Ce n'est qu'après s'être fourni de ces sommes tenus dans le milieu, c'est-à-dire matériaux qu'il a écrit son bisloire, dont la dans le vrai ( car le milieu est ordinairement narration exacte et sincère est accompagnée la place, non-seulement de la vertu, in medio d'observations judicieuses. Nous serons donc virtus. mais encore de la vérilé). Mais très-souvent au cas d'en profiter, autant comme le milieu, pour celui que la passion qu'il sera nécessaire pour cette histoire; il porte à l'une des deux extrémités, ne semble sera notre guide quand il nous instruira par pas être le milieu, mais l'extrémité opposée, son témoignage. Ce sera autre chose lorsnous n'avons pas eu sujet de nous étonner, qu'il ne présentera que ses conjectures; car ou de nous plaindre, si quelques-uns n'ont il n'est pas permis de rapporter comme une pas été contents de notre narration: ce que chose arrivée ce qu'un homme sage a cru nous avons appris , non-seulement sans devoir s'accomplir, mais bien ce dont un

homme véridique annonce l'accomplissement. En outre, son témoignage, quand nous le suivons, le plus souvent nous est prouve par les écritures sur lesquelles il s'appuie lui-même, et dont une grande partie est

ippri aucune émotion, mais nous n avons voulu ni voir ni entendre le moindre fragment d'une invective satirique lancée contre nous. Si ce langage était une feinte , nous serions coupables d'un mensonge le plus solennel ,

tache funeste, plus odieuse pour nous que tombée enîre nos mains. Car (pour finir par

la mort: tous ceux qui nous connaissent en une sentence) la physique et l'histoire se

sont persuadés. Il répugne encore davan- ressemblent en ce point, que la première

tage aux sentiments de notre cœur, que la forme ses positions par la réunion et la

mémoire respectable de Paul IV souffre inno- comparaison de plusieurs effets, et la se---

cemmenl la peine de l'affection excessive de conde établit ses narrations sur le résultat

quelques individus, ou que notre ouvrage de plusieurs témoignages, soit infecté du même vice qui lui fut injustement attribué , recueillant tous les blâmes

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