CHAPITRE XIII
Condamnation de Thomas Crnnmer, archevêque de Cantorbéry. — Soti E^jlise csl donnée au cardinal Polus. — Restiluiion des biens de VEglise. — Diète d' Augsbourg. — Défection sur plusieurs points de religion.
placés d'une manière qui ne leur serait pas aussi agréable. La réponse fut qu'il viendrait à Rome informer le pape de l'étal des choses, et qu'en attendant il recommanderait 'es affaires de sa nonciature à Louis Lippomani, évêtiue de Vérone. Celui-ci devait passer par Augsbourg, pour aller en Pologne en qualité de nonce. Le pape l'y envoyait pour conserver à la foi ce royaume voisin de l'Allemagne el déjà infecté en partie de sa contagion. Lippomani étant arrivé à Augsbourg, les deux nonces joignirent ensemble leurs offices el leurs efforts pour oblonir que le roi refusât son consentenient à ce qui serait de préjudice à la religion orthodoxe. Delfini partit ensuite pour Rome, et Lippomani présenta à Ferdinand un mé-
moire écrit avec force, pour montrer que les questions de foi ne reconnaisseut point 1. Après que la réunion de l'Angleterre à d autre tribunal que le siège apostolique. lEglisecatholiqueful terminée, te pape donna Mais prévoyant que la diète n'aurait pas une I tons ses soins à. la réparation des désordres heureuse conclusion , il estima plus convccausés par le schisme. Entre les évêques de nable de continuer sa route pour la Pologne, ce royaume, infectés de l'hérésie, le premier que d'être à Augsbourg représenlant du de tous se trouva le pire: ce fut Thomas Cram- pape, pour voir de ses yeux , au mépris de mer, archevêque de Cantorbéry et primat du sa dignité , les outrages faits à la religion , royaume. 11 s'était montré non pas seule- sans pouvoir rien faire pour les empêcher, ment hérétique, mais hérésiarque, et si en- Ferdinand exhorta par un assez long distiché de ses erreurs qu'il les avaii soutenues cours les ordres assemblés à l'unité de la en face du subdélégat apostolique ; en sorte foi et à la paix ; mais voyant ensuite les disque sa cause ayant été plusieurs fois rappor- positions peu favorables de l'assemblée, ne lée au consistoire, par le cardinal du Puy , il pouvant s'appuyer ni de l'autorité , ni du fut condamné non-seulement à perdre la mi- conseil d'aucun ministre apostolique , il juîre. xnais la vie encore, selon les formes usi- gea plus à propos de ne pas mettre en dëliiéco dans les tribunaux ecclésiasliques qui bération l'article réservé sur les quatre mn-
llISTOmî': DU CONCILE DE ÏUENTE.
nières cVohtenir la concorde , mais de le rernetlrc à une autre diète.
3. Il consentit cependant à des articles très-désavanlagcuv pour la religion catholique, comme nous le ferons voir. Ce n'était pas pour toujours, mais jusqu'à la concorde finale. Il disait cependant pour se disculper: 1° qu'il avait sollicité l'empereur de lui donner des ordres spécifiés , qui lui servissent de règle, qu'il l'avait exhorté à faire sa paix avec la France, à quoi s'était jointe la reine Marie d'après les conseils du cardinal Polus, et que c'était là l'unique moyen pour abattre l'orgueil des protestants. Mais l'empereur, au lieu d'entrer dans ses vues, et de lui envoyer ces dépêches , avait répondu sèchement que sa mauvaise santé qui le chagrinait , et la guerre des protestants qui l'intriguait encore plus, ne lui permettaient pas de s'occuper des affaires de l'Allemagne , dont il laissait le soin et la disposition à Ferdinand ; 2° quedans le temps où l'on était presque toutes les villes d'Allemagne, les princes et les seigneurs étaient en division et en inimitié les uns contre les autres , pour des disputes de religion ou d'intérêt temporel , ce qui était la ruine de l'Allemagne ; 3° que pendant qu'il séjournait à Augsbourg pour la diète, les princes protestants des familles les plus puissantes, comme de Saxe, de Brandebourg, de Hesse, s'étaient réunis à Naumbourg, comme pour tenir une contrediète. Us lui avaient écrit pour avoir son approbation sur une certaine ligue qu'ils appelaient héréditaire parmi eux, pour être toujours en paix et unis en toute occasion : ce qui signifiait qu'ils seraient séparés de l'empereur et en guerre contre lui , toutes les fois qu'il voudrait restreindre la liberlé de leur secte. Le roi concluait enfin , pour sa justification , qu'il n'avait fait rien autre que d'approuver ce dont les catholiques et les hérétiques, tant ecclésiastiques que séculiers, étaient unanimement convenus entre eux. Voici, en substance les articles qui contiennent plus ou moins la défection. Il fut convenu :
k. Que ni Vempereur, ni aucun seigneur catholique, ne pourrait molester ceux de la confession d' Augsbourg pour les lois et cérémonies quils avaient établies, ou quils établiraient par la suite; comme ceux-ci ne pourraient molester les catholiques, ecclésiastiques ou séculiers.
Que ceux qui ne seraient ni de Vune ni de Vautre religion ne seraient pas compris dans celte concorde.
Que parmi les divers ordres de l'empire personne ne pourrait attirer un seigneiir ou les sujets de quelque seigneur à sa propre religion , ni prendre la défense des vassaux contre leur maître: et cela sans préjudice de ces Etats qui , par un ancien droit , ont la liberlé de se choisir un protecteur.
Que si les vassaux des uns ou des autres voulaient émigrcr avec leur famille et vendre leurs biens, on ne les en empêcherait vas: sauf
pourtant le droit des seigneun sur les personnes de condition servile (Ij.
Que pour ce qui était des biens enlevés aux Eglises , on s'en tiendrait à la concorde de Passaiv, par laquelle la décision de ces causes pour le passé était suspendue jusqu'à la diète future.
Que la juridiction ecclésiastique ne s'exercerait pas sur les causes appartenantes à la présente concorde , mais bien sur le reste'; qu'on laisserait les personnes ecclésiastiques percevoir leurs droits accoutumés, pourvu que par elles-mêmes, ou avec l'aide des paroissiens , elles remplissent leur ministère et fournissent aux dépenses ordinaires des hôpitaux et des écoles publiques : et s'il naissait là-dessus quelque différend, on indiquait la manière de le terminer à l'amiable. De cette manière les ecclésiastiques cédèrent par acte solennel un pouvoir dont l'exercice leur était interdit par la force des protestants, savoir : d'exiger et percevoir leurs propres droits et faire d'autres exécutions dans les terres situées pour le spirituel dans le domaine des uns , et pour le temporel dans celui des autres.
Ladite concorde devait durer jusqu'à la concorde finale, qui statuerait sur l'une des quatre manières; et si la finale ne réussissait pas sur ce point, les articles convenus par la présente demeureraient fermes et inviolables.
La concorde présente devait avoir lieu, et pour la noblesse immédiatement soumise â l'empereur, et pour les villes impériales, où jusqu'à présent l'une et l'autre religion avait été en vigueur : de telle sorte que les sectateurs de l'une et de l'autre , dussent pacifiquement converser entre eux.
Que la chambre impériale rendrait justice à tous, sans distinction de l'une ou de l'autre religion.
Que, selon l'accord de Passaw, on prêterait serment à l'avenir par Dieu et par l'Evangile. On avait établi cette formule pour faire jurer par un objet également révéré par les catholiques et par les protestants, et pour ne pas contraindre ceux-ci à jurer par les saints auxquels ils ne rendent aucun culte.
Il fut encore statué par Ferdinand que ceux qui seraient soumis pour le temporel à des princes ecclésiastiques, ne seraient pas obligés, comme les sujets des seigneurs laïques, suivre la religion du prince ou à changer de pays.
5. Les suites d'une convention si funeste furent d'autant plus nuisibles pour l'avenir qu'elles paraissaient avantageuses pour le temps présent. Les Allemands . fatigués et épuisés par leurs discordes, avec cet opium s'endormirent dans un long repos. Ils ne virent dans cette diète qu'un remède à leurs misères, et prirent tellement en haine ces querelles funestes que, par une lâche insouciance, ils laissèrent prendre aux hérétiques beaucoup plus de liberté dans l'exécution des
(1) L'Alleiiiagiie al)ondo île serfs ()I)ligés à l:i motte, ad glebam. tonuiic disoiil jcs Icvistci;.
articles qu'ils n'avaient eu intention de leur en accorder, selon les termes de la convention. Mais de même que les remèdes faux ou mal appliqués semblent guérir les fluxions et ne font que les retarder pour un temps , après lequel elles reviennent plus violentes et mortelles; ainsi ce repos de l'Allemagne lui a coûté dans un autre temps de longues afflictions, des troubles et des scènes désolantes auxquelles on ne peut penser sans horreur.
Les sujets de Ferdinand et des princes de Bavière, envieux de cette liberté dissolue dont jouissaient leurs voisins , demandèrent à leur prince de n'être pas soumis à des conditions plus dures que les autres , mais d'être affranchis comme eux de l'observance des préceptes ecclésiastiques. Il leur fut répondu que la condition commune, d'après les règlements faits par la diète, n'était pas une pure liberté, mais au contraire, une obligation pour les vassaux à suivre la religion de leur prince ou à s'émigrer. Le roi avait , Tannée auparavant, publié dans tous ses Etals, un catéchisme catholique dont l'auteur est Pierre Canisius de Nimègue , le premier Allemand qui soit entré dans la compagnie de Jésus. En même temps, il avait prohibé tous les autres catéchismes infectés d'erreurs , que les hérétiques avaient fait circuler. Ce petit ouvrage , joint à une Conduite des confesseurs par Jean Polanco , de la même compagnie, furent en ce pays deux renforts considérables pour la religion. Le remède était excellent pour préserver de la gangrène ceux qui étaient sains et entiers, mais non pour guérir ceux qui avaient !a fistule déjà formée. Pour ceux-là, il n'y a pas d'argument qui puisse les réduire, excepté la vigueur de la puissance, ou le miracle de la toute-puissance.