CONC. DE TUICNTE. II
les reproches d'un ennemi que comme les corrections d'un père. Et puisque en cet endroit notre Soave, ou peu informé des événements d« Rome, ou cachant à dessein ce qui peut excuser les pontifes , raconte les
ffuerres du pape avec Philippe II sans en dire a véritable cause, et quasi provenantes de la pure ambition du pontife, qui voulait augmenter son domaine temporel, nous tâcherons d'en instruire sommairement nos lecteurs, avec une sincérité qui fasse connaître que notre intention n'est pas de cacher ou altérer la vérité, mais de la mettre dans son plus grand jour.
2. Paul IV, dans son âge le plus viril, avait été à la cour du roi Ferdinand le Catholique , en grande réputation de vertu et de science.,Pn rapporte que le roi étant malade, proposa ses doutes à une réunion d'hommes jiieux et savants. Il demanda s'il lui était permis de retenir le royaume de Naples, eulevé à ses parents , les princes d'Aragon. Caraffa , qu'on avait admis à celle réunion , dit avec liberté son avis et obligea le roi à la restitution. Mais le sentiment contraire, qui était celui de tous les autres, prévalut dans l'exécution. Les politiques, qui présument facilement en qui que ce soit, l'inlérêt caché sous le manteau du zèle, blâmèrent l'opinion de Caraffa, qui lui avait été dictée, disaient-ils, non par sa conscience, mais par le déplaisir de voir son pays dominé par les étrangers, et firent si bien qu'après la mort de Ferdinand il fut exclu du conseil. Quoi qu'il en soit de ce fait, sur lequel je n'ai, ni des mémoires , ni des auteurs assez contemporains nj assez informés pour que je puisse l'assurer après eux, il est certain que Charles V, petit-fils et successeur de Ferdinand dans ses royaumes, bien qu'il eût nomme Caraffa à l'archevêché de Brindes, eut toujours envers lui plus d'estime que de confiance. Cependant Paul se lrouv;uit à Rome au temps du saccagement , quitta la ville après avoir renoncé à l'archevêché de Brindes et à celui de Chieli qu'il possédait encore. Il se retira ensuite avec quelques compagnons, animés comme lui d un saint zèle, dans l'Etal de Venise, après avoir fondé avec eux à Rome l'ordre qui, à son occasion, fut appelé des théatins , comme nous l'avons marqué ailleurs. Cependant Paul 111 le rappela à Rome où il fut fait cardinal et employé aux affaires ecclésiastiques les plus importantes. Il s'y montra toujours moins disposé envers Charles V, soit pour approuver ses opérations, soit pour accorder ses demandes, ce qui augmenta les défiances de l'empereur, qui lui fit éprouver, au sujet de l'archevêché de Naples, les difficultés que nous avons rapportées.
ik Ce qui est certain, c'est que son exaltation au pontificat choqua extrêmement l'empereur, en sorte que le cardinal Santa Fiora fut obligé d'envoyer à Bruxelles son secrétaire Jean-François LoUini, pour le disculper ; ce qu'il fit en montrant à l'empereur que sfjn maîlre, après avoir employé toutco q-u'il avait d'adresse pour empêcher l'élec-
{Vingt-cinrj.)
IMSTOIRE DU CONC
tion, s'était vu contraint à y concourir ; et si l'empereur n'eût pas jugé plus prudent et plus convenable de dissimuler à l'extcncur la contrariété qu'il avait essuyée et le chacrin qu'il avait ressenti pour un fait de cette importance, auquel il n'était plus possit)le de remédier, peut-être aurait-il fait éclater SOS reproches et ses plaintes contre les cardinaux, ses dépendants, qui avaient fait la promotion. Cette aliénation de l'empereur, que le pape savait par l'instruction même donnée à Lottini de la part du cardinal, et qui était passée en ses mains, aigrissait naturellement l'esprit du pape contre l'empereur, à quoi se joignirent les ressentiments et l'humeur courroucée du nouveau cardinal
son neveu. ,, -,' i.
4. Celui-ci se croyait maltraite par 1 empereur, en ce que non-seulement on avait laissé sans récompense tout le service militaire qu'il avait fait en Allemagne, mais enrore, comme il eut lait prisonnier un seigneur de marque dont il espérait tu-er une grosse rançon, un Espagnol, par violence, le lui avait enlevé. Ayant demandé justice a la cour, non-seulement il ne put rien obtenir, mais' il perdit encore son procès, par sentence du duc d'Albe, général en chef des armées de l'empereur. Etant donc retourné en Italie, il appela son Espagnol en duel, mais pour cela même, il fut arrêté à Trente par oi'dre de l'empereur, et ne fut élargi qu'après avoir rétracté la provocation et renonce à tous ses droits. Quelque temps après, Paul III lui avait donné le prieuré de Naples, mais on l'empêcha de prendre possession. Il vint donc se jeter au service de la France, comme nous l'avons dit , ce qui le fit bannir comme un rebelle. Accueilli cependant par Stroz^, sous qui il s'était enrôlé, il gagna Vaflccilon de ce général, et, par ses leçons, il se perfectionna dans l'art militaire.
^: A tout cela , il ajoutait les pièges funestes tendus (comme il le supposait) par les Espagnols, soit à la vie de son oncle, encore cardinal , soit à la sienne , avant et depuis son cardinalat. Il y comprenait môme le cardinal Farnèse, qui en ce temps était uni avec eux, ayant la même autorité, une confiance réciproque et des motifs pareils. Il disait tout cela peut-être, ou parce que le soupçon mêlé à la haine fait croire l'incroyable, ou parce que ceux qui veulent gravement offenser les autres commencent par se dire gravement offensés eux-mêmes. Mais ce qui animait le plus le cardinal neveu, c'était l'ambition de s'élever, plus que le ressentiment des injures reçues. Il n'espérait pas que son oncle, dont il connaissait le zèle rigide , ainsi que la tendresse pour ses parents, voulût, en leur faveur, démembrer la puissance ecclésiastique , en lui ôtant un royaume entier; les grandeurs qu'il ambitionnait , il ne les attendait que d'une nation ennemie des Espagnols. Il savait que les partis les plus avantageux s'obtiennent aisément de celui qui promet ce qu'il n'a pas, et qui , en donnant, a rassurante de ne rien perdre et l'espérance de gagner beaucoup.
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Connaissant donc le désir impatient des Français, qui voulaient envahir le royaume de Naples, autant pour l'ôler aux Espagnols que pour le posséder eux-^mêmes , Carafl'a dirigeait toutes ses pensées à une ligue qu'il! voulait faire avec eux. Si la ligue réussissait, elle lui acquérait de nouveaux domaines d'autant plus chers à son ambition et à son inclination naturelle, que ce serait dans son pays natal. Mais le pape, bien qu'il lût plus content de Henri qui , par des édits sévères et réitérés, maintenait la religion en France dans toute sa vigueur, que de Charles qui , avec ses diètes désastreuses, semblait vouloir l'affaiblir, le pape, quoique son inclination naturelle le fit pencher pour le premier plutôt que pour le second, n'était pas' disposé à prendre les armes temporelles. Il comprenait bien que ces armes, employées' par un pape contre des catholiques, le font descendre de l'autorité d'un père à l'égalité* d'un chef de parti , et que ces armes tempo-' relies émoussent la pointe des spirituelles. Cependant il n'épargnait pas les menaces, espèce d'armes qui ne convient qu'à ceux' qui sont menacés eux-mêmes et qui s'eni prévalent ou pour se défendre, après qu'ils! sont avertis de l'attaque, ou pour attaquer; eux-mêmes et prévenir leurs adversaires.? Mais comme les plus grands bouleversements souvent dépendent des accidents les dIus légers, deux événements funestes à deux familles particulières, mirent en commotion et toute l'Italie et tous les potentats de l'Europe.
6. Un de ces accidents fut celui-ci : Charles Sforce, prieur de Lombardie et frère du car dinal de Santa Fiora, camerlingue, après avoir été longtemps au service de Henri II, avec trois galères à lui, voulait se mettre, comme ses autres frères, au parti de l'empereur, surtout depuis la prise de Sienne, dont le terroir confinait avec les fiefs les plus considérables de sa famille, et il avait pour cela quitté la France. Mais il ne lui était pas facile de ramener ses galères, pour les soupçons qu'on avait de lui. Le prieur essaya (t] de persuader à Nicolas Alamanni, qui ei commandait deux pour le compte du roi, d( les conduire à Civita Vecchia , où elles seraient réparées , et mieux équipées elle; retourneraient en France. Les galères élan donc venues. Marins Sforce et Alexandre, h camérier, frères du prieur, qui avaient le des sein secret de reprendre les galères, vinrcni au port avec une compagnie d'hommes hier armés. Le prieur, pour ôter tout soupçon ne parut pas. Alamanni les ayant reçus i bord très-amicalement, ils se rendirent mai très des galères parla force, et voulurent le: transporter ailleurs. Mais le commandant d( la place jugea qu'il était de son devoir de n( pas souffrir dans son port une telle violence Le camerlingue ayant reçu avis de ce qu s'était passé, dépêcha Lottini, son secrétaire à Jean, comte de Montorio, frère aîné di cardinal Caraffa, et qui avait autorité sur h
(1) Il eu vint à bout.
mi
7nâ
ommandant. Montorio, à la soUicitalion du me sort qu'avaient eu d'autres papes brouillés
amerlingue, écrivit au commandant délais sor sortir les deux galères Le comte ignorait peut-être ou dissimulait la violence faite au commandant de France. Il était d'un r/aractèrc plus doux et plus espagnol que le
ardinal , sur lequel , outre l'avantage des innées, il avait alors celui de l'autorité. Le
avec leur noblesse ; on alla jusqu'à mettre en doute, sur des raisons frivoles, la validité de son élection. Toutes ces insolences vinrent à la connaissance du pape, non-seulement par les bruits confus de la renommée et par les propos que la troupe des courtisans, plus audacieux et moins prudents que leurs maîtres,
commandant ayant exécuté l'ordre , les ga- avaient mêlés aux colloques de cette nuit ;
Icres furent aussitôt conduites à Naples et mais on dit que le cardinal de Burgos, se
mises sous la dépendance de Bernardin Men- croyant obligé par son grade d'avertir le
ioza, qui gouvernait en l'absence du duc pape, l'en informa très-distinctement, et que;
fi'Albe, celui-ci étant allé commander l'ar- pour celte cause on le rappela en Espagne,
ITice impériale dans le Piémont. Bientôt les ministres de France se récrièrent fortement, et portèrent leurs plaintes au pape do l'injure qu'on leur avait faite dans un de ses
où il n'était plus en faveur.
8. Cependant le comte de Montorio, ayant retrouvé la lettre qu'il avait écrite au châtelain, en substitua une autre plus générale et
ports. Le pape apprenant la nouvelle en fut mieux raisonnée, et imputa à Lotlini d'avoir
èxtraordinairemeut irrité. Outre qu'il était trompe le châtelain et le comte : fraude dé-
naturellement jaloux de son autorité, il avait lestable qui coûta pour lors à Lottini un long
les oreilles pleines des lamentutions conti- et pénible emprisonnement, mais qui, mani-
nuclles qui , depuis vingt ans, fatiguaient la, festée dans un autre temps, concourut à faire
cour du pape contre l'arrogance hautaine de punir du deruier supplice celui qui l'avait
la famille des Sforce. Soit vérité, soit jalousie, inventée. Mais le pape, s'y laissant tromper.
on disait que les Sforce, qui étaient plusieurs frères, forts de leur nombre, se prévalant de |Ieur consanguinité avec Paul III, et du secours qu'ils avaient donné à Jules III, dans ses différends avec les Farnèze, et de la paiisible condescendance de son pontificat, n'avaient jamais connu d'autre loi que leur voloiUé et leur goût.
7. Paul IV avait donc pris les rênes du gouvernement avec une ferme résolution de mettre un frein à la détestable licence des
fit aussitôt mettre en prison le pauvre Lo!tini et fit à son maître des menaces terribles. Le marquis de Soria, pour adoucir le pape, demanda une audience qui lui fut refusée. Il vint donc en personne au palais et dit qu'il avait des commissions importantes à communiquer au pape de la part de son maître. Tout fut inutile, et il essuya un second refus. La honte et le dépit lui firent sur-le-champ expédier un courrier à l'empereur pour lui apprendre de quelle manière on avait traité
barons, et de ceux-ci en particulier; car les son représentant. Cependant, à tête reposée,
contrariétés qu"il avait éprouvées de la part du camerlingue augmentaient de jour en jour l'aversion qu'il avait pour toute cette famille. Le comte de Montorio, voyant la Imauvaise humeur où toutes ces intrigues avaient mis son oncle, n'osa pas lui dire la vérité tout entière. 11 trouva cependant le
il prit le parli d'écrire à Mendoza et de l'exhorter à relâcher les galères, pour ne pas exposer leur maître commun au chagrin d'une affaire si intriguée. Mais les Sforce, qui voyaient les galères perdues si elles sortaient, s'y opposèrent, ou du moins ils ne voulaient y consentir qu'à condition qu'on mettrait
moyen de se disculper en présentant l'affaire Loltini en liberté et qu'on cesserait de les in
sous une autre face, comme nous le dirons. Cependant Paul ordonna, sous des peines très-graves, à Alexandre et Marins de faire incessamment retourner les galères, et il fit dire la môme chose de vive voix et d'une
quiéler. Le pape, encore plus fâché de ce qu'on traitait avec lui d'égal à égal en proposant des conditions, au lieu de l'ui rendre coiiime à un souverain l'obéissance pure et simple, fit arrêter le camerlingue; et l'ordre
manière très-vive au camerlingue, comme à fut exécuté d'une manière bien peu honnête un complice de ses frères , qui les dirigeait par le cardinal Caraffa. Sous le prétexte dans l'exéculion ; car le pape n'admettait pas d'une visite au cardinal de Santa Fiora, après ! ses excuses, s'il prétendait que le fait ne re- laquelle il l'invita à faire quelques pas en* gardait que ses frères et non pas lui, ou que i semble, il le fît entrer dans le château Saintles vaisseaux n'étaient plus au pouvoir des Ange. Caraffa ne prévoyait pas qu'une scène Sforce, mais de Mendoza. Le cardinal, qui se bien plus déshonorante et plus malheureuse flattait d'éteindre la colère enflammée du pape était réservée à lui-même dans ce château, en le glaçant d'effroi, réunit, la nuit suivante. Les deux frères Sforce échappèrent aux redans sa maison une assemblée de personnes cherches par la fuite. Le cardinal fut empri-
du parti de l'empereur, où se trouvèrent le marquis de Soriâ, son ambassadeur ordinaire; le comte de Cincione, orateur d'obédience du roi Philippe; les Colonne, les Cesa-
sonné sur la fin du mois d'août 1555; par la même politique, le pape voulut s'assurer encore de Paul Jourdan Orsini, chef de cette famille, et qui était élevé selon les maximes du
rini et beaucoup d'autres seigneurs, tandis parti espagnol. Il était encore pupille, sous
que les chambres.., l'escalier et le vestibule étaient remplis des moindres partisans et des serviteurs. Là, à ce qu'on dit, quelques-uns parlèrent du pape avec le plus indigne mépris; il s'en trouva qui le menacùicnt du mê-
la tutelle de son oncle, le cardinal de Santa Fiora; et celui-ci, dans l'ennui et les désagréments de sa prison , fut oblige à donner les clefs et toutes les indications nécessaires sur les châteaux et autres lieux forts qui ap-
HîSTOmE DU CONCILE Dh TRENTE.
partenaient à son neveu, et le pape y mit aussitôt des gardes à sa bienséance.
9. Ce fut envers les Colonne surtout que le pape voulut observer une garde plus sévère. Non-seulement ils lui étaient plus suspects que les autres, mais il était plus irrité contre eux. Camille Colonne était un des principaux de l'assemblée nocturne chez le camerlingue, et on lui attribuait les propos les plus outrageants contre le pape et contre les papes ; c'était d'ailleurs un vaillant guerrier, tout dévoué à l'empereur : il fallut donc l'emprisonner aussi. On ne put avoir Marc-Antoine, qui, au mépris de la défense à lui faite de sortir de Rome, s'était déjà retiré. Or voici la raison de cette défense : Ascagiie, père de Marc-Antoine, après sa réintégration, obtenue de Jules III, s'était rendu coupable de nouveaux délits. Cité en justice par des particuliers auxquels il était débiteur, il n'avait pas seulement maltraité le porteur de la citation, mais il avait fait démolir jusqu'aux fondements quelques maisons appartenant à SCS créanciers, situées dans une de ses terres appelée Neptune; et, bien plus encore, il avait envoyé à Rome des assassins pour leur craindre de plus grandes encore, devait fair
garde; et, ce qui étonna plus que tout 1 reste, il ôta au comte de Popoli , son nevej par sa sœur, la charge de gouverneur gém rai des armées ecclésiastiques. Il n'avait i)Oi celui-ci, comme pour les précédents, d'autre raisons que les rapports qu'ils avaient av( l'Espagne, les uns par leurs familles, les ai très par leurs biens, situés dans les posses sions espagnoles : et il leur supposait d(| sentiments conformes à ces obligations ou ces alliances.
11. Or, pendant que le camerlingue élal au château el le pape livré aux agilatior que lui causaient ses soupçons et ses resser' timenls contre le parti impérial, et frappé di souvenir encore récent de tout ce qu'on avai tramé contre lui dans cette nocturne et se dilieuse assemblée , le cardinal Caraffa r laissa point passer l'occasion de serrer l'ait liance avec les Français. Il ne se content pas, ou il ne crut pas faire assez de traitfi cette affaire avec les ministres du roi rendu à Rome, mais il envoya secrètement un dj ses gentilshommes, qui, en exposant et ami plifiant les offenses reçues, oui en faisaien
Aler la vie. Sur quoi appelé par le fisc à se justifier, et n'ayant pas comparu, on procéda contre lui à la privation de ses terres et de ses châteaux. Mais, comme on se disposait à l'exécution, le fils, Marc-Antoine, qui avait eu avec son père de vieilles querelles jamais bien assoupies, s'y opposa avec violence, et, par ce coup hardi, dépouilla son père de ses possessions, et empêcha les minisires du fisc de sen approcher. Sur un pareil forfait on ferma les yeux dans les derniers mois du pontificat de Jules III, crainte d'allumer un nouvel incendie quand l'Italie était encore en feu. Le pontificat momentané de Marcel ne lui permit pas de s'occuper de celte affaire; mais Paul IV n'était pas d'un caractère à laisser tant de crimes impunis. C'est pourquoi, après avoir lié Marc-Antoine par les ordres exprès de ne point sortir de Rome, celui-ci, au mépris de la défense, ayant pris la fuite, des monitoires furent publiés contre le père et le fils. Le premier donna pour excuse qu'il était retenu à Naples pour cause d'un soulèvement qu'il avait t(^nlé de faire dans la Calabre ; le second répondit que les châteaux avaient été remis au pouvoir de Diégue Mendoza, et celui-ci, d'après l'avis de l'ambassadeur, ne croyait pas pouvoir les rendre sans la permission de l'empereur. En attendant, Ascagne faisait travailler aux fortifications de Paliano. Pour conclusion, on procéda contre eux par contumace, et ils furent dépossédés par force de tous leurs domaines.
10. La défense de sortir de Rome fut encore intimée à Ascagne de la Cornia et à Julien Cesarini. Mais les précautions et les défiances ne s'arrêtèrent pas là : le pape congédia encore six de ses camériers, de la première noblesse de Naples. Il-Ies avait choisis lui-même, el il tenait beaucoup à se faire servir par des nobles. Il fil le même traitement à Muzio Tuttavilla, lieutenant de sa
entendre au roi que le pape, même dans 1, cas qu'il y eût une compensation pour le fat^ des galères, où la réputation du roi, commi celle du pape, se trouvait compromise, i fallait toujours que le pape songeât à re, pousser la force par la force, et, où la sienni ne suffisait pas, invoquer celle de la France puisque ce royaume avait toujours eu I, gloire de défendre les vicaires de Jésus-Christ et de réprinier les violences des Espagnols! Le messager fut Annibal Ruccellai, neveu di Jean délia Casa, archevêque de Bénévent que le pape du grade de nonce à Venise aval faii passer à celui de secrétaire d'Elaf, coni me un homme extrêmement versé dans le lettres humaines et d'une science plus qui ordinaire dans les divines. On a dit à soi sujet qu'un soir Paul,lîii ayant destine 1. dignité de cardinal pour le consistoire ili lendemain, en fut détourné par la leclun d'une pièce de vers latins licencieux que Cas; avait composés dans un autre temps, et qu furent montrés au pontife sévère par des gen: qui en voulaient à l'auteur. Au reste C.isa aussi bien que son neveu, originaires de Flo rence, désirant l'un et l'autre pour eux-mé mes leur patrie, et pour leur patrie sa liberté, étaient très en état d'exciter dan; l'Italie, l'un par la plume, l'autre par le dis cours, des mouvements qui tendraient à rétablir celte liberté. Le cardinal Caralla , ei donnant la commission, avait eu i'altenlioii, comme nous l'avons dit, de rendre la projio sition de Ruccellai indépendante et séparci du fait des deux galères, qui n'était pas encore terminé; mais il prévoyait raccommodement qui eut lieu en effet. Sforce, comte de Santa Fiora, frère du camerlingue, chef d'i la famille, et pour ses longs services en crédit auprès de l'empereur, sitôt qu'il vil le cardinal enfermé, alla en diligence tr()u\or le duc d'Albe el lui représenta la ruine imminente de sa maison, qui s'ensuivrait de
îr) LIVRE
elle mallipureuse affaire, il en obliiU un orre pour Mendoza de reconduire les vais-
aux à Civila-Vecchia, où ils lurent mis au buvoir d'Alamanni. Le pape, s'étant donc idouei à la prière du sacré collège, délivra
cardinal après vingt jours de prison ; mais exigea, pour sûreté, 300,000 écus en dépôt, e cardinal eut défense de sortir de Rome, )us peine de perdre sa dignité et ses revebs, et il lui fallut essuyer une mercuriale ès-sévère de la bouche même du pape au remier consistoire. Ainsi Paul IV, dans un prps décrépit, avait un cœur capable de sounir la majesté du trône, si à la vigueur de îsprit s'était jointe la force du bras.