Pendant que l'obéissance du cardinal
loucissait, au moins en partie, l'esprit du
^pe, de nouvelles offenses l'aigrirent plus
ie jamais. On lui avait fait croire qu'un
rlain abbé Nanni avait dessein d'empoi-
nner le cardinal Caraffa, par ordre de l'em-
reur, et que le nommé César Spina, Cala-
•ois, avait été envoyé à Rome pour l'assas-
ner. L'abbé Nanni fut mis en prison et
:aniiné. Il répondit qu'il était envoyé de Na-
es à l'abbé Bersegni, agent du duc d'Albe.
r Bersegni avait effectivement porté de l'ar-
iMit au duc en Piémont. A son retour, pas-
int par Bologne, il y fut pris et mené à
!JDme, avec les lettres qu'il portait et d'au-
ips écritures secrètes, dont la plus grande
utie était en chiffres. Mais on parvint à les
• chiffrer. Or, comme c'esldans l'ombre qu'on
)it les fantômes, et que plus un écrit est
)scur, plus il est susceptible des plus élran-
(s interprétations, on prétendit y voir une
'ame secrète des ministres impériaux contre
cardinal et contre le pape même. Il en fut
rmé avec soin et secrètement plusieurs
ocès-vorbaux, dont un, à ce qu'on prétend,
lait contre l'empereur en particulier. Mais
iites ces écritures furent ensuite suppri-
ées. Cependant Nanni et Spina, s'étant
'oués coupables , furent mis à mort. Nous
à donnerons les détails au livre suivant, où
DUS avons à raconter la tragédie des Ca-
;,ffa,
'2. Ces complots, tramés par des ennemis,
livinrent un peu plus croyables au pape
orès ce que lui écrivit le nonce résidant au-
ès de l'empereur. Antoine Perrenotte,
êque d'Arras, conservait dans celte cour la
'crnièrc autorité; il était fils du feu grand
lancelier, le seigneur de Granvelle. Doué
une intelligence profonde, mais extrême-
lont fier et hautain, il était propre, par la
Vcmière de ces qualités, aux emplois les plus
istes ; par la seconde il était plutôt fait
our commander sous un empire despotique
uc pour administrer datis un gouvernement
ivil. Aussi, quand il lui fallut conduire des
rovinces autant ennemies du premier ré-
ime qu'affectionnées au second, il les ré-
TREIZItME. 786
volta, et ces provi^nces furent perdues pour le prince qui les possédait. Cet évéque, ayant donc appris l'incarcération du cardinal de Santa Fiora et de Camille Colonne, ainsi que l'audience refusée à l'ambassadeur, avait fait ses doléances avec le nonce contre le pape et contre les neveux. Mais §es plaintes, sous les formes du mépris et de la menace, étaient plutôt des reproches comme on en fait à un sujet qu'une doiéance faite à un ami : tel était le contenu des lettres du nonce. Mais les nouvelles de la cour, amplifiées selon l'usage, ajoutaient que, par des lettres venues de Bruxelles, on avait appris que Granvelle excitait l'empereur à faire la guerre au pape et à lui ôter toute seigneurie temporelle, sans quoi il ne serait jamais tranquille dans son royaume de Naples, avec un ennemi si déclaré et un voisin si turbulent.
3. La vieillesse est naturellement craintive et soupçonneuse. Le pape, d'après la simple apparence, ajouta foi aux injures atroces que lui préparait la mauvaise volonté des impériaux, ou par la fraude, ou par la force armée. Cependant, à examiner les choses sans passion, qui pouvait croire que Charles V,qui déjà songeait à renoncer à la monarchie, comme il fit au mois d'octobre suivant, pour se consacrera une pieuse solitude, voulût souiller sa conscience et flétrir sa réputation par le dessein formé d'une action si détestable, si difficile à exécuter, et qui ne pouvait demeurer longtemps cachée? Aussi beaucoup de gens furent portés à croire que tout cela n'était qu'une invention du cardinal Caraffa, qui, par des relations mensongères et par des écrits supposés, avait troublé de ces horribles fantômes l'imagination du pontife, pour le faire tomber, par l'excès de la crainte, dans les partis les plus désespérés. Mais, à dire vrai, ceux qui sont mieux informés ne croient pas que Caraffa, à celte époque, eût déjà pris cet ascendant sur son oncle, ou cette autorité sur les ministres, ou que, le pinceau à la main, il pût colorer la scène comme il voulait, pour tromper les yeux du pape. Ce qu'il y a donc de plus vraisemblable, c'est de supposer que le neveu, abusant pour le mal de l'âge et du caractère soupçonneux de son oncle, cherchant à lui faire ombre de tous les côtés, a plutôt falsifié la vérité par des commentaires, qu'inventé la fausseté; et que les ministres du pape ont appuyé ces falsifications, ou parce qu'ils étaient trompés eux-mêmes, n'étant pas au fait de toute cette trame et hors d'état d'en juger, ou peut-être parce que mépriser les soupçons qui alarmaient le pape, c'aurait été montrer peu de zèle pour la sûreté et même pour la vie du prince.
k. Le pape, extrêmement agité, appela chez lui plusieurs cardinaux et ambassadeurs, parmi ceux qu'il jugeait être les plus indifférents, entre autres celui d'Angleterre, de Portugal et de Venise ; et en leur présence il se plaignit des torts qu'il avait soufferts de la part des impériaux , et en même temps il justifia sa conduite; par où il faisait entendre la nécessité où il était de venger ses in-
HISTOIRE DU CONCILIA DE TtiENTE.
jures. Peu de temps après (au rapport de ceux qui nous ont transmis ces détails) il eut un entretien secret avec le sieur d'Avauçon, ambassadeur de Frauce, en qui il avait beaucoup de confiance, et le cardinal Farnèse, qui jouissait alors du plus graml crédit auprès du pape, et que les Français n estimaient pas moins. U y joignit quelques-uns de ses plus intimes, et spécialement bilvestre Aldobrandini, célèbre jurisconsulte et père du pape Clément Vlïî. 11 était du nombre de ceux qui étaient sortis de Florence, et par conséquent il soubaitait ardemment do voir naître ces tumultes, qui pouvaient rendre la liberté à lui et à sa patrie. Enfin il admit avec eux Paul Consiglieri. C'était un des trois avec lesquels le pape avait institué l'ordre des clercs réguliers, et qu'il avait par la suite élevé à la charge de majordome. Ce fut à cette assemblée respectable que le pape raconta les trahisons et les pièges qu'on avait dressés contre lui et ses neveux. Il fit lire les lettres du nonce et quelques-uns des procèsverbaux. Il se plaignit de sa condition, en ce que, étant établi de Dieu père commun de tous les chrétiens, il voyait conjurées a sa perte ses propres entrailles, et contre ses propres entrailles il lui fallait combattre, non pas seulement pour sauver sa vie, dont il aurait fait volontiers le sacrifice pour le repos de tous, mais pour conserver cette dignité dont il n'éUiit pas le maître, myis le dépositaire. 11 déclara enfin qu'il tondait principalement ses espérances sur la puissance et le zèle du roi très -chrétien. On dit que l ambassadeur lui répondit (comme c'est l'ordinaire eu pareil cas) en lui offrant le royaume, le roi et tous ses enfants, pour la défense de sa très-sainte personne et de sa principauté apostolique ; et que le pape , pour répondre au compliment , dit qu'il espérait de voir bientôt un des enfants du roi investi du royaume deNaples, et l'autre du duché de Milan. Et il congédia ainsi les assistants
pape de tout son pouvoir et contre toute personne, et qu'il no pourrait retirer les troupes envoyées à cet effet que dans le cas oîi il serait assailli dans son propre royaume, et qu'il s'y engageait par sa pure bonté et piété, sans faire dépendre sa promesse d'une obligation réciproque quelconque; 2° qu'entre le roi et le pape il y aurait ligue défensive et offensive dans toute l'Italie, excepté le Piémont (le pape ne voulait pas être ligué contre le duc de Savoie), après qu'on aurait déposé à Venise une somme considérable, et déterminé dans la convention même ce que chacune des parties devait fournir d'hommes et d'argent; 3" qu'après qu'on aurait conquis le royaume de Naples, le pape en investirait un des enfants du roi qui ne serait pas le dauphin, et qui fixerait sa résidence dans ce royaume, et cela avec augmentation considérable du tribut annuel, avec dilatation des confins pour le temporel, et à l'a vantagc de sa juridiction spirituelle pour le sajnt-siége ; que l'on assignerait des possessions aux Caraffa ; i" que de même, si on s'emparait du duché de Milan, il serait donné à un des enfants du roi (toujours excepté l'aîné, et avec obligation de la résidence); 5" que pendant la minorité des enfants du roi, ce serait au pape d'établir des gouverneurs dans les domaines conquis ; 6" que sous la conduite du duc Octave on attaquerait le duc de Florence, pour mettre en liberté les villes de Toscane ; 7° que la guerre se commencerait, au choix du pape, ou'par la Toscane, ou parle royaume deNaples , mais point du tout par la Lombardie, pour ne pas obliger les confédérés à tenir une autre armée pour la défense de Rome ; 8" que chacun des deux partis ne pourrait faire aucun accord ou traité sans le consentement de l'autre ; 9" que l'on permettrait à la seigneurie de Venise d'entrer dans la ligue, on lui ce dant l'acquisition que l'on ferait de la Sicile; que la même facilité serait donnée au duc de gy,^jym^ Ferrarc, qui aurait l'autorité de capitaine-
5. On ajoute que le cardinal Caraffa, qui ne général, avec d'autres avantages de terres et voulait point souffrir de retard, les conduisit de revenus.
aux chambres voisines, qui étaient celles du majordome, et qu'on y ébaucha les conditions du traité. Après quoi Casa eut ordre d'aller tout de suite chez Avançon, qui connaissait à peu près les intentions du roi, pour mettre par écrit la substance des articles. L'acte, dressé avec célérité, fut terminé le 13 octobre, et signé par le pape et réciproquement par l'ambassadeur au nom du roi, qui devait le ratifier dans l'espace de quarante joui-ç. Le cardinal Caraffa 'était si pressé, qu'il envoya le traité en Fiance avant qu'il eût reçu aucune réponse de Ruccellai. Ces articles furent par la suite altérés en partie, lorsqu'on les renouvela par ordre exprès du roi. Or comme il faut abréger une narration qui appartient à notre histoire comme incident et non comme principal, nous en dirons en peu d-o mats le contenu, tel qu'il se trouve dans la. dernière convention. II fut clenc convenu :