‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 205 sur 348 · LIVRE QUATORZŒME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZŒME

8. En conséquence, après qu'on eut fait l'épreuve de ces derniers , ainsi que de plusieurs autres, dont i'énuméralion serait un détail ennuyeux , deux champions restaient, qui avaient d'autant plus espérance de remporter le prix, qu'ils n'étaient pas encore entrés dans l'arène. L'un d'eux était le cardinal Frédéric Cesis, créature de Paul III, à qui les Français avaient promis leurs bons offices ; mais c'était au contraire ce qui retardait ses espérances : la jalousie des Espagnols en était cause. Ils y perdaient beaucoup pour la faveur et l'estime dont ils jouissaient, et l'esliine produit quelquefois un grand effet. Us étaient donc fâchés que l'on voulût pour la quatrième fois élire un pape qui ne serait pas de ceux qu'ils avaient proposés, et qui serait au contraire désigné par leurs rivaux, quoique les Français fussent alors beaucoup moins puissants en Italie que les Espagnols. L'autre était le cardinal Jean-Ange Médicis, Milanais dont il a été parlé plusieurs fois dans cette histoire, homme d'un grand âge et d'un grand sens , qui avait exercé beaucoup et de grands ciiiplois. Il était frère de Jean-Jacques, lîiarquis de Marignan, et on a pu dire de lui, qu'autant le marquis lui avait rendu service pendant sa vie, en le faisant avancer par degrés jusqu'à la dignité qui touche le pontificat , autant la mort du marquis lui fut nécessaire pour y monter en effet, parce que sa vie aurait été un obstacle. On aurait appréhendé de la part de ce grand capitaine ses vastes desseins, ses idées martiales, et les Français, battus par lui dans les guerres de Sienne, n'auraient pas voulu le voirpuissant dans Rome: la mort du marquis ôtait ces difficultés. Les Espagnols, qui ne voyaient plus en lui que son mérite et les services rendus, favorisèrent son frère et pressèrent le cardinal Caraffa de profiter de celte occasion pour rentrer dans les bonnes grâces du roi Philippe. La France ne mit pas non plus d'opposition; au contraire, la reine, qui pendant la jeunesse du roi son fils avait une puissance presque absolue, recommanda avec chaleur aux cardinaux français le cardinal Jean-Ange, qui était, commeelle, de la maison des Médicis. Enfin tous les suffrages se trouvant réunis en sa faveur, il fut adoré sur les sept heures de la nuit qui suivit la fête de Noël, et voulut être appelé Pie IV. Le cardinal Caraffa le supplia à deux genoux de pardonner au peuple les insultes faites à sa famille et au tribunal de l'inquisition. Le pontife pour quelque temps ne voulut pas y consentir, mais le cardinal Saint-Ange et d'autres ayant joint leur intercession, il répondit enfin: qu'en considération du cardinal Caraffa il accordait le pardon, pourvu que les dommages qu'avaient soufferts les lieux et les personnes outragées fussent réparés autant qu'ils pouvaient l'être. Tout cela fut défini dans une bulle qui parut quelque temps après. Il est certain que rien n'est plus capable d'arrêter pour l'avenir le soulèvement général de la multitude, que d'accorder un pardon général de

tout ce qui est passé, quand ce n'est pas loffensé qui pardonne; mais si c'est de lui que vient la grâce accordée, on peut douter que le pardon soit sincère, et il reste dans les coupables l'inquiétude et la haine. On peut croire aussi que ce soit par faiblesse, et cette faifelesse, à la place de l'amour, engendre le mépris.

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