‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 206 sur 348 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

L'ambassadeur de Ferdinand est reçu à Rome. — Mesures prises contre les hérétiques, par François II en France, et Philippe II en Espagne.

1. Le nouveau pape, par un second acte de condescendance, fit preuve de sa prudence et de son équité. La dureté de Paul IV à ne pas reconnaîirc Ferdinand pour empereur légitime, avait été généralement blâmée comme trop rigide et peu sage; Soave a voulu dire aussi son sf ntiment sur ce refus , rmis au premier mol il bronche, quoique en beau chemin et en champ libre. Il dit que parmi les articles dont les cardinaux étaient convenus dans le conclave , il fut arrêté que le pape futur reconnaîtrait Ferdinand pour empereur; qu'à cet effet. Pie, aussitôt après son élection, tint conseil le 30 décembre; il y fut décidé qu'on avait fait tort à Ferdinand. Le pape appela donc François de la Torre, ministre de Ferdinand, à Rome, pour lui dire qu'il était prêt à rendre à son maître les honneurs qui sont dus au chef de l'Empire, et que Ferdinand, l'ayant su, nomma la Torre son ambassadeur. Or il est faux que Ferdinand pour nommer à l'ambassade de Rome François de la Torre, ait attendu la délibération du nouveau pape : car il désirait extrêmement cette acceptation de son oivoyé, sans laquelle il voyait bien que la couronne impériale ne serait pas assurée sur sa tête, attendu la grande autorité qu'avait le pape sur tous les princes chrétiens et spécialement sur les princes ecclésiastiques d'Allemagne. Il voulut donc se tenir prêt, et à portée de saisir l'occasion qui se présenterait d'obtenir ce qu'il souhaitait. François de la Torre avait donc reçu de Ferdinand , ou avant, ou aussitôt après la mort de Paul IV, son diplôme d'ambassadeur impérial à Rome, pour le montrer dès que le pape voudrait l'accepter. Je pourrais en donner pour preuve que le 2 de septembre il eut audience du sacré collège, comme le représentant de l'empereur, et que de nouveau, le 28 de ce mois, il se présenta aux barreaux de la fenêtre du conclave ( espèce de parloir), où il exhorta les cardinaux à presser la nomination : mais toutes ces preuves ne sont pas décisives, parce qu'il a pu faire tout cela sans avoir encore le titre d'ambassadeur. Mais le jour de l'Epiphanie, où se fit le couronnement de Pie IV, comme il y avait contestation sur la préséance entre l'ambassadeur d'Espagne et le sénateur de Rome, le pape décida que le sénateur de Rome aurait le pas sur tous les ambassadeurs, exce{)té celui de l'empereur, qui eut en effet la

HISTOIRE I)L CONCn.R DE TRKNTE.

préséance sur le sénateur en celle occasion. Cela suppose que François de la Torre avail son diplôme d'ambassadeur avant l'élection de Pie IV : car depuis l'élection jusqu'au couronnement, onze joUrs s'étaient écoulés, cl six seulement depuis la congrégation du 30 décembre; espace , comme on voit, insuffisant pour qu'un courrier puisse aller et revenir d'Allemagne à Rome. Ajoutons que les premières lettres écrites par Ferdinand à Pie IV, pour le féliciter de son avènement au pontificat, et pour le remercier d'avoir ôtô les difficultés que son prédécesseur lui avait opposées, nomment François de la Torre comme son ambassadeur depuis quelque temps. Or elles sont signées du 16 janvier.

2. Cependant l'hérésie ne cessait pas de faire tous ses efforts pour s'étendre dans les provinces catholiques; mais les princes, aussi, n'oubliaient rien pour la réprimer, et il y eut plusieurs sectaires punis en France et en Espagne. Ils ne le furent pas en France avec beaucoup de rigueur, parce qu'ils avaient affaire à une femme et à un jeune prince. En Espagne on employait des remèdes beaucoup plus forts , pour faire sortir de l'abcès tout le sang gâté, sans avoir égard ni à la noblesse de l'origine, ni à la faiblesse du sexe, ni à la dignité du grade. Plusieurs Espagnols avaient contracté celte lèpre en communiquant avec les Allemands au service de Charles V, ou avec les Anglais auprès du roi Philippe. Car l'hérésie, par le poison agréable de la licence, est dangereuse à toucher; quelquefois même les médecins sont obligés de se précaulionner ; la rigueur dont on usa contre elle ne fut pas seulement pieuse envers Dieu, mais salutaire et charitable pour le royaume. L'Espagne en versant jusqu'à la dernière goutte du sang corrompu, fut guérie pour toujours. En France, pour avoir fait la saignée avec trop de ménagement, il a fallu tirer un fleuve de sang de ses veines principales.

3. Ici Soave avance deux choses , non pas entièrement fausses , mais l'une est mêlée de fausseté, et toutes deux manquent de vérité , et peuvent par conséquent donner de fausses idées, si elles ne reçoivent pas l'intégrité qui leur manque. Il avance d'abord qu'on brûla on effigie, comme hérétique, Constantin Pontius, mort dans sa prison, et qui avait été de son vivant confesseur de Charles V, qui mourut dans ses bras. Premièrement, Pontius fut prédicateur , et non pas confesseur, de Charles V. Son confesseur à sa dernière maladie fut le père François deViglialva. Outre cela, pour qu'aucun ne puisse soupçonner que ce prince religieux ait voulu rendreà Dieu son âme ternie parle souffle empoisonné d'un confesseur hérétique, il est bon de savoirqu'il n'est pas vrai queCharles ait tenu auprès de soi Constantin Pontius pour directeur de sa conscience, encore moins qu'il ait voulu mourir entre ses bras, puisqu'au contraire Pontius fut emprisonné pour ladite cause du vivant de Charles ; et Charles, apprenant celte nouvelle, se mit à dire : 5i

Constantin est hérétique, c'est un grand hé^ rétique. Il voulait dire que s'il était hérétique, il avait su, par une hypocrisie d'autant plus impie qu'elle était plus raffinée , se faire passer pour un excellent catholique. Il est certain d'ailleurs que Charles , non-seulement pour satisfaire sa tendre dévotion , voulut en mourant observer tous les rites et recevoir les sacrements de l'Eglise romaine, que les hérétiques délestent, comme autant de superstitions; mais encore, par une inspiration qui lui faisait présager sa mort prochaine, il fit célébrei ses obsèques lui vivant et présent (1). Le jour d'après il fut atteint de la maladie qui l'emporta en peu de jours.

4. L'autre fait sur lequel Soave n'est pas exact, c'est que parmi ceux contre qui il fut informé pour cause d'hérésie, il compte Barthélémy Caranza, dominicain, qui, avant d'être archevêque, avait assisté au concile de Trente. Mais par la suite accusé d'hérésie, il fut pour cette raison privé de ses revenus cl de sa liberté. îl n'y a point ici de feinte ; mais Soave a pris le change entre Pontius et Caranza. Celui-ci fut présent à la mort de Charles V, auquel, à raison de sa dignité, il rendit les derniers offices, et donna les derniers secours que l'Eglise accorde aux mourants. Mais à quelle occasion cet archevêque se trouvait-il là? c'est que Charles ayant entendu parler d'une manière désavantageuse de cet archevêque, qu'on disait infecté des erreurs du temps, l'avait mandé pour lui donner de salutaires avis. Ceci soit dit à la décharge de ce bon empereur, qui, pour acquérir le ciel, voulut quitter deux mondes. Pour ce qui est de Caranza, Soave a eu tort de ne pas nous dire tout; il pouvait et il devait ajouter que sa cause ayant été examinée plusieurs fois dans le cours de plusieurs années, d'abord par l'inquisition d'Espagne, et ensuite par celle de Rome sous le pontificat de Pie V et de son successeur Grégoire XIII, on n'y trouva pas de quoi le condamner d'hérésie manifeste; mais ou l'obligea à une abjuration qui pût détruire les soupçons formés contre lui d'une mauvaise croVance. En effet il mourut, non pas dans sa pVison, mais quelque temps après sa sortie, avec tous les signes d'une foi pure et d'une singulière dévotion. C'est ainsi que dans les occasions la même chose qui, sans les correctifs nécessaires, est un poison et donne la mort, avec les correctifs devient un remède qui opère la guérison.

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