CHAPITRE XXL
Session seconde ou dix-huitième. — Trouble aii sujet de la concurrence entre l'orateur du Portugal et celui de Hongrie. — Diversité des sentiments. — Décrets arrêtés dans cette session. — Considérations auxquelles se livre- Soave sur ces décrets.
1. Le matin du 26 de février, les Pères se réunirent à !a cathédrale. Le patriarche de Jérusalem (élébra le saint sacrifice. Antoine Cocco, vénitien , archevêque de Palras et nommé au siège de Corfou, fit le discours lalin. 11 s'éleva ensuite un différend bien désagréable : le secrétaire lut les mandats des deux ambassadeurs de Ferdinand, Muglizius et Ton, et ensuite celui de Dracovitz, ambassadeur dece niê:i!e prince, tjiai scomme roi de Hongrie; il demandii également son mandat à .Ma carègne pour en faire la lecture ; il refusa de le livrer, et se pli'gnil qu'on «'ût préféré le roi de Hongrie à son prince, en donnant la priorité à la lecture du uiandat de Dracoviiz. Le si crétaire descendit alors de sa chaire et parla à Mascarègne, l'assurant que l'on n'av,:il eu aucui e intention par cet acte de prononcer sur la préséance, mais que, confoi luément à l'usage de la cour de llome, l'on avait lu en premier lieu les mandat> que les oraieurs avaient remis les premiers. Tous les efforts du secrétaire pourle calmer, etensuite du promoteur, à qui les légats donnèrent la commission de lui faire entendre raison, furent inutiles. Mascarègne, n'entendant ni l'italien ni le la-
voyait (jue la dilficuUé pour plusieurs rou- tin, était obligé de recevoir les réponses de
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ces prélats par l'entremise de ses interprètes portugais, qui étaient dos canaux qui cnlovaionlà l'eau toate sa savoi>r. Ils suivaient l'erreur du grand nombre dô ceux qui font consister le zèle pour la défense de Ihonnenr de leur maître à soutenir qu'il a été insulté, au lieu de monlrer qu'il est resté à l'abri de
primats; par là se trouvait confirmée la déclaration des légats; on passa après à la lecture du premier décret que voici :
k. Le concile pense que la doctrine de TJ?glise , souillée et obscurcie par les opinions opposées entre elles d'un grand nombre d'hommes, doit être rendue à son premier lustre et à
tout mépris ; ils Iransmelt.iient à Mascarègne son antique pureté ; et que tes coutumes qui sg les paroles de conciliation des délégués dans sont éloignées de l'ancienne règle soient rap'
la forme la plus f;nble, en les corrigeant, ou plus vérilabl'ment en les corrompant par leurs conseils tout op{)Osés ; de sorte que cet ambassadeur, oubliant celle urbanité remarquable et naturelle qui ne se démenlil que celle seule fo s, comme on le verra, se tenriii la Itt' liai)le,les yeux fixes, el ne faisait qu'agiter son visage, en signe d'un dédaigtïeux refus. Les légats eurent recours à un aiilre expédient pour lui fiire entendre raison, ce liit de lui envoyer deux évé(iues qui connaissaient parfiiitenient sa langue et étaient ses amis intimes : Pompée Zambecar, évéque de Sulmona, qui étant allé en Portugal sous le pape Jules, s'était acquis une grande estime, et avait continué ses rapports avec celle nalion ; et Fray Gaspardo de Casai, augustin et évéque de Leiria en Portugal. Lorsqu'on put se passer du service dangereux de ces interprètes à ses gages, ils obtinrent «ans peine de la courtoisie de l'ambassadeur qu'il remît son mandat, afin que le
pelées à Une meilleure forme , qui change le cœur des pères en faveur des enfants et le cœur de ceux-ci en faveur des pères. S'étnnt donc aperçu, avant tout, que le nombre des livres nuisibles qui renferment et propagent cette doctrine empoisonnée, s'était multiplié presqu'à l'infini, ce qui avait provoqué dans tes provinces et à Rome surtout différentes censures qui prouvaient leur zèle , sans qu'aucun remède eût été efficace contre celte maladie pernicieuse , le concile a arrêté qu'on choisi-^ rait quelques Pères qui exat^iner aient avec soin ce qu'i' y a à faire à l'égard de ces livres . et quelles censures ils méritent, et en référeraient ensuite au concile , afin qu'il piit plus facilement séparer ces doctrines étrangères, comme la zizanie, du froment de la vérité chrétienne, et ordonner tout ce qui lui paraîtrait le plus propre à tranquilliser les consciences el à enlever les prétextes de tant de disputes , en «/tendant , il désire que ses intentions soient connues de tout le monde, afin que si quel-
secrélaire déclarât publiquement du haut de qu'un se croit intéressé dans quelques-unes des
sa chaire, que dans la lecture de ces lettres l'on avait eu égard qu'au rang dans lequel elles avaient été présentées.
2. Mais comme le sou pçon est le propre des étrangers et la jalousie des hommes rivaux , Drascovizius, qui >iegeaii en face tle Mascarègne el qui avait été indigné de ce tumulte, craignit que ce dont son antagoniste se montrait salisf;iit ne fût contraire à lui-môme, et s'opposa à toute espèce de satisfaction que l'on voudrait offrir à cet homme, qu'il regardait, disait-il, comme un orgueilleux et un brouillon. Alors le cardinal Madrucci quilta son fauteuil et alla parler à Drascovizius, el lui fit envisager que le véritable service de l'empereur consistait à avancer les af-
choses que doit traiter le concile, il soit persuadé qu'il sera écouté avec bonté par les Pères.
Mais parce que le concile souhaite de tout son cœur l'union des dissidents, pour que tous louent Dieu unanimement , et embrassent la chnrilé, qui est le lien de la perfection ; il les invite avec la plus grande tendresse à se rendre au concile , et tes conjure d'écouter avec docilité la voix d'une mère aussi tendre que /'£*• glise. Touchant le sauf conduit, il ordonne qu'il sera dressé en congrégation, et qu'il aura la même force que s'il avait été accordé dans une session.
5, Tous les Pères approuvèrent \e décret , à l'exception de l'archevêque de Grenade qui,
faircs du concile, et non point à se montrer seul entre les Espagnols, réclama de nouveau
opiniaire dans un différend qui ne tirait pas à conséquence. Les soupçons ne quittèrent l'esprit de Drascovizius que pour s'emparer de celui de Mascarègne : changeant de conduite, il soulint que la prééminence de son roi élaitsi inconlesstable, qu'il ne pouvait souffrir qu on la iînt pour nouteuse. Les légats, fatigués, ennuyés et embarrassés, appelèrent à eux Augustin, Castanco, Buoneompagno et PaleoUo, pour terminer sur leur avis ce diiîéreud inexlrie.ilde. Enfin Zambecar parvint par son habilelé à adoucir la rudesse des deux champions; et après deux heures de la plus ennuyeuse interruption, on lut le maadat de Mascarègne et on continua la séance.