LIVRE QU
Louis Beccatolli, archevêque de Ras:use et le plus grand noml)ie <!( s Pères fiire'it exhorté-; à accorder un sauf-condtiil ampl« et sans restriction, et à les inviter à la pénitence avec l'assurance du pardon. Il ne fallait pas l(Hir donner le nom odieux à' hérétiques , de cr;iin(e que l'invitation ne leur parût une iiîjureet ne les repoussât; ni les traiter diiïércmment qu'un frénétique pour les paroles qu'ils se permettraient contre les saints et le pape.
13. Les Pères avaient mis longtemps à développer leur senlimenl; c'est c qui arrive surtout dans ces assemblées savantes où le désir ardent de se faire écoiiter n'est point encore rassasié par l'usage, ni tempéré par la fatigue. D.ins une congrégation, trente Pères occupèrent seuls tout le temp^, et il fut nécessaire de se rassembler plusieurs fois. EnGnle plus grand nombre étanl -l'avis qu'on chargeât quelques membres du soin de former l'index , et que l'on accordât aux hérétiques un ample sauf-conduit, alors les légats demandèrent à l'assemblée de nommer les censeurs pour les livres et ceux qui rédigeraient le décret sur ce point; mais tous leur disant de vive voix qu'ils leur laissaient ce choix, ils choisirent dix-huit Pères pour s'occuper de l'index, avec la faculté d'employer les théologiens d'un rang inférieur; tous les Pères pouvaient aussi leur communi(|uer ce iju'ils croiraient propre à la réussite de cette entreprise.
14. Lorsque le décret préparé fut soumis à Icxamen , les légats, voulant arrêter la prolixité ordinaire, réglèrent sur-le-champ que tous les Pères donneraient leur avis dans celte assemblée, quelque tard qu'elle dût se prolonger; ceci fut cause que plusieurs ayant pensé que leur tour de parler n'arriverait pas , ne s'étaient point préparés et furent forcés d'être courts; les autres, ennuyés de la durée de l'assemblée, abrégèrent volontairement, et à <leux heures de nuit (c'est-à-dire vers les huit heures du soir) tous eurentdonné
' leur avis.
15. Après différentes observations peu imporlaïUes , que je passe soiis silence, le car- (jinal Madrucci demanda plus de clarté dans le décret; on se rangea communément à son avis, »'on sans exciter la jalousie, [)arce qu'en ap|)rouvanl son sentiment l'on donnait souvent de grands éloges à sa personne.
L'archevêque de Grenade revint à l'ancienne instance des Espagnols : que le concile devait ^"a^i^cXr lieprésentnnt l'Eglise universelle ; mais celui de Rossano réfuta celte proposition par un excellent discours, ' que les autres approuvèrent : il demanda, avec raison, plus d'ordre dans le décret du sauf-conduit, et son avis fut approuvé.
16. Mais la peine de le corriger devint inutile pour quelque temps, parce que les Espagnols, qui y avaient d'abord consenti, exposèrent ensuite que la promesse du pardon, que l'on étendait à ceu\ contre qui les inquisiteurs avaient commencé à procéder,
' ainsi que les légals, d'après le pouvoir accordé par le pape, se proposaient de le faire, serait
INZÎEMK.
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très-désagréable au roi Philippe. Ce prince avait jusqu'alors, au moyen do ce tribunal redoutable, mainteiiu ses sujets dans l'obéissance à l'Eglise; si ce frein commençait à se relâcher, on ouvrait un grand précipice, comme pourraient l'attester quatre d'entre eux qui avaient exercé pendant longtemps la ch irgc d'inquisiteurs. La crainte d'aflaiblir les rênes de l'inquisition d'Espagne et celles de l'inquisition du Portugal, qui faisait cause commune, eut tant de force sur les Pères et les légats, qu'elle les engagea à retarder la réd;!ction du sauf-conduit, parce qu'il leur p.iraissait tout à la fois et nécessaire et impossible de trouver des paroles qui ne portassent aucune atteinte à ces tribunaux et qui rassurassent tout le monde, les hérésiarques eux-mêmes. Les corps qui sont en proie à deux graves maladies, qui exigent des remèdes opposés, sont très-difficiles à guérir. CHAPITRE XX.
Réception de deux ambassadeurs de Ferdinand.— Différends de celui du Portugal avec l'un d'eux, et cnmite des Pères avec tous les deux, terminés. — Arrivée privée du troisième.— Leurs demandes au sujet surtout de la prorogation de la session afin d'inviter à s'y rendre. — Avis des Pères sur cette demande. — Lettres de l'ambassadeur Vargas aux Espagnols
1. Au milieu de ces négociations importantes venaient se mêler des réjouissances do grande parade qui charmaient tout à la fois les yeux p.ir leur éclat et r.inimaient les esprits par ce quelles représentaient. Après Draeovitz l'on vit arriver, le dernier de janvier, Antoine Muglizius, morave, archevêque de Prague, lun des deux orateurs employés par Ferdinand en sa qualité d'empereur. Drascovizius voulut faire son entrée solennelle avec lui, et sortit de la ville ; toute la suite des légats, et cinq évêques en leur nom. allèrent à leur rencontre; mais ce qui était pour eux un sujet de réjouissance se changea promptement en inquiétude. Selon l'usage on devait les recevoir en assemblée générale : arrivés à trois niill^s de Trente, Ferdinand-Martin IVIascarègne, ambassadeur du roi de Portuir.iI,fit signifier qu'il ne fallait pas que Drasco\iziiis lût reçu avant lui, soi! parce qu'il n'avtit pas un mandat en" bonne forme de son prince, soit aussi parce que représentant, non pas l'empereur , mais le roi de Hongrie, il devait céder le pas à l'am- 'oassadcur du roi de Portugal, qui se croyait supérieur à Ferdinat.d, considéré sous ce seul
titre.
2. Les légats étaient beaucoup c ntraries par ces procès : un point de cérémonie exposait infailliblement le concile à se voir privé du concours d'une nation entière, et, prévoyant une difficuité plus sérieuse entre les ambassadeurs des deux: plus grandi-s puissances rivales entre elles, ils avaient écrit au pape pour prendre ses ordres au sujet de ces diSTéreuds, ou au moins pour voir s'il ne jugeait pas convenable d'en prendre i'odieux sur lui, cl lui demander son avis, en lai re^
commandant totitctoîs de ne pas remellre au concile la décision enlre la France et l'Espagne, par la raison que, les prélats attachés à la couronne d'Espaj;iie élanl incorr.pr.rahlemcnl plus nombreux, « Ile serait conlr.tire aux F,rançais, ce qui les indignerait et les aliénerait pour toujours. Pour le temps présent dont nous parions, et au sujet du diiïérend qui s'était é!cvé. ils nomnièrenl citiq prélats !>our e^^iaminer troi< points: si l'on devait recevoir Drascovizius, sans exiger de lui d'autre mandat que ses lettres de créance ; s'il convenait de le recevoir avant l'ambassadeur de Portugal ; et à qui des ûenx l'on donnerait une place plus disiinguée. Les députés pour cette affaire étaie!!l Klie Casf sue'», Augustin, Bu<>ncornp;rg(ioe(Pal('oilo. 8 Sur le premier article, ils répondirent affirmativemrnt, par la raison qur, qfjiuquc DrascKvizisis n'cûi pas de mandat dressé par un notaire, néanmoins des lettres autographes (le l'empereur le nommaient et l'établissaient ambassadeur auprès du concile. D'autres témoignages el des prouves convaincantes altvslaienl sa missioji. Sjv le second, ils dirrnt qu'il dev.iit être rc eu avant celui de Poi'-tiîgal, j-arce qu'il éîait arrivé le ' preniier; qu'on suivrait en cela l'usage de la cour de Rome. Le troisième point leur parut plus épijîeux et tel qa'il ne convenait pas au con( iie de trancher la difQcuîté : iî fa'lait trouver un nioy; n qui conle:Urtt les deux partis. On a'. ail disputé sur cel.' dans l'assemblée sous Jules iî!, el le mode qnt* l'on adopta aiois de piac/j' au iïiiiicu, dans ies congrégations, les am'rassadeurs laïmies. et en ffice des légats, n'était plus opoorlan ; il valait mieux ( el c'est ce que l'on fit, comoie noi;s l'avons dit en panant d; ; rites génér;>ux, des co5'grégi:tions el d-^'S sessions ) que l< s orateurs cci'lési;>sliqucs prissent place à droite au-tiessos de tous ies autres eccli'si.isliqufs : n-aii en donnanl leur seniiu-ii-rii, ils s(!iviiiei,i le rang de leur promotio.i, parce que alors ils rvgissaient coînaie évoques, et non comme aail assadeurs ; et que ies la'ïques se plaçassent à gauche , et que dans toutes les cérémonies ils eussent le pas sur lous les prélats qui n'étaient pas ambassadeurs, excepté dans quelques solennités religieuses dans lesquelles les évêques portaient la chape et la mitre, connue au jour des cendres, qui allait arrive r. Au sujet de ces cérémonies, il avait été établi que tous les évêques et ies abbés mitres se présenteraient à l'autel avant les orateurs laïques": el que «'ans ces processions solenn(dles où les évéqoes, quittant leurs habits d'usage, revêtaicut '.es insignes de leur dignité , ces mêmes or.'.ieurs marcheraient derrière les présidents ; c'était la plac<î assignée dans les autres piocessi( ns aux orateurs ccclé.'iastiques, qui se plaçaient alors après tous les évéques devant les léga's, et pren ient ainsi la place qu'occupaient les orateurs Isïtucs dans les processions ordinaires. Les Pères eux-mêmes élevèrent d'abord quelques difficultés sur cet ordre ; et quoique Elie, qui était le premier patriarche
et l'un des députés nommés pour terminer
ce différend, consentît à ce règlement, et soutint que celle préférence dût être accordée aux ambassaileurs ecclésiastiques sur les prél.ils , qui n'avaient point celte qualité , cependant les pairia;ches de Venise et d'A quilée se moitrèrenl récalcitrants ; ma's à iaso!!i;it;{ion des lég-Us, ils l'adoptèrent ; et les ambassadeurs se soumirent aussi au règletnenl général.
4. Le 6 févri r fut fixé pour la réception des ambas^aiieursde Ferdinand; ils s'étaient déjà ren. lus dans le palais do premier légat, avec une grande foule d'évèqnes, qui devaient acc(>m|>agner le corté;e, comme cela se prati(|uaii (la."S ce- circonstances, lorsqu'il s'éleva une nouvelle difncuUé : ils dirent qu'ils avaient ordre de lempereur de ne céder le pas «ju'aux icg^sts, el qu'en conséquence, ils prèle idaienl l'avoir sur leiardinal Madrucci. On leur répondit que l'inslruclion de Ferdin^md avait été copiée sur celle que Charles V avait donnée à ses aa<bassadeurs, pendantqu'il n'y avait au concile d'autres cardinaux que ies légats, et lorscjue ces deux mots dé?ignaienl les mêmes personnes; mais qu'ensuite les représcnlants de Charles V avaient cédé le pas aux cardinaux de Trente et de Jaen. Toutes ces raisons ne les auraiciit pas déterminés, si, tandis que les Pères attendaient en congrégation et que les ambassadeurs s'olssîihaien! a ne point quitter Ismrs appartements, les légats Hosius elSim.-nelta, ne s'étaient rendus auprès d'eux, pourleurdirequ'its se chargeaienldefaireapprouverleur dèoiarche par l'empereur, ce qui airiva en effet : on arrêta donc le cérémonial; les Pères pré>enlèrent;ieux évéques pour aller prendre ies ambassadeurs, et on suivit toujours celle marche. Ayant été introduits avec tous ceuK oui voulurent entrer, ils présentèrent leurs lettres , et Drascovizius fil un discours (1) qui était rempli de sentiments de dévouement, de religion et de promesses. Les anibassadcurs et les étrangers se retirèrent ; alors le secrétaire lut la réponse qui avait été préparée, el on prit les voix ; tous l'approuvèrent, à l'exception des trois Portugais, qui étaient contre la réception de Drascovizius. Ensuite, les ambassadeurs ayant été rappelés, le même secrétaire leur en fit la lecture. Elle était pleine de louanges et d'actions de grâces pour l'empereur. Les notaires publics en dressèrent procès-verbal.
5. Le jour suivant, l'ambassadeur portugais fil son entrée dans la ville. Deux évéques allèrent le recevoir au nom des nrésidenîs, hors les portes de la ville. Plus de quarrnle prélats se joignirent volontairement à eux, pour lémoigi^er de leur sym-. p Uhie pour celle nation. Le lendemai*» il fut reçu, comme à l'ordinair.', dans la cnng; è;-r, l'.n. Le jour suivant, ce fol le lo r de Sigismond Ton, baron de Trente , iecoml ambassadeur de l'empereur elcoiiègue de Mu-
(l) Lahhe semble ne iioint s'accorder avec rnuleiir de l'Hishiire sur le temps cl le discours lui-même, mais Uainaldi les coneilie.
glizius ; c'était un homït^'è recômmandable par sa prudence et ses sentiments religieux. Son compagnon ne voulut point traiter d'affaires avant son arrivée; son entrée se fit sans éclat. Le 13 févri?r, ils présentèrent aux légats quelques demandes par écrit et de vive voix de la part de l'empereur, qui les obligèrent d'expédier un courrier à Rome pour avoir une réponse avant la dernière congrégation qui devait avoir lieu pour arrêter les décret-, de la session. En voici l'abrégé.
6. Pour enlever tout prétexte à l'obstination des protestants, les Pères s'abstiendraient alors de tout mot qui signifi<^rait Continualion; qu'on renverrait à un temps un peu éloigné les discussions doctrinales, et (jue puisque les ambassadeurs de beaucoup de princes n'étaient pas arrivés encore, on ne tiendrait |)oint de session, et si cel i ne se pouvait, qu'au moins on n'y tr.Jteraitque les points généraux.
Les amliassatleurs, ayant connu que l'on voulait dresser un index dans le concile, demandaient : qu'on ne défendît point en ce moment la confession d'Augsbourg, parce que cette offense aliénerait pour touj')urs les protestants et les porterait à quelque vengeance atroce;
Qu'on voulût bien prendre des moyens pnur obtenir le plus grand secret sur les délibérations avant qu'elles fussent publié;'s dans les sessions; que l'on dressât un saufconduit qui offrît aux protestt-nts la plus grande sûreté et la plus grande facilité possible.
lis disaient en finissant que l'empereur
rer que la diète serait terminée. Les légats sentaient combien il élait important de satisfaire Ferdinand , combien ses vues étaient droites ; mais ils ne trouvaient aucun moyen pour apaiser les Espagnols qui se montraient si impatients d*; voir (t'onfirmer les décrets précédents, et déclarer l^ continuation du concile : ils n'étaient pas nioins en peineducôté des Français, qtn se disposaient à tenir un conci'e national , f^'ils n'obtenaient pas du concile {-éiiéral une protriple conclusion et de tout le monde en même tetnps, parce que , ne pouvant souff i.-urte si longue incommodité apure perle, chicun so débanderait : comme ces Irouoes d'aventuriers ont coul'.Jinede se dis-ierser, lorjqu'Mes armo" sont suspcniues aux pavillons. Ils cherchaient quelque expédient pour agir dans cette position d manièi'e à co^teistor les Pères, à servir les sains , sans nv.Uc pourtant aux malades ; mais ils ne s'accordaient pas entre eux sur ce moyen.
9. Ils sentirent s'accroître encore leur crainte de tomber dans de nouvej'.ux embarras à ia prochaine congrégation piéiJîratoire d<^ la sessio.j : car on leur tii savoir oue l'aftibassadeur Vargas avait écrit à Ciu. rrcro Tout en donnant beaucoup de J05;(n?es au pape, et lui ra[>p Lml i',;ulorilé el lu volonté du roi , il se plaignait que les '>pagno's n'eussent pas insis'éavec plus tie fjrc ' pour que le concile se (iîciarât la continuation du précc<ii'i:t; t|u'il pn: le litre dont nous avons p.ulé î :î;1 de fois ; mais surtout ou'iis eussent lais->é passer ces |>aro!es. Les léquts proposants ; il en relevait l'inopportunité aux
leur avait recommandé de se prêtera tout ce yeux des catholiques à qui elles dép aisaient,
que les présidents réclameraient d'eux, et de ne refuser ni leurs conseils ni leur concours.
7. Le fond de la réponse fut que le concile se rendrait an désir de l'empereur en s'ab tenant en ces jours du moi <\q Continuation; qu'il n'était pas possible de renoncera la session qui était arrêtée, mais qu'elle serait employée à une affaire qui n'entraînait aucun changement ; qu'ils renverraient le plus loin possible la session prochaine. Quant à la con-
et des hérétiques (ionl elles v^xcilaienl les soupçons. 11 les exhortait cependant à réparer ces torts; ce qu'ils pouvaient obtenir entièrement dans la session prochaine; que s'ils ne pouvaient réussir d'une autre manière , ils quittass<'nt l'assemblée , et si ce procédé leur paraissait trop dur , qu'ils obtinsseal au moins un délai juscuj'à l'arrivée de l'an.bassadeur, ou l'annuLition de tout ce qui avait été fait de nuisible : bien, disait-il, qu'on pût le regarder comme nul de plein droit , par-
fession d'Augsbourg, il ne leur était pas même ce que, l'ouverture précédant le concile, tout
venu à l'esprit de la défendre pour lors, puisqu'on ne devait publier l'index dont on s'occupait qu'à la fin du concile; que le sauf-conduit serait dres é sur les bases les plus larges; qu'ils remerciaient Sa Majesté du zèle qu'elle leur téuioignait en recommandant à ses ambassadeurs de leur prêter d'aussi prompts secours. Dans la congrégation on recommanda aux Pères de garder strictement le secret.
8. Toute la sollicitude et l'embarras des légats roulaient sur la demande du délai. Les ombassadours de l'empereur voulaient attendre la fin d'une diète impériale qui devait avoir lieu en Allemagne, où Ferdinand ferait ses derniers efforts pour adoucir les prolestants et les auiener au concile ; mais s'apercevant qu'une prérogation sans terme ne pouvait être demandée ni accordée , ils fixaient un lerme, mais si éloigné, qu'on pouvait espè-
ce qui se fait alors n'est point l'œuvre du concile, et n'a au<ur.e force , ne procédant pas d'une autorité légitime : t mt la science unie à la passion est puissante à produire c'ans l'esprit des erreurs que l'ignorance n'aurait point enfantées !
10. Cependant les Espagnols, à l'exception d'un petit nombre, ne suivirent point ces conseils ; et les instances de ceux-ci ne roulèrent que sur le titre, comme on le verra. Ils comprirent que ces propositions étaient injustes, et qu'elles seraient infaiiliblement repoussées. Le trait les blessa d'autant plus sensiblement, queVaigas avait écri! à l'archevêque de Grenade, comme an premier do la nation ; mais si celui-ci l'emocrlait par son crédit et par sej connaissances, d'aulres avaient sur lui la noblesse, qui rend toujours plus estimables ceux qui la possèdent: principalement l'évê^iue de Salamanque, qui
HISTOIRE DU COiNClLE DE TRENTE.
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était Pierre Gonzalve Mcndoza, frère du duc lail sur doux points, l'inutilité du délai,
de rinf.intado, l'un des plus grands sel- et l'oisiveté qu'il créait pour les Pères,
gneurs d'Espagne. Ces deux prélats avaient Quant au premier, c'est avantageux de con
riionUé un peu de rivalité , le jour do l'en- tenter l'empereur et de justifier sa cause aux
frée de l'anibassadeur du Portugal. Men- yeux du monde, qui verrait qu'ils avaient
doza marchait à la gauche de l'ambassadeur, et Guerrero à sa droite, avant d'arriver à la porte de la ville; m ns, parvenus à l'cnirée, lorsqu'il fallut marcher en ordre, l'ambassa-
opposé autant de charité que de mansuétude à la haine mortelle des hérétiques envers eux ; et que quand on ne retirerait d'autre fruit que de montrer que la ruine de ceux
deur fit placer à sa droite le patriarch<! de qui s'étaient pervertis était irréparable et
i- 1 i i..., a: Ai„» ' ;« I1--, k„ „.i...i:
Jérusalem , comnie le plus digne prélat Mais Mendoza ne cédant point sa place à Guerrero, qui perdait la sienne, et cekii-ci n'osant pas réclamer, préféra marcher devant lambassadeur, que derrière au second rang. Cependant Zambecar, évéque de Sulmona , homme très-adroil, avait tâché de faire tourner à bien cette humeur allière de plusieurs Espagnols , et de les enlever à la bannière de Guerrero. Outre cela, ceux qui n'avaient pas moins de fierté pouvaient bien
qu'on ne pouvait l'imputer aux catholiques, les avantages étaient immenses. Touch ait l'oisiveté, il leur dit qu'ils ne craignissent point que le peu d'affaires ou l'incurie des présidents laissassent leur zèle dans ) inaction pendant ce te pps.
14. Le plus grand nombre se rendit à ces raisons que donnait le cardinal. L'archevêque de Grenade fit de nouveau les plus grands efforts pour obtenir l'insertion qii'il désirait. Et Castaneo en la combattant,
eux-mêmes se le donner pour chef. Mais ils l'ayant appelée fastueuse, Guerrero cita un
ne consentaient pas que d'autres voulussent le leur imposer: surtout Varg;is, dont la condition médiocre diminuait beaucoui^ son crédit auprès de la nation. La lettre de ce ministre étant donc parvenue à Guerrero , les
passage du huitième concile général, où il est dit : Parlez, seigneur, parce qu'ici se trouve tout le monde; et il ajouta d'un ton dédaigneux : Ce titre n'est donc point fastueux, comme quelqu'un l'a remarqué. Mais cette ci-
autres prélats espagnols dirent qu'ils avaient talion fut plus propre <à calmer sa colère qu'à
pour la volonté du roi tout le respect qu'elle méritait, mais qu'ils ne prétendaient pas se régler sur les ordres du licencié Vargas.
11. Ces évêques, ayant donc obtenu que l'on ne porterait aucune atteinte à leur tribunal de l'inquisition, loin d'insister sur les points recommandés par Vargas, s'opposèrent au délai. Les légats le demandaient jusqu'au 14 mai, jour où tombait l'octave de l'Ascension ; de cette manière ils abrégeaient un peu la prorogation que demandaient les impériaux, qui était de trois mois entiers, et dépassaient aussi la permission que le pape leur avait accordée, qui allait jusqu'à la fin des calendes de mai. Quelques Portugais, beaucoup d'Italiens, s'unissaient aux Espagnols pour former opposition. Les protestants avaient été si souvent attendus dans les réunions précédentes , ils avaient été invités avec tant de prévenance par le pontife présent et par ses prédécesseurs , qu'un nouveau retard par rapport à eux leur paraissait ou sim>iicité, ou lâcheté, y^ux m sux cont;igieux le meilieur remède est celui qu'on adi; inislre le plus promptemenl. Phîsieurs nations catholiques légèrement tr.ivaillées par ces erreurs pouvaient devenir incurables p ir les déliis; les autres, dont on désespérai!, déjà , loin d;' profiter pour leur amendemetil de celte lenteur, dicîée coiniDe par la peur, s"atT( rmir;iient ilans leur oigueil.
12. Drascovizius, évéque des cinq Eglises, soiitiiii au conlr.iire (juil avait parlé non point conuTie ambassadeur de l'empereur, mais coinm." évéque; que si L's Pères avaient leurs diocèses en Allemagne, ils connaissaient le grand danger qui les attendait en y rentrant sans avoir rien fait, et cela par leur impatience.