‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 259 sur 348 · Dans sa première lettre, le roi se plaignait · texte numérisé non relu

Dans sa première lettre, le roi se plaignait

de ces mots , sur ta proposition des légats , comme nouveaux, diminuant la liberté du concile, mal sonnant aux oreilles des ca-* tholiques et empêchant les hérétiques de se rendre à Trente. Dans leur juslilication , les légats dirent au roi qu'ils étaient extraordinairement surpris que quelques personnes eussent cherché, par des discours sinistres et des raisons frivoles, à indisposer contre des serviteurs aussi dévoués qu'eux, le roi le plus bienveillant et aux vues les plus droites; qu'il convenait avant tout que Sa Majesté tût exactement informée du fait qui eut lieu, comme nous allons le raconter. La phrase incidente en question, et le décret qui la contient, furent auparavant communiqués aux seuls évêques d'Espagne, comme lin témoignage de leur estime et de leur confiance pour Guerrero et Augustin ; le premier l'avait approuvée en tout, le second avait demandé et obtenu le changement de quelques termes, et n'avait élevé aucune difficulté sur la phrase incidente. Le décret fut ensuite présenté en assemblée générale, et accepté à l'unanimité dans la session ; cependant deux Pères refusèrent de l'approuver, et deux autres exigèrent la condition : que les légats ne proposeraient que des choses dignes d'être soumises au concile. Le but de cette phrase était d'empêcher que le démon ne se servît de quelque esprit inquiet, pour essayer de remettre en question les points qui avaient déjà été définis : beaucoup montraient ce désir, tandis que Sa Majesté s'y opposait fortement. Si les mots sont nouveaux, dans tout gouvernement, il est quelquefois prudent au milieu des changements qu'éprouvent les choses ici bas, de faire de nouvelles lois ; or, dans le temps présent, l'autorité du souverain pontife étant en butle à de nouvelles attaques de la part des hérétiques , il (allait que les catholiques leur opposassent de nouvelles défenses ; mais certainement, s'il y a nouveauté dans les termes, elle n'est pas dans le fait.

6. Dans toute assemblée, dans toute république bien organisée, les chefs seuls et non tous les individus ont le droit de proposer : sans cela, la variété des esprits et le désir commun de la nouveauté amèneraient un désordre et une confusion épouvantables ; chaque évêque a le droit de proposer ce que réclame l'intérêt de son Eglise particulière. Aux légats, qui représentent le pape, chef de l'Eglise, appartient celui de présenter ce qui intéresse l'Eglise universelle, c'est-à-dire les points énoncés sommairement dans le décret , qui dit que ces questions seront examinées sur la proposition des légats. Au reste, nous avons usé très-sobrement de ce pouvoir, et toutes les. affaires tant soit peu importantes, que les prélats nous ont soumises ont été présentées par nous au concile. Si dans une seule circonstance nous nous sommes servis avec force de ce pouvoir, cela a été dans l'intérêt de Votre Majesté : car le concile avait d'abord décidé que le sauf-conduit serait offert à tous les hérétiques, même a ceux dont l'aflaire était pendante devant

roNC. DE Trente. II.

l'inquisition. Quelques évêques espagnols renommés par leur prudence, tels que ceux de Salamanque, de Tortose et de Patti, fiient observer que ce décret présentait une grande difficulté pour l'inquisition d'Espagne et le gouvernement de Sa Majesté : sur cette observation, le décret fut réformé, et quoiqu'un grand nombre de Pères voulussent qu'on lui donnât toute sa preaiièrelatitude, usant alors de leur autorité, ils n'avaient jamais consenti qu'on en fît la proposition.

7. Celte phrase incidente ne diminue en rien la liberté du concile, comme les faits l'ont démontré jusqu'à l'évidence, puisque les légats ont laissé aux évêques, non-seulement tout pouvoir pour décréter, ce qui est l'acte le plus grand et le plus noble de leur puissance, et ont proposé tout ce qui était réclamé par la majorité du concile, surtout par les principaux Pères ; mais ils ont même souffert que l'archevêque de Grenade (ils croyaient que c'était lui qui avait indisposé le roi contre eux) en donnant son avis sur le sujet qu'ils avaient proposé, l'écartât de sa propre autorité de la question que l'on traitait, et «iemandât en pleine assemblée que le concile s'intitulât : représentant l' Eglise universelle ; et dans une autre circonstance, que la résidence fût déclarée de droit divin : deux: points qui avaient été refusés dans la convention sous Paul III; et cependant ils avaient permis que l'on développât ces sentiments.

8. Venant au scandale des catholiques, ils lui disaient qu'ils étaient fort surpris qu'un catholique pût se scandaliser d'une décision prise par un concileœcuménique,et composé d'un si grand nombre de Pères. Selon la doctrine de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ce scandale doit être méprisé, comme venant de ceux qui étant aveugles veulent conduire d'autres aveugles. Le dernier reproche qu'on leur faisait, d'éloigner les hérétiques, se présentait sous un aspect de charité ; mais plût à Dieu qu'il fût tant soit peu fondé ! Si quelque chose pouvait leur donner la plus légère assurance qu'ils viendraient au concile, ils étaient disposés, non-seulement à ne rien proposer, à ne pas parler même, et s'il le fallait àse retirer du concile; cependant, comment vos ministres et vos prélats peuvent-ils faire valoir cette raison auprès de Votre Majesté , eux qui demandent avec tant de chaleur que le concile se déclare continuation : tandis que c'est là le moyen le plus sûr d'éloigner les hérétiques, et d'exciter en eux une haine implacable pour le concile?

9. Les légats entraient ensuite en matière sur la déclaration dont le roi parlait dans sa seconde lettre, et lui observaient que quelque avantageux qu'il leur parût de différer pour quelque temps encore celte déclaration , puisque Sa Majesté, dont le zèle leur était bien connu, témoignait le désir qu'on accomplît la promesse qu'il avait reçue à ce sujet, et que l'empereur y adhérait (comme les lettres du roi le disaient, et les légats le croyaient alors), ils allaient terminer l'affaire dans la première session • qu'ils n'étaient pas

[Trente-cinq )

Page 1