‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 258 sur 348 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Arrivée des ambassadeurs bavarois. — Leur difficulté pour céder le pas aux Vcniiicns. — Attente de la réponse du pape au sujet de la résidence, par le retour de Pendasio.

— Lettres du roi cVEspagne, qui veut que le concile se déclare continuation et retranche laphrase sur la proposition des légats.

— Réponse au roi d'Espagne.

1. Le lendemain arrivèrent à Trente deux envoyés du duc de Bavière, l'un des lieux

HISTOIRE Dl CONCILE DE TRENTE.

avait le litre d'ambassadeur, c'était le docteur Augustin Poungalner ; l'autre était Jean Caviilon, théologien de la compagnie de Jésus. Leur entrée se flt non-seulement sans éclat, mais secrètement. Dans la visite qu'ils firent aux légats ils leur dirent que l'orateur avait ordre de ne céder le pas qu'à ceux qui représentaientunroi,ou les électeurs de l'empire; qu'en conséquence il ne pouvait siéger au-dessous de ceux de Venise. Les légats leur observèrent que la république de Venise possédait deux royaumes; peut-être , leur dirent ces orateurs, notre seigneur place les Vénitiens parmi les ambassadeurs royaux , mais il ne nous appartient pas de supposer cette interprétation ; nous allons en écrire au duc, et ne voulant point entrer en litige, nous présenterons nos lettres dans une assemblée, à laquelle les représentants de la république voudront bien ne pas assister. Les légats firent part de ce désir à l'évêque de Brescia , afin qu'il le communiquât avec toute sorte de délicatesse aux orateurs ses compatriotes, mais il les engagea fortement à abandonner un tel dessein, leur observant que la première proposition était capable de les révolter, et tout le sénat ensuite. Alors on décida que le légat Hosius, qui, pendant sa nonciature en Allemagne, avait contracté une étroite amitié avec les princes et les catholiques de cette nation , prierait les Bavarois d'expédier en toute hâte un courrier vers le duc pour lui représenter les graves inconvénients que pouvait entraîner la prétention d'avoir le pas sur les Vénitiens, et de différer leur réception jusqu'à l'arrivée de la réponse; les légats l'attendirent eux-mêmes avec impatience, tant ils avaient à cœur la concorde.

2. Ils étaient pourtant beaucoup plus impatients de recevoir la réponse du pape au sujet de la résidence, ilsavaientélé prévenus qu'ils la recevraient par le retour de Pendasio ; un accident fâcheux fit éprouver du retard : avant d'arriver à Mantone, leur envoyé tomba de son cheval, et se brisa l'épaule droite. Forcé de s'arrêter, il en donna avis aux légats qui chargèrent Arrivabene, de la maison du cardinal de Mantoue, d'aller prendre les lettres et recevoir de sa bouche les informations non écrites. Cependant les prélats pressaient vivement les représentants du pape de terminer cette affaire; et comme l'anxiété est mère de la jalousie-, elle obligea à changer le décret que Palesta avait élé chargé de préparer pour la prochaine session de pure cérémonie et dans lequel, par politesse, il avait pris un tour honorable pour excuser la nouveauté et le délai. Dans le projet de ce décret il était dit que pour plus grande autorité , et pour procurer plus de satisfaction , ils désiraient attendre ceux des autres nations que l'on savait en voyage, afin de publier, avec leur consentement, les décrets arrêtés sur la réforme des mœurs, el de procéder ensuite le plus promptement possibleà l'examendesquestions dogmatiques qui restaient à traiter; mais la plupart de '.eux qui désiraient avec ardeur la définition

de la résidence prirent ombrage de ces paroles, ils en concluaient qu'on voulait mettre de côté cet arlicle, et pour les contenter il fallut dresser le décret en terme* plus génériques. Les représentants de l'empereur et du roi d'Espagne faisaient en ce a cause commune, et les légats, à qui l'accident de Pendasio ne permettait pas encore de connaître la volontédu souverain pontife, ne savaient que leur répondre.

3. Les Espagnols el les impériaux n'étaient pas d'accord s'il fallait, ou non, déclarer surle-champ la conliniialion du concile ; plus les uns pressaient cette déclaration, plus les autres s'y opposaient. Aussi les orateurs de l'empereur, à la lecture des paroles du décret , afin qu'au plus tôt l'on s'occupe des points dogmatiques qui restent à traiter, demandèrent instamment qu'on effaçât des mots qui annonçaient si positivement la continuation. Une chose digne de remarque , c'est qu'ils assurèrent les légats que les Espagnols consentiraient à ce qu'on ne parlât pas de la continuation jusqu'à la fin du concile, pourvu qu'alors on la déclarât ; et par contraire , le roi d'Espagne affirmait dans une lettre que nous rapporterons bientôt que l'empereur était bien aise que, laissant de côté toute temporisation, l'on prononçât la continuation . L'on ne tarda pas à découvrir que ces deux assertions étaient également fausses. En effet le même jour que les impériaux prêtèrent aux Espagnols celle intention, ceux-ci prièrent les légats de ne pas effacer les paroles en question avant l'arrivée du marquis de Pescara que l'on attendait à chaque instant; en arrivant , il fit une déclaration entièrement opposée à la supposition des impériaux , ainsi que nous le dirons; et ces derniers alors rejetèrent avec plus de force toute parole qui indiquait la continuation. Ceci amène cette réflexion : que l'affection du cœur altère dans les hommes l'intelligence et le sentiment, et fait que dans les négociations ilsentendent souvent un son tout différemment de ce qu'il est.

4. Pour mieux comprendre toute cette affaire, il faut savoir qu'en ces jours les légats reçurent une lettre du pape avec deux mémoires que le roi Philippe lui avait adressés, et dans lesquels il se plaignait fortement des légats : d'abord à cause de cette phrase incidente sur la proposition des légats, et ensuite de ce qu'ils n'avaient pas déclaré sur-lechamp la continuation ; ils adressèrent au pape une lettre laconique, mais très-respectueuse pour le roi , qu'il pouvait montrer à l'ambassadeur d'Espagne à Rome. En mêmetemps ils en écrivirent une très-longue au roi lui-même , et la communiquèrent au nonce Crivel, qui avait averti en particulier le premier légal des sentiments du roi Philippe. Ils y développèrent trois points : un grand respect \*o\ir le roi, une pleine jusîification de leur propre conduite, et à un zèle franc et intrépide, à soutenir la puissance de l'Eglise et la dignité du concile.

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