‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 261 sur 348 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Retour du marquis de Pescara à Trente. — Les demandes pour la déclaration de la continuation. — Promesse que les légats font au roi, dans une lettre remise à Avalos. — Délai demandé par les impériaux , afin d'aviser V empereur. — Session troisième, ou dix-neuviéme, avec prorogation des décrets. — Erreurs et inventions diverses de Soave.

L'inquiétude que causaient aux légats les plaintes du roi Philippe se trouva calmée, en partie, par le retour de Milan du marquis de Pescara. Il arriva quatre jours avant celui fixé pour la session, et montra des sentiments très-modérés; il demanda, en premier lieu, qu'on ne touchât pas à l'index dressé par l'inquisition d'Espagne; pour ce qui avait rapport à ce royaume, qu'on ne délivrât point de sauf-conduits aux personnes poursuivies par le tribunal de l'inquisition. Les légats lui répondirent que ses instances à cet éganl, étaient inutiles , parce que déjà , par déférence pour Sa Majesté chrétienne , ils s"étaient prononcés conformément à sa volonté. Ils surent aussi d'autre part que le marquis avait refusé de se joindre aux prélats espagnols , dans les chaudes démarches qu'ils faisaient pour faire déclarer la résidence <le droit divin ; cette connaissance fut un grand sujet de joie pour les légats : car quoiqu'ils n'eussent pas encore reçu les lettres du pape, confiées à Pendasio , celles qui étaient arrivées de Rome par une voie plus accélérée, leur avaient fait connaître sa volonté, qui était que, vu la division et la dispute des

on inséra dans le premier décret ces paroles. Pères sur cet article , et les coîsscquenccs fu

que l'on n'avait pas employées auparavant : nestes auxdroits du saint-siégequc certaines

les légats présidant; non-seulement il ne s'y personnes voulaient tirer de celte déclaration,

opposa pas, mais il en prit la défense contre ''s eussent soin de la renvoyer à une autre

les hérétiques rebelles à l'Eglise. Les légats lui époque, mais sans nuire à la liberté du concile,

demandaient donc une semblable protection, et en n'employant que des procédés doux et

ainsi que le marquis de Pescara l'avait pro- honnêtes, afin que le feu de la discorde s'élant

mis , de sa part, au concile , et lui promet- un peu ralenti , on pût en délibérer plus mo-

taient en récompense les faveurs célestes pour la prospérité de son royaume.

10. Pour remplir le devoir d'un historien véridique , qui ne doit rien inventer, ni rien dissimuler, je dois avertir, avec franchise, que si le fond de ces réponses était vrai , les exemples allégués avaient peu de force , parce que, sous Paul III, ces paroles, les légats présidant , furent proposées et soutenues par le cardinal Cervini, qui en retrouvait des traces frappantes dans les conciles précédents ; et lorsque Charles V s'efforça d'obtenir que l'on procédât avec la plus grande lenteur dans les décisions de foi, et fit des menaces contre ceux qui parlaient de transférer le concile, cette conduite parut insupportable, et provoqua des plaintes énergiques contre lui. Mais les hommes ont coutume de louer les morts et de se plaindre des vivants : c'est un art qui imite une qualité aimable de la nature, laquelle, pour nous

dérémcnt et avec moins de passion; ils ne pensaient pas qu'ils pussent rencontrer de sérieuses difficultés, en renvoyant celte question , lorsqu'on traiterait du sacrement de l'ordre, qui renferme tout ce qui a rapport, en particulier, à l'épiscopat et aux obligations qu'il impose; ils ne désespéraient nullement d'obtenir ce point sans combat pourvu qu'ils ne se trouvassent pas en opposition avec une volonté puissante, telle que celle du roi Philippe, que soutiendrait son ambassadeur.

2. Les évêques espagnols n'avaient rien omis pour inspirer toute leur ardeur au marquis de Pescara; mais celui-ci, ayant entendu murmurer à Milan que cette déclaration serait nuisible au roi, qui ne pourrait que très-difficilement éloigner les évêques de leurs diocèses, avait consulté Martin Ajala, évéque de Ségovie , qui avait assisté au concile pendant qu'il était évéque de Cadix, et qui avait composé un savant ouvrage sur les traditions; et celui-ci avoua librement quo

ilOl

c'était la vérité , que néanmoins il avait appuyé ce sentiment, parce qu'en partant d'Espagne il avait promis que, dans le concile, il n'aurait jamais égard aux intérêts du roi. Aussi, arrivé à Trente, le marquis , plein de ces idées, ne prêta qu'une attention bien faible à toutes les sollicitations du cardinal Simonetta, natif de Milan et sujet du roi d'Espagne. Il lui observa que cette déclaration

lait, et en recevoir une réponse. Eu conséquence , il fut arrêté que l'on Oxerait la prochaine session, non, au 21 mai, comme c'était décidé, mais au 4 juin ; et pour la session du ik mai, Paleotto dressa un décret très-sec qui disait que les Pères, mus par de légitimes raisons, avaient décidé de renvoyer au 4 juin la session dans laquelle on pi*oniulguerait les lois qui avaient été arrêtées, et

tendait à diminuer le pouvoir du saint-siégc; que en attendant ils devaient prier Dieu de

but unique de tous les efforts de l'hérésie ; je sanctiGer les cœurs, afin qu'ils ne fissent que

me trompe, ce n'est pas le seul but des héré- ce qui serait à sa gloire,

tiques, puisqu'ils travaillent également à sa- 5. Le 14 mai eut donc lieu la troisième

per le pouvoir royal, comme nous le voyons ou dix-neuvième session. Le patriarche dô

en Allemagne et en France: aussi c'est une Venise chanta la messe, Béroald, évêque de

grande indignité que deux évêques espagnols Sainte-Agathe, fit le sermon latin. On reçut

aient essayé d'attirer dans leur parti celui de les lettres de créance de l'ambassadeur d'Ês-

Paris, quoique quelques-autres l'aient re- pagne, de celui de Florence, des évêques de

poussé, tels que ceux de Salamanque, de Chonad et de ïinia, qui représentaient le

Tortose et de Patli.

3. Refroidi parcelle persuasion, l'ambassadeur d'Espagne ne se montra guère disposé à s'enflammer parles exhortations des prélats de sa nation, mais les légats trouvaient en lui une autre grande difficulté au sujet de la continuation : il se donnait toutes les peines possibles afin de l'obtenir; il ne se contentait pas du fait ; il voulait une déclaration formelle, qu'il croyait valoir mieux que le fait, et il ne se contentait pas de promesses; bien plus, il était venu à Trente afin de faire réaliser les promesses passées, pour lesquelles le moment était favorable. Pour plus grande sûreté, il exigeait que les lois de réforme dressées dans le concile sous les papes Paul et Jules, fussent expressément confirmées, dès que les circonstances le permettraient. Les légats consentirent facilement à cette

clergé de Hongrie; on eut égard non point à leur dignité, mais au temps de leur arrivée à Trente.

6. J'ai réservé jusqu'à ce moment, pour les grouper ensemble , les erreurs et les calomnies de Soave sur les faits présents. Je ne relèverai pourtant pas ce qu'il invente et toutes les considérations auxquelles il se livre sur les points de réforme examinés dans ces congrégations, parce que je me propose d'en parler lorsque je rapporterai la promulgation des lois qui n'étaient alors qu'indiquées.

Me bornant donc à ses autres erreurs, je commencerai, nonparcequi estleplusgrave, mais par ce qui est le plus propre à le convaincre d'ignorance grossière surles événements publics; rien en effet n'infirme les témoignages d'un témoin, comme la preuve

dernière demande, parce que l'effet devait en qu'il ignore le fait dont il parle : il dit que ce

être plus longtemps retardé; mais ils mon- fut dans cette session que furent reçus les

Irèrent au marquis, qu'il ne convenait nul- orateurs des cantons suisses; le contraire est

lemenl de prononcer la continuation de cette certain et attesté par les actes, les lettres de

session qui n'était proprement qu'une proro- l'ambassadeur de Florence, écrites au duc le

gation. 11 demanda alors et il obtint qu'on même jour, le journal, et par tous les mé-

replacerait dans le décret les paroles qui moires qui nous restent sur celte session et

avaient été effacées surles instances des im- sur celle qui se tint après le 4 juin, où eut

périaux, et se chargea de les apaiser, mais lieu la réception dont il s'agit,

en vain , parce qu'ils s'opposaient avec 7. Il alfirme que la réception solennelle

persévérance à toute manière de s'exprimer qui supposait la continuation.

4. Enfin , les légats convinrent que l'on abandonnerait dans celte session la phrase en question; mais d'un autre côté, sur la demande d'Avalos, ils s'engagèrent à écrire au roi une lettre qu'il lui remettrait, et dans laquelle ils promettraient de faire cette déclaration dans la session suivante. Leurs promesses passées et celles du souverain pontife lui-même rendaient le refus impossible, d'autant plus que tous les délais accordés aux

de l'orateur bavarois fut relardée jusqu'à ce que les légats eussent consulté le souvcverain pontife sur la rivalité qui existait entre lui et les Vénitiens. Cependant il n'y a rien qu'ils cherchassent plus à éviter, que de faire intervenir le pape au milieu de ces différends, dont la solution pouvait amener une rupture. La véritable raison de ce délai fut donc celle que nous avons donnée; et lorsque la réponse du duc les obligea de s'adresser au chef de l'Eglise, ce ne fut point pour demander l'appui de son autorité,

impériaux n'avaient servi de rien pour les afin de trancher la difficulté, mais seulement, hérétiques d'Allemagne. Les légats voulurent pour employer ses bons offices auprès de

faire connaître cette nouvelle promesse aux ambassadeurs de l'empereur, afin qu'ils vissent les raisons qui les obligeaient à donner celle satisfaction au roi d'Espagne. Dans celte position difficile, ils demandèrent un délai suffisant pour dépêcher un courrier à Ferdinand, et l'aviser du fait qui se présen-

l'empereur et du duc bavarois, comme nous le dirons en son lieu.

8. Il dit que les évêques causèrent un grand tumulte dans cette congrégation, parce qu'on ne prononçait pas sur la résidence. Le fait est d'auianî plus faux , qu'il était même impossible , puisque sur la demande

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des Pères, on avait écrit à Rome pour demander au pape son sentiment, et on ne savait pas que la réponse fût encore arrivée.

9. Il avance que les orateurs de l'Empire , déclarèrent qu'ils partiraient sur-le-champ si le concile prononçait la continuation, et que Ferdinand avait promis en Allemagne qu'il ne serait pas la continuation, mais un nouveau concile. Double fausseté: car Ion ne trouve aucune trace de la déclaration faite alors, ni dans les lettres des légats au cardinal Borromée, ni dans celles de l'ambassadeur du duc Cosme, ni dans les autres mémoires authentiques ; et les ordres de l'empereur à ses ambassadeurs, sur ce sujet, n'arrivèrent que le 26, la lettre étant datée du 22. 11 ne leur disait pas de partir de Trente, mais de ne pas se trouver aux assemblées générales. L'empereur ne pouvait même pas promettre ce qu'il n'était pas en son pouvoir de tenir ; puisque le pape s'était prononcé maintes fois contre cela, tant par l'organe de ses nonces, que dans les lettres qu'il lui avait écrites, comme nous l'avons fait voir dans ce volumo.

10. 11 raconte que le marquis de Pescara , en voyant la menace des impériaux de partir si l'on déclarait la continuation, et adouci par les exhortations du cardinal de Mantoue,

session ; ce qui n'est pas : parce que à la prière des légats, ils consentirent à ce que l'ambassadeur du duc de Florence fût reçu en audience solennelle, pour donner lecture de SOS lettres de créance avant eux, étant arrivé le premier. Il méritait au reste ces égards de la part des Suisses, ils ne devaient pas ce jour-là lui disputer la préséance, puisque le prince qu'il représentait avait consenti qu'il leur laissât le champ libre dans toutes les réunions passées, et dans celles qui devaient suivre.

li. Il savait que les ambassadeurs du prince bavarois ne demandaient point leur audience à cause du différend qu'ils avaient avec les Vénitiens ; et cependant il dit que ce retard était occasionné par les légats qui attendaient les ordres du pape: il ne craint pas ainsi de donner pour certain ce qui est une fausseté manifeste.

15. H a lu que les évêques s'opposèrent au renvoi de la question delà résidence; dès lors il s'est imaginé et il assure effrontément que leur opposition venait de ce qu'ils désiraient que le décret en fût porté dans la première session ; tandis qu'ils ne cherchaient véritablement qu'à contrarier le projet des légats qui voulaient renvoyer cette matière au sacrement de l'ordre ; car ce projet fit

ne sollicita plus que faiblement cette décla- craindre à ceux qui étaient si ardents pour ration. Nous voyons pourtant tout le con- la déclaration, qu'on ne voulût plutôt étouf-

traite, puisqu'il exigea des légats une lettre pour le roi, confiée à lui-môme, et communiquée aux ambassadeurs de l'Empire, dans laquelle ils promettaient de prononcer la continuation à la prochaine session.

11. Il ne craint pas de dire qu'une lettre du chevalier de Lansac, qui demandait la prorogation delà session, arriva fort à propos, pour permettre au cardinal de Mantoue, qui voulait obliger les impériaux, de demander le délai: anachronismes plus que poétiques : on les permet aux poêles pour les événements anciens, et Soave s'en sert avec assurance pour les faits récents. La lettre de Lansac était arrivée, et la prorogation avait clé arrêtée, en conséquence, le dernier jour d'avril, dix jours donc avant le retour d'Avalos et ses instances désagréables aux orateurs de l'empereur: il n'arriva à Trente que le 10 mai.

12. Toutes ces erreurs sont moins l'effet de sa méchanceté que de sa témérité, parce qu'elles n'ont aucun rapport direct avec l'histoire du concile; mais Soave a pensé qu'elles serviraient sa cause, en montrant qu'il était parfaitement instruit des événements, et n'a pas craint de donner les conjectures, lorsque les pièces à l'appui de son récit lui manquaient; c'est là au reste ce qu'il fait toujours dans le cours de tout son ouvrage. Je veux en fournir ici quelquesexemplcs au lecteur : je les tirerai ies faits que nous avons déjà racontés.

13. U a trouvé que les orateurs suisses arrivèrent avant la session dont nous venons dn parler, et dès lors, il ne donne pas comme chose vraisemblable, mais entièrement certaine, qu'ils furent reçus dans cette même

fer l'affaire, que la renvoyer à un autre temps.

16. Il sait que l'empereur Ferdinand et ses ambassadeurs s'opposaient à ce qu'on prononçât la continuation ; il a vu, quelque autre part, qu'à ce sujet ils menacèrent une fois de se retirer, comme nous le dirons : alors il fait une querelle à l'empereur d'avoir promis tout le contraire en Allemagne, et assure que les orateurs avaient menacé de quitter Trente pour cela.

17. H voit que la continuation ne fut pas prononcée pour lors, et voilà qu'il a la hardiesse d'en conclure que le marquis de Pescara agissait faiblement.

18. Il a eu connaissance de la prorogation que demandait le chevalier de Lansac, il croit dès lurs et il dit que le cardinal de Mantoue, voulant appuyer les instances de l'ambassadeur d'Espagne, saisit cette occasion pour retarder la déclaration, et il ignore (juc les lettres de L.msac furent reçues et qu'on y eut ég-ird avant qu'Avalos présentât sa demande.

19. Soave ne montre pas moins d'animosité contre le pape, en rapportant ses sentiments ou ses paroles, jetant toujours du blâme sur sa personne ; tantôt il n'a point de raison, tantôt il soupçonne la pureté de ses intentions , et lorsqu'il ne peut s'attacher à rien autre, il attaque ses procédés. Toute personne tant soit peu clairvoyante , qui n'aura pas été infectée par ce poison, s'apercevra facilement que la plume de cet écrivain ne distille que du fiel; tandis qu'il a soin de passer sous silence ce que racontent les lettres de l'ambassadeur français : que le pape et los cardinaux avaient résolu de laisser toute liberté au concil« au sujet de la rési-

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dence, et d'averlir seulement les Pères de respecter le siège apostolique. Il ne sait pourtant pas dissimuler tout à fait deux raisons puissances dont le pape se servait pour réfuter l'accusation d'enlever la liberté au concile , quoiqu'il les présente dans son récit de la manière la plus faible et la plus décolorée : la première, que chaque prince laïque et par là sans aucune juridiction dans le concile, donnait dos ordres plus pressants à SOS orateurs et aux prélats de ses Etals , que ceux que le pape, chef légitime du concile transmettait à ses légats et aux évêques eux-mêmes de l'Etat ecclésiastique ; la seconde, que ses prédécesseurs et lui laissaient beaucoup plus de liberté aux Pères pour réformer les tribunaux pontificaux que les princes séculiers pour la réforme des leurs en ce qu'ils renfermaient de contraire au pouvoir ecclésiastique. Par cela , chacun pourrait conclure qui est celui qui conservait ou enlevait la liberté au concile.

20. Continuant son récit, il avance que le souverain pontife fournit du secours au roi de France contre les huguenots, afin de le rendre favorable au concile. S'il s'était proposé une telle fin, elle eût été sainte et louable; mais les papes ont si souvent dans de pareilles occurrences aidé les rois de France ou autres princes catholiques contre les ennemis de notre foi, sans qu'il y eût aucun concile d'assemblé, qu'il était inutile d'attribuer ce secours à la raison du concile.

Ce qu'il y a de plus intolérable chez lui, c'estce qu'il invente au sujet de la réforme des mœurs. Il dit que le pape se crut obligé d'en donner quelque preuve, pour tenir sa promesse, et qu'il réforma le Iribunal de la pénitencerie , faisant répandre le bruit que bientôt il entreprendrait la réforme de la chancellerie et de la chambre. Arrêtons-nous sur ces dernières paroles que l'on pourrait regarder comme un leurre, pour endormir. Il ne fallut pas beaucoup de courtoisie pour croire aux promesses du pape : avant que le mois s'écoulât, les réformes promises sur la chancellerie, le tribunal de la chambre apostolique, celui de l'auditeur de la chambre, élnient effectuées, ainsi que la chose avait déjà eu lieu pour le tribunal de la rôle. Qu'on lise le bullaire imprimé, il sera la preuve certaine de ce j'avance.

22. Il ajoute que dans celle réforme de la pénitenceric, chacun s'attendait à voir régler ce qui a rapport au salut des âmes, dont s'occupe spécialement ce tribunal ; mais celle huile ne parle pas le moins du monde de pénitence ni de conscience, ni de toute autre chose spirituelle. Qu'a-t-il entendu par chose spirituelle et qui a rapport au salut des âmes? peut-être ce qui concerne le sacrement de pénitence en général ? Cerlainomcnl personne ne s'attendait qu'en réformant le tribunal de la pénilencerie, le paie voulût toucher à ce qui appartient à tous les confesseurs de l'univers, et dont l'examen et le soin étaient réservés au concile, qui avait déjà porté plusieurs décrets à ce sujet dans sa qualorzième session, et qui établit dans la

suite encore d'autres sages lois , comme nouà le verrons. Ce n'est pourtant pas là le sens que Soave donnait à ses paroles, dont voici la suite : Il se contenta d'enlever à la pénitencevie le pouvoir qu'elle exerçait dans différentes causes bénéficiaires , et daiis celles qui avaient rapport à ta discipline extérieure des frères réguliers. Voyons si cet écrivain a assez de pudeur pour ne point mentir sur des faits manifestes pour quiconque a des yeux pour voir. Apparlienl-il ou non à la conscience et au bien spirituel des âmes que les simoniaques, quoique occultes, ne puissent être absous et retenir leur bénéfice, les fruits recueillis, ou toute espèce de profit d'une convention simoniaque, sans qu'ils soient à perpétuité inhabiles, dans le for de la conscience, à posséder un tel bénéfice? que l'homicide volontaire ne soit absous qu'à condition de ne pouvoir être promu à un ordre supérieur, et de ne jamais servir à l'autel? qu'on n'accorde à personne, même dans le for intérieur, de jouir des fruits injustement perçus, soit parce que le bénéficier est intrus, ou qu'il n'a pas reçu les ordres à temps, soit parce qu'il a quelque défaut qui le rend inhabile pour ce titre ?

23. Venons à la calomnie la plus révoltante : il dit que le pape enleva ces pouvoirs à la pénilencerie, sans faire connaître s'il était dans l'intention d'accorder à d'autres magistrats les mêmes droits dont la pénilencerie se trouvait privée, ou bien s'il voulait bannir de Rome ces abus indécents ; l'événement vint bientôt faire cesser le doute; les mêmes dispenses s'obtenaient de la daterie ; on suivait une voie différente, qui n'était que plus coûteuse ; voila tout le fruit de la réforme. Soave s'enhardit, parce qu'il sait que le plus grand nombre ne lit point les bulles, et ne s'informe point des usages , et croit facilement ce que l'on écrit avec assurance, surtout lorsqu'il s'agit de balancer la grandeur et la puissance qui causent tant de jalousie. Pour moi, je demande une seule chose à mes lecteurs : qu'ils consacrent un instant à la lecture de celle constitution , et qu'ils interrogent sur la coutume suivie quelque personne tant soit peu versée dans les usages de la daterie. La bulle dont il s'agit enlève au grand pénitencier le pouvoir de changer les dernières volontés ou d'y déroger, d'unir, de supprimer, de transférer les bénéfices, d'.tcoordor le titre de patron à d'autres qu'aux fondateurs et aux donateurs, de permettre aux religieuses de vivre hors du monastère, et aux réguliers de le faire sans le consentement de leur supérieur ; de prononcer sur la nullité de la profession religieuse dans certains cas particuliers et sans les preuves requises; d'absoudre les apostats sans les obliger de rentrer dans leur ordre, ou dans un autre d'une aussi étroite observance, et en leur refusant la permission de postuler un bénéfice ou de vivre hors du couvent même avec l'agrément du supérieur; elle lui enlève également la faculté de permettre de recevoir les ordres de quelque évêque que ce soil, sans de justes et véritables raisons qui empêchent l'ordinanî

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de recourir à son propre évoque; d'absoudre pour avoir violé la liberté ou usurpé un pouvoir ccclcsiaslique, sans imposer l'obligation de réparer l'offense. Ces permissions devinrent-elles faciles à obtenir de ladateric, ou de tout autre tribunal, de manière que le fruit de la réforme consistât à se les procurer à plus de frais, comme Soave a l'impudence de l'afOrmer? Ces sages règlements n'ont-ils pas été avantageux à la discipline ecclésiastique?

Dans cette mémo bulle il y a d'autres points, mais en petit nombre et peu importants, sur lesquels il n'est pas impossible, ni même trèsdifficile d'obtenir une dispense de la dalerie : comme de se faire ordonner avant l'âge prescrit par les canons; de différer plus longtemps à prononcer les vœux ou à recevoir les ordres qu'il n'est prescrit pour les évêques, les curés et les autres prébendes, et la permission à un religieux de tester. Pour ces points mêmes, tout homme sensé comprend que la discipline reste intacte, si on ne dispense d'une loi que rarement, avec peine, par l'autorité immédiate du prince qui, fort de sa puissance, ne sera pas difficile à repousser les demandes : car le prince, pour accorder une dispense, exige des raisons beaucoup plus fortes de convenance que ne feraient des ministres subalternes, s'ils étaient chargés d'octroyer ces facultés; car ceux-ci, voulant se créer des amis', se montrent le plus souvent très-faciles lorsque ces dispenses dépendent de leur volonté. Leur conduite est cause que la loi cesse d'être loi; l'essence d'une loi, c'est d'être une règle; mais elle n'est plus une règle, si le plus souvent elle n'est pas suivie. Que toute personne sensée considère ce que deviendrait la discipline ecclésiastique si les permissions qu'accorde quelquefois le souverain pontife par la daterie dépendaient des confesseurs dans l'exercice du sacrement de pénitence. Les frais mêmes qu'on est obligé do payer à la cour du pape ou des autres princes , malgré toutes les clameurs du vulgaire, qui ne comprend pas que les impositions sont nécessaires à un Etat quelconque , qui ne voit qu'il n'y en a pas de plus justes et de plus légères que celles que l'on exige pour obtenir quelque faveur du prince ? la dépense , disje , a encore un autre avantage ; car toute difficulté aplanie, l'obligation qui reste de payer une forte somme pour avoir la bulle ou le bref, devient un rempart pour la loi et la discipline, qui empêche que beaucoup recherchent ces faveurs. Nous développerons plus au long ces considérations lorsque nous traiterons en particulier des dispenses de maigre. Tous les hommes sages ne se sont point formé de cette constitution une idée telle que Soave. Aussi l'ambassadeur de France à Rome écrivant à Lansac , qui était nommé ambassadeur à Trente, en parle comme d'une mesure qui annonce le plus grand zèle, et d'un grand poids pour la réforme des mœurs ; il en cite plusieurs autres règlements faits par le pape , la suppression des quêteurs pour la conslruc'ion de l'é-

glise de Saint-Pierre et les autres œuvres pieuses. 11 en écrivit aux légats, et un décret du concile fit disparaître entièrement l'abus, comme nous le verrons, ordonnant que toutes les indulgences s'accorderaient gratuitement. On abolit aussi le recours des cardinaux sur les résignations d'évêchés, et par là on repoussa la demande présentée en consistoire au nom du cardinal Farnèse , louchant lEglise de Spolette que l'on sollicitait pour Fulvius Orsini. Mais qu'y a-t-il d'étonnant que les plus grandes réformes dans la discipline ne soient rien pour celui qui veut la détruire ? parce que toute distance d'un état à un autre étant bornée, ressemble au néant, comparée à celle qui existe entre Vclre cl le non-i'tre;qui est infinie.

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