CHAPITRE PREMIER
Congrégation générale le 6 juin , où Von propose cinq articles sur la communion. — Nouvelle dispute au sujet de la résidence. — Promesse que fait le cardinal de Mantoue pour Vapaiser. — L'archevê(/ue de Lanciann envoyé au souverain pontife par les légats. — Requête que les ambassadeurs de Vempereur reçoivent pour présenter au concile ; ils en sont empêchés par les légats.
1. Pour accomplir ce qu'on avait d'abord promis aux Espagnols, les légats, deux jours après la session (1), firent une réunion générale des Pères, et proposèrent pour être examiné? parles théologiens du second ordre les mêmes articles qui avaient élé sur le point d'être examinés en concile, sous Jules III, lorsqu'il fut prorogé inopinément. Voici ces cinq articles relatifs à l'usage de la sainte eucharistie.
Chaque chrétien est-il obligé de droit divin à recevoir lune el l'autre espèce dans le sacrement de l'eucharistie?
Les raisons qui ont porté l'Eglise catholique à ne donner la communion que sous une seule espèce aux laïques et même aux prêtres qui ne célèbrent pas, doivent-elles être regardées comme telles , qu'en aucune manière on ne doive permettre lusage du calice à qui que ce soit?
Dans le cas où, pour des raisons convenables et conformes à la charité chrétienne, il semblerait bon d'accorder l'usagedu calice à quelque nation ou à quelque royaume, devrait-on le faire sous quelques conditions, et quelles seraient ces conditions?
Celui qui reçoit ce sacrement sous une seule espèce reçoit-il quelque chose de moins que celui qui le reçoit sous les deux?
Y a-t-il obligation do droit divin à conférer cet auguste sacrement aux enfants avant l'âge de discrétion?
Les théologiens eurent à décider ce qu'il fallait recevoir comme vérité de foi, et ce qu'il convenait de réfuter comme hérétique.
2. Cette proposition fut agréée par tous ceux qui prirent la parole avant l'archevêque de Grenade; celui-ci commença à dire que le
fl)Lft 6juiii 1562. Voiries .icles de Paleolio et de Casiello, eluiie de rarclievèqiic (!e Zari< , du 8 de
premier article avait déjà été défini dans le concilede Constance, etque, parconséqnent,il ne convenait pas de l'examiner de nouveau, mais seulement de le confirmer; que les autres également étaient si évidents qu'ils n'exigeaient pas un long travail; qu'il lui semblait donc plus expédient de réunir à ces articles, dans la même session, le sacrement de l'ordre, et de traiter maintenant de la résidence; qu'il était étonné qu'on en fît une loi ecclésiastique seulement, que les raisons qu'on en donnait étaient indignes d'être entendues en cette assemblée', et qu'elles lui paraissaient confirmer davantage l'opinion contraire, qui était plus sûre et plus sainte et pour laquelle il ne refuserait pas de mourir; qu'il ne pouvait sempêcher de rappeler souvent cette matière à cause des grands avantages qui en reviendraient; qu'il désirait ardemment de la voir définir par le concile, afin que l'on pût apercevoir les fruits que le monde chrétien attendait de cette sainte assemblée.
3. Ces dernières paroles émurent fortement l'archevêque de Rossano (Castaneo) : celui-ci pensait au contraire que cette question était tout à fait inopportune; c'est pourquoi, dès qu'il put prendre la parole, il se plaignit amèrement que quelques Pères méprisaient les nouvelles propositions comme trop légères (tandis qu'en effet elles étaient de telle nature que, vu le nombre de ceux qui se proposaient de parler, le temps serait trop court), et qu'ils ( herchaient dans toutes les réunions à réveiller une controverse intempestive, et interrompaient d'autres'discussions bien plus utiles. Dans son emportement il s'exprima en des termes plus acerbes qu'il ne convenait à sa modération ordinaire et contraires à ce qu'exigeait celte affaire; s'il eût seulement dissimulé l'attaque, le coup aurait porté à faux, mais voulant le repousser avec une vigueur déplacée, il fut cause qu'il produisit une profonde blessure: car ceux qui partageaient l'opinion de l'archevêque de Grenade sur la résidence, et surtout Beccatelli, archevêque de Raguse, dom Barthélémy des Martyrs, de Braga, Callino de Zara, excités par les invectives de l'évêque Castaneo, réfutèrent d'une manière fort dure ce qu'ils regardaient comme un outrage commun à eux tous. Aussi, selon ce qui se passe dans les grandes assemblées, où le plus grand nombre, lorsqu'il s'agit de donner leur avis, ont moins présente à leur mémoire la première proposition que les paroles du dernier orateur, on abandonna presque le sujet principal, et l'on débattit vivement le sujet que l'archevêque de Grenade n'avait exposé que d'une manière inciilente.
4. Le cardinal de Mantoue fut troublé do cette contestation, et prévoyant les naufrages que causerait cette marée s'il la laissait se changer en tempête, il intervint avec douceur et majesté, témoignant son étonnement de ce que l'on venait de soulever cttte quesiiou à propos d'un sujet tout différent. Il promileîi son nom et au nom de ses collègues que celle