‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 272 sur 348 · LIVRE DIX -SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX -SEPTIEME

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question serait traitée en son lieu, ou qu'on la réunirait au sacrement de l'ordre; il ajouta que les Pères devaient avoir confiance aux cardinaux, soit à cause de leur rang, soit parce qu'ils étaient légats du saint-siége; par ce moyen il rappela les orateurs à la question, quoiqu'il ne réussît pas complètement. En effet, Thomas de Saint-Félix et Thomas Caselius approuvèrent hautement le zèle des légals à rabaisser l'audace de plusieurs qui, n'étant que simples évéques, voulaient se faire présidents du concile, comme s'il y en a'.ait plus de cinq; et Serigo, evêque deCastellanetta, qui ce jour-là remplissait les fonctions de secrétaire pour l'évêque Massarelli, indisposé, blâma ouvertement la promesse du premier légat, comme devant être bientôt la cause de plusieurs scandales. Au contraire les évéques de Ségovie et de Rieti , et plusieurs autres, renouvelèrent avec instance la niolion pour qu'on décidât incessamment la question de la résidence ; et ils réfutèrent les reproches qu'ils adressaient à ceux qui usaient des pouvoirs et de la liberté qu'avaient tous les Pères du concile, li arriva doiic que le cardinal de Mantoue, par l'expédient dont il avait cru pouvoir se servir pour apaiser le trouble, se suscita peu après a lui-même une affaire, soit à Trente, soit à Kome, pour s'être trop avancé en promettant au nom de tous les légats une chose dont auparavant il n'était pas convenu avec eux, et en obligeant ainsi , comme à dessein, les autres légals et le saint-siége même à une discussion qu'ils auraient niieux aimé abandonner. Toutefois plusieurs lettres écrites par lui et ses collègues au cardinal Borromée, où ils exposaient leur intention unanime de réunir celte discussion au sacrement de l'ordre, et les réponses où le pape ne désapprouvait pas cette idée, mais où il recommandait ou d'assoupir cette question, ou de la proroger, pouvaient lui faire croire que sa promesse avait une approbation tacite. D'ailleurs, il est injuste dans un péril imprévu d'exiger une résolution aussi mûre qu'on pourrait la prendre si le temps et la réflexion venaient à notre secours, comme il eût été souverainement injuste d'exiger de 'Virgile qu'il improvisât les vers si parfaits de l'Enéide.

5. Les Pères ayant donc repris la discussion dans la congrégation dont nous avons parlé, quelques-uns pensaient avec l'archevêque de Grenade, Guerrero , qu'il fallait omettre le premier des cinq articles , parce qu'il avait déjà été décidé à Constance. Mais l'évêque des cinq Eglises fit observer que les novateurs modernes avaient bien des objectioi»s contre cet article depuis cette définition, qu'il était nécessaire de montrer la futilité des objections et la force de la décision. Les Pères français se rangèrent de son avis et ajoutèrent 'que cette manière d'agir serait très-utile pour fortifier la foi de plusieurs. Et ce qui eut le plus de force pour décider les Pères, c'est qu'ils apprirent que ces articles avaient été proposés expressément par l'empereur Charles-Quint à i'assenibiée du temps de Jules III, pour satisfaire le désir des

Allemands, et qu'à cette époque les Pères en avaient accepté l'examen avec empressement.

6. Le lendemain de cette congrégation, les ambassadeurs de l'empereur présentèrent aux légats un écrit (1) qu'ils avaient reçu de Ferdinand (rfw SOmaî 1562), pour être présenté, au concile. Dans cet écrit, l'empereur s'opposait à ladéclaration de la continuation du concile, il se plaignait de la conduite des légats, il demandait de grandes et nombreuses réformes, tant dans le chef quedans les membres de l'Eglise ; en un mot , cet écrit était rempli de sentiments que les ennemis des légats, du concile et du saint-siége mettaient tout en œuvre pour inspirer à quelques hommes de bien, d'un zèle peu éclairé. Les légats en fiucnt fort peines , ils firent sentir à l'archevêque de Prague l'outrage que ferait cette présentation, soit au concile, soit à la majesté impériale, et le pressèrent d'en suspendre l'exécution jusqu'à ce qu'ils eussent , par l'entremise du nonce, engagé l'empereur à renoncer à un tel dessein. En conséquence, l'archevêque de Prague, profilant de la circonstance du sacre du roi de Bohême, qui devait avoir lieu dans son église épiscopale , partit en toute hâte et se chargea de faire renoncer l'empereur à cette présentation.

7. Mais comme il arrive toujours que les demi-tempéraments ne satisfont aucun des deux partis extrêmes , pendant que l'empereur se plaignait de l'empressement des légats à prononcer la continuation du concile, ceuxci crurent nécessaire de se justifier aux yeux du roi Philippe sur la lenteur avec laquelle ils procédaient dans la même affaire, et pour cela ils lui écrivirent une lettre au nom de tous. Ils prirent aussi la résolution d'envoyer au souverain ponlife un homme discret, entendu et bien informé, pour lui faire connaître de vive voix, mieux qu'on ne pourrait le faire par écrit, l'état présent des affaires et les craintes pour l'avenir. A cet effet ils jetèrent les yeux sur Léonard Marin, religieux dominicain , noble Génois et archevêque de Lanciano.

C'est ainsi que dans les grandes affaires celui qui travaille pour le bien public, bien loin de se promettre l'assentiment général, est souvent obigé de se disculper devant tous les partis comme s'il était coupable.

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