‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 282 sur 348 · LIVRE DIX-SEPTIEML · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIEML

)arlé, parce qu'ils l'avaient présupposé; que

;i diversité des rites ne changeait pas plus

'effet du sacrement qu'elle n'en changeait

a substance; que l'Eglise n'aurait pas res-

Ireinl l'i-sage du calice à ceux qui célèbrent,

si par là elle avait cru enlever aux autres

quelque augmentation de grâces.

4. Pour le second article, savoir, si en aucune manière, on ne devait permettre l'usage du calice à qui que ce fût, il répondit que cela dépendait du jugement de l'Eglise, qui balance dans un mûr examen les avantages et les inconvénients ; qu'il croyait quo ceuxci étaient plus considérables pour plusieurs motifs qu'il énuméra, et que nous rapporterons lorsque nous raconterons les avis les plus secrels émis sur cet article. D'après cette opinion, il n'eut pas besoin de répondre à la troisième question : sur les condilions à imposer à ceux à qui on permettrait l'usage du calice.

Pour la cinquième, qui était : si la loi divine obligeait à donner la communion aux enfants, il laissa à d'autres le soin de discuter ce point.

5. Après le Père Salmeron, les autres théologiens envoyés par le pape, l'empereur et les rois, exposèrent leurs avis, ainsi que tous les autres, qui, par quelque litre que ce fût, assistaient au concile, mais sans s'astreindre à suivre l'ordre des préséances parmi les différents orateurs. Après plusieurs congrégations très-longues, ils se trouvèrent tous d'accord, exceptésur le second et le troisième article : sur la permission de communier sous les deux espèces, et les condilions à prescrire en cas de concession. Ces deux articles dépendaient plutôt de la prudence que de la science.

6. Soave rapporte l'histoire d'un événement arrivé au frère Amant, scrvite, qui avait accompagné au concile l'évêque de Sebcnico. 11 dit que ce religieux, voulant prouver que ceux qui communient sous les deux espèces reçoivent plus de grâces que les autres, soutint l'opinion de Cajétan : que le sang ne fait pas p;uiie de la nature humaine, qu'il en est le premier aliment, et que, tant pour cette raison que pour d'autres, il soutenait que le sang de Jésus- Christ n'est pas contenu sous l'espèce du pain avec le corps par concomitance ; qu'à ces mots, l'indignation dos assistants se manifesta par un grand tumulte en frappant des pieds, et qu'ils forcèrent l'orateur à se rétracter, ce qu'il fit en disant qu'il avait avancé cette opinion, non pour la soutenir, mais pour la combattre comme spécieuse, et il ne poursuivit pas son discours. La substance du fait est vraie , et cela arriva le 17 juin {Viario, du 17 juin ) ; mais l'indignation des Pères fut excitée par une autre proposition que fit ce Père, servite {Lettre du iS juin, au cardinal Morone par l'évêque de Modène) ; c'est qu'il dit qu'à lamort deNotre- Seigneur son corps s'était séparé de la divinité. Cependant, dans les actes du concile, on ne lui impute aucune erreur sur cette matière, quoiqu'on y expo»»; succinctement les points qu'il développa. Mais sur le premier

article, on raconte son opinion émise sous une forme répréhensible, lorsque, non-seulement il prétend que l'Eglise peut également periiîcttre aux prêtres de ne consacrer que sous une seule espèce, mais encore qu'il ajoute que l'Eglise peut dispenser en tous les cas où Dieu même peut dispenser.

7. Si ce même jour, un régulier fut entendu avec tant d'improbalion, un clerc séculier reçut au contraire les plus unanimes applaudissements [Les deux Mémoires cités ci-dessus , et de plus, Dinrio du 18) : ce fut Jean Viletta, Espagnol, qui accompagnait l'évêque de Barcelone. Bien que les oreilles des Pères fussent fatiguées par des conférences si nombreuses, si rapprochées et si longues, cependant il mania la parole avec tant d'agrément et de rapidité, qu'il dissipa l'ennui de tous et réveilla leur attention ; tellement qu'après avoir parlé deux heures, et la nuit ayant forcé de lever la séance, il fut prié de parler encore le lendemain maîln sur la même matière. Je crois devoir exposer ici la substance que l'on tire des opinions des théologiens sur chacun des cinq articles, comme elle est rapportée dans les actes du concile.

8. Tous furent d'accord, quant au premier article, qu'il n'y avait aucune obligation de droit divin de recevoir la communion sous les deux espèces. Tous aussi, à l'exception seulenent d'un Portugais, convinrent que cette obligation de droit divin existe pour ceux qui offrent le saint »;acrifice. Dans l'exposé d'où j'ai tiré celui-ci, on ne dit rien de l'opinion iléjà rapportée du frère Amant, sans doute parce qu'il l'avait rétractée. Les raisons du Portugais qui nia l'obligation des prêtres d'offrir et de communier sous les deux espèces, de droit divin, étaient l'autorité du pape Innocent 111, d'Albert le Grand, de Jean de Turrecremata, et la relation de Raphaël de 'Volterra {Lib. VII de la Géographie), qui raconte qu'Innocent VIII accorda sur ce point une dispense pour la Norwége, (|ui ne connaissait point l'usage du vin. Tous les autres, qui furent unanimes dans l'opinion contraire, s'appuyèrent sur différentes preuves et diverses explications qu'il serait trop long d'énumérer ici. On peut, parmi les théologiens modernes, lire sur ce sujet le cardinal Jean de Lugo [de Euchari'stia, disput. 19, sect. 8) , qui , avec sa force et sa subtilité accoutumées, soutient le second sentiment, et réfute les arguments tirés de Claude de Santés, et autres partisans du premier; et il combat, en particulier, Raphaël de Vollerra, en faisant remarquer, d'après le cardinal Bellarmin (lib. III, de romano Pontifier, ch. 19, vers la fin) , qu'il paraît contre toute vérité que les Norwégiens manquassent devin pour la sainte messe, puisqueaujourd'hui ils en ont en abondance; ensuite, parce que cet historien rapporte qu'il leur fut permis de consacrer le calice s ns vin , ce qui, de l'aveu de tout le monde, surpasse les pouvoirs de l'Eglise, et prouve, par conséquent, la fausseté de la narration.

9. Quant au second article, si les raisons qui avaient iwrté l Eglise à ne donner qu'une

\n\ HISTOIRE DU CONCILE DE TRENTE

seule espèce aux laïques, et même aux prêtres lorsqu'ils ne célèbrent pas, si ces raisons doivent être consitlérées comme telles, qu'en aucun cas il m- convînt de donner

l'usage du calice à qui que ce fût ; sur ce point les opinions furent fort ]iartagées ; mais tous convinrent que l'Eglise avait pu le retrancher, puisqu'il n'y avait point en cela d'obligation de droit divin, et que cet usage n'avait pas été constant. Deux théologiens ajoutèrent que quand même l'usage du calice aurait été prescrit de Dieu, même pour les laïques, l'Eglise pourrait encore le leur retrancher. Dieu ayant voulu qu'elle le pût. D'autres affirraaientque l'Eglise pouvait dispenser de certains commandements de Dieu, mais seulement des commandements rituels et cérémoniels. Le plus grand nombre dit que quoique l'Eglise puisse taire des changements sur les accidents et sur l'usage, elle n'en pouvait point faire qui tou( hassent à l'essence des sacrements. Quant à la manière dont, par le fait, elle a procédé dans l'usage d'une ou des deux espèces en divers temps, les uns rapporlèrent l'ordre de ces changements d'une manière, les autres de l'autre; c'est aussi ce qui arriva ensuite dans les congrégations des Pères, comme le lecteur verra ciaprès.

10. Pour ce qui regarde le troisième, où l'on demandait, dans le cas où l'on devrait, pour des raisons conformes à la charité chrétienne, permettre l'usage du calice à quelque nation, s'il fallait apposer certaines conditions, et lesquelles : peu répondirent à propos, la plupart prenant cetie question pour absolue, quoiqu'elle fût conditionnelle. Etsous ce premier point de vue, les avis furent trèsnombreux à cause des différentes conditions que chacun proposait.

11. Au sujet du quatrième, où l'on demandait si celui qui communie sous une seule espèce, ne reçoit rien de moins que celui qui communie sous les deux, tous dirent que non, quant au sacrement : quant à l'effet, qui est la grâce, le plus grand nombre dit que par la vertu du sacrement elle se répandait également de l'une et de l'autre manière, la grâce étant donnée non à cause des espèces, mais à cause de Jésus-Christ, qui est contenu sous les espèces. D'autres furent d'avis qUe l'on recevait plus de grâces en recevant la seconde espèce, parce qu'alors l'homme était mieux disposé. D'autres soutinrent absolument que l'on reçoit plus de grâces à raison du sacrement en communiant sous les deux espèces, parce que les sacrements donnent ce qu'ils signifient, et que la signification se faisant par les signes, il s'ensuivait qu'en liiuîlipliantles signes on multipliait la grâce.

12. Pour le cinquième article, si les enfants étaient obligés, de droit divin, à recevoir ce sacrement, tous soutinrent la négative, parce que autrement le baptême ne suffirait pas pourlesalut. Ils ajoutèrent que l'eucharistie se donne par manière de nourriture, dont l'effet est de réparer ce qui a été perdu par l'action delà chaleur, tandis que les enfants ne peuvent rien perdre, puiscju'ils nont pas

de libre arbitre. Quant à savoir si en la leur donnant, la grâce augmentait en eux, quelques-uns, en petit nombre, le soutenaient, s'appuyantsur l'usage reçu du temps de saint Denys et de saint Cyprien; quoique lEglise ail pu convenablement le défendre pour éviter les irrévérences produites par le vomissement ; mais la plupart le nièrent, parce que les enfants no sont pas en état de s'éprouver, comme l'exige l'Apôtre dans sa première Epître aux Corinthiens, et qu'ils ne peuvent discerner le corps du Seigneur, ni distinguer le pain sacramentel du pain matériel. D'autres alléguaient à ce sujet les paroles du même apôtre, et celles de lEvangile de saint Luc (ch. XXII): Faites ceci enmémoirc dtmoi,Hur quoi ils disaient que ces paroles signifiaient que le souvenir de la passion de Notre-Seigneur était nécessaire dans celui qui fait la communion, souvenir dont les enfants ne sont pas capables. Quant aux autorités alléguées de saint Denys et de saint Cyprien, les uns y répondaient que dans la primitive Eglise on donnait l'eucharistie aux enfants pour détruire le rit des idolâtres, qui leur donnaient des choses consacrées à leurs idoles ; d'autres estimaient que cet usage avait pour but de les préserver des sortilèges et des obsessions du démon, comme on l'avait quelquefois donnée aux défunts. Pour lo texte de saint Jean (ch. VI), ceux qui l'expliquaient de la communion sacramentelle disaient que ces paroles : Si vous ne mangez, etc., étaient adressées à tous ceux qui pouvaient les entendre, et que les hommes capables de raison étaient seuls dans ce cas (1).

13. Des opinions uniformes des théologiens on rédigea quatre canons, qui furent proposés à la congrégation des Pères le mémo jour, 23 juin. On y condamnait quiconque dirait :

Que la communion sous les deux espèces est ordonnée de droit divin ;

Que l'Eglise a erré en la défendant aux laïques;

Que l'on ne reçoit pas autant sous une espèce r^uo sous deux, puisqu'on ne reçoit pas tout ce que Jésus-Christ a institué ;

Qu'il est nécessaire, de précepte divin, de donner la communion aux enfants avant l'âge de discrétion.

Dans cette discussion on voit combien est sublime la vocation des théologiens, puisque l'Eglise, interprète infaillible de la Divinité,

(1) Celle coiigrég.iiion fui tenue dans l'église de Sainle-Marie-Majeurc à Trente , et ne se lerniina que snr les 25 heures (une heure avant le coiiclier du soleil); il y avait les (|ualre légats, les orateurs do l'eni liereur de France, «le Venise , cent qii.^ranle-six évé' ques et cent tiiéologiens, une grande muliiliide ds nobles ei des gens du peuple, et quoique les laïques n'eussent pas le droit d'y assister, ni voix même consultative, ilsyéiaienl par pure curiosité, d'autant que, chacun était libre d'assister à ces congrégations publiques, puis(|u*elles se tenaient les portes ouvertes.

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