‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 281 sur 348 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Instruction envoyée aux légats sur la manière de procéder dans le concile. — Ariiclts de foi sur la communion examinés par les théologiens.

1. Tandis que l'empereur pressait les légats à agir avec célérité, le pape ne les activait pas moins, quoiqu'il mît en première ligne un travail qui auraU bien déplu à ce prince. 11 paraissait à Sa Sainteté (1) que la

(1) Comme il paraît par différentes leures de Sa

HISTOml-: DU CONCILE DE TRENTE.

manière de procéder du concile faisait con- d'exemples et de citations des anciennes

naître le mal, mais n'apportait pas de re- histoires et de plusieurs saints Pères, par où

mède : elle recommandait donc aux légats il démontrait que l'usage de ne pas donner le

d'avancer toujours; et, persuadée que c'est calice à tous ceux qui communiaientsous l'es*

un grand avantage d'être assuré qu'on ne l)èce du pain remontait itux premiers siècles,

retournera pas en arrière, elle leur manda 11 répondit aux textes de l'Ecriture sainte

que quand on leur présenterait le bref qu'elle que l'on citait contre sa proposition, etmon-

avait adressé au roi catholique, avec pro- tra que tous ces textes prouvent seulement

messe de déclarer la continuation du concile, ou si on leur faisait quelque instance au nom dudit roi pour obtenir cette déclaration, qu'ils s'empt essa»sent de l'exécuter. Les légats lui demandèrent si, dans le cas où rien de cela n'arriver.iit avant la session prochaine, Sa Sainteté voulait que l'on déclarât la continuation; le souverain pontife leur répondit négativement, comme nous !e raconterons plus loin. Les légats, usant de toute la diligence possible, firent assembler deux fois le jour les théologiens du second ordre ( Diario ) , depuis le 10 de juin ( et non le 20, comme dit Soave) : et pourtant leurs conférences ne purent se terminer que le 23 du même mois au matin, car il y eut soixante et treize orateurs qui furent entendus ; et, comme il arrive souvent, chacun pariait très-longuement et ne se bornait pas à ajouter ce qui avait pu être omis par ceux qui l'avaient précédé, mais paraissant ne se souvenir des raisonnements des autres que pour alonger son propre discours, en y mêlant quelque réfutation.

2. Le premier qui commença à parler fut Alphonse Salmeron , jésuite , envoyé comme théologien du saint-siége avec des lettres du cardinal Borromée aux légats [du 6 mai 1562) , qui faisaient foi de la grande estime que ce cardinal et son oncle avaient pour lui. Son opinion verbale ou écrite fui généralement suivie {enregistré au Diario du 10 juin 1562); car, outre son mérite personnel, il avait encore celui d'avoir été le premier à se faire entendre. Quant au premier article ; Si chaque chrétien est tenu de droit divin de communier sous les deux espèces, il posa d'abord en principe que l'Eglise, qui est la colonne et le fondement de la vérité, ne peut errer ; qu'en conséquence, puisque depuis longtemps elle a défendu l'usage du calice à la communion des laïques, comme il paraît par les conciles de Constance et de Bâle^ et par tous les scolastiques depuis trois siècles, l'on avait l'assurance que la communion

que Notre-Seigneur avait donné la communion sous les deux espèces le jour de l'institution de l'eucharistie; mais que nous ne sonmies pas obligés de suivre ses actions dans toutes leurs circonstances, mais seulement celles qu'il a ordonnées dans les livres saints ou par la tradition de l'Eglise; que les autres textes prouvaient que l'Eglise peut (sans pourtant y être obligée) accorder la communion sous les deux espèces à d'autres qu'aux prêtres qui sacrifient, et que c'est à eux seuls que Notre-Seigneur a dit dans la personne des apôtres, dans la dernière cène: Bibite ex hoc omnes : comme il a dit à eux seuls : Hœc quoliescumque fecerilis, in mei memoriam facietis ; que ce qu'on lit dans le chapitre VI de saint Jean du discours de Noire-Seigneur regarde, il est vrai, tous les fidèles, et s'applique à la communion sacramentelle, et non, comriie quelques-uns l'avaient imaginé, à la communion spirituelle, qui se fait par ia foi ou la charité ; mais qu'il est impossible d'en conclure aucune preuve en faveur des Bohémiens que l'usage des deux espèces est le seul prescrit par Notre- Seigneur, et jamais celui d'une seule. Ainsi, pour faire connaître que ni l'un ni l'autre de ces usages n'est contraire aux ordres de Jésus-Christ, dans ce discours il parle tantôt de la manducation de son corps et de la potion de son sang, tanlôi il ne parle que de la manducation seule.

3. Quant au quatrième article, qui était le second des dogmatiques, savoir, si l'on reçoit autant ou moins sous une seule espèce que sous les deux, il soutint la première des deux réponses comme indubitable, parce que Jésus-Christ est entièrement contenu sous chaque espèce avec son âme et sa divinité comme dans le ciel, et que cela avait été défini aux conciles de Constance et de Florence. Il ajouta que la même vérité était confirmée par l'usage de l'Eglise, qui propose à l'adoration des fidèles la sainte eucharistie sous l'espèce seule du pain. Quant à savoir si ce-

sous les deux espèces n'était pas ordonnée de lui qui communie sous une seule espèce re-

droit divin. De plus, la coutume de ne pas présenter le calice à tous les communiants étant si ancienne qu'on n'en connaît pas le commencement, il était naturel de peni>er qu'elle venait du temps des apôtres; autrement, les hommes étant si fortement attachés aux choses qui tiennent à la religion, on n'aurait pu faire ce changement sans soulever de grandes disputes, et sans que le souvenir ne s'en fût conservé. Il confirma ensuite celte conjecture par des preuves tirées

Sainlelé cl du cardinal Borromée aux léçals , et suriniii par !a leUre de ceQX-ci au cardinal, du 28 juin

çoit autant de grâces que celui qui communie sous les deux, que cela n'avait aucune connexion avec cet article; car, quoiqu'il soit hors de doute qu'Une seule hostie contient autant et signifie autant que plusieurs, cependant on ne reçoit pas autant de grâces dans une seule communion que dans plusieurs ; que cela dépendait de la libre volonté de Dieu, qui a voulu ainsi s'obliger à faire telle ou telle dispensation de ses grâces dans l'institution de ce sacrement; que pour lui, il penchait à croire que la grâce était égale dans les deux cas, et il essaya de le jpersuader par plusieurs raisons ; que les saints Pères et les conciles n'en avaient pas

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