‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 290 sur 348 · LIVRE DiX-SEPTiF.MR · texte numérisé non relu

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saints, que Ton permît le mariage des prêtres : cet évéque s'était gravement scandalisé , et avait combattu fortement des prétentions pareilles. Il était facile de voir par tout cela que les orateurs des deux cours avaient à cœur de donner en quelque sorte satisfaction aux séditieux, même au préjudice de la discipline de l'Eglise, sans penser au grand mal que produirait un tel exemple en persuadant qu'il dépi^ndait de quelques rebelles de faire changer à l'Eglise une grandeparlie de ses lois les plus anciennes et les plus importantes; ce qui était enlever aux autres observances et à elle-même, tout respect et toute au-

d'Angleterre et les prolestanls , il ne se montrait pas ambassadeur du roi très chrétien; car ces princes, élant rebelles el ennemis du pape, ne travailleraient qu'à corrompre le concile el à le rendre huguenot, tandis que lui, souverain pontife, voulait qu'il fût catholique. Le sainl-père s'était plaint en outre ( lettre du baron au sieur De- /<s/e,23yuml5G2)que tous les orateurs français avaient manifesté leur intention bien arrêtée d'abaisser le sainl-siége, de faire déclarer son autorité inférieure à celle du concile, et de bouleverser toute la discipline de l'Eglise. Le baron de Lansac en fut à peine

torité.Ilajoutaquede pareilles raisons n'écha- instruit qu'il s'en plaignit hautement ( lettre

peraient nullementaux conseillersdesprinces '' ' " /• . r. . r^^ ■ . .„«^,

temporels, si au lieu d'attaquer les lois ecclésiastiques, ces changements étaient proposés sur les lois politiques de leurs Etats. Tant il est vrai que chacun est facile à couper sur la toile d'aulrui pour se vêtir lui-même.

8. C'est pourquoi le pape et les légats, afin d'éloigner les ambassadeurs de demandes plus injustes , jugèrent à propos de no

rfu même au même des d et 29 /um 1562); il déclara que quiconque pouvait lui imputer de pareilles atrocités était un menteur; il écrivit au pape pour se justifier , lui exposant que les détails de sa vie et les charges qu'il avait exercées à Rome et sa naissance élaienl de sûrs garants de son innocence, qu'il n'avait fait aucune demande que celles contenues dans les instructions de son roi;

faire droitqu'à la fin du concile à celles qu'ils qu'il auraitdésiré, en effet, que la reine d'An

reconnurent plus équitables.

Le pape était encore plus déterminé à en agir ainsi avec réserve et circonspection, par l'idée désavantageuse qu'il avait conçue en général sur les dispositions dos étrangers qui étaient à Trente. Et en cela il pouvait paraître ou trop créduhî sur les insinuations qui lui étaient adressées, ou trop peu circonspect à accorder sa confiance. H s'était plaint ( Actes de Paleotto ) à l'ambassadeur de Venise à Rome que Nicolas du Pont faisait dans le concile le rôle d'agitateur plutôt que celui d'orateur, en poitant les Pères vénitiens à des conseils éloignés de la paix. Cette plainte ( lettre de l'archevêque de Zara^ du 27 avril 1502) était fondée sur ce que Nicolas du Pont, peu après son arrivée à Trente, ayant invité chez lui les prélats vénitiens avec quelques autres , conune on vint à traiter de la question de la résidence, qui occupait alors tout le monde , il avait parlé en termes très-violents contre ceux qui s'opposaient à la définition de l'obligation de droit divin. Les oppositions des Espagnols à la formule Proponentibus legalis et leur empressement pour la définition du droit divin rendaient suspecte au pape leur affection pour le saint-siège. Les demandes réitérées des impériaux , soit pour obtenir de nouveaux délais pour la décision des dogmes , soit pour faire accepter des réformes inadmissibles lui avaient souvent fourni des sujets de plainte et de défiance. H s'était même laissé aller à des paroles injurieuses contre les ambassadeurs français (1) et surtout contre le baron de Lansac ,* leur chef; car en parlant avec le sieur Delisle, il lui dit que le baron ne se contentait pas de demander des choses inouïes et inconvenantes , mais qu'en voulant qu'on invitât et qu'on attendît la reine

(1) Mémoire laissé par le sieur Delisle à l'iibljô de Saiiil-Giloas, du 29 mai 150-2.

gleterre et les princes protestants fussent intervenus dans le concile, non pour le pervertir, mais bien au contraire pour qu'ils fussent par lui convertis au catholicisme; qu'il n'avait formé aucune entreprise contre le saint-siége, dont il avait toujours été le fils dévoué et soumis, et qu'il avait défendu dans beaucoup d'affaires graves ; quant à la déclaration de la supériorité du concile audessus du pape, il affirma que ni lui ni ses collègues n'avaient rien avancé à ce sujet, et qu'ils n'en avaient reçu aucune commission de la Sorbonne.

9. Le pape parut satisfait de ces explications ; mais ces rapports fâcheux s'étanl renouvelés, il recommença à se plaindre au sieur Delisle. Le baron de Lansac {lettre du 26 juin), en étant affligé outre mesure, écrivit à son collègue que voyant le pape si facile à croire ce qu'on disait contre lui, il regardait comme inutile de chercher à se justifier de nouveau, mais qu'il allait conjurer le roi son maître de lui donner un successeur qui pourrait exercer cet emploi avec plus de faveur. Le pape, de son côte, en était venu jusqu'à dire qu'il s'estimerait heureux si le baron {lettre de Lansac à Delisle, 9 juillet 1562 ) ne faisait que des demandes ordinaires el raisonnables. Celui-ci parut ne pas comprendre ces paroles ; mais elles se rapportaient à ces désirs étranges dont le baron s'était entretenu dans les conversations particulières dont nous venons de parler, désirs qui no tendaient qu'au bouleversement de l'administration de l'Eglise.

10. On voyait déjà Pie IV si disposé à accroître sa défiance, que même ses plus intimes ne crurent pas inutile de se tenir sur leurs gardes contre lui. Cest pourquoi le cardinal Morone, qui jouissait de l'estime de plusieurs Pères du concile, ayant appris que qu( Iques-uns d'entr'eux, notamment l'évêque (le Sutri, son neveu, avaient disputé diaudeuient pour la définition sur la rési-

HISTOmE DU CONCILE DE TRENTE.

dence, n attendit pas que le pape lui témoignât son déplaisir, mais comme pour lui faire sa cour cl sans y être excité par personne, il écrivit à son neveu, aux évêques de Modène ctdeRaguse, et à d'autres qui étaient ses plus intimes, pour blâmer leur obslinalion à vouloir un jugement malgré l'opposition si marquée d'un grand nombre de leurs confrères, et leur dire qu'il valait bien mieux imiter ce que l'Eglise avait fait avec succès dans plusieurs circonstances semblables, principalement dans la question si agitée surl'immaculée conception de la très-sainte Vierge: laisser la question indécise et attendre que l'effervescence des esprits se calmât. MaisVisconli avait bien compris {lellre en chiffres de Viaconli au cardinal Borromée du 2 juillet 1562) que plusieurs évéqucs qui avaient plus d'une fois connaître leur sentiment sur celle question, ne consentiraient pas à abandonner leur sentiment pourquelque motif que ce fût, et que par conséquent on ne pouvait pas espérer de les vaincre avec les armes de la lenteur, qui ont l'éussi quelquefois. 11 pensait aussi qu'on ne devait pas attribuer ta faute au cardinal de Mantoue, ni penser que son départ, supposé qu'il arrivât, pût détourner ce vent fâcheux, attendu que tous ses efforts en faveur du silence ne pourraient l'obtenir des évêques. Car ceux-ci, ayant ce point fixe dans leur esprit et dans leur cœur, étaient décidés à braver le reproche de haine el d'inévérenci! pour le saint-siége, aûn de suivre le cri de leur conscience.

11. Outre l'ordre de pénétrer le fond de celte matière, Visconti avait une mission secrète sur trois autres points. Cette mission lui fut rappelée par une lettre {du même au même, du iS juillet 1562) que lui remit l'archevêque de Lanciano, de chercher la cause de la brouillerie des cardinaux de Mantoue et Simonelta, de bien examiner lequel des deux avait tort, et de s'entremettre pour les réconcilier. Sur le premier point il répondit que celte froideur avait été causée par la question sur la résidence; quant au second il voulut écrire avec plus de précaution que de clarté; il se contenta de dire que le cardinal Borromée ayant vu la dernière justification de l'un et les précédentes lettres de l'autre, pouvait beaucoup mieux asseoir son jugement. Pour la troisième partie de sa mission, comme elle devait être la plus utile, puisqu'elle regardait l'avenir, il y donna tous ses soins, et tous les jours il s'assura davantage que le cardinal Simonelta y était plus porté, soit à cause de son caractère plus doux, soit à cause de son rang inférieur,, soit enfin par la facilité que l'on a d'oublier les torts d'un supérieur. Il craignait plus de résistance de la part ducardinal de Mantoue, à cause de la sensibilité ordinaire aux princes et à quiconque se sent blessé. Il comniença ditnc à sonder légèrement la plaie par le ministère d'Olivo, son secrétaire; et après s'être entretenu plusieurs fois avec lui, croyant être suffisamment éclairé, il demanda au cardinal Borromée qu'il lui fût permis de présenter aux deux cardinaux Ifeb lettres qui

le chargeaient d'examiner et de faire connaître lequel dos deux avait tort; cette lactique porterait l'un et l'autre à écrire à Rome pour se justifier, el par ce moyen le cardinal Borromée quitterait le rôle de juge pour remplir celui de médiateur ; ou bien que le pape fît écrire au cardinal Simonelta par son frère Alexandre, qui demeurait à Rome, el au cardinal de Mantoue par celui de Gonzague, qu'il désirait cette réconciliation; et qu'en même temps le cardinal Altemps, qui se trouvait sur les lieux, leur collègue et neveu du saint- père, serait le meilleur médiateur possible. Il prévoyait que le cardinal Simonelta pourrait faire les avances au cardinal de Mantoue et lui témoigner le désir de se justifier auprès de lui et de recouvrer son affection, et en ce cas il savait qu'il trouverait l'accueil le plus favorable; et que le cardinal Simonelta ne se montrerait pas difficile à suivre ce dernier parti.

12. Le secrétaire Olive s'était plaint à Visconti que quelques évêques peu respectueux envers son maître dans leurs paroles el leurs écrits, étaient les plus caressés el les plus favorisés par le cardinal Simonelta. Il nomma entre autres Saint-Félix, Caselius, Stella, Serigo el Zambeccaro. Visconti l'excusa sur ce point en disant qu'il avait besoin de leur secours pour contenir dans les congrégations l'audacieuse opposition de quelques Pères. C'est de là que Soave lire un de ses contes. Il dit quelorsque le cardinal Simonelta voyait que dans les congrégations on proposait quelque chose d'opposé à ses vues , il se servait de ces personnages qu'il connaissait pour être plaisants jusqu'à l'indécence, soit par leur caractère, soit d'après les mœurs de leur pays, et que leurs plaisanteries choquant quelques-uns des principaux prélats , la séance était interrompue ce-jour là. Sur celle allégation deSoave j'ai lieu d'être étonné doublement. D'abord, comment lui qui dans toute la chrétienté n'a épargné aucun des personnages du siècle dernier, les plus recommandables par leur sainteté, leur valeur, leur science, leur prudence, leur autorité; lui qui n'a ouvert la bouche que pour mordre el déchirer leurs noms révérés , comment peut-il accuser quelqu'un de plaisanteries indécentes, en offensant même leur pays, c'est-à-dire Bologne, Naples et Venise , les villes les plus illustres de l'Italie et du monde entier? Le second sujet de rton élonnement est qu'en écrivant sur des événements aussi publics et laissés au jugement de tout le monde, il rapporte comme fréquente une chose qui n'est pas même arrivée une fois : car je puis certifier que parmi tous les mémoires du temps que j'ai eus sous les yeux, je n'ai jamais rien vu qui ait le moindre rapport à une séance quelconque levée par suite de pareilles plaisanteries. Qui pourrait croire en effet que tant d'hommes vénérables par leur naissance , leur sagesse, leurs dignités eussent souffert que cette assemblée, réunie avec tant de peine de toutes les parties du monde chrétien, fût le jouet de auclaues hommes audacieux el

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