‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 291 sur 348 · LIVRE DIX-SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIEME

insolents ? Quel est, je ne dirai pas le concile œciiniéni(jue , qui est le plus vénérable sénat do l'univers, mais seulement le conseil d'honorables citoyens oiî pareille insolence serait tolérée ? Voici donc ce qu'il en était. La liberté de parler étjiit très-grande dans le concile, au point que Visconli en était choqué et qu'il écrivit au cardinal Borromée qu'il conviendrait de la modérer. Un grand nombre de Pères abusaient de celte liberté, et surtout les ultramontains dont les uns, sur quelque apparence de singularité qu'ils trouvaient dans certains usages du gouvernement et dont ils ne comprenaient pas les avantages, comme un homme ignorant dans l'anatomie ne connaît pas l'accord de certains membres avec le reste du corps, les autres par l'idée que chacun a de savoir mieux que les autres gouveiner les mouvements des choses les plus relevées, d'autres enfln sur quelque véritable défaut qu'ils avaient d'abord remarqué dans les premiers règlements établis pour la tenue du concile, faisaient souvent des critiques plus ou moins directes contre le style et les coutumes de la cour romaine. Les légats ne voulaient pas suivre l'avis de gêner la liberté de parler, car ils comprenaient que cette idée que l'on aurait de la licence et de l'audace de quelques Pères nuirait bien moins au concile que si on se persuadait que tous les Pères étaient muets par crainte ou par la gêne qu'on leur aurait imposée. Ils désiraient cependant que ces détractions mordantes ne fussent pas enhardies par la patience, de crainte que le silence avec lequel on les souffrait passât pour une approbation. D'un autre côté on ne trouvait pas facilement des l'crsonnes qui voulussent entreprendre celte charge, et qui fussent en état d'y réussir, à leur honneur et à celui du concile. Car il fallait pour cela une grande vivacité de génie, des reparties promptes, beaucoup de science et de pratique, un cœur ouvert, un grand dévouement et la connaissance de la cour romaine. Telles étaient les qualités dont étaient doués les prélats sus-nommés ; c'est pourquoi, bien que par un effet de leur vivacité et de leur courage ils eussent quelque fois un peu dépassé les bornes en parlant et eh écrivant au sujet du cardinal de Manloue, il convenait pourtant de se servir d'eux, comme la nature use de la colère en la laissant dans nous; car quoique souvent elle puisse nous troubler, elle devient souvent un champion utile de la raison , selon l'expression des moralistes.

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