‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 293 sur 348 · Cependant les paroles de ces prélats ne · texte numérisé non relu

Cependant les paroles de ces prélats ne

causèrent jamais d'interruption dans les assemblées, ni de retard dans les progrès du concile, oiî l'on employait toute sorte de soins pour avancer les affaires. C'est pourquoi, taudis qu'on examinait les points de doctrine, on préparait en même temps les règlements de discipline sur neuf des douze articles que les légats avaient proposés dans la congrégation du onze mars, comme nous l'avons dit en son lieu. Déjà sur ces neuf articles on avait tenu plusieurs assemblées en réservant les deux sur le mariage pour le temps où l'on traiterait de ce sacrement, et celui de la résidence pour le moment où l'on fixerait le dogme sur le sacrement de l'ordre. Soave parle de ces discussions en différents endroits, parce qu'en effet elles eurent lieu à dilTérentes époques ; pour moi, j'ai préféré n'en parler qu'a l'époque de la conclusion. C'est pourquoi je traiterai dans ce cbapitre des trois autres articles qui furent discutés dans les premières réunions avec celle de la résidence, et je réserverai pour le chapitre suivant les six autres qui furent examinés depuis l'interruption causée par ces démêlés. Soave raconte sur les uns et sur les autres bien des choses parmi lesquelles il en est de vraies. J'en parlerai aussi. D'autres au contraire n'ont ni preuves ni ombre de vérité ; pour celles-ci j'en réfuterai quelques-unes et je passerai les autres sous silence pour ne pas ennuyer le lecteur.

2. Parmi les trois chapitres énoncés cidessus, après celui de la résidence venait celui du sacerdoce. Voici à ce sujet ce que dit Soave : « Le titre des ordinations dans l'ancienne Eglise signifiait le ministère auquel était attaché celui qui recevait les saints ordres; mais dans la suite le relâchement s'étant introduit dans l'Eglise, on commença par entendre sous le nom de titre ce qui faisait le revenu qui assurait la nourriture du titulaire , et cette signification fut confirmée par Alexandre III, dans le troisième concile de Latran, où il défendit qu'aucun sujet ne fût ordonné sans un litre de bénéfice, à moins qu'il n'eût un patrimoine suffisant pour vivre. Celle exception, ajoute-t-il, serait raisonnable si le nom de titre avait celte signification.» Ces paroles de Soave sont très-spécieuses, mais elles ne résistent pas à l'examen. Ne disputons pas sur les mots, qui selon les temps et les usages changent de force sans amener aucun désordre dans l'Etat. Venons-en à la chose : Soave regarde comme une dépravation détestable, ce qui véritablement a été un changement en mieux. Il faut d'abord remarquer que même depuis la conversion des empereurs, l'amour des rites profanes et superstitieux fut encore si fortement et si longtemps enracinés dans les esprits, que les Pères grecs et latins, ont eu bien delà peine à les combattre. Ce n'a été qu'à la suite du temps et par les soins des pontifes romains, après que leur pouvoir temporel se fût augmenté, que tout ce qui rcsuiit encore d'inculte même dans les Etats ch»é'icns, fut défriché. Avec le nombre des croyants, s'accrut la vénération de la vrai

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foi, et la dévotion pour en pratiquer les bornait les ordinations aux seuls prébeiidés, œuvres; et s'il est vrai qu'à mesure que le ce qui exclurait beaucoup do sujels pieux nombre des chrétiens augmentait, celui et dignes, et ne suffirait, ni pour le ministère des imparfaits croissait en proportion , il de l'Eglise, ni pour le besoin des âmes ; c'est faut avouer aussi que le nombre des par- pourquoi, entre l'excès et le manque de faits devenait plus considérable, comme nous sujets, le premier me paraît plus lolérable, l'avons prouvé ailleurs. Or, parmi les diffé- jusqu'à ce qu'on puisse les éviter tous les rents accroissements de la religion , nous deux dans rcxéculiun,* comme l'Eglise a devons remarquer le grand nombre de fldè- voulu les éviter par ses lois. les qui, non contents d'observer les précep- 3.Je p«^nso que Soave, qui voulait régler les

tes évangéliques, en embrassèrent encore les choses divines par les humaines, au lieu de conseils, ou plus étroitement parles vœux régler celles-ci par les premières, désirant

que le ciel fût subordonné à la terre, m'opposerait que du moins celle multiplication de prêtres est devenue nuisible au bien des Etats civils et à la puissance temporelle. Je vais prouver que celle assertion est fausse dans l'une et l'autre de ses parties.

D'abord , pour ce qui tient au bien-être de l'étal civil: comparons ici les royaumes catholiquej avec le reste du monde, et la raison elle-même le démontre: qui voudra sou-

religieux , ou moins étroitement dans le clergé séculier ; de là il est arrivé que si d'abord peu de fidèles ont voulu se lier par les obligations de conscience et d'honneur

que impose l'état clérical , maintenant le non»bre en est considérable et quoiqu'on cela, comme en toute chose bonne, le nombre en ait diminué l'estime, nous ne devons pas pour cela dédaigner notre condition et regretter celle des temps anciens. C'est un

malheur dans un Etat que de juger de la bonté tenir que dans un Etat la présence de citoyens d'une chose par sa rareté; s'il en était autre- obligés par profession à une vie plus honment, il faudrait regarder comme les plus note, plus pacifique , plus studieus-e que les heureuses les contrées les plus stériles, parce autres, qui voudra, dis-je, soutenir que celle que les productions de la terre y ont plus présence ne soit pas un bien pour l'Elat, de prix que dans les contrées plus favorisées puisque ces hommes respectables parleur de la nature. Au reste l'on doil avouer que dignité etleurdoctrine peuvent apaiser bien c'est un acte parfait de religion que de choi- des querelles et retirer bien des personnes sir un état de vie qui rend illicite, déshono- du bourbier du vice? Mais on répondra pcutranle , impossible même la possession de être qu'il y a quelques prêtres pires que bien certains biens Irès-estimés, et possédés très- des la'iques. J'en conviens. Mais il est aussi

innocemment parle reste des hommes. Celte vérité établie, qui ne voit l'utile exemple qui est donné par cette multitude de fidèles qui se soumettent à un tel joug sans aucun avantage temporel , sans acquérir de prébende ; combien les prières et les louanges de Dieu sont multipliées, son adoration propagée par les sacrifices , sa parole

des médecins qui luent leurs malades, des soldats qui trahissent leur patrie , des aliments qui empoisonnent : laudrail-il pour cela refuser aux malades les secours des médecins, aux villes la garde des soldats, aux personnes affamées la nourriture indispensable? Il est bien souvent sujet à eirer celui qui, en examinant l'utilité des lois et des in-

répandue du haut des chaires évangéliques slilutions demande des avantages infaillibles, et dans les livres, depuis qu'un si grand nom- des avantages constants et perpétuels : cette

bre de personnes sedévouent immuablement à son culte? Je suis bien loin d'approuver que l'on enrôle indistinctement dans cette milice quiconque se présente, même les ignorants, les pécheurs s( andaleux, les ambitieux qui aspirent plutôt à la possession

exigence est incompatible avec l'usage do la liberté humaine. La seule mesure possible, c'est de pourvoir à l'ordinaire, et à ce qui arrive communément. On objectera encore que l'accroissement du clergé nuit à la multiplication de la population. Cela peut être. Mais

des jiriviléges, qu'au bonheur de pratiquer malheur à nos provinces si beaucoup de ceux les vertus religieuses; mais si cela arrive, ce mêînes qui ne s'enrôlent pas dans la milice n'est pas la faute des lois, qui le défendent cléricale, ne se renfermaient pas dans ie cé- Irès-sevèrement, mais bien des exécuteurs liballll arriverait ce qui ne mantjue pas qui négligent de les observer. Que peut faire d'arriver à un père de famille qui a une fad(î plu» l'Eglise que de remettre ces ordina- mille beaucoup plus grande que sa fortune : lions au jugement des évêques diocésains; il n'y a pas de plus forte cause de contestade leur exposer les qualités nécessaires pour tiens que peu de nourriture présentée à une rendre l'admission légitime, et de recom- foule de gens affamés. Chaque jour la nécesmander fortement le choix des sujets en site et la pauvreté de celte nmltitude unie rechargeant leur coe.science? Mais, bien que rail meure en exécution ces lois agraires qui trop d'évéques soient en cela ou négligents ont si souvent bo^uleversé le peuple romain. ou irop faciles, on ne peut pas nier que, dans 11 faudrait donc toujours penser à former de l'impossibilité de trouver la perfection au nouvelles colonies, à envoyer à la conquête milieu des faiblesses humaines et la difficulté de nouvelles terres, comme les Huns, les de tenir ce milieu si juste, mais si étroit, Vandales et les Golhs ; au lieu que l'état clé- Dieu ne soit cependant plus honoré et la rical maintient la richesse et l'honneur des piété mieux pratiquée dans celte multitude familles, et par conséquent la noblesse et les de prêlres parmi lesquels il s'en trouve beau- sentiments relevés , et fait que les personnes coup dindévots et d'indignes, que si l'on privées des avantages de l'état conjugal vi-

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