‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 294 sur 348 · LIVRE Dix SEPTIF.MK · texte numérisé non relu

LIVRE Dix SEPTIF.MK

vent Iranquilles et contentes par leurs principes religieux, et par l'iionneur dont jouit cet état dans toutes les familles.

k. Ce(jue Ton dit du préjudice qu'éprouve l'autorité séculière n'est pas moins dénué de fondement. Et en effet cette autorité ne nous paraît pas affaiblie, si nous considéroîis attentivement que celte multitude de prêtres qui jouissent de l'immunité du for ecclésiastique ne forme qu'une espèce d'hommes peu belliqueux, sans armes et incapables d'exercer aucune contrainte par l.i force, de sorte que tous leurs privilèges se bornent à être soustraits aux archers et aux baillis. Quant au prince , son domaine n'en est que plus paisible, puisque son Etat est moins agité : car re grand nombre de sujets formant le peuple à ia pièlé, lui inspirant des sentiments d'obéissance et de fidélilé, le détournent par là d(ï toute pensée de désordre. Nous voyons même que dans les Etats où la jalousie pour conserver la juridiction temporelle a lait combattre avec le plus d'ardeur contre les immunités ecclésiastiques, on n'a pas fait grand bruit contre le grand nombre des prêtres.

5. Après avoir discouru de la sorte comme de lui-tnéme , Soave émet dos sentiments qu'il attribue aux Pères ; quelquefois il en rapporte les paroles sans nojnmer les auteurs, et quelquef* is il les nomme, mais toujours ses mensonges sont malheureux. Par exemple, il fait parler dans le concile Gabriel le Veneur, évéque de Viviers, selon lui, tandis qu'à cette époque cet évêque n'était pas à Trente, où il n'y avait alors de prélats français que l'évêque de Paris. Autre fausseté : ce prélat n'était pas évéque de Viviers , mais d'Evreux. L'évêque de Viviers était alors Jacques-Marie Sala, de Bologne. Un propos qu'il attribue à un inconnu ne mérite vraiment aucune atlention. Qui pourrait en effet croire vraisemblable, conuue il le suppose, qu'un prélat ait pu proposer de conférer les saints ordres à des mendiants qui seraient obligés de porter en main, au lieu du bréviaire, une scie ou une pioche? Il arrive souvent que la pauvreté est la mère de ''industrie, ei que les richesses enfantent l'oisiveté : je l'avoue ; mais il n'est pas moins fréquent que la nécessité réunisse la fraude et la bassesse à l'industrie des pauvres, elles détourne du désir des professions plus nobles et de la recherche de l'honneur, sentilïients au contraire beaucoup plus conformes au repos des riches. Que l'on examine si dans les républiques les plus sages les premiers magistrats ont confiance à des sénateurs réduits à 1 aumône , et si dans les affaires majeures le témoignage des mendiants est regardé par les lois comme ayant la même force que celui des personnes aisées. Les enfants eux-mêmes n'apprennent-ils pas de Virgile dans les écoles que la faim conseille le mal, et d'Horace que la pauvreté fait faire et endurer toutes sortes de bassesses, et éloigne du sentier escarpé de la vertu? Demandez au juge chargé de punir le crime, où le trouve plus de méfaits, si c'est parmi les

CONC, DE TbENTE. II.

pauvres ou parmi les personnes aisées. D'ailleurs le discours que Soave place ici contre les richesses est tout à fait hors de propos. L'Eglise n'exige pas la rich sse dans les prêtres, elle se borne à exclure l'imiig: nce, el'e se contente d'un patrimoine modique qui suf- Ose pour satisfaire aux besoins, mais msuîfîsant pour satisfaire le luxe. Quelle politique, quelle philosophie a pu ne pas regarder cette condition comme plus avantnp:euse pour la vertu que la pauvreté involontaire? Je dis involontaire , car la pauvreté volontaire, telle que la pratiquent les religieux, n'esl pas exclue du sacerdoce, vu qu'elle inspire la vénération et non le mépris, et (ju'elle ne porte pas à des bassesses, [)arcc qu'elle éloigne non-seulemenl la possession (les biens, mais encore le désir et la possibilité de les posséder. Elle préserve donc et des vices dont le gain est le motif, et de ceux dont l'argent est l'instrument.

6. Ces Pères vénérables et doués d'une profonde sagesse ne tinrent donc pas les discours que Soave leur prêle. Voici au contraire comment les choses se passèrent {Ac^ tes de Paleo(to). Un évoque proposa de diminuer le nombre des prêtres en n'ordonnant que ceux-là seulement qui, par la possession de quelque bénéfice, étaient tenus de servir l'Eglise. Cet lit l'avis de Foscarari, qui à l'appui de ce sentiment apportait un canon du concile de Chalcédoine; et bien que selon la traduction latine de ce temps-là, ce canon eût un tout autre s. ns. il prouva que c'était là la véritable signification du texte grec original, et il ajouta qu'un prêtre sans les liens d'un litre de bénéfice, ressemblait parfaitement à un cheval sans bride. Mais il éprouva une vive opposition des évêquesdu royaume de Naples , de Dalmatie, de Grèce et d'autres pays où les prébendes sont en très-petil nombre, et la plupjirt très-modiques et insuffisantes, à moins que plusi(;urs ne soient réunies, à l'entretien des prébendes : de sorte que s'il n'y avait pas plus do prêtres que ces prébendes ne peuvent en nourrir, ces peuples grossiers deviendraient presque sauvages par le manque d'ouvrier.s, et conserveraient à peine la connaissance de Dieu. Il fut donc réglé que, ne pouvant élabir une règle uniforme, on remettrait ce jugement aux évêques qui n'ordonneraient avec le litre patrimonial que les sujets (ju'ils estimeraient nécessaires ou utiles à leur Eglise ; et l'on retrancha du décret les paroles que la commission y avait mises pour modérer le nombre des prêtres.

7. Suivant la première disposition des douze articles proposés, il fallait s'occuper de la collation gratuite des saints ordres. Soave, selon sa coutume, place en tête de cet article, ses propres réflexions. Et d'abord il s'élève contre l'Eglise orientale, parce qu'elle n'a jamais voulu s'affranchir de l'abus ou elle est de prendre de l'argent pour les ordinations, et il attribue à ce crime la colère de Dieu, qui les a soumis au joug des Sarrasins. Mais ce discours est bien étonnant après lea railleries qu'il s'est permises contre ceux qiij

{Trenle-hnit.\

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H^STOlRk DU CONCILE DE TRENTE.

regardent les maux des impies comme la punition de leurs crimes , car il se moque de ces jugements comme d'un acte d'audace par lequel on veut scruter )es secrets de la Providence. 11 s'attaque ensuite à l'Eglise d'Occident : il dit que, lorsque, l'an 1000. elle sépara la collation des ordres do celle dos bénéfices, elle n'eut plus de honte de percevoir un salaire pour la seconde; et qu'il n'y a pas apparence de voir détruire cet abus, à moins que Jésus-Christ lui-snême ne revienne renverser les tables des banquiers et les chasser eux-mêmes du Icmpîe. Ces ligures sont Irès-propres a enflammer l'indignalion et la fureur des ignorants. Mais pourquoi, lorsque cet auteur traitait dos nialiéres de juridiction ecclésiastique, distingudt-il si subtilement le ministère sacré des "choses femporeiles qui s'y rapportent, et voulait-il que les magistrats conservassent quelque autorité?

pour les ordinations, car elles donnent une grâce purement spirituelle, et alors toute espèce de salaire deviendrait incongru. C'est pour cela que les Pères de Trente ont sage ment établi que les évêques n'accepteraient rien, même de ceux qui l'offriraient volontairement, pour la collation des saints ordres ou de la tonsure, qu'ils no recevraient rien pour les démissions, et que les notaires, s'ils n'aviiient pas de traileiiu'nt sur le trésor, ne recevraient que la dixième partie d'un écu romain pour leur peine et leurs fourniture». 9. En cela nous avons deux choses à remarquer : d'abord que, suivant le premier projet, il était dit que les contrevenants seraient punis comme simoniaques; mais on changea cette rédaction ( car l'acceptation d'un don volontaire et gratuit n'est pas une simonie ) et l'on mit à la place nonobstant tout usage contraire, qui devait être regardé

laïques y , .

Et lorsque cette distinction pourrait servir à comme un abus et une dépravation propre à défendre l'honneur et conserver les droits des favoriser le vice de simonie. Et cela fut trèsprélats ecclésiastiques, il la rejette, et il con- raisonnable, parce que sous cette dénominafond à dessein le spirituel et le temporel pour tion de don volontaire il pourrait se glisser

rendre odieux tout profit pécuniaire qui leur revient de la collation des bénéfices, comme simoniaque et prohibé par la loi de Dieu

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quelque espèce de contrainte, ou par la crainte de déplaire au prélat, ou par la honte de manquer à l'usage. Les peines contre les

Que tout homme sensé considère l'équité de délinquants ne furent pas augmentées, mais

celte chose. Croyons-nous, que si Dieu a renouvelées; on statua que les coupables sur

voulu qu'on établît, pour la fondation des ce point encourraient ipso fado les peines

bénéfices, une récompense convenable à la portées contre eux. La seconde chose que

fatigue des prêtres inférieurs, il désapprouve nous avons à remarquer, c'est que la per-

qu'ils y ait aussi une récompense pour les prélats supérieurs, qui doivent veiller à ce qu'il soient élus comme il faut et bien soutenus? Qu'y a-t-il de plus raisonnable et de plus ordinaire dans la fondation d'un collège, d'un séminaire ou de toute autre communauté, que ceux qui sont à la tête de ces établissements reçoivent un traitement suivant leur rang? et cela pouvant se faire de plusieurs manières, l'une des plus ordinaires et des plus faciles est que celui qui reçoit la nouvelle grâce fasse à cette époque un présent à celui de qui il la tient ; car ce présent est une légère dépense, nullement pénible

mission accordée aux notaires était générale dans le preinier projet, mais qu'elle fut limitée aux dio' èses où n'existait pas la louable habitude de ne rien donner aux notaires euxmêmes. Cette correction fut accordée à l'instance des Français, qui déclarèrent que cette louable habitude existait dans leurs contrées. 10. Venait ensuite l'article où l'on proposait d'assigner sur chaque bénéfice des églises cathédrales ou collégiales une partie des fruits pour les distributions quotidiennes, c'est-à-dire pour une somme qui serait répartie entre ceux qui servent journellement a^ix divins offices, comme un encouragement

en pareille circonstance. On ne peut pas don- à l'assiduité du service divin. Qui jamais au-

ner à ce présent le nom de payement; il n'en rait cru que la calomnie pût trouver à s'at-

a pas les inconvénients, car il est infiniment taquer à une proposition si conforme à la

inférieur à l'avantage reçu; il est toujours piétéet à la discipline de l'Eglise? Cependant,

fixe et invariable, ce qui fait qu'il ne peut à l'exemple des anciens sophistes, qui seplai-

jamais arriver que le plus offrant soit préféré saienl à montrer leur éloquence en défendant

par rélecteur. les plus mauvaises causes et en attaquant les

L'équité de ce droit étant établie suivant meilleures, Soave cite Luc Bizantio, évêque

la justice humaine, examinons s'il est con- de Cattaro, qui, avec plusieurs autres, s'éleva

traire aux lois divines. contre ce projet, comme injuste et sacrilège,

8. S'il faut en croire Soave, c'est là une et il en prouvait l'injustice parce que celte simonie absolument contraire à la loi de disposition des fruits des bénéfices était cou- Dieu, puisque l'on échange le spirituel pour traire à l'intention des fondateurs. Il prétenle temporel. Si ce n'est pas échanger le tem- dit même que, bien que l'on dise que ÎEglise porel pour le spirituel que de percevoir les puisse changer les dernières dispositions des fruits d'un bénéfice à raison du ministère ec- morts, il ne lui paraissait pas qu'elle eût plus clésiastique, pourquoi accusera-t-on de faire de pouvoir sur les biens des morts que sur cet échange et Iraitera-t-on de marchand ce- ceux des vivants. Il prouvait que c'était un lui qui, se renfermant dans les sages limites sacrilège parce qu'on portait à des œuvres prescrites par l'Eglise, recevra une légère spirituelles par un gain temporel. C'est pour- ^ marque de reconnaissance pour la peine qu'il quoi le même Bizantio disait qu'au lieu de a prise dans l'élection d'un sujet qui exercera cette proposition, il était d'avis, et d'autres dignement le saint ministère? Gela serait vrai aussi, de forcer les prébendes à faire leur

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